Publiée dans les Acta Apostolicae Sedis
obliger à agir différemment. Elle recommande enfin l’union de tous les catholiques pour un travail commun inspiré par les principes de la charité chrétienne.
S'il y avait encore quelques doutes, Quadragesimo Anno, en 1931, devait les faire disparaître. Mais les enseignements qu’elle contient doivent être constamment répétés. Aussi, au début de 1934, une déclaration des cardinaux et évêques de France vient-elle à nouveau définir les bases de l’ordre social. Cette déclaration, dont il faut admirer la prudence des termes alliée à une haute élévation de pensée, rappelle que la morale chrétienne pose, en tout premier lieu, dans la dépendance à l’égard de Dieu, le principe du respect de la personnalité humaine reconnaissant à l’homme une personnalité naturelle, antérieure et supérieure à la personnalité juridique dont jouissent les sociétés. La morale chrétienne professe également le respect de la famille, dans laquelle elle voit une institution naturelle, nécessaire à la fois au bien et au développement individuel de ses membres comme à l’établissement de la société dont elle est la cellule initiale. La morale chrétienne n’est cependant pas individualiste. Elle proclame au contraire les devoirs de l’homme envers tous ses frères, et particulièrement envers ceux qui lui sont unis dans la société politique et nationale qui s’appelle l'Etat. A la lumière de ces principes, l'Eglise définit ainsi son attitude à l’égard des organisations professionnelles, laissant aux intéressés le soin de résoudre les questions économiques et professionnelles, leur rappelant toutefois l’obligation devant laquelle ils se trouvent de tenir compte dans leurs solutions, non seulement des intérêts matériels, mais tout d’abord des prérogatives de la personne humaine et de la famille qui sont, elles aussi, en jeu
« En face de l’économie moderne, elle affirme le droit des patrons et celui des ouvriers de constituer des associations syndicales. Elle demande à ces associations d’entretenir entre elles les relations humaines, en vue du bien commun de la profession, auquel elles sont intéressées, les unes comme les autres. Et elle suggère, à cet effet, l’institution de commissions mixtes et la pratique des conventions collectives de travail. En cas de conflit entre ces associations, elle souhaite que des organismes qualifiés d’arbitrage interviennent pour éviter autant que possible, le recours au lock-out ou à la grève, qui sont des désordres sociaux. Elle voit dans ces quelques institutions les premiers éléments de la profession organisée, sortis non sans peine du chaos de l’individualisme et de la concurrence. Elle souhaite, pour le bien de l’ordre social, que ces efforts aboutissent à constituer, sous une forme nouvelle et mieux adaptée, la corporation avec ses cadres, sa hiérarchie, son pouvoir réglementaire, sa juridiction et ses droits de représentation auprès des pouvoirs publics.
Mais les institutions les meilleures ne valent que par l'esprit qui les anime. Aussi l'Eglise ne veut-elle pas que les corps professionnels soient animés de l'esprit de lutte de classes, mais d'un esprit de justice et de charité. La justice doit pénétrer les institutions. Son efficacité se manifeste par les garanties juridiques dont chaque personne, chaque collectivité, est pourvue. Elle n’opère cependant pas par sa propre vertu le rapprochement des volontés et l’union des cœurs. C’est pourquoi la charité, qui, elle, unit par un lien spirituel les membres de la société, est l’âme même de l’ordre social.
L'Eglise appelle tous ses fils, sans distinction de classe, de nation, de race, à réaliser, chacun dans son milieu, cet ordre social. A cet effet, elle les instruit de leurs devoirs, elle les anime de son esprit, elle en pénètre les organismes où elle les invite à entrer et, par là, tout en poursuivant l’œuvre de salut qui lui est propre, elle rend aux sociétés temporelles un inestimable service ».
Ces principes, le comité directeur de la Confédération française des professions les concrétise dans la déclara-
tion suivante, à la suite de l’importante assemblée générale de juin 1934 qui avait élaboré les statuts définitifs de l'association :
« Le Comité directeur, à qui l’Assemblée générale de la C.F.P. vient de confier les destinées de l’organisation patronale chrétienne, ayant conscience des responsabilités qu'il assume, doit indiquer à ses commettants de quelles directives il s’inspirera.
Il croit plus que jamais nécessaire que, dans notre société si divisée de croyances et d’opinions et où la voix des intérêts couvre si souvent les prescriptions de la morale, des groupes se forment dans le but de maintenir et de propager, dans leurs milieux respectifs, les principes du vrai et du juste. La C.F.P. est faite pour dégager du patronat français une force organisée qui la pénètre d’esprit chrétien et de justice sociale.
Elle a, comme second objectif, d'établir, avec les organisations ouvrières, des relations qui préparent, dans l'étude des problèmes communs, les constructions corporatives de l’avenir.
Enfin, elle participe au mouvement, désormais irrésistible, qui entraîne l'Etat à se reformer et poursuit sans relâche l’application de son programme de Saint-Etienne, comportant une intégration dans l'Etat d'organismes représentatifs de la profession.
Ses méthodes se caractérisent également par un triple souci :
1° Elle tient, dans l’étude des questions sociales, un compte exact des réalités industrielles, commerciales et professionnelles, des possibilités et des opportunités que présentent les affaires, principalement dans l’état de crise que traverse le monde ;
29 Mais elle ne perd jamais de vue que la volonté coordonnée des hommes doit contrôler le jeu des forces naturelles, et tendre à un perfectionnement continu des relations économiques qui doivent être pour eux un sujet de rapprochement et non de division et de haine. Elle sait que les œuvres de production et de travail sont parmi les bases providentielles de la société humaine ;
30 Enfin, si elle est conçue comme un mouvement de masse, elle entend, d’une part, entretenir d’utiles rapports avec les organismes économiques voisins, auxquels comptent la plupart de ses membres, et, d’autre part, développer en son sein un courant de cette vie spirituelle à laquelle notre pays, désabusé, fait aujourd’hui, et de tous les côtés, si désespérément appel.
En présence du puissant développement que prend la C.F.P. son Comité directeur compte sur tous les Comités régionaux pour garder avec lui le contact le plus étroit, afin que circulent à travers la Confédération tout entière le même esprit et la même volonté ordonnée et conquérante ».