CHAPITRE IV
LES SÉPULTURES PONTIFICALES
11 faut distinguer trois périodes : 1° de saint Pierre à Victor ; 2° de Zéphyrin à Julius ; 3° de Libère à Symmaque.
1° De saint Pierre à Victor.
Les quinze pontifes qui sont compris dans cette période sont tous dits enterrés au Vatican, sauf deux exceptions, Clément, dont le corps est dit reposer en Grèce , et Alexandre , qui est assigné à la voie Nomentane , au septième mille. Ces renseignements sont conformes à la tradition populaire de Rome au cinquième siècle.
Pour ce qui concerne saint Clément, outre les récits légendaires sur son tombeau en Crimée, légendes qui, dépouillées autant que l’on voudra des éléments fabuleux qu’elles contiennent , n’en attestent pas moins une tradition localisée et persévérante , il y a à Rome un monument de la plus haute importance qui confirme indirectement la tradition relative à l’exil et à la sépulture lointaine de ce pontife disciple des apôtres. La basilique de Saint-Clément , où l’on a retrouvé des inscriptions remontant aux papes Sirice (f 398) et Damase (f 384) , et des peintures facilement attribuables au temps de Constantin, remonte par ses origines premières à une époque beaucoup plus reculée (1). Or il est certain qu’elle ne conservait pas le corps de son titulaire : les martyrologes , sacramentaires et autres documents du quatrième et du cinquième siècle n’y font pas la moindre allusion ; les topographes du septième siècle , où l’on trouve l’indication de tous les corps saints qui reposaient par exception dans l’intérieur de Rome , ne parlent pas de saint Clément.
(I) V. de’ Rossi, Bull. , 1870, p. 149 et suiv.
L’exception relative au pape Alexandre semble plus extraordinaire : il est dit enterré au septième mille de la voie Nomentane, près du lieu où il eut la tête tranchée. Ses compagnons de martyre sont Eventius prêtre et Théodule diacre. Le jour de la déposition est fixé au 3 mai. Les documents plus anciens que le Liber Pontificalis se bornent ici au martyrologe hiéronymien et aux inscriptions découvertes en 1855 au septième mille de la voie Nomentane. Le martyrologe donne au V non. mai. : Rome , via nomentana , miliario VII. Natale sanctorum Juvenalis Eventi, Alexandrie Theodoli. Je cite le manuscrit de Berne, le seul qui ait conservé l’indication topographique ; mais dans les autres les noms des martyrs se suivent dans le même ordre, sauf que Juvenalis a disparu, et le nom d’Alexandre n’est suivi d’aucune qualification. Cette double circonstance, comme le remarque Fiorentini (1), est propre à faire douter de l’identité du martyr 'Alexandre , honoré sur la voie Nomentane avec le pape de ce nom. D’un autre côté, une inscription dédicatoire trouvée sur le tombeau lui-même est tout aussi muette sur la qualité épiscopale d’Alexandre ; et même , comme dans le martyrologe, ce nom n’est pas cité en premier lieu. Yoici en effet le texte de cette inscription , mutilée au commencement :
ET ALEXANDRO DELICATYS YOTo POSYIT.
DEDICANTE. A.EPISCOPO. YRS (2).
L’ordre des noms est changé et le pape Alexandre manifestement indiqué dans l’itinéraire dit de Guillaume de Malmesbury
et compilé au septième siècle : « Quinta porta nomentana in
» septimo milliario ejusdem viæ sanctus papa Alexander cum Even - » tio et Theodulo pansant (3) . » Ces indications nouvelles proviennent-elles d’une tradition authentique , ou ne sont-elles que l’écho de la croyance populaire au septième siècle sur l’emplacement du tombeau de saint Alexandre ? A priori il est bien difficile de croire que ce pape ait été enterré en dehors de la nécropole épiscopale , et puisque le martyrologe s’accorde avec les monuments nouvellement découverts , non pas sans doute pour démentir absolument le topographe du septième siècle , mais au moins pour diminuer
(1) Vetust. martyr. V. non. mai p. 496 b.
(2) Àtti del martirio di S. Alessandro , etc. Rome, 1858; pl. i, Cfr. de’ Rossi, lnscr. chr.f I, p. vu.
(3) De’ Rossi, Rom, sott., I, 179.
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la force de son témoignage , il vaut mieux écarter ce témoignage tardif et rendre au Vatican le tombeau du pape Alexandre. Ce n’est pas le seul cas où les topographes du septième siècle se soient trompés sur la qualification des personnages dont ils indiquent exactement la tombe. Ici, d’ailleurs, l’erreur n’est peut-être pas à mettre à leur compte ; on a des exemples d’erreurs analogues dans des monuments beaucoup plus anciens. Je citerai , par exemple, une peinture nouvellement découverte dans le cimetière de Domitille, sur laquelle on donne à la vierge Pétronille le titre de martyre, auquel vraisemblablement elle n’a aucun droit (1).
