REDOUBLEMENT
Entre tous les procédés qu'emploie le créole pour arriver à cette intensité d'expression qu'il recherche, il en est un, le redoublement, sur lequel nous devons insister. Un court parallèle entre l'emploi qu'en f:ùt le créole et ses usages dans la langue de Madagascar , démontrera l'importance de l'élément malgache dans la population primitive de notre ile. En effet, des différentes races noires qui, transportées sur notre sol, ont dû toutes accepter notre vocabulaire, la race malgache, de beaucoup la plus nombreuse, devait de toute nécessité apporter quelques matériaux i la langue nouvelle que mnitres et esclaves construisaient en commun pour les besoins de leur commerce journalier. De là, dans le patois créole, des mots malgaches, quoiqu'en petit nombre, et quelques faits de syntaxe dont le plus intéressant est sans doute celui qui nous occupe. Nos lecteurs nous pardonneront de leur parler malgache un instant.
1° Un redoublement marquant répétition ou fréquence de l'action.
GKAUHAIRE. 89
<( Mivadibadika », se retourner en tous sens : le créole dit vireviré.
« Mamitsopitsoka », fouetter à coups redoublés : le créole dit battehatté.
B Mandehandeha », aller çà et là: le créole dit râderddd.
2° Du redoublement marquant augmentation ou diminution,
« Adala », fou; »< adaladala », à demi fou. Le créole ait fouca, îou; foucafouca, un peu fou,
« Fotsifotsy », tirant sur le blanc, blanchâtre. Le créole dit de même blancblanc, rou:^erou:^e.
Nota. — En malgache, la prononciation plus ou moins forte et les gestes qui l'accompagnent indiquent sî le redoublement signifie augmentation ou diminution de force * ; de même en créole, Li bétebite voudra dire, suivant le ton, il est un peu bête ou il est idiot.
5" Redoublement marquant le comparatif de supériorité.
« Boriso ny aboabo », rognez les plus longs; le créole dit : Coupe morceau ça qui longueîongue.
4° Un nom de nombre redoublé signifie un partage en ce nombre.
o Irairay », un à la fois, un à un; « folofolo », dix par dix. Le créole dit de même Ènine, dtssedisse. Mo done éne balle douri^ sissesisse doumounde, Je donne une balle de riz par six hommes.
Ces exemples, que nous pourrions multiplier, suffisent à notre thèse.
Nous ne parlerons que pour mémoire du redoublement qui crée la presque totalité des mots composant le vocabulaire de la première enfance : baba, bobo, dodo, nannan, nénéne, tonton; ce procédé de formation est tout français, mais nous constaterons que le malgache le connaît: « tsi-olonôlona », 0, tsi-zazazaza », une poupée; « tsi-tranoirâno», une maisonnette d'enfant; « ki-sambosambo », un bateau d'enfant, etc.
Presque tous les noms de baptême forment aussi un diminutif par redoublement: Mîmi, Nini, Za:(a, Paupaul, Lili, etc.; mais c'est encore là du français.