‹ Étude sur le marché monétaire de Changhaï: au début du XXe siècleChapitre 3 sur 115 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Aspect Général du Marché Monétare de Changhaï

En moins de quatre-vingt dix ans, Changhaï est devenue la cinquième ville du monde, au point de vue de la population qui a atteint 3.156.151 habitants, d’après le dernier recensement de la municipalité du «Grand Changhaï », de la Concession internationale et de la Concession française (1). « Au v° siècle, il n’y avait encore là que des huttes de pêcheurs sur le bord d'une petite rivière, le Houang-pou, à r9 kilomètres de la mer. Un marché, un ancrage s’y créèrent, mais bien insignifiants: les grands ports restaient dans l’intérieur, à la tête ou au croisement des canaux qui traversent le delta. En 18/9, les Anglais. puis les Français et les Américains furent autorisés à installer des comptoirs. Dès lors, le commerce

et la population se développèrent très rapidement » (2).

(1) Huan Ching-shu, Building a new Shanghaï, the China weekly review, vol. 56 N° 10, may 9, 1931, p. 364.

(2) Jules Sion, Géographie Universelle, Tome IX, pp. 123-124,

ERRToe

Actuellement, ce port occupe une situation très importante au milieu des côtes orientales de la Chine, à une distance à peu près égale de la partie industrielle orientale des Etats-Unis et de la partie industrielle la plus prospère de l’Europe occidentale, Il s'ensuit que Changhaï a pris récemment place parmi les huit plus grands ports du monde. Le tonnage total de sortie et d’entrée des divers bateaux de ce port dépasse plus de trente millions de tonnes et sa place vient d'ores et déjà après New- York (3). En 1928, il avait atteint 34.586.406 tonnes (4), c'est-à-dire 22.6 pour cent du tonnage total (152.630.000 tonnes) (5) de la Chine !

Par contre, la place de Changhaï, où se concentre près de 50 % du commerce extérieur de la Chine, tend de plus en plus à drainer vers elle le grand commerce tant étranger que Chinois, en raison de sa situation privilégiée qui en fait la capitale économique de la majeure partie du territoire chinois, « Plus de 45 % des recettes des douanes sont eneaissées dans cette ville, C'est aussi à Changhaï que sont venus se concentrer, à l’abri des troubles de l’intérieur, des capitaux chinois très impor-

(3) Shina Keisai Chiri shi. (Géographie Economique de a Chine), par K. Baba, p. 249 ; Shanghaï no Kotsu. (La circulation de Changhaï), par K. Baba. (Etude de la Chine), Changhaï 1930, PP. 149-182.

(4) China, the Marilime Customs. Stalistical series, N°S » à 5. — Annual trade, Report and relurns 1928, Shanghaï, p. 6x.

(5) China, the Marilime Customs. Statistical series. N° 3 to 5.

Foreign trade of China 1929, Partie I, p. 166,

tants. Des banques en nombre toujours croissant sont ainsi dépositaires à Changhaï de capitaux décuples de ceux d’avant-guerre » (6).

D'autre part, Changhaï est situé au débouché du bassin du Yang-tseu, c'est-à-dire d’un grand arrière-pays qui à 756.000 milles carrés de superficie (7) et 200.000.000 d'habitants (8). De plus, il est à la fois le point de départ de la navigation sur le Yang-tseu et le centre des lignes de cabotage et de haute mer, convergeant d'Europe, du Japon et des Etats-Unis. « Dans l'avenir, il est possible que la prospérité extraordinaire de ce port dépasse celle de n'importe quelle autre ville occidentale. Le ralentissement actuel de l'augmentation naturelle de la population en Occident a pour conséquence que Londres, Bertin et New-York ne peuvent plus progresser ni se développer aussi rapidement qu'auparavant. Mais la prospérité de Changhaï peut encore augmenter indéfiniment. Pour toutes ces raisons, vers la fin de ce siècle, Changhaï pourrait être la ville la plus riche et la plus prospère du

monde ! » (9).

(6) Rapport du Conseil d'Administration à l’Assemblée générale Ordinaire du 18 Décembre 1930 de la Banque Franco-Chinoise pour le Commerce et l’Industrie, p. 9.

(7) The Growithe of the Yang-tze Delta, b. FE, Von Heidenstam (Journal of the north China Branch of Royai Asiatie Sociely for the

year 1922, Shanghaï, 1922, p. 23).

