‹ Étude sur le nystagmusChapitre 9 sur 57 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

Due à l’obligeance de M. Joffroy, interne des hôpitaux.

Commaille (Henriette), 81 ans, entre le 22 février 1869 àl 5 infirmerie de la Salpêtrière (service de M. Charcot). Cette femme a per u connaissance cette nuit, pendant une heure environ, vers une heure du matin. Dans la nuit, vers cinq heures, ^elle ne parlait pas encore

et ne reconnaissait pas les personnes qui l’entouraient. ^ ....

En ce moment, elle a eu une légère rotation de la tète a droite, avec déviation très-accentuée des yeux de ce côté. Un peu de nystagmus. Les pupilles sont assez dilatées. Elle a de légers symptômes e paralysie faciale. Le pli naso-labial droit est plus accentué que e gauche. La commissure de ce côté est un peu élevée. Les plis frontaux sont un peu effacés.

Le bras gauche est dans la résolution complète. Aucun mouvemen n’est possible. Les doigts sont tous un peu fléchis, sans qu il existe d’autres signes de contracture. La sensibilité semble très-fortemen émoussée à ce bras. La jambe gauche est également entièrement pa ralysée du mouvement, mais avec une roideur musculaire marquée. La sensibilité semble assez bien conservée. La malade pincée à cet e jambe se plaint, et il se produit dans ce membre des mouvements réflexes étendus.

1869. — Gadaud.

La température ne présente pas de différence aux membres supérieurs.

Le genou gauche est un peu. plus chaud que le droit.

La malade répond passablement aux questions qu’on lui adresse et parle assez bien quoique bredouillant un peu.

Langue blanche, humide.

Respiration un peu bruyante et assez marquée, mais pas de ronflement.

Cœur, rien.

Soir. — Elle a eu deux nouvelles attaques avec efforts de vomissements. Elle a rendu une petite quantité de bile et a cessé de parler. Depuis elle a prononcé quelques paroles. Dix minutes environ après l’attaque, on lui trouve la figure pâle et froide.

La tête est sur la ligne médiane, les yeux fermés. Les globes oculaires sont tournés à droite presque complètement immobiles; cependant par instants un léger nystagmns; bouche entr’ouverte. La malade respire bruyamment, profondément, mais sans ronflement et assez rapidement. Elle a eu le hoquet pendant un court moment.

La malade semble plongée dans un coma assez profond, mais secouée et interrogée brusquement, elle répond on bredouillant qu’ellè a mal à la tête, et désigne de sa main droite la région frontale.

La face est comme il a été dit ce matin ; le bras est entièrement flasque et presque complètement insensible. Elle ne retire pas son bras quand on le pince fortement, et il ne se produit aucun mouvement réflexe.

Le jambe est également dans la résolution avec un peu de roideur musculaire.

Pincée fortement à la jambe, il se produit de grands mouvements réflexes et la malade se plaint.

Pas de différence de température à la face ni aux membres supérieurs, mais le genou gauche est plus chaud que le droit. Température rectale, 37° I|2.

23 février. Pouls, 18. La malade est couchée, avec la tête tournée à gauche, mais on la ramène assez facilement sur la ligne médiane et même à droite. Mais il y a toujours une tendance manifeste à la rotation à gauche.

Les yeux sont toujours tournés à droite, mais moins qu’hier. La malade est dans le coma, mais on l’en tire facilement en la remuant, en la pinçant, et alors la malade se plaint et parle en bredouillant.

Les membres paralysés sont toujours dans le même état; flaccidité au bras et un peu de roideur musculaire à la jambe.

T, température est beaucoup plus élevée au genou gauche quau droit mais cette différence de température n’est pas marquée TT le lom-’du membre ; elle ne l’est qu’au genou. Les bras sont égalent à la même température ; cependant au coude il semble y avoir 1 “différence à l’avantage du côté paralysé, toutefois moins considérable qu’aux genoux. Température rectale, 38. 2[5. Du côté gauche paralvsé, il y a sur la fesse une plaque érythémateuse qui n existe pas du côté opposé, mais il n’y a pas d’eschare.

F Soir. La malade cause par moments, mais on ne peut compren¬

dre ce qu’elle dit. , „ . .

