‹ Étude sur le patois créole mauricienChapitre 59 sur 70 · PAT. CR · texte numérisé non relu

PAT. CR

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pour prend dijé av ça soléye là, Le poil de mon âne allait prendre feu sous ce soleil-là.

Çan^, habiller, vêlir. "Plitt là tout ni, aile çan^e U, Cet enfant est tout nu, allez l'habiller. D'où le substantif éne réçani^e, un habillement complet.

Ène bombarde, une ruche.

Quartier, casernes. Laporte quartier, la porte des casernes, et par métaphore, une grande bouche sans dents.

Li pique coricolo, il rougît. Le français trèsfamilier dit « piquer un coup de soleil » ; le créole a choisi pour son image la crête du coq.

Mo naplis éna çapeau dans mo lacase, je n'ai plus de chapeau dans ma case. Je suis veuve, je n'ai plus de protecteur, La femme en ce temps-là ne portait que le paliaca, le chapeau était l'apanage de l'homme, le chapeau noir à haute forme; on sait le rôle capital qu'il joue dans le faste des petits rois nègres du Gabon.

To fine marce dans dtfi, to fine bourU, tu as marché dans le feu, tu t'es brûlé; ce qui veut dire: Tu t'es sali le pied dans des ordures. Un euphémisme analogue fait dire :

Pend gare, couteau divant toi, prends garde, un couteau est devant toi ; ce couteau est une ordure.

Les vieux noirs distinguaient sévèrement éne

fi h, Coogit

malade de éne mal; la première, la maladie avouable, l'autre, qui doit rester secrète. Ils avaient de même proscrit, comme malsonnant, le mot graine, au point de dire lamigram pour la migraine. Ces délicatesses s'effacent.

Cassé, outre le sens du français, a dix acceptions:

Li casse enfin, îl est vêtu de beaux habits neufs;

Nous té parié lacourse, mo té casse U, nous avons parié à qui courrait mieux, je l'ai battu;

Zauies casse larac, ils boivent de l'arac A plein verre;

Li casse hancaï, il boite, etc. Nous le rencontrerons dans nombre de locutions.

En résumé, partout où il le peut, le créole met une image, et, s'il a le choix, il la préfère violente et crue. Le répertoire des jurons nous fournirait tout un arsenal de preuves auxquelles nous renonçons volontiers.

PROCÉDÉS qu'emploie LE CRÉOLE POUR CRÉER DES MOTS.

En outre de l'harmonie imita tive que nous avons vue à l'œuvre, l'analogie a aussi guidé le créole dans la création, parfois heureuse, de mots étran-

lOO LE PATOIS CRÉOLE.

gers au français, mais le rappelant dans leur terminaison ou leur composition.

Mo déhaie li morceau, je commence à le haïr moins.

Li napas vli décessé, il ne veut pas cesser.

Ma napas capave délargue li, je ne puis le dénouer.

Mo dibouté, je suis debout.

Ça senti pi, cela pue.

Éne gauçard, un gaucher.

Éne coutirié^e, une couturière.

Mo dans ladoutance, je suis dans le doute.

Aspire lafinition ^histoire, attendez la fin de l'histoire.

^«e^ causé, lacrace mime naplis, assez causé, tu n'as même plus de salive,

Éne cotomate. C'est le réceptacle des grains du maïs, à cause de la sensation qu'en donne le toucher (un coton de maïs).

Ène bahamaXe. C'est l'épi encore dans sa gaine, comme un nouveau-né enveloppé de ses langes,

Conseyére napas peyére, le conseiller n'est pas le payeur.

Ène fautére, un coupable, celui qui a commis la fiiute,

Ène embarratére, un faiseur d'embarras.

GRAMMAIRE. lOI

Éne tardatére, celui qui tarde (retardataire).

Éne bouétére, un poisson qui joue avec l'appât (labouéte) sans avaler l'hameçon.

Brouillage, brouillamini.

Rondao^è, enclos circulaire en palissades.

Partage, pari, gageure.

Tricmarda:(e , agissements malhonnêtes ; Éna tricmarda^e dans ça ^affére là, il y a du louche dans" cette affaire.

Êne bitaquois, un campagnard grossier (de btlation, habitation au sens de campagne),

Êne taquére, un homme qui attaque sur le grand chemin.

Zaules té affrone moi, ils m'ont fait un affront.

Çarite moi éne cace, faites-moi la charité d'un cache. Nous en rencontrerons bien d'autres aux Locutions.

Quelquefois, plusieurs mots français ont concouru à la formation du mot créole.

Éne bondiébénisse, un éternuement (Dieu vous bénisse).

Moicassetoi est iin des synonymes d'arac (je te casse).

Çava traduit rigoureusement le mot santé (com- . ment ça va-t-il?).

Prend nouvelles so çava, prenez des nouvelles de

sa santé. D'un moribond on dira : Naplis éna çava av li, ce qui est plus fecile à comprendre qu'à traduire.

Enfin, certains mots ont une origine historique.

Ene condi, un mouchoir attaché autour de la tête. Le mot nous vient de l'Inde française et la tradition (à M.iurice s'entend) attribue cette coiffure de nuit au vainqueur de Rocroi. Ce serait un pendant illustre à la casquette du père Bugeaud.

Éne keîly, une ketly, c'est une coiffure faite de deux longues tresses flottantes (quelque Suissesse).

Éne quaisain, encore une coiffure, à bandeaux bouffants celle-ci (du nom d'une cantatrice qui fui célèbre à Maurice il y a environ quarante ans).

Ène marengo, un très-gros navire (de l'impression produite sur nos pères par la victoire de Bonaparte),

Éne madameséré, un poisson rouge, cyprin de Chine (du nom de M. Céré qui l'introduisit à Maurice).

Bévilacoua, nom d'une plante aquatique à laquelle le docteur Boileau imposa la traduction italienne de son nom, etc.

L'allitération et l'onomatopée ont dû contribuer à la formation de mois comme : ^

Soursouris, chauve-souris; Li néque fraillef aillé

(de fourailLer), il cherche partout ; Ène louloup, un loup ; Éne ^0^0, un oiseau; Éne caiecate (mets fait de racines de magnoc coupées, en quatre?); Éne roubarouba (maïs moulu, brèdes et viande salée), etc., etc.

Tous les jours, nous l'avons dit, le créole ^t au français des emprunts nouveaux ; mais souvent, et surtout s'il s'agit d'idées abstraites qu'il ne comprend que vaguement, il donne au mot français une acception si imprévue qu'on serait tenté de se croire en présence d'une création nouvelle, — Ex. ; Acoaté-li fére loratére av Za^a, Écoutez~\e faire l'orateur avec Élisa; id est « pousser sa pointe ». Cette vieille est boiteuse parce qu'elle a eu lafiéve barbouillé, le barbier.

Mais ce sont là, pour la plupart, des inventions toutes personnelles, dont nous ne pouvons tenir compte. Rien; du reste, de plus étrange que d'entendre (dans un de leurs bals, par exemple) les j^énes lens et les ^^m«5 jî//m s'essayer au français, la seule langue de la bonne compagnie au camp Yolof comme à Saint-Pétersbourg. « Dans la valse, ça viré là même qui est agriabe, mes domaze la çalére est siffocant. » Et cette autre d'un infortuné , accusé d'avoir volé des poules et risquant cette défense : « Mais, Msié le Zize, qu'est-ce que voulez

que ze fais; mes parents vient me voir,- î faut bien que ze les donne à manzer * ! a

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