Mais si le pape Alexandre a été réellement enterré au milieu de ses prédécesseurs juxta corpus beati Pétri , il ne s’ensuit pas qu’au cinquième siècle l’erreur qui a fait plus tard vénérer son tombeau sur la voie Nomentane n’ait pas été accréditée à Rome. De cette croyance populaire nous avons un témoignage dans les actes édités par les Bollandistes, actes qui, bien que fabuleux, n’en remontent pas moins à une date assez reculée , au cinquième ou au sixième siècle. Cependant, si anciens que soient ces actes, ce n’est pas d’eux que relève ici le Liber Pontificalis ; d’après lui , le supplice d’Alexandre aurait été la décapitation , tandis que les actes lui attribuent une mort beaucoup plus lente et plus douloureuse ; en outre, l’un de ses deux compagnons, Théodule, est appelé diacre dans le Liber Pontificalis ; les actes ne font pas cette distinction et présentent Eventius et Théodule comme prêtres tous les deux. Le livre pontifical a donc puisé ici, comme cela lui est arrivé- plusieurs fois , à des actes différents de ceux qui nous ont été conservés.
Venons maintenant au cas général , c’est-à-dire aux pontifes enterrés au Vatican.
L’existence autour du tombeau de saint Pierre des monuments funèbres de ses successeurs jusqu’à la fin du second siècle n’est mentionnée dans aucun texte plus ancien que celui du Liber Pontificalis (2). Il est néanmoins impossible de la mettre en doute. L 'epitome de Locis ss. martyrum , compilé dans la première moitié du septième siècle, décrit ainsi ce lieu de sépulture :
Primum petrus in parte occidenlali civitatis juxta viam corneliam ad miliarium primum in corpore requiescit et pontificalis ordo
(1) V. pour cette peinture et pour les erreurs des topographes en cette matière, de' Rossi, Bull., 1 875, p. 32-37.
(2) V. cependant, sur la découverte faite à Saint-Pierre, à la fin du seizième siècle, d’un sarcophage portant le nom de Linus, de' Rossi, Bull., 1864, p. 39.
ÉTUDE SUR LE LIBER PONTIFI GALIS,
excepto numéro pauco in eodem loco in tymbis propriis requiescit (1) .
Excepté saint Clément, aucun des papes antérieurs à Victor n’avait, au quatrième et au cinquième siècle et même longtemps après , une fête solennelle ; aussi le martyrologe hiéronymien ne parle pas de leurs dépositions, bien qu’il contienne un ancien catalogue où leurs noms sont conservés (2). Mais l’absence de documents écrits ne nuisait en rien’a la notoriété de la nécropole épiscopale du Vatican , et cette notoriété nous dispense de chercher d’autres sources d’information auxquelles le Liber Pontificalis aurait emprunté ses renseignements (3).
Quant aux dates qu’il assigne à la mort de chaque pape , nous n’avons , pour cette époque reculée , aucun moyen de contrôle ; l’absence d’anniversaires solennellement fêtés au quatrième et au cinquième siècle est un grave argument contre ses indications isolées ; nous allons le voir, du reste, si souvent en défaut, même pour les temps postérieurs à la paix constantinienne , qu’il y a tout lieu de se défier ici de son témoignage , et que , sans être téméraire , on peut donner à la fantaisie une large part dans ses renseignements lorsque rien ne vient les confirmer.
2° De Zèphyrin à Julius ,
Outre la notoriété des sépultures pontificales , le rédacteur du Liber Pontificalis avait à sa disposition, pour cette période, des renseignements très-précis et très-authentiques dans l’ensemble de pièces chronologiques réunies par le chronographe de l’an 354. Nous savons qu’il a mis ce livre à contribution, puisqu’il y a pris tout le catalogue de papes terminé à Libère. Il est dès lors naturel de croire qu’il a puisé aussi à la double table des depositiones épis coporum et des depositiones martyrum , qui donne , sauf quatre exceptions relatives à Zèphyrin , Urbain , Anteros et Marcellus , le lieu et la date de toutes les sépultures épiscopales comprises dans cette période.
En général , on peut dire qu’il y a concordance entre les documents philocaliens et le Liber Pontificalis. L’accord est évident et dans les textes eux-mêmes , tant pour les dates que pour la topographie , aux articles de Calliste , de Pontien, de Fabien, de Cor-
(1) De’ Rossi, Roma sott., I, p. 145. V. aussi le bulletin de 1864, p. 39.
(2) Au 23 décembre. V. de’ Rossi, Rom. sott., I, p. 114.
(3) Pour la variante des manuscrits relative à Anicet et à Soter , v. à la fin de ce chapitre.
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nelius , de Stephanus, de Xystus IJ, de Dionysius , de Gaius , de Sylvestre , de Marcus et de Julius, soit en onze cas sur vingt et un (1). Les sépultures de Zéphyrin , Urbain et Anteros n’étant pas mentionnées dans l’almanach de Philocalus, il reste sept cas à dis* cuter : ceux de Lucius, de Félix, d’Eutychianus, de Marcellinus, de Marcellus, d’Eusebius et de Miltiade.
