CAT
dans la mesure où le technicien veut moins agir sur les corps que sur les consciences, comme inversement, l’esthétique, la logique et la morale, qui deviennent indispensables à tous ceux qui peuvent les étudier, peuvent paraître moins utiles quand l’action ne doit porter que sur les corps bruts. Nous avons déjà rapporté la juste réflexion d’Auguste Comte, que les arts importants, doivent, selon le degré de leur importance, s'inspirer des enseignements d’un plus grand nombre de sciences théoriques.
Les sciences pratiques, si elles n’épuisent jamais, par leurs inventions, toutes les possibilités d'application permises par les vérités déjà théoriquement et expérimentalement acquises, peuvent progresser après chacune des découvertes nouvelles que font encore les sciences fondamentales. Ainsi que des jugements aux déductions, le passage est logiquement si naturel et direct des sciences théoriques aux sciences pratiques que la pensée et ses ouvrages écrits le franchissent comme sans le voir.
sidération de l’universalité des corps, l'étude de la nature raisonnable, individuelle, atteint la réalité psychique plus que l’étude des sociétés humaines. La chimie et la psychologie s'intéressent à l’explication des réalités qualitatives, la physique et la sociologie, à lexplication du côté quantitatif de ces réalités.
Tandis que les sciences expérimentales ou théoriques, conditionnées entre elles, lentes à découvrir et à systématiser les lois des phénomènes, s’affirmaient et s’organisaient successivement, l'histoire naturelle les devançait. Des divisions, fondées sur des raisons objectives, s’établissaient dans cette vision de l’ensemble des êtres et des faits qui est l’univers. Il en est résulté le groupe des sciences, que nous n’appellerons plus que les sciences descriptives et de classification. Les appeler, comme certains l’ont voulu, les sciences des êtres, c’est risquer de graves amphibologies. Elles ont pour objet les espèces des êtres, les masses et les dispositions minérales, les organes des corps vivants, les évènements ou faits humains.
Les sciences de description et de classification sont les sciences des concepts qui nous viennent des réalités à expliquer, des réalités qui sont les supports de tous les phénomènes. Sciences des concepts des réalités observables, elles ont avec Ies sciences théoriques les mêmes rapports logiques que ceux qui existent entre les idées et les jugements. En chacune de ces sciences, la description emporte sur la classification, ou inversement, parce que la raison, tantôt par analyse, développe la compréhension, et tantôt, par synthèse, examine lextension des idées. Quand elles sont surtout descriptives, el-
je
les deviennent indispensables à la science théorique qui leur correspond dans le plan qu’impose le principe d’objectivité. Les sciences théoriques, d’ailleurs, sont comme obligées de se raccorder aux sciences des êtres et des faits par leurs introductions et leurs préliminaires, où, d’abord, elles définissent et classent les phénomènes à
expliquer.
Il ne serait pas juste de tenir les sciences de description et de classification pour des sciences mineures et inférieures. Elles supposent un patient, un magnifique effort de l'intelligence humaine. Cet effort ne trouve jamais sa limite. L'étude des sciences théoriques et la connaissance précise des lois des phénomènes, l’utilisation des inventions-pratiques, permettent les descriptions toujours mieux faites ; d’autre part, on ne peut chercher pour les classifications naturelles que des principes plus objectifs que dans la discrimination des plus importantes causes découvertes par les sciences expérimentales. Si le logicien doit distinguer les diverses catégories des sciences, trouver les raisons qui imposent les plus justes divisions à établir entre les connaissances scientifiques, il doit assouplir ses manières de voir, devenues trop rigides et, se souvenant des enseignements de la psychologie, savoir comprendre avec quelle rapide finesse et naturelle facilité les opérations naturelles incessamment s’accomplissent et se succèdent, s’entraident entre elles, se fortifient, se corrigent et se perfectionnent.
Il reste à signaler que l’application de l'intelligence aux sciences de description et de classification procure à l'esprit scientifique un dernier bienfait. La science expérimentale purement théorique a toujours fait courir le risque à ceux qui s’y adonnent trop exclusivement,
parentées au postulat initial, ou encore, il consiste à trouver des méthodes qu’on n'avait pas prévues, à étendre, à assouplir ces méthodes, comme on n’avait pas su le faire. Mais, il ne saurait, en dehors des considérations du nombre, des figures et des mouvements possibles, exister d'autre considération qui lui procurerait un objet propre et ferait apparaître une science m'athématique nouvelle.
Chacune des sciences expérimentales, étudiée par un nombre toujours plus grand d’excellents esprits, s’accroît avec rapidité ; chacun de ses chapitres est assez vaste pour délimiter le champ des recherches plus minutieuses des savants qui subissent la loi de la division du travail intellectuel. Quand elle classifie les sciences, la logique n’a pas à se préoccuper des conditions nouvelles du progrès de ces disciplines scientifiques. Le principe objectif a permis de préciser les justes divisions qui maintiennent, à d’inégales distances, les distinctions de la physique, de la chimie, de la physiologie. On ne saurait découvrir dans le monde des corps un autre objet qui n’appartiendrait pas à quelqu’une de ces trois sciences. |
Ce serait à propos de’nombreuses considérations qui ont guidé les études sur les faits humains, qu’on pourrait avoir commis de notables prétéritions. Ainsi, l’économie n'est-elle pas une science théorique qui a fondé une très utile science pratique et qui devrait être inscrite dans une classification des sciences ? Ce qui est dit de l’économie, ne devrait-on pas le répéter du droit et de la science pratique qu'est la jurisprudence ? Cependant, on reconnaîtra qu’il y a un chapitre de l’histoire qui est le chapitre des évènements économiques et qu’il