‹ Étude sur le Mouvement Patronal Catholique FrançaisChapitre 10 sur 32 · La Vie catholique, 15 mai · texte numérisé non relu

La Vie catholique, 15 mai

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Jacques. Les ruines accumulées par la guerre incitent ce dernier à ne pas reprendre le marteau quand la mort le fait tomber des mains paternelles. Jacques Harmel conçoit le projet hardi d’une profession nouvelle, plus apte à faire vivre les siens et susceptible de fournir un gagne-pain aux familles de ses compatriotes ruinés par les invasions. Dans les traditions de sa famille, Léon Harmel aura l'exemple de la sollicitude due non seulement aux proches, mais à tous ceux que les hasards de l'existence placent à vos côtés. Cette tradition explique la vénération dont sont entourés les Harmel dans les régions de Champagne et des Ardennes, où toute une partie de la population a, depuis plusieurs générations, pris l'habitude de se tourner vers eux en temps de crise ou de calamité.

Jacques Harmel organise une industrie de cardage et de filage de la laine à domicile, en vue d'alimenter les centres lainiers de Verviers en Belgique, de Reims et de Sedan en France. Le travail se fait à la main et nécessite un long apprentissage pour une population à laquelle cette industrie est toute nouvelle. Nombreux sont les déboires, mais la ténacité est une vertu de la famille dont Léon héritera à son tour. Dix ans ne se sont pas écoulés que Jacques Harmel installe sa première filature mécanique et occupe, soit à ses ateliers, soit à domicile, plus de mille ouvriers. Les traités de 1815, séparant la région de Sainte-Cécile de la France, entraînent la ruine de celui qui avait été un des premiers à exploiter en grand l’industrie des laines filées. Il rentre à l’intérieur des nouvelles frontières françaises. Après un premier essai infructueux à Signy l’Abbaye, à l’ouest de Mézières et au nord de Rethel, il s’installe à Angecourt, à mi-distance

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entre Signy l'Abbaye et la région de Sainte-Cécile, à laquelle le rattachaient tant de souvenirs. Le succès est si grand qu’un nouvel emplacement est loué à Neuvillelez-Wasigny, cette fois à proximité de Signy l'Abbaye, Le fils aîné de Jacques Harmel, Jacques-Joseph, alors agé de 25 ans, est délégué pour l'installer. Le siège de l’entreprise est ensuite transféré à Boulzicourt, sur la Vence, toujours dans la même région.

L’année 1836 marque une date importante dans l’histoire de la famille Harmel. La filature de Boulzicourt reçoit tant de commandes qu’un agrandissement s’impose, mais la force hydraulique se révèle insuffisante. Jacques- Joseph cherche un nouvel emplacement plus près de Reims. Il le trouve sur les bords de la Suippe, dans le bas du village de Warmériville. Le lieu est si agréable, une telle abondance d’arbustes et de bosquets le recouvre, que Mme J.-J. Harmel lui donne ce nom de « Val-des- Bois » qui devait entrer dans l’histoire. En 1841, la première usine sortait de terre.

Les difficultés que son père avait rencontrées à Sainte- Cécile, Jacques-Joseph Harmel les connaît dans toute leur acuité. Ici encore, il trouve une main-d'œuvre à laquelle l’industrie lainière est inconnue. Sans doute faitil venir quelques familles de Boulzincourt, mais alors se pose le poblème du logement. A tout le maître du Valdes-Bois doit suffire, malgré une grande pénurie de capitaux. Son courage et sa bonne humeur surmontent tous les obstacles. L'entreprise croît. Installation de turbines, puis d’une machine à vapeur. Parallèlement, Jacques- Joseph Harmel cherche à s'attacher sa main-d'œuvre.

1. C’est à Neuville que Léon Harmel vit le jour, le 17 février 1829.

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