CHAPITRE Y
LES ACTES DU PAPE SYLVESTRE
Parmi les sources apocryphes du Liber Pontificalis il convient de faire une classe à part d’un certain nombre d’écrits rédigés à Rome au temps de la compétition de Laurentius contre Symmaque, dans les premières années du sixième siècle. Dans le chapitre suivant je m’occuperai avec détail de ces écrits auxquels on peut donner le nom général d’ apocryphes symmachiens , non qu’ils soient directement ou indirectement attribuables au pape Symmaque , mais parce qu’ils ont vu le jour sous son pontificat (498- 514) , et qu’ils ont été composés par ses partisans pour soutenir sa cause. Il faut auparavant procéder à l’examen d’un autre document apocryphe , répandu à Rome peu de temps avant la lin du cinquième siècle , auquel tous les apocryphes symmachiens ont plus ou moins puisé , et qui a , de plus, servi directement et sans leur intermédiaire au rédacteur du Liber Pontificalis.
Les Acta Silvestri se présentent à nous comme l’histoire de la conversion de Constantin, de son baptême et du changement qui s’ensuivit dans les rapports de l’autorité romaine et des églises chrétiennes. Sur ces points nous sommes en possession de la vérité historique, consignée dans les écrits d’Eusèbe, de saint Ambroise, de saint Jérôme, etc. Quels qu’aient été les efforts des fabricateurs de légendes pour la dissimuler , elle n’en brille pas moins d’une clarté qui perce tous les nuages. Je ne m’arrêterai donc pas à démontrer qu’Eusèbe a dit vrai quand il nous a raconté les circonstances de la conversion et du baptême de Constantin ; ce sont là des faits acquis à l’histoire, et, si invraisemblable que cela ait pu paraître au moyen âge, il est certain que le premier empereur chrétien ne reçut point Je baptême des mains du pape, qu’il
assista au concile de Nicée n’étant encore que simple catéchumène, qu’il retarda jusqu’à ses derniers jours son initiation aux mystères chrétiens , et que cette initiation eut lieu , non pas à Rome , mais dans une villa près deNicomédie, peut-être parle ministère d’Eusèbe, évêque arien de cette ville.
La légende y va tout autrement. Constantin est d’abord un persécuteur des chrétiens, et l’évêque de Rome, Sylvestre, est obligé de se dérober à ses poursuites et de chercher un refuge dans une montagne appelée Syraptis ou Syraptim : notons en passant cette orthographe, qui n’est ni fortuite, ni indifférente. Sur ces entrefaites , le prince persécuteur est atteint de la lèpre , et les prêtres païens lui déclarent qu’il ne guérira qu’en se baignant dans le sang d’enfants nouveau-nés. Cette proposition révolte les sentiments humains de Constantin ; alors saint Pierre lui apparaît en songe et lui annonce qu’il peut se délivrer de sa honteuse maladie en recourant à l’intervention de l’évêque Sylvestre. On cherche Sylvestre , on le trouve dans une solitude du mont Syraptim : Constantin fait acte de foi chrétienne, Sylvestre le baptise , et le baptême le guérit de la lèpre. Vient ensuite une longue dispute où Sylvestre défend les dogmes chrétiens, non pas comme on pourrait s’y attendre , contre des prêtres ou des philosophes païens , mais contre des docteurs juifs (1).
Telle est , dans ses parties essentielles , la légende du pape Sylvestre, comme on la retrouve, dès le cinquième et le sixième siècle , dans une foule d’écrivains d’Orient et d’Occident , telle surtout qu’elle s’imposa à la croyance universelle pendant le moyen âge. Je me bornerai à citer les documents les plus anciens où l’on en trouve quelque trace , et je tâcherai de remonter à sa source première, qui ne doit pas, comme on l’a dit trop facilement, être placée à Rome.