Pour ce qui regarde Marcellinus et Marcellus , le désaccord est plus apparent que réel. La depositio episcoporum donne XVIII kal . febr. Marcellini in Priscillæ et ne parle pas de Marcellus. Le Liber Pontificalis assigne le même cimetière aux deux pontifes , mais place la déposition du premier au Vlkal. mai., celle de Marcellus au XVIII kal. febr. Son témoignage est confirmé par le martyrologe hiéronymien qui, sous la rubrique XVII kal. febr., donne : Romæ , via Salaria , in cœmeterio Priscillæ depositio Marcelli episcopi et con-~ fessoris ; et il faut bien remarquer que dans ce texte il est impossible de voir une confusion de Marcellini en Marcelli : le titre de confessor, attribuable seulement à ce dernier pontife , coupe court à toute interprétation semblable. Il semble donc naturel de corn-* ger la table philocalienne et d’y lire :
VI kal. mai. Marcellini in Priscillæ ,
XVIII kal. febr. Marcelli in Priscillæ.
Mais ici une difficulté se présente ; les depositiones de la table philocalienne ne sont pas disposées dans l’ordre chronologique , mais dans l’ordre du calendrier. Les articles de Marcellinus et de Marcellus ne pouvaient donc pas se suivre et n’ont pu prêter à une omission de copiste. A cela je répondrai que l’erreur doit être considérée comme plus ancienne que la disposition actuelle de la table philocalienne, laquelle pourtant, comme l’a démontré M. de’ Rossi , remonte à l’année 336. Quelque jugement que l’on porte sur l’origine de cette table , qu’elle provienne des registres de la préfecture urbaine, comme le veut M. de’ Rossi , ou des archives de l’Eglise romaine , il est évident qu’avant l’an 336 le document où elle a été puisée ne présentait pas l’ordre du calendrier, et alors Marcellus venant immédiatement après Marcellinus , l’erreur aura pu se produire.
L’accord se rétablit avec beaucoup plus de facilité en ce qui
(1) Le Liber Pontificalis donne à l’article de Calliste l’indication in cœm . Cale podii via Aurélia, mil. III. La table philocalienne n’indique pas le nom du cimetière : il était d'ailleurs fort connu (Cfr. Y index cœmeteriorum du sixième siècle, de' Rossi, Rom. sott., I , p. 131). — A l’article de Cornélius, le texte très-précis et très-exact in cripta juxta cœm. Callisti , dérive des actes de ce pape auxquels la notice fait de larges emprunts.
concerne Eusèbe et Miltiade. Pour le premier, le Liber Pontificcilis donne VI non. octob. la table philocalienne et le martyrologe hiéronymien VI kal. octob. Pour Miltiade, le Liber Pontificalis indique IIII id. decemb ., les deux autres documents IIII id. januar. Ces deux différences rentrent dans l’ordre des erreurs paléographiques. M. de’ Rossi , qui a noté la première (1), ne s’en met point en peine ; quant à celle qui regarde Miltiade, il ne la cite même pas, et en effet elles n’ont aucune importance.
Les deux difficultés relatives à Lucius et à Eutychianus me semblent du même ordre, bien que M. de’ Rossi leur fasse l’honneur d’une discussion en règle. Pour Eutychianus , le Liber Pontificalis porte VIII id. aug., les deux documents cités plus haut, VI id. dec. Les copistes qui ont changé kal. en non. et jan. en dec. dans les deux cas qui précèdent ont pu tout aussi bien prendre dec. pour aug. dans le cas actuel. Quant à VI devenu VIII , c’est une transformation trop élémentaire pour que l’on s’y arrête.
La déposition de Lucius est indiquée au III non. mart. dans la table philocalienne, au IIII non. mart. dans le martyrologe hiéronymien (2). Le Liber Pontificalis donne III non. mart. comme date de la mort et VIII kal. sept, comme date de la déposition. Cette même date VIII kal. septemb. se rencontre aussi dans un grand nombre de manuscrits comme date de la déposition de Cornélius, prédécesseur de Lucius. D’un autre côté , comme on l’a vu plus haut (p. 41), les notices de ces deux papes se sont embrouillées de bonne heure l’une dans l’autre parla négligence des copistes. Sans que l’on puisse tracer d’une manière précise la genèse de la leçon VIII kal, sept, dans l’article de Lucius , il est au moins permis de croire que cette leçon peut fort bien n’avoir d’autre fondement qu’une erreur paléographique.
La divergence relative à Félix est beaucoup plus grave, et à vrai dire , c’est la seule qui ait une réelle importance. D’abord le Liber Pontificalis donne III kal. jun. au lieu de III kal. jan., ce qui n’est qu’une confusion de lettres. Mais, et c’est là le point délicat, au lieu du cimetière de Calliste , indiqué par l’index philocalien , le martyrologe hiéronymien et l’inscription de Xystus III restituée par M. de’ Rossi, il place la sépulture de Félix dans le cimetière au deuxième mille de la voie Aurélienne. Je ne m’étendrai
(1) Rom. sott., II, p. 210, note 3. Ce n’est pas seulement « qualche codice », mais tous les manuscrits du Liber Pontificalis qui ont la leçon VI non. octob.
