DU VERBE PRONOMINAL
La conjugaison pronominale n'existe pas en créole; le lecteur s'en doutait peut-être. Mais les artifices qu'emploie le créole pour traduire les verbes pronominaux du français demandent qu'on s'y arrête un instant.
Distinguons avant tout les verbes pronominaux réfléchis des pronominaux réciproques.
Dans les pronominaux réfléchis le sujet fait et reçoit l'action ; dans les pronominaux réciproques l'action est faite par deux ou plusieurs personnes agissant les unes sur les autres.
Pour rendre les pronominaux réfléchis , le créole emploie deux procédés. S'agit-il d'un fait physique, le pronom se devient «son corps», so lécorps. — Ex. : Je me tuerai , Mo va touye mo lécorps. Au besoin la précision va plus loin. — Ex. ; Madame se peigne. Madame après peingne so la tête, ou so cîvés , sa tête ou ses cheveux. Mouche - toi , Mouce to nénei.
Tais-toi, Frime to labouce (ferme ta bouche). Ou bien il supprime purement et simplement
la forme pronominale. — Ex, : Je me suis levé de ma chaise, Mo fine lève làhaut mo cése. Il s'est assis sur le lit, Li té assise ïàhaul lilit. Je vais me promener, Mo aile promené. Tu te reposeras, To va posé, etc. Quand le fait est abstrait, le verbe simple y suffit, alors même que le verbe serait essentiellement pronominal en français. — Ex. : Je me souviens, Mo souvini. Je me doutais, Mo té douté, mo té gagne éne doutance. Tu te tromperas, To va trompé.
Pour rendre le pronominal réciproque, quelquefois c'est le verbe simple : Ils se battent, Zautes après laguérre, après tapé, après mette, mais le plus souvent le créole doit de toute nécessité recourir à une périphrase qui serre le français de plus ou moins près, mais que les interlocuteurs interprètent facilement sans contre-sens. En voici quelques exemples ; Es s'entr'aîdent, Zautes de done lamain. Ils se nuisent, Zautes ^éne ^aute cimin. Ils sont furieux l'un contre l'autre, Zautes bout *, fautes pour mette même, etc.
Dans certains cas enfin, le créole, voulant à toute force être du français, a des rencontres
comme celles-ci : Napas lapine fautes s'en mêlé, Ce n'est pas la peioe qu'ils s'en mêlent, ou que vous vous en mêliez. Qui vous s'en mêlé, vous! De quoi vous mêlez-vous, vous \ Vous capabe s'en vanté, Vous pouvez vous en vanter. A coup sûr ce n'est pas là du français; mais est-ce bien du créole?
Enfin, le néologisme a créé éne à laute qui traduit le pronom réciproque « l'on l'autre » dans toutes les positions : Ils s'aiment l'un l'autre, Zautes content éne à laute.