‹ Étude sur le patois créole mauricienChapitre 68 sur 70 · PROVERBES ET DICTONS · texte numérisé non relu

PROVERBES ET DICTONS

Nous donnons le mot à mot de chacun, avec un coun commentaire qui en précise l'emploi , alors que nous n'y joignons pas l'équivalent français.

Zafféres moutons napas ^afféres cabris;

GRAUMAIRE. I47

Les affaires des moutons ne sont pas les affaires des' cabris. (Ne vous mêlez pas de ce qui ne vous regarde point.)

Toulé^ours napasféte Cinois;

Tous les jours ce n'est pas la fête chinoise. (Ce proverbe, du moins sous cette forme, date de quelques années seulement. Les Chinois, à l'occasion de la convalescence du prince de Galles, sollicitèrent et obtinrent du gouverneur de faire, dans les rues du Port-Louis, une procession quasi-religieuse qui rencontra toute la feveur du populaire; les solennités de cet éclat sont rares!)

Zaco napas guile so laquée, H guette pour son camerade;

Le singe ne regarde pas sa queue, il regarde celle de son voisin. (« On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain. »)

Napas éna fromage qui napas trouve so macathia*;

Il n'y a pas de fromage qui ne trouve son pain bis. (Pas de fille si laide qu'elle ne trouve qui l'épouse.)

Çatte qui éna matou fére lembarras;

La chatte qui a un matou fait ses embarras.

Labaue moque lamare;

La boue se moque de la mare. (La pelle se moque du fourgon.)

Çappe dans poêlon tombe dans difi;

S'échapper du poêlon et tomber dans le feu.

(Tomber de fièvre en chaud mal.)

Li:^ii napas éna baîi:^a:(e;

Les yeux n'ont pas de frontière. (L'œil a le droit de regarder tout ce qu'on montre.)

Mané:^e napas pariax e, ménage napas badinai^e;

Le manège n'est pas un pari, le ménage n'est pas un jeu. (Le manège n'est pas un champ de course, non plus que le mariage un jeu. Quelquesuns disent : Mariage napas partage, ménage napas badina^e.)

Çaquéne senti so douUre;

Chacun sent sa peine.

Li fine vende son cocon;

Il a vendu son cochon. (Il dépense comme il n'a pas accoutumé de faire.)

Zamés béf senti so corne trop lourd;

Jamais le bœuf ne sent ses cornes trop lourdes.

Cornent to taie ta natte faut to dourmi;

Comme tu étends ta natte il faut que tu te couches. (Comme on fiUt son lit on se couche.)

D,„,.»..,Got>glc

Ça qui H bienfire, :(amés H malfire;

Ce qui est bien fait n'est jamais mal fait. (Ne vous repentez jamais d'une bonne action, d'un devoir rempli .)

Batti rende :^amisfére mal;

Les coups rendus ne font jamais de mal. (Se venger console.)

ConseiïUre napaspayére;

Le donneur de conseil n'est pas te payeur. (Ce n'est pas le donneur de conseil dont la bourse est en cause.)

Li manque ïagtde pour gratté;

Il manque de gâte pour se gratter. (Il a tout à souliait.)

Balte néf, baliéprope;

Bâtai neuf, balai propre. (Tout nouveau, tout beau.)

Mette çarétte divant miléi;

Mettre ta charrette avant le mutet. (Atteler la charrue avant les bœufe.)

Doucement napas empéce arrivé;

Aller doucement n'empêche pas d'arriver,

Dileau dourtni touye doumounde;

L'eau qui dort tue les gens. (Il làut se méâer de l'eau qui dort.) '

Zouré napas éna lentirement;

ISO LE PATOIS CRéOLE.

Les jurons n'ont pas d'enterrement (ne tuent pas).

Dans mariage liciens témoins gagne batte;

Aux noces des chiens les témoins ont des coups. (Entre l'arbre et l'écorce U ne fiiut pas mettre le doigt.)

Napûs ^oué av difi, wou a hourle vous citntse;

Ne jouez pas avec le feu, vous brûlerez votre chemise.

Poule qui çanti ça même qui fine ponde ;

La poule qui chanteest celle-là mêmequiapondu.

Couvai napas marce av bounque;

Le cheval ne marche pas avec l'âne. (Chacun doit garder sa place, son rang.)