Rotation marquée de la tête àgauche;les yeux sont fermes, les paupières relevées, on voit que le globe oculaire regarde en avant j il n y a plus de rotation k droite; il n’y a plus de nystamus. Ses pupilles sont égales et assez dilatées. Tout le membre supérieur gauche est plus chaud que le droit. Au membre inférieur, il n’y a que le genou gauche qui soit plus chaud que le droit.

La malade vient de tousser avec une toux grasse, indiquant la présence de mucosités dans la trachée ou 1 arrière-bouche.

Toujours flaccidité du bras et une certaine tonicité musculaire au membre inférieur. Température rectale, 38°, 1 [5.

24 février, matin. — Coma profond dont on ne peut pas la tirer ; ne parle plus. Yeux fermés. Tête fortement tournée à gauche. Les yeux sont : celui de droite tourné sensiblement directement en avant, celui de gauche un peu tourné à gauche ; pas de nystagmus. Paralysie faciale gauche ; la malade fume la pipe.

Même état des membres. Seulement, il n’y a pas ce matin de différence de température bien marquée. La différence la plus sensible serait en faveur du bras droit qui serait plus chaud que le gauche.

Sur la fesse gauche, au lieu d’élection, l’épiderme se détache laissant à nu le derme ecchymosê.

À droite, au lieu symétrique, il y a une très-faible rougeur érythémateuse. Température rectale, 39°,;2/5.

Soir. —Même état que ce matin. Coma profond. La malade se met à ronfler. Pas de rotation de la tête ; pas de déviation des yeux. La face est très-rouge ; le côté gauche plus chaud que le droit. Les avantbras et les mains sont très-chaudes, mais sans différence. Le genou gauche est froid. Le genou droit non paralysé est chaud. Toujours peu de contracture. Température rectale, 39°, 2io.

25 matin. — Coma profond; respiration assez rapide, bruyante, un peu de stertor ; pas de ronflement. Soulèvement de la langue se faisant un peu avant celui de la poitrine. Les yeux sont fermés. L’œil

droit regarde à droite avec pupille dilatée; 1 œil gauche regarde un peu à gauche, avec pupille beaucoup plus petite.

Pas de différence de température à la face ainsi qu aux membres supérieurs; très-peu aux genou gauche qui est plus chaud que le droit.

Le larynx s’abaisse notablement a chaque inspiration. Pouls fréquent, faible, extrêmement irrégulier.

Muguet. Température rectale, 40°.

Soir. — Pas de différence de température. Coma très-profond. Résolution générale. Rotation de la tête à droite. Les yeux -sont fermés, regardant en avant; celui de droite un peu à gauche. Respiration, 28. Température rectale, 40°.

Nécropsie. — Sur la partie supérieure droite de l’aponévrose épicrânienne ^ on remarque une coloration rosée plus foncée qu’à gauche.

| Méninges. — La dure-mère étant mise à un, on la voit violacée, imbibée de sang, et quand on l’enlève à droite, on la trouve adhérente aux circonvolutions, et on amène avec elle un peu de substance grise.

Les veines de la pie-mère sont gorgées de sang. Du côté gauche et à la partie antérieure du lobe frontal, adhérence du même genre, mais moins forte.

Les circonvolutions sont aplaties, tassées dans les deux hémisphères, et la surface du cerveau présente une coloration vineuse, violacée, générale.

L’hémisphère droit est, dans toute sa partie antérieure, on ne peut -plus ramolli.

Le cervelet ne participe pas à la coloration générale, non plus que la protubérance ; les autres points des centres nerveux encéphaliques présentent une coloration pâle, comme on l’observe à l’état normal.

Sur la dure-mère crânienne, au niveau du lobe droit du cervelet, dans la fosse occipitale interne, inférieure, droite, arborisation vasculaire assez marquée.

^a protubérance est élargie, et la coupe paraît avoir été aplatie d avant en arrière et de haut en bas. La partie gauche est plus que doublée , tandis que la partie droite ne présente qu’un volume normal.

Le pédoncule cérébral gauche est également élargi ; il paraît à la coupe d’un volume supérieur à celui du côté droit, du double environ.

Le pédoncule du côté droit présente le volume et l’aspect ordinaires.