(8) Tchông-chan-ts'ông-Chôu. (Œuvres complètes du Dr Suii-

Yat-Sen). Tome IT, Plans des Industries, p. 30.

(9) The Economist (Londres), may, 2, 1931, p. 934.

Connaissant la position prépondérante de Changhaï, tant au point de vue commercial qu'économique, peut-on juger qu'il n’est.pas intéressant d'étudier le marché monétaire de ce port ? En outre, « Changhaï est le centre du marché monétaire de la Chine, tant au point de vue étranger que chinois. Autrement dit, il peut diriger le mouvement monétaire du marché de la Chine entière. Quant aux emprunts, ou paiements des dettes, du Gouvernement central de Chine, ce sont les banques de Changhaï qui remplissent ces services, et appuient à la fois les demandes aussi bien ordinaires qu'extraordinaires. En même temps, la plus grande partie des disponibilités en espèces de la Chine est encaissée sur ce marché, et tous les excédents des fonds de roulement de l'intérieur y cherchent les moyens de placements » (10). Pour bien connaître la condition du mouvement monétaire de la Chine, il est incontestable qu'il nous faut d’abord étudier le marché monétaire de Changhaï, et les caractères généraux de ce marché, afin de faciliter l’analyse des chapitres suivants par ces notions générales :

À. — Aspect général du marché monélaire de la Chine

Parce que les conditions économiques de la Chine entière ne se développent pas rapidement, les habitudes el l’évolution du marché monétaire sont plus ou moins en retard sur celles d'Europe ou d'Amérique. Dans la

dernière moitié du xix° siècle, envisageant le marché mo-

(to) S. R. Wagel, Chinese Currency und Banking, pp. 323-324,

nétaire de la France, Bagehot disait « Prenons, aujuuwid'hui même, une ville de province en France, et nous n'y trouvons pas un système de banque analogue au nôtre. On n'y connaît pas les chèques ; et un comptecourant chez un banquier est une chose excessivement rare, On a une caisse chez soi et on y enferme son argent. Quelquefois on dépose entre les mains du banquier le montant de longues économies, en attendant un placement solide ; mais l'argent comptant, l’argent nécessaire aux dépenses de chaque jour, on le garde à la maison. On préfère ne pas s’en séparer, et un banquier qui se lancerait dans de grandes dépenses pour en assurer la garde autrement ne ferait certes pas ses frais. Si on établissait dans une ville de province, en France, une succursale semblable à celles que la Banque nationale des provinces ouvre de toutes parts dans les villes de province en Angleterre, on n'aurait aucun succès. On ne pourrait pas, en effet, décider un assez grand nombre de Français à y déposer leur argent. Il en est de même dans tous les pays qui ne sont pas peuplés par des habitants de souche anglaise, bien qu'à des degrés divers cependant » (11). La Chine se trouve dans les mêmes conditions. Rien ne peut mieux décrire les habitudes et l’évolution d’un marché monétaire en retard !

En dehors des habitudes de thésaurisation de l'argent de roulement, il y a une autre raison qui gêne le développement des banques, mécanisme principal du marché monétaire en Chine. C’est que le taux des inté-

‘ : pe : < Fe (11) Bagchot, Lombart Street, traduction française, pp. 79 70.

rêts à l’intérieur est plus haut, et le profit des placements dans les autres entreprises beaucoup plus fort que celui des dépôts des banques. « Dans la province de Ho-nan, avant la Révolution de 1911, ies banques indigènes pouvaient encore attirer un petit nombre de dépôts ; quant aux banques modernes, elles éprouvaient beaucoup de difficultés. Les paysans ayant des disponibilités les consacraient à des achats de terrains qui pouvaient leur apporter un profit beaucoup plus solide que tous les autres placements. Faute de quoi, ils les déposaient chez de petits changeurs de monnaies où ils trouvaient en général des intérêts supérieurs de plus de 1 % à ceux des banques. Ou bien ils les employaient pour faire des transactions sur les grains, qui pouvaient leur apporter des profits élevés, de 3 % à 30 % par an ! Pour toutes ces raisons, il était très difficile aux banques proprement dites d’employer suffisamment les fonds de roulement sociaux »(12). Dans les autres provinces, telles le Chan-tong, le Tchekiang, le Ssèu-tch'ouèn, le Kouang-tong, ie Kouang-si, etc., nous ne trouvons pas de conditions meilleures, D'autre part, «la Chine est, à l’heure actuelle, le seul grand pays régi par l’étalon d'argent. Ce qui constitue un désavantage considérable, en particulier pour les effets fâcheux qu'en éprouve le commerce extérieur ei les difficultés qui en résultent dans la gestion des finances

