XI. XVI. mens. IIII
De Linus à Urbain, sauf les petites fautes attribuables aux copistes, les chiffres du Liber Pontificalis sont ceux de saint Jérôme pour les années, ceux du catalogue philocalien pour les mois et les jours. Ces derniers cependant ne sont pas toujours attribués au même pape par les deux documents ; pour toute une partie de la série, le Liber Pontificalis les attribue au successeur du pape auquel ils sont marqués dans le catalogue philocalien ; cela a lieu depuis Clément jusqu’à Eleuthère.
Il est inutile de chercher la raison de cette divergence qui est sans doute en relation avec l’absence d’Anaclet dans le catalogue de saint Jérôme ; on peut aussi remarquer qu’elle suppose
LA CHRONOLOGIE
Anicetus avant Pins dans le document où elle s’est d’abord produite, ce qui est précisément le cas du catalogue philocalien , et qu’enfin elle disparaît à un point de la série où le texte du catalogue philocalien a été de bonne heure fort maltraité.
A partir d’Urbain, la conformité se poursuit, sauf quelques exceptions sur lesquelles nous reviendrons tout à l’heure et quelques divergences apparentes que je vais expliquer immédiatement. Pour Pontien et Cornélius les chiffres des années et des mois du catalogue philocalien sont transportés aux mois et aux jours dans le Liber Pontificalis. Pour Etienne et Xystus II les chiffres des jours ont été intervertis d’une ligne à l’autre; pour Fabien le chiffre des mois est douteux : un certain nombre de manuscrits, parmi lesquels les abrégés de Félix IY et de Conon ainsi que le manuscrit H, donnent m. I comme le catalogue philocalien ; les autres répètent pour les mois le chiffre XI attribué aux jours. L’un et l’autre sont inadmissibles, le pape Fabien n’ayant pu, d’après les dates du catalogue philocalieùlui-même, siéger un mois entier de plus que ses quatorze ans ; il est donc certain que l’on doit y corriger les chiffres ainsi qu’il suit : Fabianus ann . XIIII. d. XL On voit l’origine des deux fautes : un copiste aura par habitude inscrit l’abréviation de menses : Fabianus ann: XIIII. m. d. XI. De là les uns ont tiré m. XI. d. XI; les autres , prenant le signe abréviatif qui suivait m. pour le chiffre I, ont écrit m. I. d. XI (1).
Ces détails vont nous servir à expliquer le cas d’Eutychianus ; à ce pape, le catalogue philocalien nous donne ann. VIII. m. XI. d. III. Cette leçon se retrouve dans plusieurs manuscrits (2) , mais ils paraissent avoir été revus d’après le catalogue philocalien luimême, de sorte qu’on n’en doit rien conclure. Je crois plutôt que les manuscrits du Liber Pontificalis relèvent d’un texte où ne figurait aucun chiffre : Eutychianus ann. m. d. Outre le fait que je viens de signaler pour Fabien, je puis citer d’autres exemples de cette confusion. Le manuscrit de Florence S. Marci 604 donne pour Miltiade les chiffres 4. 1. 1. Or, pour ce pape, il y a deux leçons dans les manuscrits : la leçon du catalogue philocalien III. YI. YIII et une autre dont je ferai voir tout à l’heure l’origine , ann. II II sans mois ni jours. Cette dernière est de beaucoup la plus commune; aussi je crois pouvoir affirmer que c’est d’elle que provient la leçon IIII. I. I du manuscrit de saint Marc.
(1) On peut dire aussi que la leçon m. XL d- XI provient de la durée m. X T. d. XI attribuée, dans le catalogue libérien, à l’exil du prêtre Moyse, précisément dans la notice de Fabien.
(2) Guelf. , Bern., Vatl., 3764, 5269, 1364.
Maintenant, comment les chiffres d’Eutychien sont-ils venus à disparaître dans le texte d’où est sortie la leçon I. I. I. ? Nous n’avons pas besoin de l’expliquer, tant d’accidents peuvent en rendre compte ; je ferai cependant remarquer, sans accorder aucune importance à cette conjecture, que la différence entre les textes de Philocalus et de saint Jérôme (Philoc. ann. VIII. m. XI. d. III — saint Jérôme mens. VIII) pouvait donner à réfléchir à celui qui a combiné les deux chronologies et le déterminer à suspendre son jugement.
La manière dont s’est introduite la leçon m. XL d. XI pour le pape Fabien rend tout à fait raison de la leçon m. X. d. XI dans la notice de Sylvestre, au lieu de m. Z/; il est inutile de s’y arrêter.