Câte Angles passé lars;ent poussé;

Où passent les Anglais l'argent pousse.

Souliers faraud, mes damage fautes man^e lipieds ;

Les souliers sont élégants, mais c'est dommage qu'ils mangent les pieds.

Quiquefois wou plante ^(haricots rou^e, ^haricots blanc qui poussé;

Quelquefois vous plantez des haricots rouges, et ce sont des haricots blancs qui poussent.

Di^éfs canard plis gros qui di^éfs poule;

Les œufs de cane sont plus gros que les œufs de poule.

GRAMMAIRE. IJI

Di^éfs câq poule qutjére;

Les œufe du coq, c'est la poule qui les fait.

Bon mit, bon ménage;

Bon lit, bon ménage.

Lilit pour dé napas lilit pour trois;

Un lit pour deux n'est pas un lit pour trois.

Li napas bon pour tate poules;

Il n'est pas bon à tâter les poules (pour savoir si elles ont l'œuf: quel homme nul!)

Crace en 1ère tombe làhaut néne^;

Il crache en l'air, ça lui retombe sur le nez.

Ça qui dourmi napas pense man:^i;

Qui dort ne pense p.TS à manger. (Qui dort dine.)

Lardent bon, mis li trop cire;

L'argent est bon, mais il est trop cher.

BiUt béf napas dilét vace;

Du lait de bœuf n'est pas du lait de vache.

Aspire iéve dans marmite avant causi;

Attendez que le lièvre soit dans la marmite avant * de parler. (II ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir mis par terre.)

Lacase bardeaux napas guette lacase vitivire;

La maison couverte de bardeaux ne regarde point la case couverte de vétiver. (Le palais dédaigne la chaumière.)

A:i^ourdi tout marmites dihoute làhaut difé;

Aujourd^uf toutes les marmites sont debout sur le feu. (Chacun a sa place au soleil.)

Carbon i^amés va dont lafarine;

Le charbon jamais ne donnera de farine. (A blanchir la tête d'un nègre on perd sa lessive.)

Li pour marié, mis quiquefoU bague mariage glisse dans lédoigl;

Il doit se marier, mais quelquefois la bague de mariage glisse du doigt. (Il y a du chemin de la coupe aux lèvres.)

Mari napas trouve dans vitivire;

Un mari ne se trouve pas dans le vétiver. (Presque tous nos carreaux de cannes sont entourés d'une bordure de vétiver, en vue du chaume dont on couvre les cases.)

Quand gagne larmoîre, napas guélts côffe;

Quand on a l'armoire, on ne regarde pas le coffre. (Le coffre est chez nous l'armoire des pauvres. Après le lit de cordes arrive le coSre; en troisième lieu..., l'accordéon.)

Marci narien, lazambes qui bisoin;

Marcher n'est rien, il n'est besoin que de jambes.

Quand lébras trop courte, napas s^oinde;

Quand les bras sont trop courts, ils ne se rejoignent pas, autour de l'objet qu'ils embrassent.

Viicoq, ^inepouk;

Vieux coq, jeune poule.

Trop gratté bourlé;

Trop gratter brûle, cuit.

Lhére coq çanté, li bon pour marié;

Quand le coq chante, il est bon à marier.

Vide éne boutéye pour rempli laute, qui li?

Vider une bouteille pour en remplir une autre, qu'est-ce? (A quoi bon?)

Ça qui coupe son néne^ volor sonfiguire;

Celui qui se coupe le nez vole sa figure.

Vous perdi vous létemps; a^lourdi dimance, tout posions lamésse;

Vous perdez votre temps; c'est aujourd'hui dimanche, tous les poissons sont à la messe.

Poule qui f ère dé di^éfs :{amés louyé;

La poule qui fait deux œufs n'est jamais tuée.

Quand prend trop boucoup, li glissé;

Quand on prend trop, cela glisse. (Qui trop embrasse mal étrcint.)

Divan t camrades capabe largue quilotte;

Devant des camarades on peut lâcher sa culotte. (Entre amis on peut se déboutonner.)

Divant transes faut boutonne caniçon ;

Devant des étrangers il faut boutonner son. caleçon.

Quand gagne coiupagnée, faut métie cimise propej

D,„,.»..,Got>glc

Quand on a de k compagnie, U faut mettre une chemise propre.

