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les sciences des règles ou jugements de finalité. Les trois
principes premiers de la raison, celui de l'identité, ce-
lui de la causalité, celui de la finalité, rendent possibles toutes les opérations de l'intelligence humaine, mais comme ils se révèlent davantage, le principe d’identité dans l’affirmation de l’idée, celui de causalité dans la vision qu’exprime le jugement, celui de finalité dans le raisonnement suscité par l’action intéressée, les sciences des trois séries se rapportent aux identités à expliquer, aux causes qui expliquent, aux moyens que les explications théoriques peuvent procurer pour les fins humaines. |
La science et toutes les sciences différenciées sont le résultat toujours augmenté du travail de l’intelligence humaine. Mais l'intelligence est une faculté parfaitement accordée à la conscience et à la volonté. La finalité déjà si visible dans l’être biologique est plus accentuée encore et plus stricte dans l’être psychique. L'intelligence pe peut trouver la matière de son travail qu’en se tournant, pour ainsi dire et puisqu'il n’est pas possible de dire d’une autre manière, vers les expériences reçues et conservées par la conscience. Les expériences converties en idées générales, l'intelligence se recueille davantage durant son travail purement théorique qui lui procure la vision des lois universelles. Bientôt son incessante collaboration avec la volonté force l’intelligence à prévoir les meilleurs moyens de laction. Ce qu’Auguste Comte ne faisait que constater que la science engendre la prévoyance et la prévoyance l’action, la psychologie le justifie et l’explique. Il y a des sciences descriptives et de classification parce que l'intelligence ne peut d’abord travailler qu’à saisir et ordonner les idées des expérien-
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d'êtres qui ne sont plus, elle pourra s’accroître d’un chapitre historique, mais elle restera toujours, et par essence, une description. La physique historique du globe n’est qu’un chapitre de la cosmographie, l’oryctologie un chapitre de la géologie descriptive, la paléontologie un chapitre de la botanique et un chapitre de la zoologie. D'ailleurs, l’histoire de l’univers demeurera imprécise, qui ne s’appuie que sur des monuments incomplets, insuffisants. Sa chronologie ne sera qu’hypothétique. Enfin, dans les sciences expérimentales, et dans les sciences de description et de classification, il faut distinguer ce qui est vraiment scientifique et ce qui est emprunté aux théories du momient, L’évolutionnisme n’est qu’une théorie. De nombreux faits rendent l’évolutionnisme vraisemblable. Mais, s’il y a des signes visibles des formations successives de l'univers physique, le transformisme des espèces végétales et animales est loin de fournir toutes les preuves qu’on souhaiterait. Entre le fixisme qu’on ne peut plus soutenir et qui tirait sa force de sa parenté avec les philosophies d’excessif rationnalisme et le transformisme qui servirait si bien la philosophie empiriste, il y a place au moins pour une théorie intermédiaire. Les formes spécifiques ont pu ne subir aucune transformation essentielle mais ne faire que marquer des différences accidentelles déterminées par la loi du milieu physique et chimique. Antoine Cournot reconnaissait qu’on ne peut grouper les faits qui concernent l’histoire de l’univers que « d’après des inductions probables, sans pouvoir les soumettre à des lois préeises, susceptibles de confirmations expérimentales (1).»
(1) A. Cournot. Même ouvrage, page 471.
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On trouverait à rapporter bien des déclarations pareil-
les sur ces théories historiques où « l’on commet inévitablement des erreurs, même quand on se borne à énoncer les résultats comme probables (2) ».
Ce n’est pas l’histoire de l’univers qui pourra rem-
placer les sciences descriptives, mais les sciences des-
criptives peuvent et doivent consacrer chez elles, avec précaution, une place aux théories historiques. La seule série des sciences descriptives doit précéder, dans la classification des sciences la série des sciences expérimentales explicatives de ce qui existe et conséquemment, de ce qui a existé.