En Occident, les textes les plus anciens que l’on puisse citer en sa faveur sont les apocryphes symmachiens dont nous parlerons au chapitre suivant , et notamment les Gesta Liber U; le Liber Pontificalis dépend tant de ces apocryphes que de la légende elle-même. Au sixième siècle , Grégoire de Tours y fait des allusions mani-
(1) C'est de cette discussion que sont tirées les fragments prétendus inédits d'un ouvrage de Sylvestre contre les Juifs , publiés par le cardinal Mai, dans les tomes VII et VIII de ses Scriptor. veter. , d’oii ils ont passé dans le tome VIIIe de la Patrologie latine de Migne. Du reste, Mai lui -même finit par s'apercevoir que ses fragments ressemblaient singulièrement au texte des Acta Süvestri-, v. Spicileg. rom., III, p. 700.
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festes (1) , et si Gassiodore , dans l’histoire Triparlite , et Isidore de Séville , surent la mettre de côté pour suivre le récit d’Eusèbe , Bède l’adopta tout à fait, et ne contribua pas peu à la répandre.
Bède, Grégoire de Tours, le livre pontifical et les apocryphes du temps de Symmaque ont puisé à une source commune ; les Acta Silvestri, mentionnés dans le décret attribué au pape Gélase (492- 496) : Item actus beati Silvestri , apostolicæ sedis præsulis , licet ejus qui conscripsit nomen ignoretur , a multis tamen in urbe Roma ca tholicis legi cognovimus et pro antiquo usu multæ hoc imitantur ecclesiæ (2). Il est bien peu probable que ces paroles aient été écrites par Gélase , mais cela importe peu à notre démonstration ; on peut au moins relever dans ce texte la distinction entre la lecture privée , seule permise à Rome , des actes dits de Sylvestre , et la lecture officielle que l’on en faisait dans d’autres églises. D’un autre côté , il est certain par les apocryphes symmachiens, que les Acta Silvestri circulaient à Rome avant le pontificat de Symmaque , ou tout au plus au commencement de ce pontificat. Il ne semble pas cependant qu’ils aient été tout d’abord accueillis avec faveur ; on verra plus loin que les Gesta Liberii leur font ce que nous appelons aujourd’hui une réclame et s’attachent même à répondre aux objections que ne pouvait manquer de soulever la nouveauté de leur récit et ses divergences radicales avec les textes d’Eusèbe et de saint Jérôme.
Examen fait des Acta Silvestri , on n’y trouve rien qui décèle une main romaine. Les indications topographiques, si fréquentes et si exactes dans tous les apocryphes romains, font ici presque complètement défaut. Elles se réduisent à un épisode à propos d’un martyr Timothée, auquel Sylvestre aurait donné la sépulture près du tombeau de saint Paul ; ce renseignement est exact au point de vue topographique , mais l’épisode en question est une interpolation évidente et sans rapport au reste depa narration. La basilique Ulpienne est indiquée comme le lieu où Constantin fit devant le Sénat et le peuple profession officielle de christianisme ; on sait que parmi les monuments profanes de Rome, ceux qui frappaient le plus les yeux et l’imagination au sixième siècle (3) étaient ceux
(1) Procedit ( Clovis ) novus Constantinus ad lavacrum dcleturus lepræ veteris morbum... Erat enim sanctus llemigius sanctitate ita prœlatus ut sancti Silvestri virtutibus acquaretur. Hisf. Francor., 1. 11, ch. XXXI.
(2) Gelasii decretum de rccipicndis et non recipiendis libris. Migne, Pair, lat.,
t.LX.p. 174.
(3) V. Cassiodore, Far., Vil, 6 ; cf. Gregorovius, Storia delta città di Roma medio evo, II, p. 07 et suiv.
clu Forum deTrajan, sur lequel s’élevait l’imposante basilique Ulpienne. Ce détail a donc pu être introduit lors de l’importation à Rome de la légende de Sylvestre et de sa rédaction en latin .
