‹ Étude sur le Mouvement Patronal Catholique FrançaisChapitre 8 sur 32 · Deuxième Partie · texte numérisé non relu

Deuxième Partie

Léon Harmel

Léon Harmel

La vie de Léon Harmel, échelonnée sur plus de trois quarts de siècles, s’est déroulée sous le double signe de la charité et de l’union. Dans les nombreux ouvrages qui lui ont été consacrés 1 nous trouvons ce commentaire qui va nous permettre de situer l’homme et l’œuvre qu'il a réalisée. Il se place en 1908 — quelques années seulement avant la mort de Léon Harmel — au 7e Congrès du Tiers-Ordre franciscain à Paray-le-Monial. Au cours d’un long rapport sur les travaux de cette réunion, un congressiste écrivait : « Vous avouerai-je que je ne connaissais pas le Bon père Harmel ? Je considère que sa présence au congrès a été une vraie fortune. Cet homme est un enseignement social vivant. Quelle ardeur quand il s’agit de défendre les ouvriers ? Quelle flamme dans ce cœur d’octogénaire ! Les larmes me venaient aux yeux quand je le voyais, au réfectoire, repousser le plat qu’on lui offrait pour faire servir un ouvrier qui arrivait en retard. Il suffit de contempler cet homme pour comprendre ce que doit être la charité ». Cet esprit de charité est inné chez Léon Harmel; il rayonne de toute sa personne singulièrement attachante pour ceux qui se penchent sur cette vie tout entière consacrée au bien,

1. Nous avons fait appel surtout aux deux volumes de Georges Guitton, S.J. Léon Harmel, 1829-1915 et à celui du même auteur, Léon HarmeËt et l’initiative ouvrière, éditions Spes, Paris.

à celui des siens, de la famille agrandie que deviendra très vite son entreprise, puis de l’ensemble de la classe ouvrière à laquelle il consacrera tous ses efforts ; ne se laissant décourager par aucune rebuffade, aucune polémique, qu’elles viennent même de ceux dont il s'était fait le défenseur ou de ceux qui s'étaient attachés au même devoir social1. Cet esprit de charité va de pair avec le sens de l’union et cet homme qui n’avait nul don oratoire, ni le tempérament d’un tribun, s’en ira à travers la France soutenir envers tout et envers tous le dogme de l’union. « Recherchons tout ce qui peut nous unir. Fuyons tout ce qui peut nous séparer ». Cette vérité élémentaire de la vie sociale, il ne cesse de la proclamer. « Union, œuvre de vie ; division, œuvre de mort », cette devise est gravée sur le cachet qu’il appose en tête de ses lettres. La poussant presque jusqu’au paradoxe, il affirme que la division ne devient une réalité entre deux personnes que si l’une et l’autre le veulent ; qu’un seul s’y refuse, il y a des tiraillements, des discussions, mais pas de division. Et sur le déclin de sa vie, il prendra la résolution de ne plus même réfuter les critiques et les attaques injustes dont il était l’objet. Tels sont les deux principes dont, à la suite de Léon Harmel, le patronat catholique français va s'inspirer. C’est dans ce vivant exemple de charité et d'union dans la fraternité chrétienne qu’il puisera une compréhension totale de la doctrine de l'Eglise.

1. L'ouvrage récent de l’Abbé Robert Prélot : L'œuvre sociale du Chanoine Dehon (éditions Spes, Paris, 1936), donne dans sa IIIe partie un aperçu des luttes qui se firent jour à la fin du siècle dernier entre les différentes écoles de catholiques sociaux. Il contient également de nombreuses références à l’œuvre de Léon Harmel, à laquelle le chanoine Dehon fut, à maintes reprises, associé.

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