‹ Étude sur le patois créole mauricienChapitre 57 sur 70 · ONOMATOPÉE · texte numérisé non relu

ONOMATOPÉE

La plupart des mots créés par le créole l'ont été par voie d'harmonie imitative : un peuple d'enfants devait recourir tout naturellement à cette méthode instinctive et ne pas chercher mieux que la reproduction pure et simple du son perçu par l'oreille. Mieux qu'une théorie, les exemples suivants témoigneront du goût inné de nos noirs pour cette représentation, à l'aide de la parole humaine, des bruits et des voix inarticulées.

« Ene nénéne aile dans bassecour sembe éne pilit « Une bonne d'enfant va dans une basse-cour dans so lébras. Li sacouye paquet lacUs. Avlà coq avec un petit enfant dans ses bras. Elle secoue un crié: coupe so licou, coupe so licou; canard dimandé: paquet de clefs. Voilà le coq qui crie : coupe son

quand, quand, quand, quand? cabri dire: dimain, cou, coupe son cou; le canard demande: quand, dimain, dimain; béf dire: tnanman! manman! piquand, quand, quand? le cabri dit: demain, de- ^0» chanté: mo croire toudebon même, ma croire main, demain; le bœuf dit : manman! manman!

toudebon même; canard manille dire: ahwouah!

le pigeon chante : je crois que c'est pour tout de ahwouah! cocon grogné: hount houn! houn! »

bon même, je crois que c'est pour tout de bon même; le canard manîUe dit: je t'en moque, je t'en nioque ! le cochon grogne : oui ! oui ! oui ! »

Cela ja raconte et se mime à nos tout petits enfants, et la bonne foi de l'auditeur fait l'imitation suffisante. Comment un baby ne se tiendraitil pas pour satisfait quand, l'asseyant au bout de son genou, la nénène, qui le fait sauter de plus en plus haut, lui dît : Zanimaux chaquéne so magnére galoupé; bourique, tiquiti, tiquili, tiquiii; milet, tocoto, tocoto, tocoto; couvai, tacata, lacata, tacata". Cela rappelle, quoique d'un peu loin et à meilleur marché, le a quadrupedanre putrem. . , » Le nombre y est, sinon l'art. Donc : Lavoix pin-

Iode cîoquecîoqui cornent lasitetle cassée, La voix de la pintade a des bruits d'assiette cassée; le bengali, à cause de son gazouillement menu, est XPKP qninquin ; une vieille voiture qui sonne la ferraille est éne carcar, du nom donné à la crécelle dont se servent les gardes pour appeler du secours.

Un méchant fusil dont le chien fait plus de bruit que de besogne est éne cadenas; un bègue est éne gaga.

On pêche l'anguille à l'aide d'un court bâton armé d'un hameçon; on introduit l'engin entre les roches de la rivière pour s'assurer de la pré- sence du poisson; le fer, en frôlant la pierre, fait un petit bruit spurd : cela s'appelle hpéce iouctouc; d'où : Li té fére touctouc av moi, Il a voulu me sonder.

On excite les chiens i l'aide d'une façon d'interjection particulière, ksshs. Donc : Li mime qui fére ksskss dans ça ^affére là, C'est lui qui dans cette affaire-là verse de l'huile sur le feu,

Fére guidiguidi ou fére digdig, c'est chatouiller : Li éna éne coulou enbas digdig, Il a un clou sous l'aisselle ; l' aisselle étant une des parties du corps les plus sensibles au chatouillement.

Quelquefois le son a la prétention non plus de

rappeler le son, mais de traduire, de peindre l'idée. Li gnangnan, il est indolent et mou. Éne calacata, une coquette, Éne grand balalame, un grand dégingandé , bras ballants. Lt quémequéme , il est embarrassé. Zautes fére sapsap *, ils flirtent, Us échangent ces menues avances d'une affection naissante.

Manimani, c'est la vibration de Li lumière, le miroitement d'une surface réfléchissante. L'eau sous le soleil, Dileau dans soUye fére listes manimani. Le sable blanc de la plage, ta poussière dans un rayon de lumière font manimani. Et par extension , manimani est devenu mirage, illusion : Censé vous té voir ; vous H:^iés qui lé manimani, Vous avez vu soi-disant; mais ce sont vos yeux qui étaient « manimani** ».

Mon coco, mon ou ma chérie. Une chanson dit : To U:(iés ^oli, coco, to fére lembarras. Tes yeux sont jolis, ma chérie, tu fais tes embarras.

Mounanmounan, c'est le diable.

Granfougni, c'est égratigner, etc., etc.

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