7 ___ La pie-mère est assez adhérente, et s’enlève

Hémisphère gai « • longeme nt occipital du ventricule latéral

par fragments. ^ ^ mêin e prolongement} on trouve deux

et à la partie .. le prem i e r 3 surtout, assez considérable et

foyers de wm»" diatemeot à l’extrémité postérieure du ventricule.

faisant sui ‘ L’hémisphère droit est dans uu état de ra-

Hémisphere dro ■ nsformé en une bouillie informe, sur-

mollissement tel qu Dans ,, irtî|] . e «^tide, dans l’artère syl-

(outàsaparùe I ^ antérie ure du côté droit, on trouve un Sl“tdt! rouge, granuleux, assez adhérent, et qui ne date eertame-

mentque de quelques jours^^^ à peine reC onnaissables, sont

Lacouc e P j Tout l’hémisphère est ramolli, mais avec une

r m éf- e ctionT“s-prononcée. La substancecérébrale, réduiteenbouilUe, tumefaetion.tr p ^ à une sirosité rûU ssàtre qui l’impregne.

em c"issemènt présentait l’aspect d’un ramollissement ancien

Tl n’a pa« été fait d’examen microscopique, et les renseignements ne

nous apprennent pas que la malade fût hémiplégique avant 1 attaque

^ U (^ependant,^encore*une fois, dans bien des points, la matière ramollie avait cet aspect granuleux, jaune roussatre, particulier ramollissements anciens. . . , , , -.

Cavité thoracique. — Cœur. Le péricarde est incise et prese® tous les signes d’une ancienne péricardite localisée à la base et a toute

la partie antérieure. a

Pas d’insuffisance des valvules aortiques. Le muscle cardiaq mou, flasque, de couleur brune; un peu d’induration des valvules aortiques, mais aucune lésion empêchant le jeu regu 1 er e c organe.

Le foie est aplati considérablement. . . -,

Le canal cvstique est dilaté, ainsi que la vésicule i îaire, par nombreux calculs. On trouve de la bile dans le cana cys ique, qm renferme en même temps des calculs du volume d une pe 1 e non et qui sont en train de sortir. .

La crosse de l’aorte et l’aorte thoracique sont couvertes de plaq athéromateuses, mais sans aucune ulcération. L aorte escen an e presque saine. .. „ .■

Meins .— A la surface du rein droit, il existe une excava 10 ^

moignant d’un ancien infarctus. La coupe à ce niveau ai voir e infarctus anciens.

Cette observation porte à soixante le nombre des faits qui

nous servent pour l’étude du nystagmus dans les affections cérébrales chez l’adulte. Nous ne les citons pas tous in extenso, pour ne pas dépasser les proportions d’étendue que nous avons imposées à ce travail. Nos lecteurs voudront bien se reporter aux diverses publications que nous avons toujours soin d’indiquer.

Voyons maintenant ce que nous donnent les autopsies.

De môme que la déviation conjuguée des yeux et la rotation de la tète, le nystagmus existe principalement dans les cas d’hémorrhagie cérébrale et de ramollissement. Chez les malades dont M. Lépine rapporte une assez longue histoire, il s’agissait d’une hémorrhagie méningée, mais on a trouvé sur l’un d’eux des points de la substance cérébrale ramollis, et dans les deux cas des extravasations sanguines assez considérables dues à la rupture de petits anévrysmes, dont le microscope avait révélé la présence. Du reste, la nature de la lésion ne parait pas avoir d’influence sur la production du tremblement oculaire. Presque toujours, le ramollissement et l’hémorrhagie se trouvent réunis ; cinq fois il n’y a eu que de ramollissement, quatre fois l’hémorrhagie était seule, partout ailleurs ces deux lésions se compliquaient mutuellement.

Le siège de la lésion n’a pas une plus grande importance. Sauf les parties antérieures des hémisphères cérébraux qui ne sont lésées dans aucun cas, il ne semble pas y avoir de lieu d’élection, de territoire spécial devant donner naissance au nystagmus. Deux fois, en effet, la substance grise des circonvolutions du lobe sphénoïdal était atteinte, trois fois on a trouvé les méninges malades, une fois comme dans le cas que nous rapportons, il y avait ramollissement et hémorrhagie dans la substance grise avec altération des méninges, une seule fois aussi c’était, dans le centre ovale. Il nous a semblé que le siège le plus habituel des lésions était le corps strié et la couche optique. Puis viennent les pédoncules cérébraux. Dans l’observation que nous donnons, le cervelet et surtout la protubérance ont été atteints; la lésion est même assez singulière. Il est fâcheux que l’examen

microscopique n’ait pas été fait, peut-être eût-il été possible de considérer cet aplatissement de la protubérance comme le régulât d’une dégénérescence secondaire.

