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II. INSECTES

Lépidoptères. — C’est dans la classe des insectes que nous allons observer le plus grand nombre de ces phénomènes et les plus caractéristiques. Comme les lépidoptères ont été à ce point de vue l’objet de nombreux travaux, nous allons nous occuper d’abord de cet ordre. On s'explique le grand nombre de cas observés ici, parce que l'aspect de ces animaux dépend surtout de leurs ailes dont la couleur peut varier sans entrainer de modifications organiques dans la structure du corps même de

Lys linsecte, modifications toujours très lentes à se produire. Les cas que nous allons citer seront presque tous empruntés aux Mémoires : de Bates (Sur les Héliconides de l Amazone); R. Wallace (Sur les Papilionides des Iles Malaises); Trimen (Des ressemblances mimiques chez les Papillons d'Afrique) et Boisdu val (Spécies des lépidoptères). Les figures de Berce (Lépidoptères de France) démontrent aussi quelques analogies.

Dans l'Amérique du Sud il y à une famille de papillons excessivement répandue, celle des ÆHéliconides. Malgré leurs belles couleurs vives qui semblent attirer l’attention, ces insectes sont nombreux car une odeur très âcre empêche la plupart des animaux insectivores de les manger. Ils n’ont donc pas besoin de couleurs protectrices. Ils sont au contraire imités par beaucoup d’autres espèces.

La famille des Piérides (type notre papillon blanc du chou) renferme entre autres le genre Leptalis qui est de petite taille. Le plus grand nombre des espèces qui composent ce genre sont semblables, pour la forme et la couleur des ailes, aux Héliconides, si bien que malgré la différence des caractères, des entomologistes éminents y ont été trompés. Pendant son exploration des régions qu'arrose l’Amazone, exploration qui dura 11 ans, M. Bates rapporte avoir trouvé de nombreuses espèces de Leptalis dont chacune était une copie plus ou moins exacte d’une ÆHéliconide habitant le même district. L’imitation s'étend non-seulement à la couleur mais aussi à la forme des antennes qui s’allongent ainsi que l’abdomen. Il y à plusieurs types pour la coloration des ailes chez les Héliconides. Les unes sont d’un brun rayé de noir et de jaune (G. Mechanitis). D’autres ont les ailes transparentes rayées de noir (G. Methona). D’autres, plus petites, ont aussi les ailes transparentes rayées de noir et d’orangé (G. lthomia). Tous ces types de couleurs sont imités par les Leptalides. Il est à remarquer que les espèces

d'Héliconides imitées sont trés nombreuses, très communes, très riches en individus, tandis que celles qui les imitent sont rares et pauvres en représentants.

Le groupe des Heliconides si bien protégé à d’autres imitateurs que les Leptalides parmi les autres familles de lépidoptères. C’est ainsi que quelques espèces d’'Ærycinides et trois cenres de Papillons de jour présentent des individus qui imitent les formes dominantes de certaines Héliconides (Z{honua Ilerdina p. ex., de St-Paul).

D'un autre côtè, d’autres groupes de lépidoptères que celui des Héliconides sont imités par leurs congénères. Certains représentants du genre Papilio, munis de couleurs noires et rouges qui habitent l'Amérique, le genre Sfalachtis de la famille des Erycinides ont aussi des imitateurs et présentent les mêmes propriétés, par rapport au nombre des espèces et des individus, que les Héliconides.

Un autre fait non moins extraordinaire, est l’imitation des Héliconides (des Hechanitis p. ex.) par d’autres insectes du même groupe. Le genre Neapogenus comprend des espèces d'Héliconides qui imitent celles des autres genres voisins.

Les Héliconides proprement dits sont confinés dans le Nouveau-Monde, mais 1ls ont leurs équivalents dans l'Ancien Continent dans la famille des Danaïdes et des Acréides qui ont une forme, une sécrétion, des habitudes semblables mais des couleurs moins variées (Fond noir maculé de bleu et de blanc). Ils sont surtout imités par des lépidoptères des genres Papilio et Diadema. Dans l'Afrique équatoriale on rencontre notamment un groupe de Danaïdes caractérisé par des raies alternatives brunes et blanches. Dans ce groupe, le Danaïs Niavius est imité à la fois par deux lépidoptères (Papilio hypocoon et Diadema Anthedon). A Natal, une autre variété de Danaïs porte à l'extrémité des aïles une tache blanche imitée par un papil-

