‹ Étude sur le patois créole mauricienChapitre 63 sur 70 · ALLITÉRATION · texte numérisé non relu

ALLITÉRATION

Nous devons constater combien l'allitération a de charme pour l'oreille noire. Elle seule peut expliquer, sinon justifier, des dictons comme ceux-

ci : Ça qui boudé man^t boudin, Celui qui boude mange du boudin. Ça qui en colère toile en 1ère, Celui qui est en colère colle en l'air. MsH Martin amarre dithym , Monsieur Martin amarre du thym. C'est elle qui a fait les mots: Soursouris, chauve-souris. Trouloulou, tourlourou. Bilbloqué, bilboquet. C'est elle qui fait l'attraction de la voyelle tonique sur l'atone qui précède, dans les mots : Gournouîe, grenouille. Siquise , excuse. Frémé, fermer. Siprit, esprit. Dohon, dehors, etc. C'est elle enfin qui préside au choix de k demîvoyelle auxiliaire dans les prononciations laborieuses « gratte, crié, trépied, troupeau », dont la plupart des anciens font, comme nous l'avons vu, garatte , qutrié, téripied , touroupeau. Maïs le plus curieux exemple d'allitération est peut-être le nom de plante « bèvilaqua » , devenu pour les vieux noirs bébibacoua.

En résumé, les articulations dures disparaissent, les sons ouverts se ferment, i fermé, i, ou sont les voyelles favorites : la prononciation française est comme émaciée et assourdie.

Le dissyllabe semble le type du mot, substantif ou verbe :

Le monosyllabe y arrive par dilatîon ou addition : Trou, tonrou. Nez, néne^. Lit, lilit. Clou,

cottlou. Loup, louloup. Bête, bébête, bestiole, insecte. Dieîi, bondié. Soir, àsoir. Eau, dileau. Rat, Urat. Sable, iasabe. Pied, Upied. Riz, douri^, etc., etc.

Le polysyllabe, par soustraction ou contraction : Attaquer, taqué. Embrevades, barvales. Oublié, blii. Fruit de Cythère, flislére. Araignée, :^ergnée. Attacher, tacer. Devenir, vint. Maître d'armes, médar. Croc-en-jambe, j^ambic. Affûter, fiti, etc., etc.

Ainsi, certains verbes en /, soumis à l'apocope ou à la syncope, reprennent la syllabe supprimée quand Ve muet final, en se substituant devant le complément à 1'/ fermé, en ferait des monosyllabes : Quand mo causé to doite coûté, Quand je parle, tu dois écouter; mais, Acoute-moi, Écoutemoi. Si to cotte galpé, galoupe lacase Madame, Si tu sais courir, cours chez Madame, etc.

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