HISTORIQUE
Complication fréquente de la tuberculose pulmonaire, le pneumothorax spontané a été considéré pendant fort longtemps comme un accident funeste pour la vie du malade.
Au xvrr siècle, cependant, BaGzivr (1669-1707) a cité des cas de guérison chez des soldats atteints de consomption, à la suite de plaies pénétrantes de poitrine. Ces faits tombèrent dans l'oubli et il faut arriver à 1838 pour voir W. Stokes publier à son tour des observations de pneumothorax spontanés suivis de guérison.
Malgré ces quelques cas heureux, tous les médecins étaient d'accord pour considérer le pneumothorax spontané comme mortel, lorsqu’en 1853 Woillez publia son Mémoire sur la guérison des perforations pulmonaires d’origine luberculeuse (1). Dans cet article il combattait l'opinion soutenue par Saussier dans sa thèse en 1841 et il démontrait, avec preuves à l'appui, la curabilité de la perforation pulmonaire. « A la suite de la réparation anatomique de la perforation, il survient ordinairement, dit-il, une amélioration notable manifeste. » Ç
Depuis cette époque, les cas de pneumothorax spontanés suivis de guérison se muluplièrent : Czernicki (2) en 1872 en cite 2 cas, Vigier (3) en 1873 4 cas, Pernet en 18758 3 cas et
(1) Archives de Médecine, t. IT, décembre 1853.
(2) Czernickr, in thèse Toussaint. Paris, 1880. (3) Viexer, Du Pneumothoraz dans la phtisie pulmonaire. Paris.
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enfin en 1880 Porain (1) relate 24 observations de pneumothorax chez des bacillaires avec amélioration des lésions.
En 1881,HérARD, dans une communication faite au 10° Congrès de l'Association française pour l’avancement des Sciences, tenu à Alger, cite plusieurs observations d’hydropneumothorax ayant exercé une action très favorable sur la marche des lésions tuberculeuses dont les malades étaient porteurs. = Pour cet auteur, l’hydropneumothorax survenant au début de la tuberculose comprime l'organe et occasionne de cette manière une diminution dans son activité. Dans les périodes ultérieures de la phtisie, si les lésions sont encore peu étendues, « un phénomène bien remarquable va se produire, ditil; les parois des cavernes, cédant elles-mêmes à la compression, se rapprochent, s’agglutinent, se cicatrisentmême quelquelois ; la suppuration pulmonaire et l’hypersécrétion bronchique diminuent et c’est ainsi que chez notre malade, comme dans un assez grand nombre d’autres observations, l’expectoration arrive à être presque complètement supprimée (2). »
Cette explication donnée par Hérard sur l’action du pneumothorax, déjà en 1822, un physiologiste de Liverpool nommé Carson l'avait exprimée dans un mémoire intitulé « Des Lésions du Poumon ».
Pour Carson, « c'est l’élasticité pulmonaire, constamment mise en jeu par le vide pleural, qui tend constamment à éloigner l’un de l’autre les bords des solutions de continuité et accroît ainsi l'étendue des lésions (3) ». Il suffirait de produire le collapsus du poumon pour supprimer l’élasticité et par la même favoriser la guérison. Carson avait d’ailleurs réalisé ce collapsus chez le lapin en incisant un espace intercostal : le
(1) Porain, n thèse Toussaint, Sur la marche de la tuberculisation pulmonaire. Influence du pneumothorax. Paris, 1880.
(2) Hérarp, De l’Influence de l’hydropneumothorax sur la marche de la tuberculisation pulmonaire. Union médicale, 28 juin 4881, p. 1076.
(3) Piéry et Rosnen, Deux précurseurs de Forlanini : Carson,1822 ; Ramadge 1832. Lyon médical, 15 janvier 4914, p. 427. s
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pneumothorax ainsi produit avait été parfaitement toléré, et Carson concluait que « le remède semblait sûr, simple et: complet ».
Un autre médecin anglais, Ramadge, rapporte, en 1834, dans son « Traité sur la nature et le traitement de la consomption pulmonaire », deux observations de pneumothorax provoqués, suivis d'amélioration. Alors que, dans le premier cas, le pneumothorax a été la conséquence d’une erreur de technique, dans le second, au contraire, l’auteur a agi volontairement. «Ayant, dit-il, pour but principal de produire l’émission de l’air et d’effectuer ainsi une diminution de la cavité pectorale, je maintins la piqûre ouverte pendant environ dix jours en y introduisant un petit morceau de caoutchouc convenablement soutenu... Moins de deux ans après l’opération, M. G. S... jouissait de la meilleure santé (1). »
Mais c’est sans conteste à CarLo ForLanim (de Pavie) que revient le mérite d’avoir, dès 1882, longuement étudié Paction du pneumothorax artificiel thérapeutique et d’avoir ainsi créé une méthode de traitement couramment désignée depuis, et à juste titre d’ailleurs, sous le nom de méthode de Forlanini.
