I. — Symptômes
À l'heure actuelle, avec un appareil aussi perfectionné que l’est celui de Kuss, en prenant toutes les précautions nécessaires, l’établissement d’un pneumothorax artificiel se fait sans aucun incident. |
Au premier abord il ne semble pas qu’il puisse en être ainsi et l’on comprend qu’un médecin de la valeur du docteur Mongour ait pu dire « qu’on ferait difficilement croire à des cliniciens qui connaissent la violence des accidents du pneumothorax spontané que le pneumothorax provoqué ne puisse amener même une sensation désagréable ».
Il en est cependant ainsi, et certainement les seules sensations désagréables éprouvées par les malades sont dues d’une part à la piqüre de novocaïne et d’autre part à l’engourdissement du bras et de l’épaule immobilisés pendant toute l’opération, ainsi que l’a très justement dit le docteur Rist.Immédiatement après l’insufflation, les malades, légèrement dyspnéiques, peuvent se lever et nous en avons souvent vu refuser qu’on les porte à la salle de radioscopie
« Lorsqu'on se rappelle, dit Léon Bernard (1), la douleur brutale, atroce, l'attaque d’orthopnée, vite accompagnée d’angoisse, de cyanose, d’un état asphyxique qui,s’il se prolonge, ne laisse pas que d’inquiéter le médecin ; lorsqu’on se rappelle
(1) Léon BERNARD, Pneumothorax artificiel, Paris, 1913.
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ces caractères du pneumothorax spontané survenant chez un tuberculeux non déprimé parla cachexie, on voit qu'ils ne sauraient être comparés en rien à ceux du pneumothorax artificiel. Nous sommes en droit d'attribuer ces symptômes si bruyants du pneumothorax spontané à la perforation pulmonaire, plus qu’à la constitution même d’une poche de gaz dans la plèvre ou à la suppression fonctionnelle brusque d’un poumon; car ces conséquences du pneumothorax sont identiques dans l’une et l’autre catégorie de cet état; seul les différencie le fait de la perforation viscérale qui existe dans un cas et pas dans l’autre. À cet égard un rapprochement s’impose entre la perforation bronchopulmonaire et la perforation des organes abdominaux, dont la symptomatologie est également bruyante. »
Or cette différence que nous avons constatée dans les symptômes fonctionnels, nous allons la retrouver dans la symptomatologie physique des deux variétés de pneumothorax. Au Congrès de Médecine de Paris, octobre 1912,M. Léon Bernard le premier a attiré l’attention sur ces faits.
Il est bien rare que d'emblée, même lorsque le décollement est presque complet, on ait à l'auscultation les signes classiques du pneumothorax (souffle amphorique, bruit d’airain). Nous n’avons noté ce fait qu’une fois (obs. Il) chez une malade dont le poumon, presque entièrement décollé après la s'° insufflation, n’était plus adhérent qu’au sommet.
En opposition complète avec ce cas nous avons eu un ma- Jade (obs. V) chezlequel nous avions obtenu dès la r°insufflation un très beau décollement et chez cet homme nous n’avons jamais constaté le moindre signe de pneumothorax; or, ce malade, qui a cessé le traitement, après avoir repris son travail, avait déjà eu 12 insufflations.
Lorsqu’au lieu de se produire d’emblée le décollement se fait
petit à petit, les signes stéthoscopiques sont encore très variables.
Tantôt le syndrome amphorique n'apparaît jamais et nous avons une malade (obs. III) chez qui le décollement se fait d’une façon progressive, et à l’heure actuelle, après 14 insufflations, nous constatons seulement du tympanisme et une très forte diminution du murmure vésiculaire.
D’autres fois, les signes amphoriques se développent lentement après chaque insufflation et chez un sujet nous les avons trouvés au grand complet, à la 7e insufflation, quarante jours après la r'° (obs. l).
À l’inspection on constate chez les malades en traitement une polypnée en général assez marquée (30-35 R par minute). En même temps lorsque le pneumothorax est complet on note deux choses: une dilatation de lacage thoracique du côté insufflé et l’immobilité plus ou moins complète de cette moitié du thorax tout à fait comme dans un pneumothorax spontané.
A la palpation l'abolition des vibrations et la diminution de l’ampliation thoracique sont les 2 symptômes le plus fréquemment signalés par les auteurs.
Si nous pratiquons la percussion de l’hémithorax insufflé, nous obtenons un son très clair que Carpi (1) a désigné sous le nom de suono di scatola (son de boîte) ou suono di Pneumotorace. Cette tonalité ne nous paraît pas différente du tympanisme même dans le pneumothorax à haute pression et nous ne voyons pas la nécessité de créer un terme nouveau pour la désigner.
À l’auscultation la toux et la voix amphorique sont les deux symptômes les plus constantsavec le bruit d’airain de Trousseau (signe du sou) que nous avons trouvé positif chez les 3 malades où les signes amphoriques étaient le plus nets. Nous pensons avec Adad (2) que le signe du sou existe surtout dans les cas où le pneumothorax est bien complet.
(1) Cart, 1 Morgagni, janvier 1912.
(2) Anap, Revue de la Suisse Romande, n° 3, 1912.