(2) Adrien Naville. « Classification des sciences» 3 édition. Alcan
fournit un exemple. Par destination parmi les sciences
et selon sa précise étymologie, la géographie doit être la
description exacte de la configuration de notre planète. Mais, elle constitue par elle-même un cadre où les connaissances de la plupart des autres sciences descriptives, même celles de l’histoire, peuvent trouver une bonue place d'exposition. La géographie devient alors successivement géologique, ne zoologique, économique et humaine. L'important est de bien comprendre la science, l’objet et le but de chacune des sciences : c’est à condition de bien voir la juste place de chacune des sciences dans l’extension de l’idée de science.
Il faut prévoir pour l’éviter, un dernier et plus grave reproche. Antoine Cournot a distingué les sciences naturelles descriptives et l’histoire de la nature. Il faisait remarquer qu’il y a dans la nature une multitude de faits dont la raison est purement historique (1). Tous les objets que les sciences étudient ont une histoire ; ils ont changé, il changent, vraisemblablement ils changeront. Les sciences ne peuvent pas se dispenser de tenir comp-
te de ces changements et de les exposer avec exactitude.
Tandis que les sciences, comme la plupart des tendances philosophiques régnantes, professèrent longtemps le fixisme, on a été amené, par cet esprit positif qui caractérise la science expérimentale et ne veut négliger aucune catégorie de faits, à voir la vérité de l’évolutionisme. La science doit raconter et expliquer les transformations de Punivers. L'histoire, fort longue, de la nébuleuse à l’état actuel des corps célestes, de la formation des ro-
(1) Antoine Cournot. « Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique». N° 319, page 470. Nouvelle édition. Hachette 1912.
ches primitives aux associations actuelles des substances minérales, des plantes et des animaux dont les couches géologiques ont conservé les fossiles aux plantes et aux animaux qui nous sont contemporains, exige des sciences nouvelles dont les objets consistent en ce qui a été et qui n’est plus que par ses vestiges. Il faut ajouter, comme à l’histoire, l'archéologie, à la liste des sciences descriptives, une physique du globe, une oryctologie générale, une paléontologie botanique et une patéontologie zoologique. Dans le tableau qu’Antoine Cournot intitulait « essai de classification synoptique des connaïissances humaines » (1), après la série des sciences théoriques se trouve la série des sciences cosmologiques et historiques. On voit mal la raison qui lui faisait mettre immédiatement après ces sciences historiques les sciences de la série technique ou pratique. D’autres, après Cournot, ont séparé plus habilement et avec netteté Les sciences descriptives et les sciences qui se rapportent à l’histoire de la nature. Mais, y a-t-il vraiment nécessité à augrñenter le nombre des séries des sciences à classi- OS AT
La description peut bien profiter des explications trouvées par les sciences théoriques, les sciences descriptives sont trop souvent mal appelées, depuis Auguste Com: te, sciences appliquées. Chronologiquement et de nécessité logique, la description est antérieure à l’explication. Jamais achevées, la description et la classification scientifiques tendent à leur perfection qui est d’être totales et exhaustives. Si la description doit reconnaître que ce qui est et ce qu’elle constate a été précédé d'états et
(1) À. Cournot. Même ouvrage, pages 510-B11.
ces qui s’imposent à toutes les consciences. Les sciences théoriques, difficiles et d’une lente élaboration, ne peuvent découvrir les lois que des phénomènes définis, après les faits et les êtres décrits et classifiés. Enfin, l’existentence et la réussite des sciences pratiques, qui des lois déduisent les règles, complètent la preuve effective que l'intelligence est par nature constituée pour contribuer à faire se réaliser la finalité de notre être.
La psychologie permet encore de donner une explication qui intéresse la classification des sciences. Elle enseigne que l’acte spécifiquement humain est la pensée, œuvre de l’intime collaboration de l'intelligence et de la volonté. C’est l’intention de la volonté qui décide si l’intelligence soumise à la loi de l’analyse et de la synthèse s’attardera à l’un ou à l’autre des deux moments nécessaires de son travail. Comme on a fait remarquer que les besoins de l’action ont souvent indiqué à la pure théorie les lois à découvrir, il faut reconnaître que c’est la volonté qui a préféré d’abord les sciences synthétiques aux sciences analytiques. Déjà, il est vrai, pressée par les exigences de l’action indispensable à l'entretien du corps humain, la volonté avait longtemps laissé l’intelligence saisir analytiquement de vagues rapports empiriques. La volonté, influencée par la plus grande facilité de la tâche et aussi par l'utilité plus grande de Fexplication totale des choses, quand elle fut comme en présence des possibilités de la science, choisit la science synthétique et retarda la trop minutieuse science analytique, La mathématique et la philosophie sont les plus anciennes sciences parce que la pensée trouva dans la certitude aisée de la première et dans les plus importantants services de la seconde les motifs de sa préférence.