C’est en effet une importation étrangère que cette légende. Outre que la manière dont les apocryphes symmachiens s’évertuent à l’étayer prouve son apparition récente sur le sol romain , outre qu’il n’y est jamais fait mention du baptistère dit de Constantin , autour duquel une imagination romaine aurait certainement groupé les détails de son roman, il est certain qu’elle était depuis bien longtemps connue et répandue en Orient lorsqu’au commencement du sixième siècle on s’efforça de l’introduire à Rome.
Je laisse ici de côté les chroniqueurs byzantins du neuvième siècle ou des siècles postérieurs ; ils relèvent tous des Acta Silvestri dont il existe une rédaction grecque (1) différente, sur certains points, du texte latin publié par Surius au 31 décembre. Antérieurement, je trouve la légende de Sylvestre citée dans la chronique de Malala et dans les ouvrages de Léontius , évêque de Jérusalem ; ces deux témoignages sont du sixième siècle. Saint Jacques de Sarug, évêque syrien (452-521) , a laissé un discours encore inédit sur Constantin et sa lèpre (2). Son témoignage est ici d’une grande valeur ; il ne s’agit pas d’une allusion glissée au milieu du récit d’autres événements, comme dans Grégoire de Tours : c’est une homélie, une discours public, prononcé officiellement par un personnage considérable. La légende avait donc cours depuis un temps notable dans le pays d’Edesse, et ici il faut remarquer que le discours syriaque de Jacques de Sarug nous reporte plus haut que les témoignages de langue grecque , et peutêtre même que la rédaction latine des Acta Silvestri.
Mais on peut remonter plus haut encore : le plus ancien texte où s’est conservée la légende de Constantin n’est ni grec ni latin , ni même syriaque ; il a été rédigé en Arménie par Moïse de Khorène , le plus célèbre des historiens de ce pays , qui écrivit vers le commencement du cinquième siècle. On y trouvera tous les détails essentiels de la fable : Constantin persécuteur , puis frappé de la lèpre ; la consultation des médecins , qui ordonnent un bain dans le sang d’enfants nouveau-nés ; Sylvestre exilé ,
(1) Publiée par Corabéfis à la suite de ses Illustrium martijrum triumphi, Paris, 1659, in-8.
(2) De Constantino imperatore et de leprœ ejus mundatione. Assemani, qui nous a conservé ce renseignement, cite deux manuscrits : l’un, Cod. Nitr. V, p. 542, l’autre, Cod. arab. Vat. LV, p. 230 (Assemani, Bibl. oriental., I, p. 328).
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puis rappelé pour baptiser l’empereur, qu’une vision divine a mis sur ses traces. Il est dès lors certain que les Acta Silvestri et Moïse de Khorène (1) , c’est-à-dire les deux documents les plus anciens où nous rencontrons la légende, dérivent l’un de l’autre, ou tout au moins ont puisé à une source commune. D’un autre côté , comme nous avons vu que la légende fut répandue plus vite en Orient qu’en Occident , et que ses détails en placent la formation loin de Rome , il est naturel de croire que l’historien arménien est plus voisin de l’origine première de la fable que les Acta Silvestri et les apocryphes du temps de Symmaque.