(2) Maving-ts'ou. Tchong-houa-ying-heng-lin. (Traité des Ban-

ques de Chine), p. 42,

publiques » (13). La baisse continue du métal argent, qui s’est accentuée d’une façon si considérable au cours des dernières années, confirme bien l'impossibilité de rétablir un système monétaire normal sur la base d’un métal qui est pour les quatre,cinquièmes un sous-produit de diverses industries (14). « En 1920, quand l'argent était à son plus haut cours, qu'il était coté 1.30 dollar-or l’once (contre 26 à 30 cents aujourd'hui), on pensait que c'était une chose facile pour la Chine d'adopter l’étalon or avec peu d'argent. Mais cet argument ne tient pas debout, parce que la Chine officielle, à ce moment, n'’avait pas de fonds pour opérer ce changement, et le pays dut se contenter d’être fier de son excellent système monétaire argent ! » (15) En novembre 929, le Gouvernement chinois organisait une commission monétaire chargée d’étudier la réforme du système monétaire, pour éviter les pertes résultant de la dépréciation du prix de l'argent (16). Cette commission était présidée par l’expert américain, D'° Kemmerer. En mai 1930, elle a soumis un rapport au Ministre des Finances, concernant l’introduction par étapes de l’étalon-or. Il contient un projet de loi

visant à l'adoption d’une monnaie uniforme pour la

(13) Bulletin Franco-Chinois, Vol. XI, N° », avril-juin 1930, Revue Financière, p. 114.

(14) Revue Franco-Chinoise, Vol. XI, N° 2, 2° trimestre, 1931, PAr22

(15) Bulletin Commercial d'Extréme-Orient, Juin 1931, Renseignements commerciaux, p. 248.

(16) Rapport de la Commission Kemmerer. La Revue national»

Chinoise, 14 Avril 1930, N° :1, p. 599.

se

Chine, basée sur l’étalon-or, mais ne comportant pas la frappe d’une monnaie-or (17). Il est donc raisonnable de penser que la Chine, pour ses besoins locaux, continuera à employer beancoup de métal argent. Quant aux besoins de change de ce pays, ils seraient satisfaits au moyen de transferts sur les centres monétaires extérieurs. Quoique le Gouvernement chinois n'ait pas immédiatement réalisé les mesures préconisées par les experts, il avait l’intention sincère de travailler à une réforme monétaire : Il à créé, d’abord, une banque centrale, institution de date récente, qui est bien organisée et devient de plus en plus forte ; ensuite, depuis le 1° Février 1930, il perçoit les droits de douanes en unités or des douanes, dont le poids est de 60, 1866 centigrammes d’or pur, équivalent à ho cents de la monnaie américaine, 19.7265 pence d’Angleterre et 10.184 francs français (18).

Par contre, « pendant de longs siècles, la sapèque fut la seule monnaie en usage dans l’intérieur de la Chine. On estime que ce n’est que vers le vin° siècle de notre ère qu'apparurent les lingots d'argent. L'argent en lingots ou argent sycee, sans avoir la forme de monnaie, se présente sous des aspects très variés. Les exigences de la clientèle ont imposé aux fondeurs de lingots le respect d'usages bien établis dans chaque pays. Les lingots, au reste, ont leur valeur garantie par le peseur ou Kong-

ping, et par l'expert ou Kon-kou ; mais le poids, le titre

(17) La Revue Nationale Chinoise, N° s0, 14 janvier 1391, p. 304. (18) Revue Financière. (Revue Franco-Ghinoise, Nolume XII,