Pour justifier sa philosophie positiviste, Auguste Comte exagérait la rigueur de la loi qu’il croyait avoir trouvée des trois états de l’esprit humain. Il y a, cependant,
une certaine vérité d'ordre psychologique à reconnaître
les principales étapes du travail de l’intelligence humaine. Le sentiment religieux fait décider d’abord la volonté et par elle l'intelligence à étudier la cause première. Puis, l'intelligence se prononce plus méthodiquement sur l’ensemble des causes agissantes qui expliquent l’univers. La recherche patiente, la découverte progressive du déterminisme des faits et des phénomènes n’ont pu se faire qu’à la longue. Mais, au lieu de s’exclure successivement ces trois sortes d’explications s’enchaînent et se réclament entre elles pour donner toute la lumière que, selon la hiérarchie de ses besoins, l’es-. prit humain désire.
La psychologie critique, que nous avons ailleurs ex-posée, conduisait à la philosophie de la plus riche période de la pensée grecque, à la philosophie hylémorphiste. Cette philosophie et sa métaphysique en particulier ne peuvent pas manquer de nous aider à éclairer ce que la solution du problème de la classification des sciences a rencontré au plus profond. Ainsi, explication du principe du déterminisme universel, de ce principe fondamental des sciences, comporte d’insurmontables difficultés pour certaines philosophies. Les unes, en effet, en lui donnant une origine purement expérimentale ne peuvent plus rendre compte de sa nécessité et de sa valeur objective ; les autres, en le reconnaissant comme une loi constitutive de l’entendement, ont ensuite la plus grande peine à faire comprendre le besoin de la pensée de proclamer la liberté morale, La philosophie hylémor-
phiste explique le principe du déterminisme scientifique par le déterminisme des natures réelles et limite au monde des seuls faits, qui émanent d’elle ou qu’elle gouverne dans la mesure de la connaissance de leurs lois, la liberté de la nature humaine. L’histoire, parmi toutes les sciences la seule qui ne soit pas fondée sur le principe du déterminisme, vient confirmer cette explication philosophique. L'histoire montre, en effet, que les faits humains, s’ils procèdent d’une nature toujours identique en son fond, sont imprévisibles parce que libres, alors que la contingence apparente est prévisible des faits de tous les autres ordres.
Les sciences expérimentales ont pu s'organiser en se donnant chacune pour objet un ordre bien défini de phénomènes. La philosophie qui fait remonter des phénomènes aux faits et des faits à la nature des êtres nous a fait préciser les raisons objectives de la division des sciences. Car, cette division, le positivisme la constatait, il la jugeait la meilleure, il ne pouvait pas en indiquer les principes qui la justifient. La considération métaphysique n’aurait fait reconnaître d’abord que trois catégorie de phénomènes et de faits selon les trois principales catégories des natures. Cette même considération faisait discerner qu’aussitôt après la physique la physiologie essayait de s'organiser et que, dans ses grandes lignes, la psychologie est une fort ancienne science. Si la chimie et la sociologie sont devenues des sciences expémentales, c’est que, d’une part, la physique n’expliquait pas certains phénomènes des corps, et d’autre part, la psychologie négligeait une classe de phénomènes complexes de conscience. Tout en ayant pour objets des catégories bien définies de phénomènes, la chimie s’appa-
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rente étroitement à la physique, la sociologie à la psychologie. La classification des sciences devait marquer dans la série totale des sciences expérimentales, comme il lui était facile de le faire pour les sciences descriptives et de classification ainsi que pour les sciences pratiques, la division plus objective fondée, sur l’existence des natures sans lesquelles les mouvements et les faits ne seraient pas. Les sciences qui résultent de la réflexion analytique ne peuvent étudier que les êtres corporels et les phénomènes des corps, les êtres vivants et les phénomènes vitaux, les faits et les phénomènes de conscience.
