‹ Étude sur le nystagmusChapitre 33 sur 57 · OBSERVATION XXVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXVI

Vvafas'mus avec défaut de pigmentation, strabisme et hypermétropie inégale des Nystagm deux yeux . (Boehm, 2e obs., p. 127.)

Un jeune étudiant en droit, Gustave Ganse, fut guéri par moi, en 1850 d’un nystagmus congénital. Je trouve dans sa famille une confirmation de ce fait étiologique si important, que le nystagmus s'ajoute volontiers à une pigmentation incomplète des cheveux. En effet, de huit frères et sœurs, tous ayant les yeux bleus, six qui avaient la chevelure foncée avaient la vue saine, et deux, dont les cheveux étaient d'un jaune-paille marqué, présentaient du tremblement et de la faiblesse des yeux.

Les deux parents avaient les yeux bons, quoique bleus, et des cheveux foncés (probablement par un effet de l’âge, après avoir été blonds dans leur jeunesse).

Gustave Ganse disait que c'était vers la quatrième annnée de son existence que la maladie s'était manifestée de la façon la plus nette, probablement à cause des efforts qu'il dut faire alors pour les fixer quelque temps sur des points déterminés. Chez son frère, plus âgé que lui? de plusieurs années, le tremblement s’était aussi révélé de bonne heure, ce qui s’accordait à merveille avec son plus grand développement chez lui.

Recherchant les causes prochaines du nystagmus, nous trouvâmes l’œil droit plus fort que l'œil gauche, mais élevé à l'angle interne de l'œil par la contracture du muscle droit interne.

Cette position de l’œil, la direction oblique du rayon visuel pardessus la racine du nez, causait une déviation de la tête; si, dans cette situation, on tenait exactement un objet à cinq pouces de distance, on ne saisissait aucune trace de tremblement, tant que l'œil contracturé n’avait à faire aucun effort d’accommodation. L'œil gauche, au contraire, fixe au milieu des paupières, pouvait être pris par un observateur peu attentif pour l’œil agissant et bien portant.

L'exploration de l'œil droit montrait qu'il pouvait lire au plus à une distance de sept pouces. Les verres convexes, et non les concaves, lui rendaient la vue plus facile et plus claire pour les objets éloignés; il était donc très-faible. Des verres convexes (n° 10) de couleur bleu

moyen (3 e de mes nuances) pour lire, les verres n° 28 pour voir de gros objets à une certaine distance^ lui convenaient à merveille.

La disposition presque plate-de la chambre antérieure, la vous sure, la tension insuffisante de l’iris, expliquaient comment les verres convexes pouvaient augmenter la quantité de lumière reçue par la rétine, sans pourtant que la réfraction augmentât tellement que pour des points éloignés, la réunion au foyer des rayons lumineux se fit avant leur arrivée sur la rétine et troublât la vision. Incontestablement, outre leur faiblesse visuelle, les yeux étaient aussi faiblement réfringents, c'est-à-dire hypermétropes.

L'œil gauche ne pouvait lire à une distance de trois pouces- les verres convexes lui permettaient de voir plus nettement et plus loin quoiqu'à un moindre degré que le précédent.

Le malade pouvait à volonté se servir de l'un ou l'autre œil, mais pour cela il fallait que les objets fussent tout différemment disposés. Pour l’un, le point à viser devait être près et à droite; pour l'autre, plus loin et à gauche. Par un simple effort d'attention, il pouvait fixer tantôt l'un, tantôt l'autre des deux objets ainsi placés simultanément, sans qu'il eût à faire le moindre effort musculaire pour cela, ce qu'il croyait pourtant. A cinq pouces de distance, au point de convergence des deux axes, était un endroit très-limité, où un petit objet pouvait être vu clairement et sans tremblement.

La distribution de l'action de chaque œil fut démontrée de la façon suivante : L œil droit, orné d’un verre bleu, voyait en bleu la plus petite partie et la plus située vers la gauche d’une surface blanche placée à quelque distance, tandis que l'œil gauche, avec un verre jaune, voyait en jaune l’autre et plus grande partie située vers la droite. L entre-croisement des rayons visuels était ainsi prouvé.

En juin 1850, je pratiquai la section du droit interne sur l’œil droit, assisté par le professeur Peters ; le résultat fut :

1. Un retour graduel de l’œil au milieu de la fente palpébrale.

2. La diminution du nvstagmus, qui, dès les premières semaines, se limite aux regards franchement obliques.

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