(2) Dans les manuscrits actuels du martyrologe, on lit Juin pour Lucii , v. Rom. sott., II, p. 64.
LES SÉPULTURES PONTIFICALES
pas sur cette difficulté suffisamment résolue par M. de1 Rossi. Il me suffit de constater qu’ici le rédacteur du Liber Pontificalis s’est laissé égarer par les écrits apocryphes sur le pape Félix II , ou peut-être plus directement par la multiplicité des Félix évêques et martyrs enterrés dans les cimetières de Rome.
Revenons maintenant aux trois pontifes que nous avons d’abord laissés de côté comme n’étant point mentionnés dans les tables philocaliennes. Voici la phrase qui concerne la sépulture de Zéphyrin : Qui etiam sepultus est in cœmeterio suo juxta cœmeterium Cal listi via appia VIII kal. sept. Le martyrologe hiéronymien donne une autre date : XIII kal. januar. M. de’ Rossi a fait voir (1) que le corps de Zéphyrin avait été, antérieurement à Xystus III, transporté de la crypte papale dans l’église supérieure. On peut donc admettre avec lui que les deux dates du martyrologe et du Liber Pontificalis se rapportent, la première, à la déposition , la seconde à la translation des restes du pontife. Quant à la double indication topographique , in cœmeterio suo — juxta cœmeterium Callisti , elle peut admettre deux interprétations , suivant le sens que l’on attribue aux mots in cœmeterio suo. Si on les entend de la crypte papale du cimetière de Calliste (2), il faut restituer le texte ainsi qu’il suit : sepultus est in cœmeterio suo [XIII kal. januar.], juxta cœmeterium Callisti via Appia VIII kal. sept. , et l’on aura deux textes de dates différentes (3) , mêlés ensemble par un accident de transcription. Dans ce cas, le rédacteur du Liber Pontificalis aurait puisé à une source vraiment très-ancienne : ce cimetière qui depuis trois siècles portait le nom de Calliste et qu’il appelle ainsi luimême en vingt endroits différents , il lui donnerait ici le nom de Zéphyrin, comme aurait pu le faire un contemporain, l’auteur des Philosophumena par exemple, qui ne pouvait ignorer que si Calliste avait été, comme diacre, chargé de l’administration de ce cimetière, c’était cependant sous les auspices du pape Zéphyrin qu’il y avait fait faire des travaux. Cela paraît bien invraisemblable et peu d’accord avec tout ce que nous savons déjà et tout ce que nous verrons par la suite sur les sources d’information du livre pontifical. Combien il est plus simple de donner aux mots in cœmeterio
(1) Borna sott., II, p. 6 et suiv.
(2) Il est certain qu’il ne peut être ici question d'uu cimetière souterrain distinct de celui de Calliste.
(3) Il ne faut pas songer ici à deux rédactions différentes du Liber Pontificalis lui-même, mais à une note marginale , juxta cœmeterium Callisti Vlllkal. sept , qui se serait introduite dans le texte.
suo le sens de basilique cimitériale et de l’appliquer à la petite église supérieure où, depuis une date à chercher entre Damase et Xystus [II , Zéphyrin reposait à côté de l’acolythe martyr Tarcisius? Ce sens est reconnu légitime et usité par M. de’ Rossi (1) ; il se rencontre dans le Liber Pontificalis à la notice de Julius, où la chronique pontificale , décrivant les édifices sacrés construits par ce pape , appelle cœmeteria trois fondations auxquelles le catalogue philocalien donne le nom de basiliques. Je crois donc qu’il n’y a pas ici deux rédactions différentes , mais une seule , que rien ne nous autorise à restituer dans le texte du Liber Pontificalis la date XIII kal. januar. , et que son rédacteur nous a donné tout simplement la date de la fête ou de la commémoration de Zéphyrin telle qu’on l’observait de son temps, c’est-à-dire le VIII kal. sept., en même temps que l’indication du lieu où elle se célébrait, c’est-à-dire la petite basilique ad Sanetum Xystum.
Restent les deux cas d’Urbanus et d’Anteros. Celui-ci ne figure pas dans la table des dépositions , mais le jour de sa mort indiqué dans le catalogue libérien et la date de sa fête marquée au martyrologe hiéronymien, sont pleinement d’accord avec le Liber Ponti ficalis ,
Quant à Urbain, le martyrologe et le Liber Ponti ficalis sont également d’accord pour placer sa sépulture au cimetière de Prétextât le VIII kal. jun. Les deux textes dérivent ici des actes de sainte Cécile , et très-probablement ils ont été induits en erreur par ces actes , car la conjecture de M. de’ Rossi , qui restitue Urbain au cimetière de Galliste, a tous les caractères de la vérité.
3° De Libère à Symmaque.