Si la mathématique est une science, si le déterminisme mathématique est le plus rigoureux des déterminismes, si les applications mathématiques sont les plus sûres et d’un usage universel, existe-t-il des natures mathématiques ? Il est trop vite fait d'expliquer par la simplicité des objets qu’elles étudient que les sciences mathématiques sont les plus parfaites des sciences et qu’elles seules méritent d’être appelées les sciences exactes. Leur exactitude ne vient pas seulement de ce que leur procédé général est déductif, tandis que les sciences descriptives et de classification, comme les sciences analytiques théoriques, comme aussi la philosophie, sont inductives ; car, les sciences pratiques fondées sur les sciences expérimentales ou sur la philosophie sont déductives et leur exactitude est imparfaite qui dépend des formules jamais définitives, toujours plus précisées, des lois des sciences expérimentales ou des explications philosophiques affinées et mieux comprises. Une raison, déjà profonde et que l’on peut estimer juste, est celle qui consiste à dîre que les autres sciences portent sur des idées dont les objets réels font que leur compréhension
n’est jamais épuisée, des idées qui ne peuvent être que distinctes, alors que les sciences mathématiques ne comportent que des idées adéquates et parfaites dont les objets sont créés par l’intelligence. Toutefois, cette création des objets mathématiques, malgré la possibilité et le fait des métagéométries et des géométwies à plus de trois dimensions, n’est pas une création libre. Les sciences mathématiques peuvent bien permettre des virtuosités et comme des jeux que ne permettraient pas les autres sciences toutes conditionnées par l’observation et par l’expérimentation, les sciences pratiques qui résultent de la mathématique théorique, l'utilité et l'emploi de la mathématique pour l’expression des lois physiques, obligent les mathématiciens à ne vouloir finalement créer, plus encore que les artistes, qu’à l’imitation de ce qui est réel. Si les intelligences individuelles s’accordent à la perfection, sans aucun recours direct à l’observation, à voir l'évidence des démonstrations mathématiques, c’est qu’elles possèdent les mêmes axiomes mais aussi qu’elles admettent les mêmes postulats. Toutes les expériences d’origine sensible viennent procurer ou confirmer l'intuition de ces postulats. Des unités corporelles, de l’espace à trois dimensions, des mouvements des corps, aucune intelligence humaine ne peut douter, car incessamment l’action contraint à en tenir compte. Les perceptions des mouvements des corps, de leurs surfaces et de leur volume, de leur multiplicité nombrable, ne peuvent s’éclairer que si lintelligence dégage l’idée de la matière qu’exigent toutes ces perceptions et l’idée même de corps. Tous les postulats mathématiques sont supportés par ia considération qui leur est commune de la matière
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dans son uniformité quantitative, mesurable et nombrable.
Descartes, quand il voulut rattacher la mathématique et par elle toutes les autres sciences à sa métaphysique, traduisait une des intuitions mathématiques, celle qui est nécessaire à la géométrie, en définition essentielle de la matière. Les complications, les difficultés et les contradictions d’ordre expérimental, que la conception cartésienne suscitait, ont fait généralement rejeter cette définition d’une matière dont toute l’essence serait d’être étendue, on ne sait comment morcelée en des corps, agitée par des mouvements étrangers et extérieurs à ellemême. La philosophie hylémorphiste s'accorde autrement avec les conditions fondamentales de la mathématique et les explique mieux. Cette philosophie affirme l’objectivité d’une matière première indéterminée, mais qui est devenue le fondement de ce que nous voyons d’homogène et de quantitatif dans l’univers, quand les natures qui partout animent cette matière firent successivement apparaître les mouvements, l’étendue, la rétance. Aucune nature par son union avec la matière auparavant informe n’a manqué de lui communiquer avec son unité son indivisibilité, de lui donner son étendue, de lui imposer ses mouvements. Ainsi, toutes les natures corporelles qui sont des natures minérales, sont aussi et universellement des natures mathématiques. Par leur action fondamentale, ces natures permettrent d'assurer et d'expliquer le déterminisme mathématique, l’universalité des sciences mathématiques, la possibilité pour l’intelligence de la considération purement quantitative, l’objectivité des intuitions synthétiques des expériences sensibles qui s’expriment spontanément dans les postulats.
