‹ Étude Sur Le Massage Du Cœur Expérimental Et CliniqueChapitre 15 sur 17 · OBSERVATION INÉDITE · texte numérisé non relu

OBSERVATION INÉDITE

De M. le professeur-agrégé Jeanbrau

Plaie du cœur par coup de couteau. — Hémo-pneumothorax. — Thoracolonie, Syncope chloroformique. — Massage du cœur. — Survie de 16 heures.

Un chemineau de 32 ans, se donne un coup de couteau corse dans la région du cœur ; la lame pénètre de plusieurs centimètres entre deux côtes. Il perd connaissance et reçoit les soins du docteur Astruc, de Cournonterral. Grâce à des injections d'éther et de caléine, les deux premières Journées se passent assez bien. La plaie a été oblitérée aseptiquement quelques instants après la blessure. Mais au bout de deux ou trois jours, le blessé, dont l'état s'est aggravé, est transporté à l'hôpital de Montpellier. Il entre dans le service de M. le prolesseur Tédenat que j'avais alors l'honneur de suppléer.

A l'entrée, le blessé est très pâle : 1l est très gêné pour respirer ; il à 60 respirations à la minute, et son pouls bat à 140. L'auscultation du thorax révèle un hémo-thorax. Au niveau de la plaie, l'espace intercostal bombe, fortement soulevé par un épanchement : le cœur repoussé à droite bat sur la ligne médiane ; la gravité de l’état du malade m'engage à intervenir immédiatement. Le blessé a le pouls incomptable et 80 respirations à la minute. Injection de sérum artificiel.

Chlorojorme. — Je taille rapidement un volet costal à charmière externe de Fontan. Par la plaie pleurale faite par le en quelques instanis ; il nous a semblé qu’il s’est échappé un htre et demi de sang.

couteau, un flot de sang s'échappe, et la plèvre gauche se vide

À ce moment, le malade meurt : son facies est livide, son

cœur est arrêté, ses pupilles dilatées, le réflexe cornéen aboli. Etant donné l’état dans lequel il était lorsqu'on l'a porté sur la table d'opération, il n'est pas surprenant que le peu de chloroforme qu'on lui à fait respirer ait occasionné une syncope. Dès que je me suis aperçu que le blessé ne respire plus, Je prends le cœur à pleine main et je le comprime rythmiquement. Je sens très nettement que le cœur est flasque et vide et qu'il reste inerte dans ma main droite. Au bout d’une demiminute environ de massage le cœur se remet à battre. Je fais faire en même temps la respiration artificielle et des tractions de la langue. Mais chaque fois que je cesse de masser le cœur, celui-ci s'arrête.

Je continue donc pendant quelques minutes au bout desquelles j'ai le plaisir de voir mon blessé revenir à la vie : il respire largement, son cœur bat vigoureusement, les pupilles se contractent. J’explore alors la région et j'aperçois sur le péricarde une plaie linéaire de 3 centimètres environ de longueur au niveau du ventricule gauche. Cette plaie paraît fermée el ne laisse pas filtrer de sang. De plus le péricarde ne paraît pas distendu et ne semble pas contenir de sang. Pensant que la plaie du cœur s’est spontanément cicatrisée et que les accidents présentés par le malade étaient dus à l’hémothorax, je me borne à draîner la plèvre largement avec de oros drains et je suture le volet thoracique avec quelques crins de Florence. Pansement compressif.

Pendant toute la durée de l'opération on a injecté du sérum artificiel (environ un litre).

Suites opératoires (d’après les notes de M. Roucairol, externe du service). — Après l'opération, vers midi et demi, le pansement du malade étant rempli de sang, qui a souillé en même temps le lit, on croit à une hémorragie et on défait le pansement ; le sang ne coule plus par les drains. Nouveau pansement assez cempiessif, rapidement fait. À ce moment,

la dyspnée est aussi intense qu'avant l'opération. Injection de strychnine. Bouillotes.

A 3 heures on pratique une injection de sérum artificiel caféiné de 800 grammes environ, le pouls devient assez fort mais rapide et irrégulier (130).

.. À 6 heures et demie le pouls du m‘lade est très faible, avec des intermittences, ses mains sont froides, son corps en moiteur, on lui fait une injection de strychnine, puis on lui injecte environ 700 grammes de sérum artificiel ; pendant ce temps, comme le malade se refroidit el que son pouls est faible on lui fait un piqûre de caféine ; vers 7 heures et quart après une injection de strychnine le malade se relève et son pouls reprend de la force ; il est rapide. Le malade ne sue plus.

À dix heures et demie le pouls du malade est assez fort à la main droite, on le sent peu à la main gauche qui est froide. La dyspnée est toujours moins marquée qu'avant l’intervenion. Le facies est très mauvais, lerreux, l’écume aux lèvres, les yeux convulsés, il est sans connaissance. On lui fait une injection de 500 grammes de sérum artificiel dans lequel on met de la strychnine.

Après la mort du malade, à 2 heures, on constate que le pansement est à peine laché de sang.

À l’autopsie, liquide séro-purulent de la plèvre gauche.

Toute la plèvre gauche et le péricarde sont recouverts de dépôts fibrimeux très épais.

. Le péricarde paraît tendu normalement. Sur la paroi antérieure du ventricule gauche ecchymose ayant les dimensions d'une pièce de 5 francs. On ouvre le péricarde sur son bord droit pour rabattre en dehors toute sa paroi antérieure. Le cœur et la face interne du péricarde pariétal sont tapissés de caillots fibrineux.

Au niveau de l’ecchymose le péricarde est adhérent au

cœur. Il est nécessaire pour les séparer d'exercer une traction assez forte.

Dans la zone du cœur correspondant au centre de l’ecchymose péricardique on voit nettement une petite plaie à sinus ouvert en bas de 1 centimètre et demi de longueur avec des bords effacés et adhérents. Pas d’ecchymoses sur le cœur.

On coupe transversalement la pointe du cœur.

On introduit un couteau d’amputation dans le ventricule gauche et on l’ouvre. On aperçoit alors nettement sur la face interne du ventricule gauche au niveau d’un pilier une dépression comblée par un petit caïllot entouré de dépôts fibrineux adhérents. En exerçant des tractions sur les parois du ventricule gauche on reconnaît qu'il s’agit d’une plaie pénétrante de ce ventricule qui s’est oblitérée spontanément et solidement.

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