Si nous en croyons l’analyse de nos observations, toutes ces lésions qui sur le vivant ont donné lieu, entre autres phénomènes, à du nystagmus, existent plus souvent à droite qu’à gauche. Nous les trouvons, quelles qu’elles soient, ramollissement ouhémorrhagie, onze fois du côté droit etquatre fois du côté gauche. Nous avouons ne pouvoir trouver nulle part la raison de cette préférence pour le côté droit, ni dans l’examen minutieux des symptômes concomitants, ni dans la physiologie pathologique. Dans toutes les observations de déviation conjuguée des yeux sans nystagmus, les lésions sont aussi beaucoup plus fréquentes à droite qu à gauche. Est-ce la une pure coïncidence, ou bien le ramollissement et l’hémorrhagie étant euxmêmes plus fréquents à droite, pouvons-nous expliquer tout naturellement ainsi la plus grande fréquence de la déviation conjuguée avec ou sans nystagmus dans les lésions du côté droit? Il nous serait bien difficile d’apporter des preuves à l’appui de cette opinion, nous n’en voyons pas. Au contraire, le siège de prédilection des caillots emboliques dans le cerveau étant l’artère sylvienne gauche, nous devrions avoir par là. même des ramollissements plus fréquents à gauche.

Ce n’est donc pas l’anatomie pathologique qui peut nous donner la solution que nous demandons. Nous serons peut-être plus heureux dans l’examen des signes.

Une chose nous frappe tout d’abord, quand nous analysons les faits, c’est qu’il y a toujours apoplexie dans les cas de nystagmus. Sauf une exception (1) où la malade parait avoir conservé sa connaissance tout en perdant la parole, les phénomènes apoplectiques, l’ictus ont toujours marqué le début de la maladie.

(1) Prévost. Loc. cit., obs. XXV, p. 35.

Dans toutes les observations, on voit aussi que l’hémiplégie a été complète et du côté opposé à celui de la lésion. Une fois elle était incomplète, mais il y avait de l’hémiplégie faciale. Dans le cas rapporté plus haut, l’hémiplégie faciale est également signalée.

Tantôt on a noté de la flaccidité, surtout dans les ramollissements, tantôt de la contracture ; parfois, ces deux troubles de la motilité existaient côte à côte. Mais pourquoi la contracture estelle plus fréquente? Nous n’oserions établir aucune relation entre ce symptôme et le tremblement oculaire, bien que nous l’ayons rencontré plus souvent dans les cas de déviation seule que dans les cas de déviation avec nystagmus.

Nous n’avons pas à parler beaucoup de l’état des mouvements réflexes et de la sensibilité qui sont presque aussi souvent conservés que diminués, ou entièrement abolis.

L’examen de la température ne donne pas de renseignements plus précis. Les membres paralysés sont d’abord plus chauds que les membres sains, mais l’équilibre ne tarde pas à s’établir entre eux. La température générale du corps prise dans le rectum est finalement élevée jusqu’à 38, 39° et même 41 et 42° (obs. 1, de Lépine.)

Avec cela les mouvements respiratoires sont en général profondément troublés. D’abord ralentie, la respiration prend bientôt un caractère stertoreux, et les mucosités arrêtées dans les bronches et la trachée finissent par la rendre tout à fait embarrassée.

Tous ces symptômes n’ont probablement rien de commun avec le nystagmus, ils indiquent seulement un trouble profond de 1 innervation centrale et de l’innervation vaso-motrice. C’est à cette cause générale qu’il faut attribuer la formation d’eschares au sacrum, qui viennent ajouter à la gravité du pronostic et contribuer à la fin rapide de la maladie.