La mathématique et chacune des sciences mathématiques participent à la plus juste et plus générale définition de la science que Bacon avait rappelée. La science consiste à rapporter les effets à leurs vraies causes. La cause profonde et dernière de la mathématique, la cause fondamentale des postulats, des définitions, de ce qu’on appelle, par similitude, les lois mathématiques, c’est la matière devenue quantitative, parce que unie aux principes métaphysiques. Les lois mathématiques sont des rapports nécessaires qui dérivent de l’action observable et universelle des natures des êtres matériels.
Les sciences mathématiques cherchent à prévoir tou-
tes les possibilités et leurs conséquences d’ordre quantitatif que les postulats autorisent. Quand elles s’unissent aux sciences expérimentales, et cette union se fait surtout entre la mécanique rationnelle et la physique, les possibilités mathématiques se découvrent toutes prêtes à exprimer les lois des phénomènes observés. La déduction mathématique et linduction physique, l’une et l’autre d’ordre quantitatif, s’accordent sans beaucoup de peine. On comprend la facilité de l’erreur de Descartes qui pensait que ce que nous appelons de nos jours la physique, pouvait se ramener à la pure mécanique rationnelle, comme aussi celle d’Auguste Comte, estimant que la mécanique rationnelle est une science concrète.
Des deux sciences expérimentales qui ont pour objet les corps, la physique les étudie en ne considérant que leurs propriétés générales, dont toutes les manifestations paraissent se réduire à des mouvements : la chimie ne s'intéresse qu'aux phénomènes de la constitution intime des corps, phénomènes qui peut-être ne consis-
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tent aussi, objectivement, qu’en des mouvements, mais qui diffèrent selon les natures spécifiques des corps. A l’autre extrémité de la liste des sciences expérimentales, la psychologie ne reconnaît aux phénomènes de conscience qui constituent le domaine de ses recherches introspectives que des caractères d’indivisibilité, d’hétérogénéité, de pure qualité, tandis que la sociologie ne peut découvrir ses lois qu’en s’aidant des statistiques, qu’en étudiant les influences que les hommes subissent entre eux par suite d’un commerce qui ne peut se faire que par l'intermédiaire du corps. Pour la clarté de la science il est commode et il est facile de répartir les phénomènes dans des catégories bien caractérisées. Mais, on constate à propos d’un seul et même être des phénomènes de catégories différentes. Tout être psychique, tout
- être social, est aussi un être physique et chimique ; tout
être physique est aussi un être chimique. A propos de tout être observable, la considération qualitative, comme la considération quantitative trouvent à s’exercer. Les deux principes de la quantité et de la qualité s’avèrent constamment sous les phénomènes. Il est impossible d’expliquer les qualités et la pensée s’il n’existait que de la quantité ; il est fort difficile de vouloir faire admettre, s’il n’y a de réel que le principe de la qualité, que les pensées s’accordent dans la création qui s'impose de tout ce qui est quantitatif.
Selon la considération plus quantitative ou la considération plus qualitative, pour étudier complètement les phénomènes des corps, on a recours à deux sciences expérimentales, à deux autres sciences aussi pour ne rien négliger des phénomènes de la conscience. Pour étudier les phénomènes de la vie et trouver les lois de ces phéno-
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mènes, la physiologie, une seule science, suffit. C’est que, dans l’être vivant, la distinction trop abstraite de la conscience et du corps plus ou moins brut ne doit pas être faite. L’être réel, l’être vivant, est à la fois quantité et qualité, un corps pénétré de finalité, autrement dit d’un principe spécifique d'activité, d’une idée qui est puissance immanente, uature vraiment créatrice de cet être. Les sciences expérimentales, dans leur effort d’objecti-
vité, qui est venu mettre sa marque sur leur constitution
même et sur leur classification, affirment, comme la philosophie hylémorphiste, chez tous les êtres observables, l’intime union de la quantité et de la qualité, de la matière et de l’idée.