Quand fenme lève so robe, diahe gu/lte so la;(ambe ;

Quand une femme relève sa robe, le diable regarde sa jambe.

Laquée bourique napas laquée couvai j

Une queue d'âne n'est pas une queue de chevaU

Quand diabe voulé prend vous, U cause bondié av vous;

Quand le diable veut vous prendre, vous parle de Dieu.

Quand vous inarce dans laboue, lève vous caneçon;

Quand vous marchez dans la boue, relevez votre caleçon.

Ça qui gagne :^oîi fille gagne coudeçapeau;

Celui qui a une jolie fille reçoit des coups de chapeau.

Quand diabe aile lamésse, U cadette so laquée;

Quand le diable va à la messe, il cache sa queue.

Malade vine làhaut iéve, H aile îàhaut tourtie;

La maladie vient sur le lièvre, elle part sur U tortue.

Ptit lasoif plit coco, grand lasotf grand coco;

Petite soif petit coco, grande soif grand coco. (Le coco était le verre à boire du noir esclave, il a cédé la place à la moque en fer-blanc du cooUe.)

Cresson content boire dileau;

Le cresson aime à boire l'eau. \ Quand U napas gagne pôsson salé, douri:^ plorê; . Quand il n'a pas de poisson salé, le riz pleure.

Quand canon causé, fisil honte;

Quand le canon parle, le iasiX a honte.

Alourdi casse enfin dimain tape langauH;

Aujourd'hui bien mis, demain en kngouti. (Le langouti est le seul vêtement des hommes qui vont tout nus.)

Quand vous guette làhaut vous lit^Us vint pitit ;

Quand vous regardez en haut vos yeux rapetissent.

Bagasse boucoup, fiangourin pttt morceau ;

Beaucoup de bagasse, peu de jus.

Quand vous dicendé, mette :(enrayas^e;

Quand vous descendez, enrayez.

Quand vous monté, prends létemps soufflé ;

Quand vous montez, prenez le temps de souffler.

Quand von aile loin, done boire vous bourique ;

Quand vous allez loin, donnez à boire à votre âne.

Lij[étte grand laseine' pour prend candioc;

n jette une grande seine pour prendre des candiocs (du fretin).

Dilrau bout, mette bride;

L'eau bout, mettez les brèdes. (Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud.)

Li casse so mate avant H fine mir;

Il casse son maïs avant qu'il soit mûr. (Il mange son blé en herbe.)

Çatte qui fine boude av difé père laeende.

Le chat qui s'est brûlé avec le feu a peur de la cendre. (Chat échaudé craint l'eau froide.)

Quand lamôrt vini, vous pense vous ïavie;

Qand la mort vient, vous pensez à votre vie.

Ça qui tint poilon qui cône so prix lagrésse ;

C'est celui qui tient le poêlon qui connaît le prix de la graisse.

Quand vente faim, siprit vint;

Quand le ventre a faim, l'esprit vient.

Quand vous marce àsoir, mette vous U^iés dans vous lipieds;

Quand vous marchez le soir, mettez vos yeux à vos pieds.

Ça qui fine goûte larac carnés perdi son goût;

Celui qui a goûté l'arac n'en oublie jamais le goût.

Ça qui Angles causé, ^dules même tende; .

Ce que disent les Anglais, eux seuls le comprennent.

Zaco malin, U même té montré noir cornent volor ;

Le singe est malin, c'est lui qui a montré au noir comment on vole.

Temps Francés ^oarmons té pUs gros qui temps Angles;

Du temps des Français les giraumons étaient plus gros que du temps des Anglais.

Béf, avant, ti couvai, U même tt tréne carosse;

Le bœuf, autrefois, était cheval, c'est lui qui traînait le carrosse. (Il y a quelque quarante ans, et c'étaient de singuliers équipages.)

Laplie tombé, couroupas va sourti ;

La.pluie tombe, les colimaçons vont sortir.

Tonére ronflé, di^^éfs gâté;

Le tonnerre ronfle, les œufs se gâtent, ou

Tonére ronflé, di:(éfs couvé pour tourné ;

Le tonnerre ronfle , les œufs cojvés vont tourner.

Béfs laquée en 1ère, mauves ternps napas loin ;

Les bœufs ont la queue en l'air, le mauvais temps n'est pas loin.

