‹ Étude sur le Liber pontificalisChapitre 7 sur 67 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LES ABRÉVIATIONS DU CATALOGUE FÉLICIEN

Je commence par faire remarquer que les documents dont je revendique ici l’attribution au texte antérieur à 530 pourraient à la rigueur y avoir été ajoutés sans que l’ensemble de ma thèse fût ébranlé. Leur caractère tout spécial , l’uniformité de leur rédaction et quelques autres ressemblances de détail, les séparent nettement du reste. On pourrait donc y voir une adjonction faite à un texte déjà constitué. Il n’en est rien cependant, du moins en ce qui concerne le texte abrégé en 530 , dans lequel ils ont laissé des traces faciles à reconnaître.

Ainsi : 1° dans la vie de Damase. Texte félicien : Fecit basilicas duas unarn ad viam ardeatinam ubi requiescit. Texte intégral : Fecit basilicas duas unam juxta theatrum sancto laurentio et aliam via ardeatina ubi requiescit.

On voit ici en passant que le texte raccourci a été obtenu par suppression et non par résumé.

2° dans la vie de Sylvestre. C’est là que se trouvent les énumérations prolixes des dotations immobilières et des vases sacrés attribués par Constantin aux nombreuses églises fondées par lui. De ce document considérable il n’est resté que bien peu de chose dans le catalogue félicien ; mais il en est resté quelque chose :

« Eodem tempore fecit constantinus augustus basilicam in palatio sessoriano ubi etiam de ligno sanctæ crucis domini nostri ihesu christi auro et gemmù conclusit. eodem tempore fecit basilicam sanctæ agnæ martyris ex rogatu constantiæ ftliæ suæ. eodem tempore fecit basilicam sancti laurcnti. eodem tempore fecit basilicam sanctorum martyrum marcellini presbiteri et pétri exorcistæ. »

Il est à remarquer que des sept basiliques de Rome dont le Liber Pontificalis attribue la fondation à Constantin , l’abréviateur

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a eu soin d’écarter les trois plus célèbres : celle du Latran, de saint Pierre et de saint Paul. Pour les cinq autres , il conserve l’ordre du Liber Pontificalis , les mêmes expressions et notamment la formule eodem tempore dont on conçoit la répétition en tête de chacun des longs paragraphes du texte intégral , mais qui dans le résumé n’a plus la moindre raison d’être.

Il n’y a donc pas lieu d'excepter les documents relatifs aux fondations. Tout ce qui se trouve actuellement dans le Liber Pontifi calis s’y trouvait avant la rédaction du catalogue félicien , et ce catalogue, loin d’être un texte primitif, est un abrégé. Pour compléter la démonstration , il me reste à étudier les procédés de l’abréviateur et à suivre en quelque sorte la trace de ses ciseaux maladroits.

Dans la vie du pape Cornélius , les deux rédactions contiennent plusieurs phrases sur la translation des corps des apôtres Pierre et Paul du cimetière ad catacumbas à leurs tombeaux primitifs. Ce passage se termine par les mots : ... palatii Neronis III. kl. jul.

Dans le texte félicien on lit ensuite : Post hoc factum fecit ordinationem unam etc. Jamais, dans aucune des rédactions, la mention des ordinations n’est introduite par une formule autre que celle-ci : Hic fecityou (quelquefois dans le texte félicien) Fecit. Les mots post hoc factum constituent donc une irrégularité. Il est facile de voir d’où elle provient. Après le texte commun ... palatii Neronis III. kl. jul. vient dans le Liber Pontificalis une longue narration tirée des actes du saint; cette narration, qui sépare les mots III. kl. jul. du texte relatif aux ordinations Hic fecit ordin. a été supprimée par l’abréviateur. Elle commence par les mots : « post hoc ambu lavit noctu » ou « post hoc eodem tempore » suivant les manuscrits. L’abrôviateur avait donc sous les yeux cette partie du texte dont il a par mégarde conservé les premiers mots. On trouve d’ailleurs un peu plus bas, à propos de la sépulture de Cornélius, un passage commun aux deux rédactions et puisé à la même source, c’est-àdire aux actes de ce pape.

Passons à un fait plus important et plus général.

