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ANIMAUX QUI IMITENT LES MOUSSES ET LICHENS

Quelques plantes de forme simple servent de modèle en totalité à certains animaux inférieurs. C’est ainsi qu’une espèce de Syngnathus de couleur verte et à queue préhensible s'accroche par son extrémité caudale et se laisse pendre au fil de l’eau. Dans cette position, il est presque impossible de le distinguer des algues de même couleur au milieu desquelles ils se trouve.

D’autres animaux marins, les Bryozoaires, ressemblent à de 4 S

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petites algues, à des mousses; ils forment sur les rochers des bords de la mer, sur les morceaux de bois de fines dentelles herbacées d'apparence absolument végétale. Les Flustres ressemblent même parfois à des feuilles (Flustra membranacea. F,. Folacea).

Les mousses, les lichens qui vivent sur les écorces d'arbres sont parfois imités par les animaux qui hantent ces mêmes endroits : Un petit lépidoptère l’Agriopis aprilina prend des teintes de lichens. Il en est à peu près de même de l’Acronycta psi, une de nos espèces indigènes les plus répandues (noctuelles) ainsi que l’Acronycta aceris, espèce voisine. Leurs ailes antérieures sont d’un gris blanchâtre poudré de jaune et de brun. Ces insectes se tiennent pendant le jour sur les troncs d'arbres et ne se distinguent point des lichens qui les entourent. Dans les microlépidoptères, on rencontre un certain nombre d'espèces qui présentent ce même phénomène de coloration identique à celle des lichens, mais qui, de plus, ont les ailes retournées et recoquevillées d’une façon telle qu’elles semblent s'implanter directement sur l'arbre, ce qui complète l'illusion. Cette forme ondulée rend d’ailleurs en même temps la ressemblance plus complète. Le Pygæra bucephala, d'après Wallace, ressemble, au repos, au bout cassé d’une branche recouverte de lichens.

L'exemple le plus étonnant de ce genre de déguisements nous est fourni par un orthoptère (le Ceroxylus laceratus), rencontré à Bornéo, par Wallace et qui était couvert d’excroissances foliacées d’un vert olive clair, ce qui lui donnait exactement l'apparence d’un bâton recouvert de mousse parasite. Le Dayak qui l'avait apporté, assurait que cet insecte vivant était ainsi recouvert de mousse et seul un examen minutieux put prouver que ces expansions foliacées appartenaient bien à l’animal lui-même (Darwin, Origine des espèces).

Certains hémiptères de la famille des Capsides (les Tingis, les:Aradus par exemple) sont très aplatis et présentent aussi des expansions membraniformes; il en est de même de quelques espèces du genre Phyllomorphe. La famille des Membracides toute entière, dont la plupart des formes habitent les pays chauds, est remarquable par les protubérances de son prothor'ax, Si étendues qu’elles recouvrent parfois l'animal tout entier (Centrotus cornutus. Membracis elevata. M. foliacea).

Les Puterons de rosiers se trouvent parfois en si grand nombre sur les tiges et les boutons de ces plantes et sont tellement serrés les uns contre les autres, qu'ils donnent un aspect moussu à la branche qu’ils habitent. Enfin les Cassides s’appliquent sur les végétaux et leur corps plat et tranchant sur les bords, leur donne l'air d’une petite protubérance de la feuille ou de la tige dont elles prennent la couleur. Quelques-unes qui présentent en outre des reflets dorés ont l'air, comme le fait remarquer Wallace, de gouttes de rosée sur les végétaux. Les Cochenilles femelles s’accolent sur les plantes dont elles se nourrissent et se déforment à tel point qu’elles prennent l’apparence d’une mince pellicule d’écorce desséchée ou d’une petite boursoufiure de la tige ou du parenchyme de la feuille.

Nous arrêterons ici cette étude et cette série d'exemples d'animaux ressemblant à des plantes. Nous avons vu que trés peu d'animaux supérieurs et très peu d'animaux inférieurs nous présentaient, dans l’état actuel de la science, des phénomênes de cette nature. La classe des insectes semble avoir en quelque sorte le monopole de ce moyen de protection. Nous pourrons constater que si les phénomènes d'imitation animale sont moins localisés, c’est cependant dans la même classe d’animaux qu’on en rencontre le plus grand nombre. Nous n’avons point cité tous les cas de mimique que l’on rencontre dans les

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livres; nous avons voulu seulement donner des exemples des façons les plus diverses dont elle s’accomplit. Peut-être même quelques-unes de ces ressemblances que nous avons signalées sont-elles absolument fortuites, mais rien ne dit qu’une étude ultérieure ne révélera pas des rapports biologiques, cause ou conséquence de ces analogies de formes et de couleurs.

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