‹ Étude Sur Le MimétismeChapitre 16 sur 25 · I. VERTÉBRÉS · texte numérisé non relu

I. VERTÉBRÉS

Les cas de Mimétisme sont peu nombreux chez les vertébrés, et cela est facile à comprendre, car leur forme extérieure se prête peu à tous ces changements. De plus, ayant en général une taille assez grande et étant assez bien armés d’ailleurs en vue de la lutte pour l'existence, ils n’ont pas besoin, dans l’intérêt de leur conservation, de recourir à de pareils subterfuges. De plus, par rapport aux autres embranchements, ils sont en petit nombre et forment des espèces beaucoup moins diverses, toutes conditions éminemment défavorables à la production des phénomènes de mimique.

Mammifères. — Aussi n’avons-nous, parmi les mammifères, qu’un seul cas de Mimétisme à rapporter, car on ne peut ranger dans cet ordre de phénomènes certaines apparences produites surtout par le genre de vie, par exemple l'aspect pisciforme des cétacés. Le cas de mimique bien constaté ici est celui qui nous est offert par le genre Cladobates (Wallace). Le Cladobate est un petit mammifère de l’ordre des Insectivores

ya

PE Fu .(appelé Tupaya) et auquel les naturalistes ont aussi donné le .nom de Glhsorex pour rappeler ses affinités, car, avec la

. dentition et le régime des musaraignes, cet animal ou quelques

unes des espèces de ce genre tout au-moins, ressemble à l’écureuil. Même taille, mêmes couleurs et même manière de porter la queue également longue et touffue. Grâce à ce déguisement, le cladobate pris pour un inoffensif sciuridé peut approcher sa proie sans l’effaroucher. |

Oiseaux. —.Chez les oiséaux, un certain nombre de cas de mimique ont été constatés entre animaux de la même classe. Le plus frappant est celui qui est rapporté par Wallace (sélection naturelle)et Z. Gerbe(Brehm, vie des animauæ)entre le Tropidorynchus et le Mimeta.Le Tropidorynchus où Goulin,ou Philédon appartient à l’ordre des passereaux syndactiles. Il possède un bec fort et crochu et des griffes puissantes qui lui permettent de livrer bataille aux oiseaux de proie, d'autant plus facilement que cet animal se réunit en petites troupes. Ses couleurs sont ternes. Dans le même pays habite le Wimeta. Les Mimeta sont des oiseaux qui ont été séparés de la famille des Loriots avec laquelle ils ont les plus grandes affinités. (Le type du nouveau genre est le Mimeta où Granula viridis). Au lieu des couleurs brillantes des Oriolidés, ils ont une livrée sombre et terne qui, chez quelques espèces, ressemble absolument à celle des Tropidorynchus.

Dans l’île Bouru on trouve conjointement le 7ropidorynchus et le Mimeta bouruensis qui se ressemblent parles surfaces supérieures brun foncé et les inférieures brun clair, dans l’une et l’autre espèce. La place noire dénudée périorbitaire du Tropidorynchus est remplacée chez le Mimeta par un cercle de petites plumes noires. Le sommet de la tête du Zropidorynchus a une apparence écailleuse reproduite chez le Mimeta par de petites lignes blanchâtres qui strient ses plumes. On trouve

lamême partie de couleur pâle derrière la nuque chez les deux oiseaux, et enfin, ils présentent l’un et l’autre au-dessus du bec, la même protubérance cornée, caractère unique chez les Oriolidés. *

On retrouve une imitation aussi parfaite entre le 7opidorhynchus subcornutus et le Mimeta Forsteni (île de Céram). Une imitation analogue, mais bien moins parfaite, existe également entre le Tropidorhynchus Timoriensis et le Mimeta ou Granula virescens, le type du groupe, qui habitent tous deux ‘Timor. Enfin, une imitation imparfaite aussi, existe entre le Tropidorhynchus fuscicapillus et le Mimeta phlæochromus qui habitent les mêmes localités.

Un autre exemple de mimétisme imparfait entre oiseaux, nous cst fourni par un épervier insectivore (Æarpagus diodon) et un épervier carnivore (Accipiter pileatus) qui ont les couleurs inférieures exactement les mêmes. Ce fait présente en outre ceci de remarquable que, dans les districts où les deux espèces n’habitent pas à la fois, et où on ne trouve que l’Accipiter pileatus, ses couleurs changent et il cesse de ressembler à l’autre.