La grande notoriété des tombes pontificales au quatrième et au cinquième siècle ne permettait guère au rédacteur de la chronique papale de tomber dans des erreurs topographiques semblables à celles que nous avons relevées par rapport à Alexandre , à Urbain et à Félix Ier. Mais s’il ne s’est pas trompé sur les lieux, il s’en faut bien qu’il nous ait donné les dates d’une manière exacte. Ici l’almanach philocalien cessait de le guider : il nous manque aussi pour redresser les chiffres du livre pontifical , et nous sommes obligés d’avoir recours à des documents très-divers : le Libellas precum Faustini et Marcellini , écrit par deux prêtres romains contemporains de Damase , le martyrologe hiéronymien , la chro-
(1) Rom. soit., II, p. 6 et 7.
LES SÉPULTURES PONTIFICALES. 157
nique de Prosper , etc. Voici les résultats de la comparaison entre les dates fournies par ces écrits et celles du livre pontifical :
De Libère à Ànastase II, prédécesseur de Symmaque, on compte seize papes en y comprenant Félix II. Pour Xystus III , Hilaire et Félix III , le livre pontifical n’indique aucune date ; tout moyen de vérification nous fait défaut pour celles qu’il attribue aux papes Simplicius, Gélase et Anastase II. Restent dix cas où le contrôle est possible d’une manière plus ou moins parfaite.
Libère mourut le VIIII kal. octob. , suivant le témoignage conforme du martyrologe et du Libellas precum : le livre pontifical le fait enterrer le VIII kal. mai.
Le martyrologe indique au VI kal. decemb. la sépulture de Siricius ; dans le livre pontifical elle est placée , suivant les manuscrits , au VIII kal. mart. ou au VIII kal. mai. Ces deux cas ont entre eux beaucoup d’analogie ; l’erreur , qui est certainement ici du côté du livre pontifical , provient peut-être de la négligence des copistes: en respectant le reste delà date, ils auront confondu les abréviations des noms de mois.
Les dates se sont mieux conservées aux notices de Félix II , de Damase et de Zosime.
Félix II : XII kal. dec. (L. P.). — X kal . dec. ( Libellas precum).
Damase : III id. dec. (L. P.). — 1111 id. dec. (martyrol.).
Zosime : VII kal. jan. [L. P.). — C’est à peu près la date qui ressort des lettres de Symmaque.
D’autres dates , au contraire , sont absolument fausses et ne peuvent être mises sur le compte des copistes.
Ainsi, la depositio d’Anastase Ier est indiquée au 27 avril (V kal. mai. ) , avec une vacance de vingt et un jours. Or nous avons par le martyrologe la date de l’ordination d’innocent, successeur d’Anastase, le 21 décembre [XII kal. januar.). — La sépulture d’innocent et celle de Boniface sont indiquées par le martyrologe, la première au IIII id. mart., la seconde au II non. sept. Le livre pontifical donne V kal. aug. et VIII kal. nov. Pour ces deux papes le martyrologe indique la date de l’ordination et celle de la sépulture ; ces deux dates extrêmes se trouvent conformes avec les indications du Liber Pontificalis lui-même sur le temps qu’ils ont siégé. Elles sont donc absolument sûres ; c’est le Liber Pontificalis qui se trompe de date pour la sépulture. Le même cas se présente pour saint Léon , qui célébrait tous les ans l’anniversaire de son ordination le 29 septembre, et dont le martyrologe indique la mort au IIII id. nov. , tandis que le Liber Pontificalis la place au
III id. apr. C’est encore très-probablement parmi les dates fausses qu’il faut placer celle de la sépulture de Gélestin ; nous n’avons, il est vrai, d’autre vérification que la durée de son pontificat indiquée d’une manière conforme par tous les catalogues ; d’après le calcul qui en ressort , Célestin n’a pu mourir avant le 23 juillet 432. Le livre pontifical indique sa déposition au VIII id. apr.
Un si grand nombre de fautes évidentes doit nous porter à nous tenir en garde contre les indications du même ordre , que nous ne pouvons contrôler , excepté , sans doute , celles qui ont rapport aux prédécesseurs les plus immédiats de Symmaque.
En résumé, le Liber Pontificalis indique le lieu de la sépulture de chaque pape d’une manière exacte, d’après la tradition très-vivante encore à la fin du cinquième siècle , et les indications de la table philocalienne des dépositions ; mais quand ces renseignements , puisés à de bonnes sources , se trouvent en contradiction avec des écrits populaires et apocryphes, il suit la légende de préférence à l’histoire.
Pour ce qui concerne les dates , quand nous pouvons les vérifier, nous le trouvons trop souvent en défaut pour que nous puissions nous fier à ses indications lorsqu’elles sont isolées de tout moyen de contrôle.
De l’index des sépultures pontificales .