J’ai dit tout à l’heure que les chiffres philocaliens m. VI. d . VIII du pape Miltiade se rencontraient dans certains manuscrits du Liber Pontificalis. Gomme il s’agit de manuscrits importants (les féliciens, le Vat. 629, etc.), je pourrais m’en tenir là et conclure à l’accord entre le Liber Pontificalis et le catalogue libérien ; mais je crois pouvoir rendre compte de la leçon ann. IIII sans mois ni jours, qui est la plus répandue. Le catalogue philocalien donne les dates extrêmes des deux pontificats d’Eusèbe et de Miltiade ; celles de ce dernier (2 juillet et 11 janvier) correspondent pour les chiffres des mois et des jours au comput m. VI. d. VIII. Quant à celles d’Eusèbe (18 avril et 17 août), elles comprennent quatre mois tout juste , tandis que le catalogue indique quatre mois et seize jours. La leçon primitive est donc Eusebius m. IIII et les mots d. XVI qui viennent ensuite, ne sont autre chose qu’une dittographie occasionnée par le chiffre XIIII qui se présente immédiatement après. Eusebius m. IIII. [d. XVI.] a. XIIII kl. maias etc. C’est ce chiffre isolé m. IIII qui est l’origine de la leçon Miltiades ann. IIII que nous trouvons actuellement dans la plupart des manuscrits du Liber Pontificalis. Dans l’abrégé félicien on la rencontre aussi , mais appliquée à Marcellus ; 'cette fois les chiffres du pape Eusèhe, au lieu de tomber sous le nom de son successeur, ont été reportés à l’article de son prédécesseur.
Nous venons de voir qu’il s’est fait à un certain moment une confusion complète entre les chiffres des trois papes Marcellus , Eusèhe et Miltiade ; c’est à cette confusion qu’il faut sans doute recourir pour expliquer l’écart entre les deux documents quant aux chiffres d’Eusèbe , m. IIII dans le catalogue philocalien , ann. VI. m. 1. d. III dans le Liber Pontificalis. Le chiffre des années vient sans doute de celui des mois dans saint Jérôme qui
LA CHRONOLOGIE
donne m. VIL Peut-être serait-il plus raisonnable de regarder le groupe ann. VI. m. I. d. III comme ayant eu d’abord la forme ann. VI. d. III que l’on trouve dans les catalogues du temps d’Hormisdas. Cette dernière forme aurait elle-même pour origine le groupe m. VI. d. VIII afférent à Miltiade. L’échange des chiffres entre ces deux pontifes rend cette conjecture assez plausible.
On voit qu’il est assez facile de retrouver dans le catalogue philocalien les chiffres de mois et de jours du Liber Ponti/icalis. Il reste cependant deux écarts dont je ne saurais rendre compte aussi aisément : ce sont ceux qui se produisent pour Lucius et pour Marcellinus. Dans ce dernier cas, il ne s’agit que du chiffre des jours qui, selon le catalogue philocalien, serait XXV; selon les manuscrits les plus autorisés du Liber Pontificalis , XVI. La transformation de XXV en XVI n’est pas impossible , mais on ne ne peut nier qu’elle ne soit moins probable que celles dont nous avons parlé précédemment.
La leçon III. VIII. X pour Lucius se trouve dans l’abrégé de Gonon et dans les catalogues du temps d’Hormisdas. Reste à savoir comment il se fait que tous les autres manuscrits s’accordent sur l’autre leçon III. III. III. M. Lipsius pense qu’elle pourrait bien venir d’une confusion analogue à celle qui a déjà été signalée pour Pontianus et Cornélius (1). Il faudrait admettre alors la chute du V dans le chiffre (VIII) des mois. Peut-être les deux chiffres III. III viennent-ils des chiffres II. III qui dans le Liber Pontificalis sont attribués à Cornélius , le prédécesseur de Lucius.
De toute cette discussion , il résulte , je crois , qu’on ne saurait chercher ailleurs que dans le catalogue philocalien l’origine des chiffres de mois et de jours du Liber Pontificalis. Venons maintenant au chiffres d’années.
Quant aux chiffres d’années , l’accord existe soit avec le catalogue libérien , soit avec saint Jérôme pour 24 des 36 pontificats de saint Pierre à Jules Ier.
J’ai déjà rendu compte des écarts qui concernent Anacletus, Eutychianus et Miltiade ; il ne reste plus à examiner que les chiffres afférents à Pius, Zephyrinus, Urbanus, Pontianus, Anteros, Félix , Marcellus, Eusebius et Marcus.
(1) « Bei Pontianus und Cornélius, vielleicht auch bei Lucius sind die Jahre und Monate von Lib. (Liberianus) als Monate und Tage verrechnet. » p. 138.
Voici les trois séries de chiffres :
Pius.
Cat. philocalien.
S. Jérôme.
Liber Pontificalis.
Zephyrinus.
(lacune.)
Urbanus.