DU VERBE PASSIF
Le verbe « être» n'existant pas, et le thème
verbal n'acceptant ni terminaison, ni modification d'aucune sorte, il semblerait que le passif dût être inconnu au créole. Il n'en est rien cependant. L'emploi du passif est fort rare, il est vrai, et, dans la très-grande majorité des cas, le créole rétablit la tournure active, — Ex. : Je suis aimé de mon fils, Mo garçon content * moi; mais il est des cas où, la construction passive est manifeste. Nous devons en tenir compte :
Vous n'êtes pas assez couvert , étendez sur vous cette couvertiire. Vous napas asse:^ couvert, taie lapis là làhaut vous. De même qu'on disait mo malade pour «je suis malade», on dit ici, vous couvert pour « vous êtes couvert ».
Or, mo couvert veut dire à l'actif « je couvre » , au passif h je suis couven » ; comment donc éviter i chaque instant l'équivoque? Elle est pourtant plus rare qu'on ne le croirait. D'une part, la trèsgrande simplicité de la phrase; de l'autre, la voix et le geste, commentaires vivants de la pensée, car, le lecteur ne doit jamais l'oublier, le créole se parle et ne s'écrit pas ; peut-être même
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devrions-nous dire, se parle et se mime. Que le maître, par exemple, dise au serviteur : Zamés woua fére moicrotre qui tout ça héf là fine man^i, la phrase écrite a deux sens : Jamais vous ne me ferez croire que tout ce bœuf ait été mangé , ou bien, que tous ces bœufs aient mangé. — Voilà donc qui n'est rien moins que clair. Penset-on cependant que le serviteur s'y trompe? S'il est chargé du parc à bœufs, soyez sûr qu'il entendra l'actif, « que tous ces bœufs aient mangé » ; si de la salle à manger, le passif, « que tout ce bœuf ait été mangé » ; et le maître sera parfaitement compris. Notez d'ailleurs qu'il pouvait , dans un des cas, distinguer « beef » de « ox » en disant tout laviande béf, et, dans l'autre, détruire également toute amphibologie en disant qui tout ça béf là fine gagne manié, que tous ces bœufs aient eu à manger. En dépit de la pauvreté de ses ressources, le créole peut suffire à son humble tâche.
Il est un cas où la phonétique vient fournir un élément à la clarté, La plupart des verbes terminés en / * font de cet é fermé un e muet quand la pro-
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nonciation les lie au complément qui suit : ainsi lo man:(é, tu manges; mais to mans;e pâsson, tu manges du poisson, Vé fermé devenu muet à cause du complément pâsson; de même mo tombé, je tombe; mais mo tombe dans dileau, je tombe dans l'eau; li mité, il met; /) méte souliers, il met des souliers. Ce changement de IV fermé en e muet n'a pas lieu quand ces verbes sont employés au sens passif. Ainsi : Mo té man:^e av latnain, J'ai mangé avec la main; mais Tout lanouite mo dtsang té man^é av piné:^es. Toute la nuit mon sang a été mangé par les punaises; \'é fermé conservé en dépit du complément qui suit, parce que le verbe est au passif. De même : Vous té trompe moi, Vous m'avez trompé; mais Mo té bien trompé av ça pitit-là, J'ai été bien trompé par cet enfant.
Cette persistance de \'é fermé est certainement due à la terminaison é du participe passif en français dans les verbes de la première conjugaison, « manger » , « tromper » , qui donnent mangé, trompé*. — Ex, : Il est gêné avec moi, Li T^éné
av moi. Ton linge sera mouillé à la pluie, To lin^e pour mouyé dans laplie, etc.