are lon du même pays. Les couleurs d’un lépidoptère de la famille de Acréides (Acrea gea) sont imitées à la fois par la femelle du Papilio cynovice, par celle de l'Elymnias phegea et par le Panopea hrce, tandis que l’Acrea Euryta du Calabar est imitée par une variété femelle de Panopea hirce. De plus, M. Trimen, dans l'ouvrage précité n'énumére pas moins de seize espèces de Diadema et de dix espèces de Papilio imitant des variétés de Danaïs du même pays ainsi que d’Acrea. Dans les Indes nous trouvons l2 Danaïs Tytia à ailes bleuâtres, demitransparentes, dont la coloration se retrouve d’une manière identique chez le Papilio agestor et Diadema nama. Aux îles Philippines, l’/dæa Leuconoë à grandes ailes blanches et noires, est imité par le rare Papilio idæoïdes qui tire son nom spécifique de cette particularité. Dans la Malaisie, Wallace rapporte avoir souvent pris pour une espèce commune les Papilio paradoæa et P. œnigma qui sont rares mais copient à s’y méprendre la forme et la couleur de l'£Zuplæa midamus. L'imitation dans ce cas est poussée si loin que chaque sexe du Papilio paradoxa imite le sexe correspondant de Æ'uplæa midamus.

Un autre lépidoptère du même genre, £uplæa Rhadaman-

thus, à raies blanches sur fond bleu et noir, très commun, est

imité par le Papilio caunus. Dans la même région il y à aussi deux outrois cas d'imitation du même groupe par différents insectes du genre Diadema. On remarque encore dans la Malaisie le Papilio Thule qui imite la Danaïis sobrina, le Pa-

pilio Macarews qui imite la Danaïs aglaia, le Papilio Delesserti

qui imite une autre Danaïde d'un genre voisin Zdeopsis Daos. L'imitation se produit aussi entre lépidoptères du genre Papilio dont quelques-uns sont mieux protégés que d'autres.

C’est ainsi que le Papilio Hector noir et rouge est imité par le

Papilio Romulus, à tel point que le second a longtemps passé

pour la femelle du premier. Deux papillons noirs et jaunes à queue courte, les Papilio Antiphus et P. Diphilus sont imités par le Papilio Theseus que l’on a souvent confondu avec eux. Le Papilio Liris, de Timor, est accompagné du Papilio Œnomatüs dont la femelle lui ressemble exactement. Le Papilio Coon est imité absolument par une forme caudée de la femelle du Papilio Memnon. (Chez cette espèce, comme chez quelques autres, il y à polymorphisme des femelles.) Tous deux habitent Sumatra.

Au nord des Indes, le Papilio Doubledayi, qui n’est qu'un Papillio Coon à taches rouges, est imité par une forme analoœue de la femelle du Papilio Androgeus. M. Weswood à décrit certaines espèces du genre Æpicopera (Sphingides) comme imitant les Papilio Polydorus et P. Vanina. Enfin, un genre de Morphites, genre Drusilla, est imité à la fois par certaines espéces de trois autres genres distincts (G. Melanites, Hyantis, Papilio). Les Drusilla sont des papillons blanchâtres, nombreux, à vol mou. Une des formes qui leur ressemblent le plus est celle d’une femelle dimorphe de Papilio Ormenus. Dans l'Amérique du Nord un papillon rouge et noir, Danaïis eryppus, très répandu, est imité de très près par le Limenitis archippus qui diffère de toutes les autres espèces du genre Limenitis. Swainson fait remarquer que le Spilosoma menthastri (famille des Phalénides) espèce de papillon blanc est rejeté par les oiseaux, et doit sans doute à cette propriété d’être imité par la Diaphora mendica femelle. Nous ajouterons que nous possédons en Europe un petit lépidoptère de la famille des Æuchélies (Euchelia Jacobeæ) vulgairement appelé le Carmin du Seneçon. Cet animal a toutes les couleurs des Zygènes, en compagnie desquels il se pose fréquemment. Les ailes antérieures sont bronzées, avec deux raies et une tache rouge. Les ailes postérieures sont rouges bordées de noir. Le Zygène du trèfle a les

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