N°0 trimestre 1091): D: 120:

et la forme du lingot varient suivant les régions. L'unité de valeur est toujours le taël, unité de poids qui, n'étant usitée que, pour l'argent, est devenue en même temps monnaie de compte. Un lingot de 5o taëls est un lingot qui pèse et vaut 5o taëls. Le Haikouan taël, qui à été adopté pour le règlement des droits de douane et pour les transactions entre le gouvernement chinois et les puissances étrangères, représente un poids d'argent d'environ 4o gr. 85. La lettre de change étant depuis longtemps en usage pour les relations de ville à ville, les lingots ont peu à sortir de la ville où ils ont été fondus et cela tempère les inconvénients de leur variété » (19). Depuis que les dollars d'argent étrangers ont été introduits en Chine, ils sont devenus'des monnaies nationales par suite de Icur frappe dans le pays. Mais vers la fin de la dynastie Fs’ing, «il existait dix-neuf sortes de dollars de différentes valeurs, sans compter les nouveaux taëls et les roupies chinoises, plus une multitude de pièces de cuivre et de laiton, et une masse de pièces subsidiaires qui, une fois émises, ne sont plus reçues pour leur valeur par le gouvernement » (0). Quant aux billets de banque ou monnaies de papier, dont l’usage peut remonter jusqu’à 806 en Chine, ils subissent la même condition défavorable. Toutes les provinces, en dehors du Tche-kiang et Kiang-sou, ont émis une grande quan:

tité de billets de banque sans réserves suffisantes en

(19) Bulletin du Comité de l'Asie française, maj 1911, p. 219. (0) La situation monétaire en Chine, Revue Indo-Chinoise, oclo-

bre 1910, p. 382.

nv

espèces (21). Depuis vingt ans, malgré de grandes améliorations dans quelques provinces, la condition à encore empiré dans certaines autres. Vraiment le rapport de MM. Hanna, Conant et Jenks, de la Commission américaine chargée, en 1904, d'étudier les réformes monétaires de la Chine, a reconnu qu’il n’était pas de problème plus difficile à résoudre que ce problème monétaire chinois (22) !

De plus, les mécanismes monétaires de l& Chine ne sont pas sains. Puisque le problème politique n’est pas encore bien résolu, la Banque Centrale de Chine ne peut ouvrir des succursales dans toutes les parties de la Chine, et remplir réellement les fonctions d’une banque centrale. Chaque centre économique, dans la plupart des piovinces, a un marché monétaire proprement dit. Il n'y a pas de liaison efficiente pour toute la Chine. Pour s'adapter aux conditions locales de chaque région, les banques sont obligées de modifier leurs règlements, surtout pour l’émission des diverses sortes de billets de banque selon les coutumes des diverses villes où leurs succursales sont situées. En même temps, à cause de la pluralité des émissions et de l'inflation dans chaque ville ou chaque province, sauf dans une petite partie de la Chine, le gouvernement central ne peut véritable-

(21) E. Kann, {he Banknote Evil in China, British Chamber 0] Commerce Journal, new series, N° 107, may, 1928, pp. 1:4/115. (22) Arnauné, La monnaie, le crédit et le change, 4° édition, 1909, cité dans le Bullelin du Comité de l'Asie française, mai 1917,

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ment diriger le mouvement monétaire de toute la Chine qui se trouve ainsi dans une condition anarchique. D’autre part, les billets de banque de Hongkong ont occupe une position prépondérante en ce qui concerne les changes extérieurs et ceux des divers ports principaux du sud de la Chine (23) tandis que ceux du Japon ont obtenu la même puissance en Mandchourie, Les changes intérieurs entre Canton et Changhaï doivent passer par Hongkong, de même que ceux entre Moudken et Changhaï passent par les mains des banquiers de Dairen ou de Tokyo (24). Par conséquent, les banques anglaises et japonaises occupent une position particulière, surtout la « Hongkong and Shanghaï Banking Corporation » et la « Yokohama Specie Bank » ou la « Bank of Chosen ». D'une part, les banques indigènes dans toutes les villes de Chine s'emparent des opérations bancaires selon les coutumes anciennes et établissent des relations très intimes avec les commerçants locaux : el, d'autre part, les banques étrangères s'emparent des opérations de change extérieur, autrement dit, du mouvement monétaire de Chine. Pour réorganiser le marché monétaire de Chine, il nous faut done combler les lacunes et rendre plus fortes la Banque Centrale de Chine ou les autres

banques chinoises.

(23) Ma Ying-ls'ou. Tehong-khouo-kouo-w'ai-houei-lou'ei, (Les Changes étrangers de la Chine), 2° édition, p. 47. (4) Le yen en Chine, article paru dans les renseignements com

merciaux du Bulletin commercial d'Extrême-Orient, juillet-août 1957,

pp. 8306/5810.