Outre la notoriété publique et l’index philocalien , M. de’ Rossi indique une troisième source où le rédacteur du Liber Pontificalis aurait pu puiser des renseignements sur le lieu des sépultures pontificales. Il s’agit d’une table où se trouvent rangés , cimetière par cimetière, tous les papes depuis saint Pierre jusqu’à Zacharie : je vais montrer que cette table ou index, loin d’avoir servi à la rédaction du Liber Pontificalis , a été extraite de cette compilation ; ce me sera en outre une occasion de rendre raison de deux anomalies de la plupart des manuscrits du Liber Pontificalis , qui placent Anicet et Soter au cimetière de Calliste, tandis que les abrégés féliciens et cononiens les attribuent avec toute vraisemblance à la nécropole pontificale du Vatican.
L’index des sépultures pontificales ne s’était encore rencontré que dans le manuscrit 3764 du Vatican , d’après lequel il fut publié au siècle dernier par Bianchini et Vignoli , et récemment par M. de’ Rossi, dans la préface du tome II de la Roma sotterranea.
J’en ai trouvé une seconde copie en tête du manuscrit 5140 de
LES SÉPULTURES PONTIFICALES. i 59
la bibliothèque nationale ; la voici , reproduite ligne par ligne et lettre par lettre, comme elle se trouve dans le manuscrit.
ndicium
in quo loco
unus qsq.
Via aurelia
romanor.
pontifîcu
requiescit
Félix.
in uaticano
salaria.
Dionisius.
Petetrus.
Theodorus.
Marcellus.
Cornélius.
Linus.
Eugenius.
Marcellinus.
In cimit suo uia ardeata.
Cletus.
Vitalianus.
Siluester.
Marcus.
Anaclet 9
 deo datus.
Siricius.
In cimit suo uia portum.
Euarestus.
Bonus.
Galestinus.
Félix.
Sixtus.
Agatho.
Vigilius.
In cimit suo uia ardeata
Telesfor.
Léo.
Ad scm paulu
Damasus.
Igynus.
Benedictus.
Félix.
In pontias.
Pius.
Iohannes.
Ad scm lauren
Siluerius.
Eleuther.
Gunon.
cium.
In acersona.
Victor.
Sergius.
Zosomus.
Marti nus.
Léo.
Iohannes.
Sixtus.
Simplicius,
Iohannes.
Hilarus.
Gelasius.
Sisinnius.
In cymit ca
Anastasius.
Constantin 9
lopodi uia
Symachus.
Gregorius.
Aurélia.
Hormista.
Gregorius.
Galistus.
Iohannes.
Eacharias.
Iulius.
Félix.
In cymiterio
Ad scm feli
Bonifacius.
Calisti.
citatem uia
Iohannes.
Anicitus.
salaria.
Agapitus.
Sother.
Liberius.
Pelagius.
Seuerinus.
Bonifacius.
Iohannes.
Antheros.
Ad ursu pile
Benedict 9
Poncianus.
atu portu
Pelagius.
Fabianus.
Anastasius.
Gregorius.
Lucius.
Innocentius.
Sauinian 9
Sthephanus.
In portu in
Bonifacius.
Syxtus.
mari.
Bonifacius.
Euticeanus.
Clemens.
Deusdedit.
Gaius.
In miliario
Bonifacius.
Eusebius.
VI uia. no
Honorius.
Melciades.
mentana.
Seuerinus.
In cymiterio
Alexander.
Iohannes.
priscille uia
. Vrbanus.
Cette copie ne présente pas de différences essentielles avec là première : les papes Marcellus et Marcellinus sont intervertis ; les deux noms Dionysius et Cornélius , qui n’étaient > dans le texte
publié , attribués à aucun lieu de sépulture , sont ici rangés sous la rubrique via Aurélia ; enfin le nom du pape Alexandre est placé sous l’indication miliario VI via nomentana. Ces divergences sont évidemment imputables aux copistes ; d’ailleurs les deux manuscrits sont , à un siècle près , aussi anciens l’un que l’autre , celui du Vatican étant de la fin et celui de Paris du commencement du onzième siècle.
Les manuscrits ne peuvent donc servir, par leurs variantes , à éclaircir la question de l’origine de ce document , et il faut s’en rapporter à l’ensemble du texte qu’ils nous ont conservé.
A première vue , il est clair que cet index est extrait du Liber Pontificalis. Tel qu’il nous est parvenu dans les deux manuscrits du onzième siècle , il présente sans doute bien des différences avec le texte de la chronique des papes ; mais ces différences se reconnaissent facilement pour des fautes de copiste. D’ailleurs , outre que les deux seuls manuscrits que nous possédons de l’index sont aussi des manuscrits du Liber Pontificalis , les désignations topographiques particulières à celui-ci ont toutes passé dans l’index : ainsi l’expression in cœmeterio Calepodii , plus ancienne que celle dont se sert l’index philocalien des sépultures pontificales , via Aurélia milliario III in Callisti. On peut faire la même remarque sur les désignations in miliario VI via Nomentana , in cymiterio suo via Ardeatina , sur l’attribution à la voie Aurélienne du tombeau de Félix Ier, etc. Enfin il serait difficile de trouver pour ce document une autre source que le Liber Pontificalis. L’index philocalien ne comprend qu’un petit nombre de papes du troisième et du quatrième siècle : le martyrologe hiéronymien ne va pas , pour les sépultures pontificales , au delà du cinquième siècle, et c’est à peine s’il mentionne deux ou trois papes du premier et du deuxième siècle. Il est donc naturel de regarder le Liber Pontificalis comme la source de l’index des sépultures.
