DE QUELQUES VERBES EMPRUMTÉS A LA LANGUE NAUTIQUE
Si te créole dérive du français, ce n'est pas, le lecteur le sait de reste maintenant, de la langue
jS LE PATOIS CRÉOLE.
littéraire, mais exclusivement de la langue parlée. Les premiers colons de cette ile, nos vieux papiers de famille sont là pour le dire, appartenaient presque tous aux provinces maritimes de la France, pour les deux tiers au moins à la Bretagne. De ià le nombre considérable de termes créoles empruntés au vocabulaire nautique, à l'exclusion des synonymes qu'emploie le français même familier.
Renverser est çaviré ou capoté, chavirer, capoter. Tourner, retourner est viré-, virer. Attacher est amaré, amarrer. Lâcher, dénouer est largué, larguer. Aborner, limiter est bali:^é, baliser; d'où bali^a:(e, abornement, limite. Heurter est abordé, aborder. Saisir est souqué, souquer. Alléger est soula:^é, soulager. Préparer est paré, parer. Traîner, tirer est hissé, hisser, etc., etc.
Mais le créole n'a garde d'employer ces mots dans toutes les acceptions du mot fi-ançais correspondant; il leur conserve le sens que leur donne ia langue nautique.
Ainsi, Retournez mon matelas, Vire mo matelas; mais Retournez chez vous. Tourne vous lacase. .
On l'a saisi par le cou, Fine souque H dans so licou; mais J'ai été saisi, interloqué, Mo té sési.
Attachez votre peignoir, Amare vou pénoir;
mais II s'attache à moi, il ne veut pas me lâcher, Li face av moi, li napas vlé largué.
La longuevue tire, traîne à vous un navire qui est dans le lointain, Longuevie hisse av vous éne navire qui dans loin; mais Tirez, ôtez vos souliers, Tire vous souliers. Ne laissez pas trainer votre robe, Napas lésse Irak vous robe.
Largué est le verbe simple pour lâcher, mais que le nœud résiste , c'est délargué : On a attaché ce cordon de façon que je ne puis le dénouer, Zautes fine amare ça cordon là éne magnére qui mo napas capav délargue li.
Le lecteur trouvera plus loin, dans nombre de locutions des preuves surabondantes de cette influence de la langue nautique sur le patois créole.