Le rédacteur du Liber Pontificalis s’est servi pour la composition de ses notices d’un catalogue beaucoup plus ancien , tout à fait indépendant , publié à Rome vers l’an 354. Ce document porte le nom de catalogue libérien, parce qu’il s’arrête au pape Libère, ou de catalogue philocalien du nom de Furius Dionysius Philocalus

qui semble l’avoir rédigé : on n’y trouve pour chaque pape que la durée de son pontificat, les dates consulaires de son avènement et de sa mort , et le synchronisme des empereurs romains. Parfois , cependant , ce cadre s’élargit et comprend quelques renseignements historiques. Le tout a passé dans le livre pontifical, qui semble n’en être que le développement et lui emprunte même ses principales formules : Hic fecit... Eodem tempore..., etc. Si le texte intégral du Liber Pontificalis était postérieur à celui de l’an 530 , les développements propres à la recension la moins ancienne devraient tous porter sur des détails étrangers au catalogue de 354 ; celui-ci devrait se trouver tout entier dans la rédaction de 530 , et celle de 687, comme on la désigne, n’aurait ajouté à la précédente que des détails puisés à des sources postérieures ou en tous cas étrangers au catalogue philocalien. Il n’en est pas ainsi : le texte philocalien est tout entier dans le livre pontifical complet et partiellement dans la recension dite de Félix IV. Voici, par exemple, la notice de Fabien : j’écris en capitales tout ce qui est emprunté au catalogue de 354, et en lettres penchées, capitales ou minuscules, tout ce qui est commun au texte félicien et au Liber Pontifica lis; les lettres droites, capitales ou minuscules, sont réservées aux mots qui se rencontrent dans le livre pontifical seul et non dans l’abrégé félicien.

« FABIANVS natione romanus ex pâtre Fabio sedit ANN. XIIII. M.IJD.X. FVIT autem TEMPORIB VS MAXIMI (1 ) ET AFRICA NI VSQVE DECIO II ET GRATO et PASSVS est XII KL. FEB. HIC REGIONES DIVISIT DIACONIBVS et fecit subdiaconos septem qui sep tem notariis imminerent ut gesta martyrum in integro fideliter colligèrent ET MVLTAS FABRIGAS PER CYMITERIA FIERI IVSSIT et POST PASSIONEM El VS MOYSES ET MAXIM VS PRESBYTERI ET NICOSTRATVS DIACONVS COMPREHENSI SVNT ET IN GARGEREM SVNT MISSE EODEM TEMPORE SVPERVE- NIT NO V AT VS EX AFRICA ET SEPARA VIT DE EGGLESIA NOVATIANVM ET QVOSDAM GONFESSORES POSTQVAM MOYSES IN CARCERE DEFVNCTVS EST QVI FVIT IBI M. XI. D.XI. et sic multi chris tiani fugerunt , etc. »

La même relation entre les trois textes s’observe dans les notices de Pontien , de Cornélius , etc. Pour expliquer ces faits ,

(1) Il y a ici une lacune tant dans le Liber PontificaUs que dans l’abrégé félicien ; le catalogue de 354 porte : et maximi [et Gordiani et Philippi a consulatu Maximiani ] et Africani etc.

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M. Mommsen admet que le catalogue de 354 , après avoir servi une première fois au rédacteur de l’an 530 , avait été de nouveau mis à contribution deux siècles plus tard par l’auteur du Liber Pontificalis.

M. Lipsius rejette cette opinion et n’admet pas que le catalogue libérien ait été consulté après qu’il eut servi au compilateur de l’an 530. Au fond , M. Lipsius a raison , et l’on chercherait en vain une variante notable entre les deux rédactions dans les parties qu’elles empruntent toutes les deux au catalogue libérien. Mais il me semble glisser dans l’hypothèse lorsque , £>our rendre compte de la disparition des passages libériens dans le texte de 530 , il invente une ancienne recension de ce texte , qui n’a laissé aucune trace dans les manuscrits. La solution la plus simple est celle qui résulte de tout ce que je me suis efforcé de prouver. Le catalogue libérien est entré tout entier dans le Liber Pontificalis ; puis l’abréviateur félicien est venu , qui a coupé dans le texte de cette compilation sans s’inquiéter s’il supprimait des passages anciens et authentiques plutôt que des détails légendaires et de date récente.

Si le Liber Pontificalis avait été en s’accroissant de 530 jusqu’à 687, les choses se seraient passées tout autrement; et la différence entre les deux rédactions n’aurait pas porté sur les parties anciennes et fondamentales.

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