Les premiers travaux de Forlanini dans la ÆRivista degli Ospedali reposaient d’ailleurs sur une conception purement théorique. |
Pour lui, ce sont les mouvements respiratoires que subit le poumon qui exaltent le processus destructif. Si on parvient à supprimer les mouvements respiratoires, on inhibe la nécrobiose, le processus destructif et en même temps les produits toxiques se résorbent. Ce qu’il faut donc avant tout, c’est immobiliser le poumon et, à son avis, l’immobilisation la plus parfaite, en pratique celle produite par le pneumothorax artificiel doit amener la guérison des lésions tuberculeuses.
{1} Préry et Rosnem, Deux précurseurs de Forlanini : Carson, 1822 ; Ramadge, 1832. Lyon médical, 15 janvier 1911, p. 127.
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Ce n’est cependant qu’en 1891, après dix années d’hésitation, qu'il se décide à mettre ses idées en pratique : volontairement, il provoque, d'une façon méthodique, le premier pneumothorax artificiel dans un but thérapeutique.
Au XI° Congrès International de Médecine de Rome, en avril 1894, il a rapporté les observations des deux premiers malades opérés par lui,et aujourd’hui le nombre de ses observations dépasse 170.
Née en Italie, cette méthode a été longtemps regardée avec défiance par les médecins italiens; ce n’est qu’en 1908 (1) qu'Orlandi et Antonini publièrent leurs deux premiers cas de guérison.
Les Américains ont été les premiers à mettre le pneumothorax en pratique après Forlanini. Murphy (2) (de Chicago), qui semble avoir ignoré les travaux du médecin italien, a préconisé cette méthode en 1894 et a pu, au congrès de Denver, en 1898, présenter 5 malades traités par le pneumothorax arUficiel. Peu de temps après parurent les travaux de Lemke(3), assistant de Murphy, et de Schell(4), de Terre Haute (Indiana). Ce dernier relatait la guérison d’une hémoptysie grave par le pneumothorax artificiel.
En Allemagne les premières tentatives datent de 1905. Elles furent faites par Brauer (5), de Marbourg, en collaboration avec Lucius Spengler, directeur du sanatorium Schatzalp, à Davos. Ces auteurs ont d’ailleurs fortement modifié le procédé de Forlanini. Trouvant qu'il « était dangereux, dit Brauer, de procéder au début par ponction, parce que, même avec les plus grandes précautions et avec une technique subtile, et
(4) ORLANDI et ANToNINI, Gaz. med. Italiana, 1908, no 42.
(2) Murray, Surgery of the Lung. The Journ. of the American medical Associalion. July, August, 1898.
(3) Leuke, Pulmonary tuberculosis. The Jour. of the Amer. med. Ass., août 4899,
(4) Scnezz, New. Yorl: med. Jour., 1er octobre 1898.
(5) BRauEr, Universilälsprogramm, Maïrbourg, 1906.
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par conséquent compliquée, -on peut avoir des accidents », ces auteurs incisent préalablement la peau et les muscles. Quoi qu’il en soit, cette méthode a été depuis largement appliquée en Allemagne et en Suisse. Sous l'influence des élèves de Brauer, les sanatoriums suisses sont devenus le grand centré d'application du pneumothorax.
En Autriche, Baer et Kraus appliquent cette méthode au sanatorium de Wienerwald.
Au Danemark, citons les noms de Saugmann et Begtrup, Hansen, Mjæn, Holmbæ, Wurtzen et Kjer-Pétersen.
En France, le traitement de la tuberculose pulmonaire par le pneumothorax artüficiel n’a été mis en pratique que fort tard. +
Gauthier et Pic (1) présentèrent en 1608 à la Société des Hôpitaux de Lyon un malade très amélioré par un pneumothorax spontané. Peu de temps après paraissait à Lyon la thèse de Dessirier qui, traitant parallèlement « le pneumothorax spontané favorable et le pneumothorax artificiel thérapeutique », montrait ce qu’on obtenait à l'étranger avec cette méthode.
En 1909, Dumarest fait son premier pneumothorax artificiel au sanatorium d’Hauteville (Ain) et, peu de temps après, Kuss (d’Angicourt) publie ses résultats à la Société médicale des Hôpitaux de Paris.
En perfectionnant l’instrumentation, cet auteur a contribué pour une large part à généraliser l’emploi de cette méthode,
(1) Gaurarer et Prc, Lyon méd., 1908, n° 39.
(2) Kuss, Bull. el Mém. de la Société méd. des Hép., n° 23, 22 juillet 1910.
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