Mais il est d’autres signes plus précieux parce qu’ils sont en connexion beaucoup plus intime avec le nystagmus; nous vou-

parler de la déviation conjuguée des yeux et de la rotation ° la tête Nous avons déjà dit que la déviation conjuguée des avait été parfaitement étudiée par le D r Prévost. On sait ye v, ne s ’ a git point là de strabisme ; car pour l’envisager ainsi ^faudrait admettre qu’il y a à la fois strabisme externe sur un œil et strabisme interne sur l’autre. Or, le rapport des axes optiques entre eux n’est point changé ; leur direction est seulement déviée- le malade a une tendance à regarder du côté opposé à la paralysie, par conséquent du côté de la lésion. Si on lui dit de regarder à gauche, par exemple, quand la déviation est à droite, il ne peut obéir que très-incomplétement à cette invitation. Jamais les iris n’atteignent l’angle palpébral opposé; leur bord peut à peine dépasser le milieu de la fente des paupières, et encore il est impossible aux malades de maintenir longtemps dans cette position leur regard qu’une force invincible ramène bientôt vers la direction première.

C’est là un signe important des maladies de l’encéphale. Eh bien ! toutes les fois qué les lésions donnent lieu à du tremblement des yeux, il y a en même temps de la déviation conjuguée. En était-il de même dans les cas de traumatisme rapportés par Bright et Mackenzie? C’est possible, mais on ne la pas noté. Cela ne veut pas dire que le premier accompagne forcément la seconde. Sur 89 observations dépouillées par nous, 13 fois seulement nous avons trouvé du nystagmus, mais jamais ce dernier n’existait sans qu’il y eût en même temps déviation conjuguée des yeux.

Du reste, ce nystagmus est essentiellement passager j on ne le saisit souvent que par instants. Quand il a une véritable durée, elle n’est guère que d’un jour ou deux tout au plus. Nous regrettons beaucoup de n’avoir pu étudier ce phénomène par nous-mème, et sans doute il y aurait lieu d’observer avec soin son apparition et sa forme ; tout ce que nous pouvons dire, c’est que la déviation des yeux persiste très-souvent, bien que le tremblement lui-même ait cessé d’exister, mais jamais nous ne 3869. - Gadaud. 4

voyons le nystagmus survivre à la disparition de la déviation des yeux*Il y a là comme une subordination de l’un à l’autre, témoin notre observation de la femme Commaille : le premier jour, déviation des yeux à droite et nystagmus; le deuxième jour, les yeux sont encore tournés à droite, avec un peu de nystagmus; le soir, plus de déviation, le nystagmus a disparu; enfin, à partir du troisième jour, la déviation a cessé, le nystagmus n’a eu garde de se montrer. Le nystagmus est donc le compagnon fidèle, mais respectueux de la déviation, il suit et ne précède jamais.

Comment se comporte-t-il par rapport à la rotation de la tète? Absolument de la même manière. Il existe toujours au moins une inflexion très-marquée de la tète dans le même sens que la déviation desy r eux, c’est-à-dire du côté de la lésion, et du côté opposé à la paralysie. Nous dirons même que le nystagmus et la rotation de la tête paraissent plus intimement unis que la rotation de la tète et la déviation conjuguée des yeux. Dans toutes les observations de M. Prévost, jamais la rotation de la tête n’a fait défaut quand il y avait du trémulus, tandis que sur 47 malades qui présentaient de la déviation oculaire, sans nystagmus, 12 fois la rotation de la tête n’a pas été notée. Cette tendance qu’ont nos hémiplégiques à diriger leur tète dans un sens déterminé est tellement invincible qu’on ne peut souvent lutter contre elle sans provoquer de la douleur. Elle est, suivant nous, la cause de la contracture et de la tension des muscles du cou, dont il est parlé dans bon nombre d’observations.

Mentionnons encore, pour ne rien omettre, l’état des paupières et des pupilles. Le plus ordinairement abaissées, surtout aux approches de l’agonie, les paupières n’offrent aucune particularité importante. Cet état dépend évidemment de la paralysie, car lorsque l’une d’elles est plus abaissée que l’autre, c’est toujours du côté de l’hémiplégie qu’on observe le ptosis. Nous en dirons autant des troubles qui surviennent du côté des pupilles. Elles sont tantôt égales, tantôt inégales, dilatées ou bien

contractées; les variations de lenr motilité n'ont absolument rien de négati f sur lequel nous appuyons à dessein

M “ S • nt cette étude clinique, c’est l’absence complète de di-

e ïTeîde strabisme, coïncidant avec l’existence du nystogpl ° pl r s tous les cas que nous avons passés en revue. Et parou’on observe quelquefois les deux premiers dans les

,a llexi s cérébrales, c’est donc que les mouvements des yeux apoplexies cer ^appartiennent pas au groupe

rTrd 6 dont l’appareil de la vision est ordinairement le théâtre. Nous reviendrons plus tard sur ce point.

