‹ Étude sur le patois créole mauricienChapitre 34 sur 70 · CONDITIONNEL · texte numérisé non relu

CONDITIONNEL

Pour nous rendre compte de cette formation, voyons comment, en se séparant du latin, le français a créé le conditionnel.

Pour marquer l'avenir au point de vue du présent, nous avons le futur simple : je crois qu'il viendra. Pour marquer l'avenir par rapport à un passé, nous employons le conditionnel : je croyais qu'il viendrait.

« Le français, dit M, A. Brachet *, a, pour exprimer cette nuance , conçu le conditionnel sous la forme d'un infinitif, « aimer », qui indique le futur, et d'une finale qui indique le passé: « ais, ais, ait, ions, iez, aient représentent en français le latin abam, abas, etc. ** »

Si quelque doute pouvait subsister à l'endroit de cette genèse du conditionnel français, la conception du conditionnel créole viendrait lui fournir un argument puissant : « je viendrais » égaie mo té va vint , où l'on retrouve le futur mo va.vini et la forme auxiliaire té pour marquer le passé. Mon enfant , dis à ta mère que je serais bien heureux de la voir , Mo pitit , dire to manman mo té va bien content trouve H.

Cette double relation du conditionnel avec le futur d'une part et le passé de l'autre, devait amener forcément le créole à reproduire ici une combinaison étudiée au mode subjonctif. — Ex, : Mo napas té croire qui li té pour vîni ou qui H té va vini, Je ne croyais pas qu'il vint, venir au futur par rapport à croire, la forme subjonctive qu'il vint » n'étant en réalité qu'une forme seconde du conditionnel.

On le voit : chez nos ancêtres gaulois comme chez nos anciens noirs esclaves, la pensée, en présence des mêmes besoins d'expression, a inventé pour se traduire des procédés de langage de tous points identiques. Nous aurons plusieurs fois à signaler ces rencontres.

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