DE LA CONJONCTION
Dans le créole, la phrase, si phrase il y a, n'est qu'une série de propositions juxtaposées plutôt que coordonnées ou subordonnées les unes aux autres, et les rapports qui les unissent entre elles sont as- ■ sez évidents pour que l'esprit les perçoive sans le secours d'aucun lien extérieur. La fameuse règle du « que retranché » n'a jamais trouvé terrain plus propre à son plein épanouissement. — Ex. : Je crois qu'il viendra, Mo croire li va vint. J'ai peur qu'il ne s'en aille, Mo père H allé. Je veux que tu t'asseyes, Mo vlé to assise. — L'emploi du qui traduisant le « que » français est ici bien plutôt un luxe qu'une nécessité, et la phrase, qui s'en passait, en reçoit un je ne sais quoi d'emphatique et d'apprêté: on dirait un acheminement un peu gauche de la langue parlée vers la langue écrite.
Il serait oiseux de prendre une à une toutes les conjonctions ou locutions conjonctives du français pour montrer ce qu'en fait le créole, qui n'en fait rien. Il suffira de faire voir comment le créole se passe de celles-4à mêmes dont l'emploi est le plus nécessaire au français et d'indiquer ce qu'il fait de quelques autres.
GRAMMAIRE. Si
Et n'existe pas. — Ex. : Son père et sa mère, So papa sembe so manman. Du riz et du cari, Douri^ av cari. De l'eau et du vîn, Dileau divin. Je suis allé et revenu, Mo fine allé mo fine tourné, etc.
Ni n'existe pas. — Ex. : Son père ni sa mère ne veulent, So papa so manman napas vlé; ou plutôt, car nos gens son: bavards et ks mots ne leur coûtent rien, So papa napas oulé so manman napas oulé. Il n'est ni blanc, ni noir, Li napas blanc, H napas noir.
Ou est oubien, ou se supprime. — Ex. : Que préférez-vous, des patates ou du magnoc? Qui vous plis vaut mié, bâtâtes oubié mayoc? Qu'aimestu mieux, mon enfant, ton papa ou ta maman ?
Qui to plis content, mo pitit, to papa to manman 1 Lavianne. Le besoin des aliments richement azotés est impérieux.
Mais, aujourd'hui mes. On s'en passait, et il s'emploie surtout comme interjection. — Ex. : Mes to malbar! Mais tu es malabar! tu geins, tu te plains pour tien. Ailleurs, on le supprime facilement : Ce n'est pas bleu, c'est vert. Ça napas blé, li vére. Je voulais sortir, mais la pluie m'en a empêché, Mo té vlé sourli, laplie té empéce moi.
Si. Distinguons entre les deux sens de la conjonction si en français :
Diies-moi s'il vient ? » C'est une question qui ne prévoit pas la réponse, laquelle peut être affirmative ou négative. La conjonction est franchement dubitative j l'hypothèse est double ; qu'il vienne ou qu'il ne vienne pas, vous me le direz, c'est le latin utrum.
« S'il vient, dites-le-moi. » Ici le cas est simple : vous ne parlerez que s'il vient; il n'y a point d'alternative.
Le créole distingue rigoureusement. Toutes les tois qu'il y a alternative, « si » se traduit par sipas *. — Ex. : Dîtes-moi s'il vient, Dirt moi sipas li vint.
Dans le cas de l'hypothèse simple, c'est si, comme en français. — - Ex. : S'il vient, ditesle-moi, Dire moi si li vint.
Mais cette conjonction si est d'introduction probablement récente puisque le créole emploie une construction qui la supprime. — Ex. : S'il vient, dites-le-moi. Dire moi Ihére li vini. Si tu fais cela, tu vas voir! Lhére to fére ça, to a voir! l'idée précise de temps se substituant à l'indécision de l'hypothèse. Dans certains cas, en effet, la nuance
entre les deux est fiigitive : « S'il venait) j'étais là » est bien voisin de « Quand il venait, j'étais toujours là. » Le créole allant instinctivement au fiiit concret, disait et dit encore de préférence : Lhére - H té vint, tou;(Ours tno té là.
Voici quelques exemples pour conclure :
Je ne sais s'il viendra ou non, Mo napas coné sipas li pour vint.
Je demande si vous êtes fou ou non, Mo dimandé sipas ous fou.
Regardez s'il est là ou non, Guété sipas li là.
Mais :
S'il vient, nous le tuerons. Si H vint ou Lhére li vitti, nous va touye li.
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. Si napas toi ou Lhére napas toi, hisoin to frère (il faut que ce soit ton frère),
Quaméme, pour quand même, traduit « toutefois », a néanmoins », « cependant », « quoique », « bien que ». — Ex. : Je te l'ai défendu et cependant tu l'as fait; Tu l'as fait quoique je te l'aie défendu, Mo té empéce toi, to té fére li quaméme; To té fére li quaméme mo té empéce toi.
Après que, avant que, sitôt que, pour que, pendant que, depuis que, jusqu'à ce quC^ laissent tomber la conjonction «que a. — Ex. : Depuis qu'il
est venu jusqu'à ce qu'il soit reparti, Dipis H té vint ^ousqu'à H fine allé.
De façon que, de manière que, de sorte que, se rendent par Ène magnére gui. — Ex, : Je ferai de sorte qu'il ne se doute de rien, Mo a fére énemagnére qui H napas va doute narien.
Parce que, vu que, attendu que, se traduisent par àcause. — Ex. : Venez à neuf heures parce que je dois partir à dix, Vine néve hères àcause ma pour allé di^ hères.
De peur que, de crainte que, ont pour équivalent pendgare , prendre garde. — Ex. : Je me suis caché sous le lit de peur qu'on ne me vit, Mo té caciéte enhas lilit pendgare doumounde tourouve