En somme, rotation de la tète, déviation conjuguée des yeux et nvstagmus sont trois phénomènes coexistants et reunis par un lien commun. Telle est du moins la réponse que nous donne l’analyse des faits cliniques. La physiologie va la confirm .

g III. Expériences sur les animaux.

Dès nos premières études sur le sujet qui nous occupe nous avons tenté de produire le nystagmus sur les animaux vi anb en enfonçant dans le cerveau la pointe d’un cseau fin ou d un scalpel, la calotte crânienne étant préalablement enleie . nous opérions sur des rats blancs, et ces animaux support a malles mutilations de ce genre. L’hémorrhagie mettable et abondante qui en résulte les tue généralement avant la fi l’expérience. Aussi n’avons-nous obtenu que très-peu e c . Cependant, en faisant pénétrer à plusieurs reprises 1 mstrumen piquant dans les parties postérieures vers la protu erance, avons toujours vu les animaux courber fortement leur corps en arc du côté de la lésion. Cette courbure ne se produisait d abord que passagèrement et après chaque piqûre, puis e e e permanente et l’animal restait hémiplégique du cô e °PP à la lésion. Il y avait aussi une inflexion très-marquée de la tête dans le même sens. Puis survenaient des mouvements conv

dans les muscles de la face, dans les paupières et dans les oreilles qui se traduisaient par le tremblotement des soies de l’animal Jamais, il est vrai, nous n’avons vu de nystagmus bien marqué mais il nous a été possible de constater qu’au moment de l’inflexion du corps et de la tête, les yeux se déviaient légèrement la pupille se dilatait et les globes oculaires exécutaient des mouvements alternatifs de retrait et d’issue dans leurs orbites Nous n’obtenions, rien après la blessure des parties antérieures du cerveau.

Certes nous ne verrions pas dans ces tremblotements des yeux une sorte de nystagmus si nous n’avions par devers nous des faits plus positifs auxquels on peut assimiler les nôtres jusqu’à un certain point.

Voici d’autres expériences plus concluantes et qui, par cela même qu’elles ont été entreprises en dehors de toute idée préconçue, ont à nos yeux une très-grande autorité. C’est encore la thèse de M. Prévost qui nous les fournit (1). On trouve rapportées dans ce travail onze expériences, parmi lesquelles il en est trois (expériences 1, 7 et 9) pratiquées sur une chienne et sur deux lapins, qui sont extrêmement instructives.

Une plaie faite sur le côté droit de la tète pénètre profondément dans 1 encéphale. Ces lésions produisent, comme on le voit surtout dans l’expérience n° i, une hémiplégie du côté opposé avec abolition de la sensibilité. Comme chez nos malades on trouve du nystagmus passager. Il est très-léger, c’est vrai; mais ce fait n’a pas lieu de nous surprendre, vu la moindre étendue des désordres. Il accompagne des mouvements de manège très-manifestes de gauche à droite, avec déviation des

yeux, très-intenses d’abord, puis s’amoindrissant graduellement. On observe en même temps le clignotement des paupières. Les pupilles, inégalement dilatées d’abord, se contractent plus ard et restent toujours sensibles à l’action de la lumière et de P n n, ce qui complète bien l’analogie avec les phé-

{*) Prévost. Loc. cit., p. 104.

nomènes pathologiques, pas de strabisme, pas de diplopie. Une seule fois (expér. 1) il y a eu perte de la vision ; mais nous prierons le lecteur de remarquer que cette amaurose existait sur l'œil he seulement, c’est-à-dire du côté de l’hémiplégie. Elle est donc le fait de la lésion même et ne se rattache pas directement à la cause à laquelle nous attribuons le nystagmus. Les animaux survivent à ces troubles, et après les avoir sacrifiés, on trouve à l’autopsie une blessure superficielle du lobe sphénoïdal, mais allant intéresser plus profondément le corps strié ou la couche optique.

