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arrivait à Changhaï sous le prétexte d’y établir une Compagnie de caoutchouc par actions. Il annonçait que trente ans après, la demande de-caoutchouc dépasserait certainement l'offre et'que les actions vaudraient beaucoup plus. Les actions étaient de 3 taëls à 15 taëls. Les banques indigenes, attirées par les profits, s’empressaient d'y souscrire. Quoique les banques étrangères prissent de grandes précautions, elles furent trompées aussi et firent des avances sur le nantissement de ces actions. Ainsi leur confiance montait de plus en plus et leur prix augmentait rapidement: une action de 3 taëls pouvait être vendue plus de 17 taëls ! Des banques indigènes les ramassaient ct faisaient des avances sur le nantissement des actions üe caoutchouc sans aucune difficulté. La Banque indigène de Tcheng-yuên recevait pour 4 millions de taëls de cette sorte d'actions, tandis que toutes les autres en gardaient plus ou moins dans leurs coffres.
Vers la deuxième année du règne de Siuen-t’ong (1910), l'étranger qui avait lancé ces actions quittait soudainement Changhaï, sans qu'on puisse ni le retenir, ni le faire rechercher (34). Alors la crise éclata. Le prix des actions de caoutchouc tomba rapidement à zéro. Toutes les banques indigènes subirent des pertes importante. Plus de vingt firent faillite et le directeur de la Banque Indigène de Tch'eng-yuên, M. Tchéng, se
(34) S. R. Wagel : Chinese Currency and Banking, pp. 211-219.
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suicida (35), comme M. Denfert-Rochereau, le directeur du Comptoir d'Escompte de la France, en 1889 (36). Depuis que le port de Changhaï était ouvert, les banques indigènes se développaient rapidement. Quand la révolution de T’ai-p'ing-tien-kouo éclata (1851-1864), elles rencontrèrent la première crise (37). Ensuite, la crise résultant de la guerre sino-française (1883-1885), la crise de Tie-p'iao et la crise des actions de caoutchouc, comme nous l'avons dit, apparurent successivement. Depuis vingt ans, elles ont amélioré toutes leurs méthodes d'opérations et rendu leur position sur le marché motaire de Changhaï beaucoup plus solide, quoique les banques modernes chinoises se développent rapidement sur ce marché, et que l'influence politique y apparaisse sou-
vent ! Nous allons les étudier séparément I. — CLASSIFICATION DES BANQUES INDIGÈNES
Les Banques indigènes à Changhaï peuvent être divisées en cinq classes : La première est celle appelée « Houohouei » en chinois; puis viennent celles de « Yuen-izeu », de « Heng-tzéu », de « Li-Fzeu » et de « ‘Tchén-tzéu ». Cette classification étant basée tout à fait sur le rayon d'extension des opérations et sur la puissance des capitaux, est maintenue sévèrement. Nous allons les énu-
mérer :
(35) Tai Ngai-jou, Chéng-y'i-king. (Manuel des Commerçants).
(36) J. G. Courcelle-Seneuil, Les opérations de Banque, p. »19.
(37) Yang Yin-p'ou, Chang-haï-kin-yong-tsou-tcheu-k'ai-yao, p.26.
a) Banques indigènes de premier rang, ou « Houo- Rouei-lchouang » en chinois.
Cette classe est la plus puissante des banques indigènes. Le rayon de leurs opérations est le plus étendu et les billets à ordre émis par elles ont une confiance très grande sur le marché de Changhaï. En même temps, elles sont membres de la Chambre de Compensation, des Banques indigènes de Changhaï et peuvent directement y liquider leurs effets de commerce, tandis que les autres ne peuvent entrer dans cette Chambre qu'avec leur permission. Cette opération de compensation est appelée « Houo-houei » en chinois. C’est pourquoi elles sont appelées « Houo-houei-tchouang » ou banques de premier rang.
b) Banques indigènes de deuxième rang appelées « Yuêën-{zéu-lchouang » en chinois.
Leur capital et le rayon de leurs opérations ne peuvent être aussi grands que ceux des « Houo-houeitchouang ». Mais, par certains procédés, elles peuvent entrer dans la Chambre de Compensation des Banques indigènes et y faire directement leurs opérations de liquidation. Actuellement, neuf sont membres de cette Chambre. Cette sorte de banques indigènes est appelée aussi « T'iao-tà-tsien-Tchouang » en chinois l’origine de ce nom n’est pas connue. Mais autrefois, il y avait une grande différence entre elles et celles de prenier rang. C’est que celles-là se consacraient à faire des opérations au comptant et celles-ci faisaient aussi des avances à long ou court terme. Par conséquent, à la fin
de chaque journée, les banques indigènes de deuxième
rang devaient liquider leur dette au comptant avec les autres, et envoyaient, par des porteurs, des espèces ici ou la. Cette action des porteurs est appelée « T’iao-tà » en chinois. C’est pourquoi elles sont aussi appelées « T’iaotà-tsièu-tchouang » (39).
c) Banques indigènes de troisième rang, appelées « Heng-l’zeu-tchouang », en chinois.
Leurs capitaux et le rayon de leurs opérations sont très inférieurs à ceux du deuxième rang. Toutes les liquidations de leurs effets de commerce sont confiées aux banques de premier ou de deuxième rang. Elles ne peuvent directement faire des compensations dans la Chambre de Compensation. Aïnsi tous les soirs, les banques indigènes de premier et de deuxième rang sont très occupées à liquider leurs dettes, tandis que cette sorte de banque ferme ses portes et n’en fait rien. Le fait de fermer ses portes tous les soirs est appelé « Kouan-men » en chinois. C’est pourquoi elles sont aussi appelées « Kouan-men-tiao-ta » (40).
d) Banques indigènes de quatrième rang, appelées ec Li-zeu-lchouang », en chinois.
Cette sorte de banques indigènes groupe seulement des changeurs de monnaie. Elles ne reçoivent pas de dépôts et ne font pas d’avances. Elles n’achètent ou ne vendent en gros que les espèces au comptant : soit qu’elles
(39) « Tsiên-tchouang » est le nom chinois des banques indigènes ; voir plus haut.
(4o) Li Kiuen-ch’e, Chang-haï-tche-ts’iên-tchouang, (Banques
Indigènes de Changhaï), p. 5,
vendent des taëls et reçoivent des dollars, soit qu'elles vendent des dollars et reçoivent de monnaies secondaires d'argent ou de cuivre. Elles tirent uniquement leurs profits des différences de ces changes. Quelquefois, elles font des opérations de change au détail (4r).
e) Banques indigènes de cinquième rang, appelées « Tchéng-tzeu-tchouang » en chinois.
Leurs opérations sont limitées aux changes au détail. Elles groupent des petits changeurs de monnaie proprement dits. Généralement, elles sont attachées aux petits magasins de tabac et de cigarettes situés aux endroits très vivants du marché (42).
Les cinq sortes de banques indigènes ont des fonctions distinctes sur le marché monétaire de Changhaï. Mais celles qui ont des relations très intimes ou des influences un peu plus puissantes avec ce marché monétaire, ce sont les banques indigènes de premier et de deuxième rang « Houo-houei-tchouang » et « Yuên-tzeutchouang ». Quant à celles des trois derniers rangs, elles ont peu d'influence. Toutes les conditions que nous allons énumérer sont celles des banques indigènes des deux premiers rangs.