Ici je reviens à l’orthographe du nom Syraptim, de la montagne où Sylvestre se tenait caché. Le texte latin édité par Suriusne donne pas le nom de cette montagne ; cette rédaction , d’ailleurs , notablement défigurée (2) , n’est qu’une version de Siméon Métaphraste. Le texte grec publié par Combéfis porte SopaxTiov , mais c’est là une conjecture. J’ai vérifié l’orthographe dans les manuscrits de la bibliothèque nationale ; on trouve Swpamvw opet presque constamment , quelquefois Sapaitcvcjj ou même 2apa7uW , mais jamais 2opootTi(p. Le véritable texte latin , celui qui a été inséré dans presque tous les passionnaires du moyen âge , porte en trois endroits différents la leçon Syraptim ou Syraptis , ou Syrapti , ce qui me donne le droit d’affirmer que cette orthographe était celle de la première rédaction latine. Mais cette conclusion se trouve encore confirmée par le témoignage du Liber Pontificalis. Sans doute, les textes imprimés (3) portent Soracte , mais c’est là une correction d’éditeur ; le manuscrit Vaticanus 3764 , d’après lequel on a toujours imprimé le livre pontifical jusqu’à Vignoli , porte bien Syraptim ; je m’en suis assuré, et les variantes publiées en témoignent aussi (4). Il en est de même de tous les manuscrits de la
(1) Je dis Moïse de Khorèue, car bien qu’à la fin du chapitre sur la conversion de Constantin il cite lTiistoriographe Agathange (quatrième siècle) , cette autorité n'est invoquée que pour ce qui concerne les victoires de Constantin, non pour le récit de son baptême. D’ailleurs, le texte d'Agathange que nous avons maintenant, et qui, sans être la rédaction primitive de cet historien, n’en est pas moins très-probablement le même que Moïse de Khorène a eu sous les yeux , ne fait aucune allusion à la légende du baptême de Constantin. Langlois, Historiens de l’Arménie, t. I, p. 185 ; cf. p. 101.
(2) Pour donner une idée de la valeur de ce texte, je me contenterai de dire que le martyr Timothée , auquel Sylvestre est dit avoir donné la sépulture à Rome, est identifié avec le disciple de saint Paul.
(3) ln Süvestro, n° 3, 1. 4.
(4) Y. Migne, II, p. 1538.
classe A , la plus ancienne et la plus autorisée , d’où cette leçon a passé dans le Vaticanus 3764 et dans les recensions du douzième et du quinzième siècles. Seuls les manuscrits B ont constamment l’orthographe Soracte , ce qui montre que dès le septième siècle on avait corrigé l’orthographe primitive et identifié avec le Soracte la montagne Syraptim de la légende. Mais le témoignage des manuscrits B n’a ici qu’une valeur secondaire : ils dérivent d’un exemplaire retouché loin de Rome ; et comme ils se trouvent en opposition avec la recension A , complètement romaine , c’est celle-ci qui doit être préférée. Il est donc certain que le texte original du Liber Pontificalis portait Syraptim , et comme cette leçon dérivait directement des Actes de Sylvestre, où elle s’est d’ailleurs conservée pendant tout le moyen âge , il est impossible de douter qu’elle ne soit la leçon primitive.
Ceci étant établi, voyons d’où peut venir une orthographe aussi singulière. Ni Leontius de Jérusalem ni Malala ne parlent du mont Soracte ou Syraptim. L’homélie de saint Jacques de Sarug n’étant pas publiée , je ne puis dire si ce nom s’v rencontrait et quelle en était l’orthographe ; mais elle figure dans le texte de Moïse de Khorène (1) , et nous retrouvons ici l’accord le plus singulier , même sur les petits détails , entre la plus ancienne rédaction latine et le plus ancien témoignage oriental.
Cette concordance sur la légende de Sylvestre n’est point sans rapport avec l’importance donnée à ce pontife par les histoires ou légendes arméniennes. Moïse de Khorène et Agathange (2) racontent que le roi arménien Tiridate , contemporain de Constantin , et converti dans des circonstances semblables , fit en compagnie de saint Grégoire l’Illuminateur , apôtre de l’Arménie , le voyage de Rome. Là une alliance fut conclue entre les deux souverains et une autre entre le catholicos Grégoire et l’archevêque Sylvestre. Le moyen âge broda sur ce récit une pièce fausse qui se donne comme le texte même de ces traités, et la mémoire de Sylvestre ne cessa pas d’être en grande vénération dans l’Eglise ar-
(1) . Mais là comme dans le texte grec de Combéfis et dans le Liber Pontificalis , l’orthographe primitive a eu à souffrir des conjectures des éditeurs. L'édition anglaise de Moïse de Khorène (Londres, 1736) porte Syraptim, tant dans le texte arménien que dans la version latine qui l’accompagne. Mais, en traduisant in montem Seraptium, les éditeurs William et George Whiston ont cru devoir dire en note : legendum esse arbüramur Soracte ut in actis Silvestri est. Cette conjecture a passé dans le texte de l’édition de Venise , 1841 , sans que l’on [se soit donné la peine de citer quoi que ce soit pour l’appuyer.
