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cours de cinq années (de 1921 à 1925)! (80). Changhaï est le centre du marché des changes étrangers de la Chine entière. Ce service est tenu par les banques étrangères. Comment la Chine peut-elle diriger les balances de son commerce extérieur? Sur les marchés monétaires européens ou américains, le contrôle du mouvement monétaire d’un pays est une des fonctions de la Banque Centrale. Toutes les liquidations des dettes internationales de Chine doivent passer par les mains de banquiers étrangers ou des banques étrangères à Changhaï. Quels avantages le marché monétaire de Changhaï peut-il tirer de cette sortie el de cette entrée importante de monnaies dans ce port ?
2. Dépôt des revenus du Gouvernement chinois. — À Changhaï, il y a deux sortes de revenus du gouvernement chinois déposés dans les banques étrangères. Ce sont les droits des douanes maritimes et les gabelles (87), qui doivent payer les indemnités et les dettes extérieures. À la fin de la dynastie Ts’ing (1644-1911), les droits des douanes maritimes pour la garantie des indemnités et des dettes extérieures, envoyés par plusieurs services des douanes maritimes selon les contingents fixés, étaient encaissés par le gouvernement local de circuit de la Douane de Changhaï (Hai-kouan-t’ao) (82). Le gouvernement local pouvait les déposer ou les avancer aux banques locales, avant la date de liquidation des indemnités
(80) Ibid.
(81) Kia Chéu-yi. Kouàn-chouéi-yu-kouo-kjuén. (La douane et la souveraineté nationale), pp. 492-5r2.
(82) Ma Ying-tsou. Kiang-yen-tsi ; vol. IT. p. 76.
et des dettes extérieures dans les périodes de resserrementi du marché monétaire (83). Quand la Révolution de 1911 éclata, les étrangers craignant que les garanties de paiement des indemnités et des dettes extérieures ne fussent instables, proposèrent de donner à l'inspecteur général des Douanes maritimes de la Chine, un Anglais, le droit de conserver ces garanties. En même temps, les trois banques étrangères, la « Hongkong and Shanghaï Banking Corporation », d'Angleterre ; la « Deutsche-Asiatische Bank », les deux banques d'Allemagne et de Russie furent désignées pour les encaisser. C’est le début de l’encaisse des droits des douanes maritimes de la Chine dans les banques étrangères (84). Pendant et après la guerre, les deux banques d'Allemagne et de Russie furent mises en liquidation. Quoique la banque allemande ait repris ses opérations, elle n’encaisse plus les droits des douanes maritimes. Ainsi, ce service est monopolisé par la « Hongkong and Shanghaï Banking Corporation » (85). Quant aux droits des douanes intérieures dans un rayon de 5o milles autour de douanes maritimes, ils sont déposés sous le nom de compte courant de l’Inspecteur général de Ja Douane maritime de la
(83) Kouan-chouéi-lsuenn-fang-wen-li ; (Le Problème du dépôt des droits de la douane) ; Ying-hang-tcheou-pao ; N° 465.
(84) Kouan-chouéi-lsuenn-lchou-wai-kouo-ying-hang-lche-kienche; — (Petite histoire du dépôt des droits de la Douane dans les Banques étrangères), Ying-hang-tcheou-pao : N° 306.
(85) Kouan-chouéi-lsuênn-fang-wén-ti : (Le Problème du dépôt
des Droits de la Douane), — Ying-hang-lsa-lchéu, Vol. IV, N° LH.
Chine dans les Banques étrangères, et sont divisés en huit parts : sept paris étant déposées séparément dans les Banques suivantes
Hongkong and Shanghai Banking Corporation, Banque de l'Indochine,
Yokohama Specie Bank,
The National City Bank of New-York,
Banque Belge pour l'Etranger,
Nederlandsche Handel Matschappi,
et une banque russe, une autre part dans la « Hongkong and Shanghaï Banking Corporation » (86). Avant 1929, où le nouveau tarif des droits de douane maritimes de la Chine fut mis en vigueur, le total de cette perception était de 100 millions de dollars environ par an (87). Mais ils étaient utilisés par les banques étrangères !
Quant aux gabelles, elles sont encaissées dans les mêmes conditions. Ce revenu est employé pour la garantie des dettes extérieures depuis 1898, où la dette due à l’Angleterre et à l'Allemagne fut fixée. Mais, au commencement le droit d’encaissement et d'administration était encore retenu par notre gouvernement. Depuis 1913, après le grand emprunt de réorganisation, les services des cen-
seurs étrangers ont été établis pour contrôler la percep-
(86) Ma Ying-tsou. Kiang-yen-tsi ; Vol. If ; p. 77. (87) Heou Heou-pei. Tchong-kouo-kin-lai-king-tsi-fa-tehen-che (Histoire du développement économique moderne de Ja Chine) ; p.
tion, en même temps que les banques étrangères se sont emparées du droit d’encaissement ; ce sont : la « Hongkong and Shanghaï Banking Corporation», la «Deutsche- Asiatische Bank », la « Yokohama Specie Bank », etc., mais surtout la première (88). Le montant de cette perception était autrefois de 40.000.000 de dollars environ (89.