Zo^o paiiienqui crié là haut, coudevent vini ;

Le paille-en-cul crie là-haut, le coup de vent vient.

FUs vaut mié vous pitit gagne larhime qui vous arrace son néne^;

Il vaut mieux laisser votre enfant morveux que de lui arracher le nez.

Dire moi qui vous garnis, tno va dire vous qui vous ;

Dites-moi quels sont vos amis, je vous dirai qui vous êtes. (Dis-moi qui tu hantes et je té dirai qui tu es..)

Coudepied napas empict coudecorne ;•

Les coups de pied n'empêchent pas les coups de corae.

Moulins vapére fine man^e moulins divenî;

Les moulins à vapeur ont mangé les moulins à vent.

Açthére moulin dilean rôde lariviire ;

A présent le moulin à eau cherche la rivière.

Ça qui louye son lécorps travaille pour lévéres ;

Celui qui se tue travaille pour les vers.

Lhére wou aile baigné amène cotâmate ;

Quand vous allez vous baigner, portez une rafle de maïs (mot à mot « un coton de maïs », c'est la savonnette du pauvre).

Ça qui boudé man^e boudin;

Celui qui boude mange du boudin (intention pittoresque ?)

Séga av iamtam ^autts dé fine mort ensembe;

Le séga et le tamtam sont tous deux morts ensemble.

Quand lipied glissé, restant stvri;

Quand le pied glisse, le reste suit-

Pile enbas napas làdans;

Filer en bas n'est pas U dedans. (Il ne faut pas écraser son ennemi par terre. On dit aussi bourre enbas.')

Moustique pttit, mes Ihére îi çanté vous zprèye plein ;

Le moustique est petit, mais quand il chante, votre oreille est pleine.

Côte cabri monté noir napas monté ;

Où monte le cabri le noir ne monte pas.

Ça qui content moi content mon lïcien ;

Celui qui m'aime aime mon chien.

Axpurdi toutfenmes aile confesse, mes Ihére s^autes tourne léglise diable :^étte encore péci av :^autes ;

Aujourd'hui toutes les femmes vont à confesse, mais quand elles reviennent de l'église le diable leur jette encore des péchés.

Quand îéciel tombé, tout tnoitces va maillé;

Quand le ciel tombera , toutes les mouches seront prises.

Lar:(ent napas trouve dans lipied miîét;

L'argent ne se trouve pas dans le pied d'un mulet.

Roce entité, mes quand téti cause av li, U réponde;

La roche est entêtée, mais quand le têtu lui

parle, elle répond. (« Téti » ou « titi », le plus gros des marteaux du casseur de pierres.)

Li çarrié dileau la rivière;

Il porte de l'eau à la rivière.

Légitimes rare ; brin^éle av pomedamour cacii gardes : fautes napas lardent pour péye patente ;

Les légumes sont rares; les bringelles et les pommes d'amour se cachent des gardes : elles n'ont pas d'argent pour paj-er patente.

Couroupa dansé, ^co rié; , Le couroupas, colimaçon, danse, le sîoge rit.

PiVi'/ Timbalo tnan:(e di^éfs ;

Le fiis de Timbalo mange les œufs. (Tel père, tel fils. Le chien Timbalo volait les poules.)

Lhére lamontagne bonrli, tout dimounde coné; Ihére léqnére bourlé, qui coné?

Quand la montagne brûle, tout le monde le sait; quand le cœur brûle, qui le sait ?

Sipas vous croire Cinois asse;:^ héte pour lésse Malayes coupe :^autes laquée;

Croyez-vous les Chinois assez bêtes pour laisser les Malais leur couper la queue? (Le français dit dans le même sens faire la barbe, faire la queue.)

Mon langouti dans piondinde;

Mon langouti est dans les pignons d'Inde. (Je suis fort embarrassé ; comment paraître !)

Mo bout goni ;

Je bous du goni, (Je suis dans l'embarras.)

Diabes dam fiïaos ;

Les diables sont dans les filaos. (Les gardes arrivent.)

Péye av coquilles;

Payer avec des coquilles. (Payer en monnaie de singe.)

Quand vente crié, :(oréyes sourde ;

Quand le ventre crie, les oreilles sont sourdes. (Ventre affamé n'a point d'oreilles.)