(2) Langlois, Hist. de l’Arménie, t. I, p. 187; t. II, p. 124.
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ménienne. Je vois , par un récit de M. Langlois , que le couvent patriarcal de Sis , en Cilicie , croit posséder d’importantes reliques de ce pontife.
Mais ce qui est plus remarquable , c’est la ressemblance entre la légende de la conversion de Tiridate et celle du baptême de Constantin. D’après les traditions arméniennes (1) , Tiridate fut d’abord un persécuteur des chrétiens. Sa fureur s’acharna en particulier contre Grégoire qui prêchait activement l’Evangile dans son royaume ; il le fit arrêter et renfermer dans le souterrain d’un château nommé Ardaschad. Cependant la vengeance divine s’appesantit sur lui , et comme Nabuchodonosor , il fut changé en bête. Pendant que l’Arménie entière était en proie à la désolation, une vision céleste avertit les sœurs du roi qu’il pourrait recouvrer la forme humaine, si l’on recourait aux prières de Grégoire. Celui-ci est délivré , revient près du roi , lui rend sa forme d’homme, le convertit et le baptise. A la suite de cet événement, toute l’Arménie embrasse le christianisme. C’est alors qu’a lieu le voyage de Tiridate et de Grégoire dans la capitale de l’empire romain .
Il n’entre pas dans mon sujet de démêler ce que ces récits peuvent cacher de faits réels et quelle part on y doit faire aux éléments fabuleux. Ce qui me semble clair, c’est qu’une pareille concordance entre deux événements parallèles , la conversion de l’empereur et de l’empire romain d’une part , la conversion du roi et du royaume d’Arménie de l’autre, ne peut être l’effet du hasard, et qu’elle acquiert une singulière importance quand on la rapproche de ce que nous avons vu sur les origines de la légende de Sylvestre , sa première apparition en Occident et la filiation des textes qui nous l’ont conservée. De tout cela il me paraît résulter d’abord que la légende n’a pas pris naissance à Rome, et , en second lieu , que son berceau doit être placé en Arménie.
Quant au premier point , il me reste à écarter un témoignage monumental qu’on pourrait être tenté de m’opposer : je veux parler du célèbre baptistère du Latran , appelé aussi baptistère de Constantin. Je dirai d’abord que cette appellation n’a rien de commun avec la légende (2). La basilique à laquelle est attenant
(1) Agathange, dans les Hist. de l’Arménie de Langlois t. I, p. 114 et suiv.
(2) M. Dollinger, Die Papslfabeln des Mi ttelallers , Munich , 1863, affirme que c'est le baptistère qui a donné lieu à inventer la légende de Sylvestre ; mais il ne donne aucune preuve et on a vu que cette opinion est contredite par tout ce que nous savons sur l'origine de cette légende.
le baptistère en question portait dans les temps anciens le nom de son fondateur; on la désignait par les mots basilica Constantiniana ; il en fut de même du baptistère , et s’il porte le nom de Constantin , cela veut dire tout simplement qu’il fut fondé par cet empereur. Le Liber Pontificalis nous a même conservé la liste des fonds de terre affectés par Constantin à son entretien. Dans l’état où nous le voyons maintenant , ce monument est l’œuvre de Xystus III (432-440). Ce pape y dédia une longue inscription qu’on peut lire encore ; il n’y est fait aucune allusion au baptême du premier empereur chrétien. Mais sur ce point rien n’est plus éloquent que le silence des Acta Sylvestri. Si la légende que ces actes racontent était née à Rome , il est impossible qu’elle ne se fût pas formée autour du baptistère dont le nom était si bien fait pour en provoquer l’éclosion.
