DES VERBES COMPOSÉS
De « tenir » le français a formé, ou reçu tout formés du latin, retenir, contenir, détenir, maintenir, soutenir, etc.; de même de u tourner » il a fait détourner, retourner, contourner, etc. Le créole ne reconnaît le composé qu'alors que la signification du verbe simple est tellement distante que l'emploi en rendrait la phrase inintelligible. Il dira Fonce ïaporte, Enfonce la porte. Napas fonce mo çapeau. Ne défoncez pas mon chapeau. Mo posé, Je me repose. Ene dame^ane Une houitte bouUyes , Une damejeanne contient huit bouteilles. Li fine levé, Il s'est relevé. Au besoin la particule itérative re se rendra par encore i II est retourné, Li fine tourne encore. Il est revenu, Li fine vine encore. Il a redit, repris, redemandé, Li fine dire, prend, dimande encore, etc.
Certains verbes simples subissent eux-mêmes cette aphérèse de la première syllabe : imaginer.
mariné; écumer, quimé; étourdir, toardi; attacher, tacé, etc., etc. *
En revanche certains verbes simples ont disparu au profit d'un composé ; mener est amené, emplir est rempli. Enfin le créole a créé certains composés que le français ne connaît pas : Je commence à le haïr moins, Mo comence déhaie H morceau (à le déhaïr un peu), où la particule résolutive dé de délier, dégourdir est correctement employée. De même délargué, démaillé, décessé, etc.
FORCE VERBALE DONNÉE AU SUBSTANTIF ET A l'adjectif.
Cenains substantifs et certains adjectifs ont reçu la force verbale: ils prennent les auxiliaires et reçoivent le régime comme de véritables verbes :
Bomatin mo té laçasse perdrix , Ce matin j'ai chassé la perdrix.
Asoir mo pour lapéce houritte. Ce soir je dois pêcher à l'Jiouritte.
Mo té pér so papa. J'avais peur de son père.
Mo va content toi. Je t'aimerai.
Li fine volor ou U fine coquin mo iar:^ent, .11 a volé mon argent.
Mo soif divin, mo faim laviande. J'ai soif de vin, j'ai faim de viande.
Mo pour çagnn toi, Je vais te regretter.
Çarite moi éne cace, Faites-moi l'aumône d'un cache.
Li té honte sa nianman, Il avait honte de sa mère.
Lifine sale mo robe, Il a sali ma robe.
Caries, lisse moi prope vous ^oréyes, Charles, laissez-moi nettoyer vos oreilles.
Gardien mo cêse, sivoupU, Gardez ma chaise, s'il vous plaît.
Pointi vous dibois, li napas piqué. Taillez votre morceau de bois en pointe, il ne pique pas, etc., etc.
L'adverbe debout a formé le verbe dîbouié (« lo stand ») : Mo napas pour dtbouté mo bisoin assise,. Je ne resterai pas debout, j'ai besoin de m'asseoir.