Depuis 1929, la majeure partie des droits des douanes maritimes est encaissée par la Banque Centrale de Chine, et l’autre partie perçue d’après l’ancien tarif de 5 % est encore encaissée dans les banques étrangères (90). Ainsi, actuellement, le total des droits des douanes maritimes et de gabelles, déposé dans les banques étrangères, serait de 200.000.000 de dollars environ, et plus de 45 % des recettes des douanes sont encaissées à Changhaï (91). Les banques étrangères les utilisent pour faire des avances aux commerçants de leur nationalité respective à un taux pius bas pour faciliter leur commerce. Au commencement, les dépôts des droits de douanes dans les banques étrangères ne recevaient pas d'intérêts. Plus tard, par suite de diverses conventions, ils commencèrent à four-
nir un intérêt de 0.2 %. Par contre, les banques étran-
(SS) Yen-chouéi-tsuenn-lehou-wai-kouo-ying-hang-tche - kien che ; (Petite histoire du dépôt des gabelles dans les banques étrangères). Ying-hang-lchéou-pao, N° 305.
(89) Ma Ying-tsou. Kiang-yen-lsi ; Vol. II, p. 77.
(90) Heou Heou-pei. Tchong-kouo-kin-tai-king-lsi-fa-tchen-che P: 221.
(91) Rapport du Conseil d'administration du 18 décembre 1930,
de la Banque Franco-Chinoise pour le Commerce et l'Industrie. p. 9.
gères les avancent aux commerçants étrangers avec un taux d'intérêt 0.3 ou 0.4 % environ, tandis que sur le marché monétaire de Changhaï, les commerçants chinois doivent emprunter de l'argent à un {aux variant de 0.9 % à > % ! (92). Comment peuvent-ils rivaliser avec les commerçants étrangers ? Tous les ans, sur le marché monétaire de Changhaï, il y a un fonds de roulement de plus de 100.000.000 de dollars dirigé par les banques étrangères et constitué surtout par des fonds du gouver-
nement ! Quelle situation extraordinaire !
3. Emploi des « Compradores ». — Le système de l’emploi des compradores est une des particularités des banques étrangères à Changhaï. Le mot « compra dore » est d’origine espagnole « comporar » (to buy), équivaut à « banto » au Japon et « baman » aux Îndes (93). Un « compradore » de banque étrangère est un Chinois, employé d’une banque étrangère, qui prend une responsabilité illimitée en ce qui concerne toutes les transactions entre la banque étrangère et les Chinois, et touche — d’après une convention — une commission fixée (94). Il occupe une position très importante dans les opéralions des banques étrangères sur le marché de Changhaï, Sans lui, les banques étrangères ne peuvent
rien faire, Nous trouvons quelques causes importantes
(92) Ma Ying-lsou. Kiäng-yen-lsi. Vol. If. p. 777. (93) Ma Ying-tsou. Kiang-yen-tsi, Vol. IT. rar. (94) Cha Wei-kiui. Tchong-kouo-tche-mûi-pan-tché ; (Le Sys-
tème dès compradores en Chine). p. 7.
qui expliquent l'emploi des compradores dans les banques étrangères.
Premièrement : le système monétaire de la Chine est très compliqué. Les monnaies métalliques, les billets de barique, les effets de commerce, ete., sont tous très difficiles à distinguer, surtout les billets à ordre des banques indigènes qui sont les principaux instruments de transactions entre les étrangers et les Chinois et qui occupent une position toute particulière que nous expliquerons un peu plus loin. Chacun a un caractère et une signature spéciale. Quant aux circulations, elles sont aussi compliquées. Sans un spécialiste, on ne peut éviter d’être trompé (95). C’est pourquoi les banques étrangères sont obligées d'employer les « compradores » qui connaissent bien toutes les conditions des effets de commerce et des circulations sur le marché monétaire de Changbaï.
Deuxièmement : les banques étrangères qui font des avances aux banques chinoises ou aux commerçants locaux, doivent bien connaître leurs conditions de fortune, surtout autrefois, au moment où les opérations des « Chop loans » aux banques indigènes étaient prospères. Enfin, pour bien connaître les habitudes commerciales et la langue chinoise, elles sont aussi obligées d’avoir des « compradores », employés chinois, pour faciliter leurs
opérations (96).