Serin dérobé, maille bengali ;

Le serin se dérobe, prenez le bengali. (A défaut de grives, contentez-vous de merles.)

Li plante boutéyes vide pour gagne boutéyes plein ;

Il plante des bouteilles vides pour récolter des bouteilles pleines. (Il ne risque rien, il ne peut que gagner à l'affaire.)

Zéné cornent ^aco dans ronda^e;

Gêné comme un singe dans un enclos circulaire

Li boire dileau Grand rivière ; Il boit de l'eau de la Grande rivière. (H est parvenu, il dédaigne ses premiers amis.) Éne mariaT^e maniée dans marmite;

Un mariage où l'on mange dans la marmite.

(Noces contrariées par la pluie.)

Êne mariage dériire lacousine;

Un mariage derrière la cuisine. (Union libre.)

Vous napas va montré vU ^aco faire grimaces ;

Vous ne montrerez pas ii un vieux singe à faire des grimaces.

Bardeaux couvert tout;

Les bardeaux couvrent tout. (Tout se passe à huis clos. Que de choses dans les familles, qu'ignorent les étrangers !)

Êtie baptême îirat;

Un baptême de rat. (Baptême sans dragées.)

Fouille batate av néne:;;^;

Fouiller les patates avec le nez. (Avoir la vie dure, manger de la vache enragée.)

Fente enflé, mouces ^aune té pique H;

Le ventre enfie, les mouches jaunes l'ont piqué. (Comment se l'expliquer autrement, en dehors du mariage ?)

Laprière martim* ;

La prière des marlins. (Conversation où tous crient à la fois.)

Brouille diîeau pour f ire laboue ;

Brouiller l'eau pour faire de la boue, et pêcher en eau trouble.

Mitie lassamoir lérats av poules* ; '

Tendre un assommoir à rats pour prendre les poules. (Mésuser d'une bonne chose.)

Éna dileau dans lacour ;

Il y a de l'eau dans la cour. (La maison est riche.)

Éne çatini sans piment ;

Un chatenis sans piment. (Une chose manquée, ratée.)

Çatte noir apéle lar:(enl ;

Un chat noir présage de l'argent.

Couteau divant toi;

Un couteau devant toî. (Une ordure.)

Naplis éna çapeau dans mo lacase;

Il n'y a plus de chapeau dans ma case. (Je suis veuve ; je n'ai plus de mari qui me protège.)

Çatte boire dilhouile enbas latahe;

Le chat boit l'huile sous la table. (On se moque de vous sans que vous vous en aperceviez.)

Li éna larouHle dans coin :(oréyes;

l£4 LE PATOIS CRÉOLE.

Il 3 de la rouille dans le coin des oreilles. (Il perd toujours au jeu.)

Lifine marié ine boutiye vide;

It a épousé une bouteille vide. (Une femme sans dot. On dirait aussi à une jeune fille qui prêterait f oreille aux galanteries d'un homme marié : Na- •pas acoute H, éne boutiye vide ça; Ne l'écoute pas, c'est une bouteille vide.)

Vous napas bisoïn souffe difi enbas marmite qui napas pour vous ;

Vous ne devez pas souffler le feu sous une marmite qui n'est pas à vous. (Mêlez-vous donc de vos affaires, ne fourrez pas le nez dans celles d'autrui.)

Lifine monte làhaut tablette* ;

Elle est montée sur la tablette. (Elle a coiffé sainte Catherine.)

Napas votts sangsie qui a monte làhaut moi;

Ce n'est pas votre sangsue qui montera sur moL (Vous ne m'exploiterez point.)

Napas vous laliane dardent qui a monte làhaut mo tonille;

Ce n'est pas votre liane d'argent qui montera

• tn-ct une erttilan du ettoit, ou la tiutaclion d( l'ingUIi : SU wlll

D,„,.»..,Got>glc

GRAMMAIRE. léj

surmatonnelie.(D'uneieuDefille à un jeune homme dont elle repousse les avances.)

Li laçasse :(o:^qs pariaca ;

Il chasse aux oiseaux à paliaca. (Le paliaca, mouchoir à carreaux de couleurs vives, était la coiffure de toutes les jeunes négresses.)