Enfin, nous ajouterons à ces cas la ressemblance qui existe dans nos pays entre l’Epervier (Accipiter nisus, Pal.) et le Coucou (Cuculus canorus). Voici d'ailleurs, d’après les auteurs compétents, la diagnose des deux espèces. On verra qu’elles s2 ressemblent beaucoup. Epervier : Parties supérieures d’un cendré ardoise, parties inférieures blanches avec des raies transversales rousses et brunes, d’un roux vif sur les côtés du cou ; joues nuancées de blanchâtre, couvertures des ailes et rémiges de même couleur que le manteau. Queue de la même teinte en dessus. Bec bleuâtre à la base, noir dans le reste de de son étendue. Iris et pieds jaune citron. — Coucou: Tête, cou, parties supérieures du corps d’un cendré bleuâtre, plus

Rs foncé sur les ailes ; dessous blanc avec des raies transversales de couleur brun noirâtre, parfois gorge, poitrine ‘et côtés du cou roussâtres. Bec noir de corne ; paupières, iris et pieds jaunes. Queue noire en dessus (Degland et Gerbe.— Ornithologe européenne). Quand nous aurons ajouté que la taille est la même, on comprendra que la ressemblance est presque parfaite. Le Coucou en profite sans doute pour s'approcher des nids d'oiseaux dans lesquels il dépose ses œufs et dont les propriétaires sont paralysés par la terreur qu’inspire d’habitude son redoutable sosie.

Reptiles. — Nous rencontrons chez les Reptiles un certain nombre de cas de Mimétisme. C’est ainsi que le Sud de l’Amérique nourrit à la fois les Zlaps, serpents à crochets venimeux mais à machoires peu dilatables, ce qui les distingue des vipères, à tête couverte de grandes plaques et se continuant presque directement avec le corps, munis de couleurs vives, d’où leur nom vulgaire de serpents de corail, et quelques autres espèces qui leur ressemblent (Bates). La couleur des Ælaps est en général le rouge vif mêlé de raies noires et jaunes, variables suivant les espèces. L’Ælaps fulvius, rouge et noir, est accompagné du Pliocerus æqualis qui présente exactement la même coioration mais qui est inoffensif. La même livrée caractérise aussi à la fois l’Ælaps corallinus et V'Homalocranium semicinctum inoffensif aussi. Tous deux habitent le Mexique. Même observation pour l’Ælaps lemmniscatus et le Pliocerus elapoides. |

Un troisième groupe de reptiles ressemble aussi aux ÆVaps. C’est le genre Oxyrhopus que Wallace, par erreur sans doute, dit peut-être venimeux, car Wagler qui s’est beaucoup OCCUPÉ de ces reptiles en fait un genre voisin des couleuvres et placé comme lui dans sa section des Ophidiens non venimeux.

On trouve en effet revêtus à la fois des mêmes couleurs GS

ÉGiTE l'Elaps mipartitus, le Pliocerus eurysomus et l’'Oxyrhopus petolarius, rouges avec des anneaux noirs rapprochés et qui tous trois habitent les Andes; l’Æaps lemniscatus et l'Oxyrhopus trigeminus, à fond de coloration rouge varié d’anneaux noirs disposés trois par trois (Brésil); l’Zlaps hemiprichn, et l'Oxyrhopus formosus, à fond noir varié de raies jaunes (Amérique du Sud). Ces faits sont d'autant plus remarquables qu’on ne trouve nulle part en Amérique de serpents colorés de cette manière.

Dans notre pays, la Couleuvre vipérine a reçu son nom de l’analogie que présente sa robe avec celle de la Vipera aspis. Enfin une imitation du serpent à sonnettes à été signalée de la part du Coluber vulpinus et d’une espèce nouvelle de Pityophis.

Pour les batraciens, les observations de Mimétisme manquent. Wallace prétend bien avoir observé aux Iles Malaises de petites rainettes qu'il est fort difficile, dans leur attitude normale de distinguer de certains coléoptères ou d’autres insectes posés sur des feuilles, mais il n'indique pas quelles espèces étaient l’objet de cette imitation. |

Nous n’avons point connaissance de faits analogues chez les poissons.

Page 1