Dans ces derniers temps on a cru voir une allusion à la légende du baptême de Constantin dans une épigramme de Y Anthologie , où l’on trouve une description de l’église maintenant détruite de Saint-Polyeucte, à Constantinople. Cette église fut fondée vers la fin du cinquième siècle ou le commencement du sixième par Juliana, fille d’Anicius Olybrius, qui fut empereur à Rome en 472. La mosaïque de l’abside représentait le baptême de Constantin , et d’après l’interprétation de feu le chanoine Bock (1) , elle le représentait dans les circonstances indiquées par la légende. On peut dire a priori qu’il ne serait pas bien étonnant que la légende constantinienne eut acquis assez de faveur dans la capitale de l’empire, vers l’an 500, pour qu’une princesse de la famille impériale put la faire représenter par la peinture ; l’histoire vraie avait alors contre elle toute la défaveur attachée à l’hérésie arienne , surtout au moment où cette hérésie était la religion nationale des Goths, oppresseurs de l’Italie. Cependant, après examen de l’épigramme citée et commentée par M. Bock , il faut répondre tout simplement qu’elle ne parle en aucune façon de la légende. Yoici leâ vers où l’auteur décrit la mosaïque :
vEv6’ ïva xai ypacpiSwv tepwv uuèp àvTuyoç oaiXrjç sariv îôeïv (Jisya 6av[xa , Tcoïucppova KtovaxavTivov , ttwç xrpoçuytbv eïôwXa , 6ey)p.à)(ov ecrêetys Xucrariv , xai TptàSoç çào; eôpev èv u'Saai yuïoc xaôvjpaç.
Le deux mots yuïa xaôifyaç ne signifient pas le moins du monde
(1) Christliche Kunstbldtter de Fribourg-en-Brisgau, janvier et février 1869 , p. 145-151.
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que Constantin se soit purifié de la lèpre en se plongeant dans l’eau baptismale; ils expriment simplement la réception du sacrement du baptême , indépendamment de toute circonstance particulière.
Les actes du juif Cyriaque.
La notice du pape Eusèbe , dans le Liber Pontificalis , est empruntée en partie aux actes du juif Cyriaque , qui contiennent un récit fabuleux de l’invention de la vraie croix par le pape Eusèbe et sainte Hélène, mère de Constantin. Ces actes, publiés par les Bollandistes au 4 juin , sont jugés par eux absurdes et indignes de foi. En les indiquant comme source du Liber Pontificalis , je dois leur donner une place tout auprès des actes de Sylvestre. Il est remarquable que ces deux récits apocryphes ont toujours fait route ensemble et qu’ils ont à peu près la même histoire. En Occident ils sont mentionnés ensemble , l’un auprès de l’autre , dans le décret dit de Gélase (1) ; tous les deux sont mis à contribution par le Liber Pontificalis et par Grégoire de Tours (2) . D’ailleurs , les actes de Cyriaque ne représentent pas plus une légende romaine que ceux de Sylvestre ; on y chercherait vainement un indice topographique qui permît d’en placer la composition à Rome. Ils ne peuvent non plus avoir été rédigés à Jérusalem. En Orient nous les trouvons commentés , comme les actes de Sylvestre, par saint Jacques de Sarug, dont Assemani cite une homélie sur ce sujet (2). C’est le plus lointain témoignage que j’aie pu recueillir sur leur compte : je ne vois aucun indice qui me permette d’aller au delà et de placer leur rédaction en Arménie.
(1) Migne, Patrol. lat. t. XL, p. 174.
(2) Hist. Franc., I, ch. XXXI Y.
(3) Assemani , I. c. Sur saint Jacques de Sarug , v. les Bollandistes , t. XII d’octobre, p. 824 et suiv.