Maintenant , à quelle époque en a-t-il été extrait ? C’est ce que va nous apprendre l’examen des fautes introduites par les copistes dans l’Index , comparées aux variantes du même genre que l’on trouve dans les différentes recensions du Liber Pontificalis , et aux interpolations des manuscrits du martyrologe hiéronymien.
J’écarte d’abord les fautes de date récente , ou au moins d’une évidence telle que leur influence ne s’est jamais fait sentir sur aucun texte. Ce sont : 1° le transport des deux papes Dionysius et Cornélius du cimetière de Calliste à la voie Aurélienne. M. de’ Rossi (l. c., p. xxv) fait remarquer que ces deux noms , tels qu’ils sont placés maintenant, dérangent l’ordre chronologique des pa-
LES SÉPULTURES PONTIFICALES
pes enterrés un à un ; il n’est pas possible qu’il n’y ait pas ici une faute de copiste; — 2<> Libère aussi est transporté du cimetière de Priscille à celui de sainte Félicité ; bien qu’ici la disposition originaire de la table ne soit pas plus visiblement troublée que dans le cas précédent, il faut admettre aussi un accident de copie, car l’attribution de la sépulture de Libère au cimetière de sainte Félicité ne correspond à aucune légende , à aucune translation , et n’a laissé aucune trace dans les documents qui relèvent plus ou moins de notre index.
Venons maintenant à deux fautes plus importantes. Le pape Urbain a perdu l’indication de sa sépulture au cimetière de Prétextât , de sorte qu’il tombe sous la rubrique du pape précédent, Alexandre, et se trouve indiqué au sixième mille de la voie Nomentane. Cette faute a passé dans tous les manuscrits du martyrologe hiéronymien ; il y a donc lieu de la croire au moins contemporaine de leur original commun. Or l’un d’eux est du huitième siècle , et plus probablement du commencement de ce siècle. D’autre part , ce manuscrit , qui est le plus ancien , est loin d’être le plus correct. Il faut donc que l’original commun soit plus ancien encore , plus rapproché de la rédaction actuelle du martyrologe, c’est-à-dire des premières années du septième siècle. On peut donc dire que la table des sépultures existait déjà et avait été déjà maltraitée par les copistes dans le courant du septième siècle et même assez probablement avant la lin du sixième.
On arrive à la même conclusion en étudiant la propagation de la faute relative à Anicet et à Soter. Le Liber Pontificalis et l’index des sépultures ont en commun cette faute : dans l’un comme dans l’autre, Anicet et Soter sont attribués, non au cimetière du Vatican , mais à celui de Calliste. Cependant le Liber Pontifîcalis n’a pas toujours été fautif à cet égard. Les deux abrégés de Félix IV et de Conon placent régulièrement les deux pontifes dans la crypte vaticane. Ce n’est que dans les manuscrits complets que se trouve le déplacement.
Le plus ancien de ces manuscrits est celui de Naples , qui a été écrit au temps de Conon (687). J’ai montré plus haut que rien ne prouve que la série des vies s’étendît dans ce manuscrit jusqu’à Conon. Admettons-le cependant , au pis aller. Les manuscrits du Liber Pontifîcalis se divisent en deux classes, dont l’une comprend le manuscrit de Lucques et ses analogues , et en plus les deux abrégés de Félix IV et de Conon ; l’autre est formée du manuscrit de Naples et de la plupart des manuscrits français. Dans cette seconde classe , le manuscrit de Naples présente un texte déjà
notablement différent du prototype de sa classe , lequel doit être placé ainsi vers le milieu du septième siècle au moins , et même s’il arrivait que l’on retrouvât la fin du manuscrit de Naples et que l’on constatât qu’il se terminait avant Conon , cette date devrait être reportée plus haut. D’un autre côté, comme la faute est commune aux deux classes de manuscrits, elle doit provenir d’un ancêtre commun à ces deux classes , très-différentes l’une de l’autre , et dont la séparation ne saurait être placée beaucoup plus tard que la fin du sixième siècle (1).
Cette faute du Liber Pontificalis est donc au moins aussi ancienne que celle du martyrologe. J’ajouterai qu’elle a la même provenance ; il est en effet impossible de l’expliquer autrement que par une erreur de copiste qui de l’index se sera introduite dans le texte.