Li pose canapé ;

Il dépose son canapé, (Il s'établît à demeure dans la maison, soit comme pique-assiette, soit comme prétendant à la main de la demoiselle de céans.)

Lardent napas ina famille;

L'argent n'a pas de famille. (En affaires, point de parents.)

Montagnes carnés :(oinde, doumounde :(oinde;

Les montagnes ne se rencontrent jamais, les hommes se rencontrent. (Il n'y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas.)

Lifére éne tour ou pour bouce laute;

Il feit un trou pour en boucher un autre. (Il emprunte pour payer une dette.)

Li lève laquée;

Il lève la queue (il oublie son humble origine).

Lapauveté napas éne vis, mes li éne bien groscoulou;

La pauvreté n'est pas un vice, mais c'est un bien gros clou, (On estime ce proverbe un des plus

166 LE PATOIS CREOLE.

Spirituels du créole ; nous l'en CToyoas ianocent,

le mot vice n'est pas créole.)

Alourdi soûle bon temps, dimain pagayé ;

Aujourd'hui le plaisir, demain la pagaye. (Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.)

Gouie passé, difil stvré ;

Que l'aiguille passe, le fil suivra, (C'est au chef de donner l'exemple à ses hommes.)

Lifine vide son bouéte condamné;

II a vidé sa boite condamnée. (Il a cassé sa tirelire ; il dépense sans compter.)

Laline touve dire àsoir, :jumés li trompe cimin ;

La lune voit clair le soir, jamais ellenese trompe de chemin.

Boucoup disk dans cannes, mes doma^e marmites napasnous;

Beaucoup de sucre dans les cannes, mais par malheur nous ne sommes pas les marmites. (On nous vole à l'usine.)

Dimounde qui fére lardent, napaslari^enlqmfére dimounde ;

Ce sont les hommes qui font l'argent, ce n'est pas l'argent qui fait les hommes.

Mo naplis éna divent dériére ;

Je n'ai plus le vent derrière. (Je n'ai plus lèvent en poupe; la chance ne me sourit plus.)

D,„,.»..,Got>g[c

GRAMMAIRE. z(^^

Lalangue napas lé^ûs ; ■ La langue n'a pas d'os. (De là sa facilité à se mouvoir. Le proverbe s'applique un peu à tout propos, pour une calomnie, pour une parole Inconsidérée, pour une indiscrétion ; m^s jamais mieux, ce nous semble, qu'à propos d'une pro- . messe que l'on iâit quoiqu'on sache ne devoir pas la tenir, d'un engagement verbal qu'on se promet bien de considérer comme non avenu.)

Migue cornent çatte qui man^e- lérats misqui;

Maigre comme un chat qui mange des rats musqués.

Coq çanté divant laporte, doumoune vint;

Un coq chante devant la porte, quelqu'un vient.

Si cancarlat pas man:^e toi, to va man:{e cancarlat;

Si le cancrelat ne te mange pas, tu mangeras le cancrelat. (Se dit ironiquement à quelqu'un qui dit ou fait quelque chose d'extraordinaire.)

Zaffére pavillon bâton bréde ;

Affaire d'intérêt purement local", étroitement mauricien ; du pavillon fait d'un bâton de brède.

Napas ina bouillon pour lî;

Il n'y a pas de bouillon pour lui. (Plus d'espoir, il est perdu.)

Cancarlat sourit dans lafarine ;

LK PATOIS CREOLE.

Le cancrelat son dï la farine. (Se dit à une femme noire couverte de poudre de riz.)

BouUyc vide dans panier ;

Une bouteille vide dans un panier. (A la même qui a mis un chapeau.)

Mo doné, qui oiis guété?

Je vous donne, que regardez-vous ? (Impertinence à l'adresse de celui qu'on vient de coudoyer par mégarde: vous avez déjà reçu, réclamez-vous encore quelque chose ?)

Zamés disél dire îi salé ;

Le sel ne dit jamais qu'il est salé.

Quand done vous boutique, vous pas Insoin guette so labride ;

Quand on vous donne un âne, vous ne devez pas regarder sa bride. (A cheval donné on ne regarde pas à la dent.)

Bon bagout çappe îavte ;

L'habileté de la parole sauve son homme. (Bagout ou bagoul est français, nous n'avons pas à le définir.)

Napas rémié fimii sec ;

Ne remuez pas le fumier sec.

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