III
Dans un discours historique (t), publié en 1740 et que l’on trouve au deuxième volume de l'édition portant les commentaires d'Henri Fornier, on peut lire une appréciation très juste et très littéraire des mérites de chacun des auteurs qui se sont occupés de ces Coutumes. Nous ne croyons pouvoir mieux faire que d’en résumer ici les principaux développements.
L'auteur du discours observe tout d’abord que la rédaction de la Coutume d'Orléans commença en 1491 et qu'on s'assembla à Lorris pour y procéder, parce que Orléans était alors tenu en apanage. Le travail fut arrêté et repris en 1509. À ce moment, Montargis et les bailliages qui en dépendaient se séparèrent d'Orléans. D'où il se forma deux Coutumes d'une seule, mais si ressemblantes cependant qu'on peut les regarder comme deux sœurs jumelles grandissant côte à côte.
Après ces remarques, dont on ne peut nier
(4) Discours historique sur la Coutume d'Orléans, dans lequel on explique l'origine des Coutumes en général et celle d'Orléans en parliculier et jugement sur les auteurs qui l'ont commentée (1740).
l'a-propos, l’auteur porte sur les divers commentateurs des jugements que la postérité a ratifiés.
Pyrrhus Englebernus, dit-11 à peu près en ces termes, professeur de droit romain à l'Université d'Orléans, avait du talent et du savoir, mais il ne connut point le véritable esprit de notre Coutume.
Dumoulin porta la lumière, l’ordre et l'exactitude dans la jurisprudence française ; il établit des principes, üira des conséquences et, démêla leivéritable esprit de nos Coutumes.
Léon Tripault donna quelques notes très courtes et sans utilité, quoiqu'il connûtles Coutames mieux qu'Englebernus.
Henri Fornier, second fils de Guillaume, rival de Cujas, professeur et ornement de l'Université d'Orléans, conféra notre Coutume avec celle de Paris, compara les différences, réunit les rapports, et ses notes courtes sont le fruit,de l'intelligence la plus parfaite de la Coutume. Ecrivain modeste autant qu'exact el judicieux, ilest avare de mots et riche de pensées. ‘4 |
-Duret a fait un commentaire vide, stérile, sans goût, sans jugement, sans netteté et sans discernement.
Mais le commentateur par excellence est Jacques Delalande (1626-1703). Bon sens, solidité, érudition, clarté, intelligence vive et lumineuse de l'esprit de la Coutume, ainsi que des principes de la jurisprudence française; telles sont les qualités qui agrémentent son cuvrage dans lequel il établit un parallèle continuel entre le droit romain et le droit
français.
Delalande mérita les éloges de ses contemporains et nous en avons pour preuve particulièrement, intéressante le sonnet que lui adressa M. Langlume. chanoine de l'Eglise d'Orléans :
« Admirables génies de tous les temps passéz ; Illustres décédés dont les savantes plumes
« Nous ont bien éclairci l'esprit de nos coutumes « Par un de ces neveux vous êtes effacez...
« Tournet, Caron, Chopin, vous voila terrassez ; « Que l’on ne vante plus vos antiques volumes, « Ils tiennent en langueur, causant des amertumes, « Et Delalande, enfin, vous a bien surpassez...
« Sortez de vos tomhbeaux, Brodeau, Labbe, Fortin « Venez tous admirer avecque Dumoulin, « Cet ouvrage achevé, ce docte commentaire.
« Mais ne murmurez pas de le voir en ce point « Vous surmonter ici, flétrissant votre gloire ; « Ayant sceu son dessein, nous n’attendions pas moins. »
Si nous faisons la part d’un enthousiasme peutêtre exagéré, nous devons reconnaître que Delalande, sans effacer tous ceux qui ont écrit sur les Coutumes de Lorris et d'Orléans, tenait cependant une des premières places parmi eux.
Après celte sorte de digression, qui nous a paru uble pour former un cadre à peu près complet au tableau d'histoire judiciaire que nous tentons d'esquisser, nous rentrerons maintenant dans le corps de notre sujet, en traitant de la Juridiction du Présidial d'Orléans. KR