Rien ne prouve en effet que le Liber Pontificalis ait été revu du sixième au neuvième siècle ; l’histoire de son texte, pour cette période, sauf les suppressions qui caractérisent la classe B, n’est autre que l’histoire des fautes qu’il a subies par la négligence des copistes. D’ailleurs, admît-on une révision , sur quel fondement aurait-on fait ce changement ? Aucune légende, aucun monument, aucun topographe ne fait la moindre allusion à une translation des deux pontifes. On pourrait croire , pour ce qui concerne le pape Soter, à une confusion provenant de la basilique de sainte Sotéris, vierge , voisine de la crypte papale du cimetière de Calliste ; mais il faudrait trouver une raison semblable pour Anicet, et d’ailleurs cette confusion serait bien extraordinaire : les topographes du septième siècle ne la font jamais, et le Liber Pontificalis lui-même cite la basilique de sainte Sotéris dans la vie d’Etienne II , sans tomber aucunement dans cette méprise. Reste donc que nous soyons en présence d’une faute de copiste qui aura dérangé dans la table le rang assigné aux deux pontifes , et passé ensuite dans le texte par le fait d’un correcteur malavisé.
De ce qui précède , il résulte que l’index des sépultures existait déjà vers le commencement du septième siècle. Une circonstance qui nous reste à signaler le fera remonter un siècle plus haut.
Dans l’index , la sépulture de Félix II est attribuée au cimetière de son nom sur la voie de Porto : ce renseignement est manifestement contraire au Liber Pontificalis , qui , à l’article de
(1) J'ai dit plus haut que les divergences caractérisques entre ces deux classes de manuscrits ne se précentent plus au delà du commencement du sixième siècle ; on pourrait donc remonter encore plus haut.
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Félix II , indique une basilique de la voie Aurélia. C’est le seul cas où l’index soit en contradiction avec le Liber Pontificalis ; mais cette contradiction n’est qu’apparente.
En effet , le Liber Pontificalis indique deux sépultures pour Félix II : dans sa notice à lui , la basilique de la voie Aurélienne ; dans celle de Libère , un terrain sur la voie de Porto : Qui Félix depositus de episcopatu habitavit in prædiolo suo via Por tuensi ubi et requievit in pace II1I kal. aug. Je sais que les deux indications sont extraites de récits légendaires et apocryphes ; mais toutes les deux se rattachent à des faits et à des monuments bien réels. Sur la voie de Porto on célébrait précisément le II II kal . aug. la fête d’un martyr nommé Félix. De même , au deuxième mille de l’Aurélienne , les topographes indiquent les sépultures de deux Félix, évêques et martyrs. Il y a donc contradiction entre la notice de Libère et celle de Félix II ; et, chose étonnante, le rédacteur de l’index a suivi la première de préférence à la seconde. On peut expliquer cette anomalie et en même temps la contradiction entre les deux notices du Liber Pontificalis , en admettant que celle de Félix II est une addition postérieure. Ceci d’ailleurs n’est pas une hypothèse gratuite. Le Liber Pontificalis , dont il ne nous reste qu’un fragment dans le manuscrit XXII de la bibliothèque capitulaire de Vérone , donne à Symmaque le n° LU , ce qui suppose qu’il contenait un pape de moins que les autres textes. Félix II est le seul que l’on puisse raisonnablement supposer avoir manqué à la série : les écrits apocryphes qui ont tenté de réhabiliter sa mémoire et de le présenter comme un pape légitime sont précisément contemporains de Symmaque. D’ailleurs , le Liber Pontificalis ordinaire contient aussi des traces de l’interpolation. Outre la contradiction flagrante dans l’indication de la sépulture de Félix II , contradiction d’autant plus facile à éviter si les deux notices étaient de la même main qu’elles se suivent sans aucun intervalle, il faut relever dans celle de Libère les mots : dmnes itaque anni Felicis in ejus (Libère) ordine dinumerantur , qui semblent introduits là pour suppléer à une notice indépendante de Félix IL
Il y a donc eu un temps où le Liber Pontificalis ne contenait pas d’article spécial à cet antipape , bien qu’il indiquât déjà sa sépulture et le représentât comme un pape légitime. Ce temps est trèsvoisin de l’origine que j’ai attribuée au Liber Pontificalis . En effet, la notice de Libère s’inspire déjà des apocryphes symmachiens qui ont dù voir le jour tout à fait au commencement du sixième siècle ; d’autre part , la notice de Félix II se présente déjà dans
l’abrégé de l’année 530. Il reste donc une quinzaine d’années environ, de 514 à 530, dans lesquelles l’intrusion a pu se produire (1). Gomme l’index des sépultures provient d’une rédaction où elle n’existait pas encore , il faut qu’il ait été extrait du Liber Pontifi calis vers le commencement du sixième siècle , et probablement aussftôt l’apparition de ce livre (2) .
(1) Cette intrusion ne serait pas isolée. On a vu plus haut que les notices de Victor et de Sylvestre ont été interpolées dans le même intervalle.
(2) L'index des sépultures pontificales n’est pas le seul document qui ait été extrait du Liber Pontificalis . Sans parler des catalogues du temps d'Hormisdas, la table des papes avec les années, mois et jours de chaque pontificat, que l'on trouve dans presque tous les manuscrits B, est évidemment tirée des notices. Il en est de même du catalogue avec l’indication de la nationalité, qui se présente dans le manuscrit de Leyde et ses similaires. V. pages 44 et 64.