Ne désespérons pas! Depuis dix ans, les conditions sé sont beaucoup améliorées. Toutes les questions énumérées ci-dessus ont attiré l'attention du gouvernement central. Quoique le but ne puisse être atteint immédiatement ni complètement, le plan de réorganisation à été mis en application. Le premier pas est l’amélioration du marché monétaire de Changhaï, qui est la capitale économique de toute la Chine, comme nous l’avons dit. Pour bien comprendre cela, il nous faut d’abord connaître la position du marché monétaire de Changhaï par rapport à celui de la Chine entière.

B. — Posilion prépondérante occupée par le marché monélaire de Changhrii el ses particularités

Le marché monétaire de Changhaï est pour la Chine ce qu'est celui de Paris pour la France, de Londres pour l'Angleterre et de New-York pour les Etats-Unis. Il a pris une position toute particulière, tant commerciale que financière et économique, ainsi que nous l'avons dit. A cet égard, sa situation est devenue prépondérante à plusieurs points de vue. Tout d’abord, il est le centre du marché des changes extérieurs de la Chine (25). Tous les marchés monétaires de l’intérieur, tels Hankéou, Tien-ts’in, etc..., calculent respectivement leurs cours de changes étrangers proprement dits en se basant sur les

cours des changes étrangers à Changhaï (26). En même

(25) E, Kann. The currencies of China, »° édit. PAT (26) Ma Ying-ls'ou, Tchoug-kouo-kouo-w'ai-houei-tlou'ei (les

changes étrangers de la Chine), 2€ édit., Der.

De

temps, il est le centre du marché des métaux précieux, de l'or et de l'argent en Chine. La majeure partie des transactions de cette sorte passe par ce port (27). Le marché des lingots d’or de Changhaï est non seulement le plus puissant de Chine, mais le maître du marché de ce genie en Extrème-Orient. Quelquefois, il étend son influence sur les marchés européens ou américains (28). En outre, le centre des réserves des marchés monétaires de la Chine est situé à Changhaï. Dans toutes les crises, ou en cas de manque d'argent à l’intérieur, on recourt à ce marché (29). En temps normal, les banquiers de Tch'äng-tch'ouenn achètent les lettres de change tirées sur Changhaï avec des billets de banque. Quelquefois, ils commandent à leurs succursales ou agences à Changhaï de les recouvrer en taëls et les y gardent en dépôt. Quand ils ont des demandes extraordinaires, ils commandent à ieurs succursales ou agences à Changhaï de les revendre sur ce marché pour acheter des dollars qui sont envoyés à Tch'äng-tch'ouenn pour faire face à leurs dettes immédiates. Ainsi, les banquiers de Tch'äng-tch'ouen déposent en général une grande partie de leurs disponibilités à Changhaï. Il en est de même pour tous les autres marchés monétaires de l’intérieur (30). De plus, Chang-

(25) E. Kann. The currencies of China, lraduclon chinoise, p. 51.

(28) E. Kann. The currencies of China, lraduction chinoise, pp. 122/195.

(29) Ma Ying-t’sou. Kiang-yen--lsi. (Collection de discours sur les problèmes économiques courants de la Chine). Vol. IV, p. 103.

(30) Ma Ying-t'sou. Kiang-yen-tsi. (Collection àe aiscous sur les

problèmes économiques courants de la Chine) Nol' AIN %p"09

haï est le plus grand marché de valeurs mobilières de là Chine, Cette sorte de marché ne se développe pas encore en Chine. Pour un pays aussi grand que le nôtre, il n'existe que deux marchés de valeurs mobilières seu lement. Ce sont la Bourse des valeurs mobilières de Pé-ping et les Bourses de Changhaï ; la Bourse des valeurs mobilières de Changhaï et la Bourse de Commerce et de valeurs mobilières de Changhaï (31). Ces deux derniers marchés sont les plus puissants. Aussi ce grand marché de la spéculation a-t-1l contribué puissamment à rendre le marché monétaire de Changhaï beaucoup plus vivant. En tous cas, peut-on nier que Changhaï ne soit la capitale düu marché monétaire de la Chine ?

En envisageant son aspect général, nous devons considérer deux faits importants

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