La philosophie, science synthétique des réalités expliquées par leurs causes premières, doit être assez souple et assez forte pour se confronter avec les sciences théoriques, mathématiques et expérimentales, et s’éprouver à leur contact. Depuis de nombreux siècles, en s’appuyant sur l'expérience la plus totale et déjà suffisante des faits, sa vision et son explication universelles des réalités ont pu donner les preuves de leur vérité ; aujourd’hui, c’est à la lumière de l’ensemble des lois scientifiques vérifiées par l’expérimentation, que la philosophie doit revoir toute l’expérience qui lui est indispensable.
Un des principaux rôles de la philosophie, tandis qu’elle est et doit être aidée toujours par la psychologie, sa plus naturelle aïliée, est de fournir aux règles de la logique, avec leurs plus profonds fondements, comme un esprit général. Or, la philosophie hylémorphiste trouve la tâche pour elle facile d’exposer les méthodes qui, peu à peu, se sont dégagées des diverses recherches et réussites scientifiques. Ces méthodes et les conditions qu’el-
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les imposent au travail des savants de tout ordre, justifient les explications de cette philosophie. Ainsi la grande et féconde méthode expérimentale confirme la vérité de la philosophie qui repousse tout innéisme ; qui ne reconnaît la réalité, l’universalité et la nécessité des principes de la raison qu’après les résultats effectifs du travail intellectuel sur les indispensables expériences ; qui explique, par la plus grande étendue et la plus grande finesse des observations, ce qu’il y a de progressif, et, par les puissances de la raiso», ce qu’il y a de général et de nécessaire dans la connaissance scientifique ; qui, en affirmant l’objectivité des choses et la réalité de l'esprit, fait bien comprendre les attitudes successives de l’inteiligence, de l’observation des choses à la réflexion qui procure les hypothèses, de l’expérimentation sur les choses à l’opération de l'induction qui, sans cesser d’être perfectible comme l’observation, donne la vision des lois. Une telle philosophie ne peut pas laisser confondre les théories qui ne veulent connaître que les phénomènes, ni d’une part, avec ce qui fait essentiellement l’explication philosophique, ni, d’autre part, avec ce qui est véritablement de la science acquise. Les théories scientifiques ne sont que des hypothèses fort larges, souvent séduisantes, quelquefois hardies, quelquefois fécondes, qui peuvent inspirer pour les explications de détail de moindres hypothèses, ensuite confirmées par l’expérimentation. Les sciences expérimentales seront toujours accompagnées et guidées par des théories de cette sorte. Comme tout ce qui est hypothétique, ces théories sont libres. Elles ne sont pas à redouter quand on sait discerner ce qui est vraiment la science et ce qui ne peut qu’à l’occasion servir la science.
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n’y a nul mérite, et on n’y peut rien changer. Tout être humain se rend compte qu’il n’y a pas de telles lois morales, mais qu’il n’y a que des obligations morales. Ces obligations, il les respectera librement selon lexplication philosophique qu’il se donnera de leur origine et de leur valeur. On estime que l’homme est puissant dans la mesure de sa science qui lui permet de commander les faits et de les tourner à son utilité. Mais cet homme, tout
savant serait-il des lois des phénomènes, s’il n’a pas com-
pris la complexité de sa nature, peut rester l’esclave des puissances inférieures que sa nature comporte. Parmi les hommes, le plus puissant est celui qui agit selon l'exacte connaissance de sa nature et des fins les plus hautes de cette nature. Ce ne sera qu’en vue de ces fins, s’il est savant, qu’il usera de sa maîtrise dans la production des faits déterminés de tout ordre. Celui-là donnera une valeur morale aux moindres de ses actions qui, en même temps que justes, seront objectivement efficaces et bienfaisantes.
Même les sciences pratiques qui dérivent de la connaissance des faits humains et de leurs lois ne sauraient tenir la place de la morale. On ne pourra jamais dire telle morale parce que telle pédagogie ou telle pratique; on devra toujours dire telle politique et telle pédagogie parce que telle morale.
Par le fait qu’elle les domine en éclairant d’abord l'intention des actes, toutes les sciences pratiques, et, par elles, tout l’ensemble des sciences viennent se mettre au service de la morale. La science synthétique des réalités qu’est la philosophie, déjà reliée aux sciences expérimentales par son indéfectible alliance avec la psychologie, voit ainsi les liens se multiplier qui la