M. le D r Tillaux, professeur agrégé de la Faculté de médecine et chef des travaux anatomiques des hôpitaux, a bien voulu nous faire part d’un détail curieux qu’il a constaté une fois dans le courant d’expériences nouvelles pratiquées par lui en ce moment à l’amphithéâtre de Clamart. Sur un chien de forte taille, dans le sang duquel il injectait une notable quantité d'air par le bout périphérique de l’artère brachiale, ce savant chirurgien a vu se produire entre autres phénomènes du nystagmus. A l’autopsie, il a trouvé des lésions dans les parties postérieures du cerveau et rien dans les parties antérieures. Ces expériences étant inédites, nous ne sommes pas autorisé à en donner plus amplement connaissance.

§ IY. — Qu’indique le nystagmus symptomatique dune lésion de F encéphale ?

Le résultat nous parait clair ; la clinique et l’expérimentation sont d’accord. Qu’est-ce que cela prouve? Deux choses :

1° Au point de vue du diagnostic, le nystagmus est un symptôme passager qui appartient aux altérations morbides des parties postérieures du cerveau, comme l’aphasie à celles des parties antérieures. Il indique, mais non sûrement, une lésion des parties profondes, corps strié, couche optique ou protubérance, soit par un traumatisme, soit par un processus pathologique. 11 complique des signes secondaires, tels que la déviation

conjuguée des yeux et la rotation de la tête qui viennent euxmêmes se grouper autour des manifestations fondamentales des maladies de l’encéphale, hémiplégie, contractures, convulsions, etc.

2° Au point de vue du pronostic, c’est un symptôme grave de lésions étendues qui survient au milieu du cortège des phénomènes les plus fâcheux. Bien qu’il disparaisse quelque temps avant la mort, il est l’avant-coureur de l’agonie, et nous ne pensons pas qu’il faille atténuer cette signification fatale, comme l’a fait le professeur Yulpian (1) pour la déviation conjuguée des yeux.

Reste maintenant à expliquer la nature et à trouver, s’il est possible, la raison physiologique de ce nystagmus, point qui n’a été abordé, que nous sachions, par aucun auteur.

La variété des lésions, leur siège multiple, le caractère même du symptôme que nous avons toujours vu exister temporairement chez nos malades et chez les animaux mis en expérience ne nous permettent pas d’en rapporter la cause à la blessure d’un centre spécial siégeant dans le cerveau.

Suivant nous, il faut considérer ce phénomène comme un trouble fonctionnel dû à une altération de voisinage. Schiff et Brown-Séquard (2) ont beaucoup insisté sur ce point de la physiologie du système nerveux, à savoir, que le siège des lésions dans les centres nerveux n’est pas toujours le point de départ immédiat des manifestations fonctionnelles anormales qu on observe a leur suite. Ces lésions agissent souvent comme agent excitateur des parties voisines, et les phénomènes qu’elles déterminent alors sont plutôt des actes que l’on peut appeler consensuels que des symptômes directs.

Cette explication nous satisfait pleinement, car elle s’ap-

(1) Thèse de Prévost, p. 78.

(2) Schiff. Physiolog. des Menschen. Lahr, Brown-Séquard. Journal de physiolog., t, ]

rfaitement, suivant nous, au cas actuel. Nous considé- P gffet le nystagmus comme étant de la même espece de

r0I1S vements que la rotation de la tète et la déviation conjuguée qu’il accompagne souvent, et que le D r Prévost range vec tant de raison dans la catégorie des actes consensuels dont

n °En voulez-vous des preuves? Jamais le nystagmus ne coïncide avec d’autres troubles de l’appareil de la vision, tels que le strabisme et la diplopie, ce qui aurait lieu si le point d’origine des muscles de l’œil était atteint.

Il est p8lSS8t^^5 doilC OD 116 p6llt 1 âttrifollCî? à UH6 C8.US6 pci?"* manente, comme le serait cette dernière.

Jamais on ne l’observe dans les maladies des parties antérieures de l’encéphale, trop éloignées des parties profondes, pour que les lésions des premières retentissent sur les secondes.

Enfin, si on le voit survenir souvent lorsque les parties postérieures sont atteintes, on peut dire aussi qu’il se produit d’autant plus aisément, qu’on se rapproche davantage des régions voisines du mésencépbale. Sa fréquence croit en raison inverse du rayon d’une sphère dont le centre précis nous est encore inconnu, ce que nous allons chercher dans un second chapitre.

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