(0h) Ibid 0/12:
(96) Cha Wei-kiai. Tchong-kouo-lche-maüi-pan-lché ; (Le svs-
(ème des compradores en Chine), p. 4.
Généralement, lorsque les banques étrangères engagent des « compradores », elles établissent des conventions de « compradores » avec ces derniers, : chacun doit leur apporter un cautionnement de deux cent ou trois cent mille taëls de Changhaï, et, en même temps, avoir deux ou trois riches commerçants chinois comme témoins « d’Etat-civil ». En outre, les « compradores » doivent aussi faire connaître aux banques toutes leurs propriétés en garantie de leurs responsabilités, selon les conventions fixées en ce qui concerne les opérations bancaires (97). Après cela, toutes les opérations des banques étrangères sur ce marché et avec les Chinois, telles les transactions de lingots d’or et d'argent, ou de monnaies métalliques, les avances aux banques chinoises ou aux commerçants locaux, les réceptions d'effets de commerce locaux, etc... sont sous la responsabilité des « compradores ». Autrement dit, ils prennent une responsabilité illimitée en ce qui concerne toutes les opérations des banques étrangères (98).
Les services rendus par les « compradores » aux banques étrangères sont donc très grands. Ils ont des offices spéciaux (compradore office) comprenant un nombre plus ou moins élevé d'employés, quelquefois trente, dont les services sont classés comme suit : conimissaires des comptes du service des dollars, du service des billets
de banque, du service des sycees ou des lingots d’or ou
(07) Ibid. np. 15.
(G8) Ma Ying-tsou. Kiang-yen-tsi ; lol, IT p. 122.
d'argent, du service des rapports, communiquant sans arrêt les nouvelles du marché monétaire, etc... (99).
Les revenus des « compradores » peuvent être divisés en deux catégories : salaires et commissions. Le premier est de deux cents à huit cents taëls, en moyenne de trois à quatre cents taëls par mois. Mais généralement, les compradores ne les touchent pas. Ils les donnent à leurs employés. En réalité, les principaux revenus des compradores sont les commissions, surtout les commissions sur les transactions de lingots d’or ou d'argent et de devises, et celles des avances aux Chinois.
Les transactions sur le change étranger sont les principales opérations des banques étrangères comme nous l'avons dit, et par conséquent, des « compradores » pour le compte de ces banques. Généralement, ces transactions doivent passer par les mains de ces derniers qui touchent formellement une commission de 1/8 %. Si la banque étrangère vend un change étranger de 100.060 taëls, il lui faut donner au compradore une commission de 125 taëls. Au contraire, si la banque les achetait, le vendeur les lui payerait. Quelquefois, pour attirer les clients, les compradores ne touchent qu’une moitié de leur commission, c’est-à-dire 1/16 %,. {ls tou chent une commission semblable sur les transactions de
lingots d’or ou d'argent (100).
(99) Cha Wei-kiai, Tchong-kouo-lche-mai-pan-lché. (Le système des compradorcs en Chine), pp. 2
(100) Cha Wei-kiai, ibid, p. 2
ét, à
D 173 ee
D'autre part, faute de connaître exactement les cofiditions du marché monétaire de Changhaï, les banques étrangères sont obligées d'obtenir la garantie des compradores pour faire des avances aux Chinois. Ainsi les compradores peuvent agir secrètement. Ils acceptent de la banque étrangère une commission à un taux un peu plus bas et recouvrent la différence sur les emprunteurs en leur demandant un taux plus élevé. Cette différence était autrefois le grand revenu des compradores. Depuis des années, les banques étrangères connaissent de mieux en mieux la condition réelle de ce marché. Cette sorte de revenu des compradores diminue peu à peu. Mais actueliement, les emprunteurs doivent quelquefois leur donner une commission de 1.2 °/°° à 1 %, en dehors des intérêts convenus (101). Malgré tout, les compradores peuvent gagner beaucoup et jouent un rôle important dans les
opérations des banques ‘étrangères à Changhaï.
En somme, les banques étrangères profitent des compradores pour développer leurs opérations, s’emparent des dépôts des droits de douanes maritimes et des gabelles de la Chine pour augmenter leurs fonds de roulement, et monopolisent les opérations de change étranger pour diriger le mouvement monétaire international de ce port et, en réalité, de la Chine tout entière. C'est la position réelle occupée par les banques étrangères sur le marché monétaire de Changhaï ! Nous ne devons pas
l’ignorer !
(ior Yang Ying-pou. Chang-haï-kin-yong-tsou-lcheu-kai-yao, p.