‹ Etude sur le Problème de la Classification des SciencesChapitre 2 sur 17 · ADEME NA € INT OT CE · texte numérisé non relu

ADEME NA € INT OT CE

Se

nouvelle construction sera appréciée comme seront rendues visibles les améliorations qu’elle réalise.

Qu'elle idée se faire de la science et, d’après l’analyse de cette idée, quelle doit être la définition provisoire de la science, la définition assez large qui conviendra à toutes les sciences à classer ? La réponse sera peut-être laborieuse et longue qu’il faut, en premier lieu, donner à cette importante et inévitable question.

Les lexiques qui ne peuvent que nous procurer les moyens de rendre claires nos idées, amèneraient à penser que le nombre des sciences est indéfini. Mais, il est aisé de voir que l’usage de dire et d’écrire a trouvé commode de multiplier sans nécessité le nombre des sciences en donnant communément la dénomination de science à tout chapitre d’une science quelconque : les lexiques respectent et suivent l’usage établi. Ainsi, entre tant d’autres, l’ichtyologie, l’ornithologie, l’optique, l’acoustique ne sont pas des sciences ; l’ichtyologie et l’ornithologie sont deux des chapitres de la zoologie, l’optique et l’acoustique deux des chapitres de la physique. L'idée claire n’est pas suffisante pour la classification des sciences ; l’idée distincte de la science nous est ici indispensable. Le nombre des sciences sera un nombre vrai et restreint. On ne doit compter au nombre des sciences que celles qui ont une originalité telle qu’il est impossible, en rigoureuse logique, de les ramener à quelqu’autre science.

Ce ne sont pas, au-dessus des connaissances qui comportent des motifs de doute, les connaissances certaines au plus haut degré qui constituent la science. Il y a des certitudes et même des évidences que la science étudie, mais qui, en elles-mêmes, ne font pas et ne sont pas la

science. Le paradoxe peut se soutenir que ce que nous savons le mieux, selon l’acception banale du verbe « savoir », c’est ce qui n’est pas de la science.

Bacon a dit que savoir véritablement c’est savoir par les causes. Cette définition générale de la science a une très grande valeur. Mais cette définition devra être expliquée. Sinon, pourquoi les sciences mathématiques, par exemple, sont-elles des sciences ?

Auguste Comte a voulu donner une définition générale de la science, dès les premières pages du « Cours de philosophie positive », lorsqu'il écrit que, dans l’état positif, l'esprit humain « renonce à rechercher l’origine et la destination de l’univers, et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s’attacher uniquement à découvrir par l’usage bien combiné du raisonnement et de l'observation leurs lois effectives, c’est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude (1). »

D’après cette définition, Auguste Comte estimait pouvoir réduire, dans ce qu’il appelait « la formule encyclopédique », les sciences fondamentales au nombre de six : la mathématique, l'astronomie, la physique, la chimie, la physiologie et la physique sociale. Cette définition de la science et l’énumération des sciences qui en résulte peuvent servir de point de départ à la recherche critique qui nous occupe.

Toute réserve faite sur l’exclusion que nous démontrerons ailleurs injustifiée et arbitraire, de la philosophie entendue dans son sens traditionnel, il y a des remarques à faire sur la définition qu'Auguste Comte a

() Aug. Comte. « Cours de philosophie positive». Tome I, page 3. 5* édition Schleicher frères, 1907.

ENENTN LP CSS.

donnée de la science. S’il était juste de signaler que toute science résulte du travail du raisonnement sur l’ob-

servation, il était pour le moins vague, tandis qu’on fai-

sait de la connaissance des lois effectives l’essentiel de la science, de définir les lois « des relations invariables de succession et de similitude ». La ressemblance ou similitude peut exister entre deux termes qui n’expriment aucune relation effective et n’ont de commun que l’unique détail qui les rend comme contigus dans l’esprit. Les jugements les plus profonds qui portent sur les similitudes invariables ne peuvent, scientifiquement, que servir à des classifications naturelles. D’autre part, les relations invariables, c’est-à-dire constantes et universelles, de succession étaient les relations déjà saisies et affirmées à ce stade des connaissances humaines qu’on désigne sous la dénomination d’empirisme. La science se distingue de lempirisme en ce qu’elle recherche et précise de plus en plus dans la succession des phénomènes les rapports de causalité. Les phénomènes une fois soigneusement définis dans leur identité, la science expérimentale consiste à découvrir et à vérifier le lien causal entre le phénomène conséquent et le phénomène antécédent nécessaire et suffisant qui détermine ce conséquent. La science évite de confondre les conditions et la cause. Comme le phénomène antécédent est en luimême un monde dont l’observation n’est jamais achevée, la cause n’est jamais trouvée avec assez de précision ; à chaque précision nouvelle les sciences expérimentales progressent. Elles ne progresseraient pas si elles ne faisaient que noter les successions invariables. I1 faut reconnaître que les relations causales scientifiques sont des jugements universels exprimant les actions

RTE

et les réactions des identités, d’ordre phénoménal. Les lois que la science expérimentale découvre, en ne faisant que l’étude des seuls phénomènes, ne sont que des rapports nécessaires qui découlent de la nature des choses.

A s’en tenir à la définition générale qu’il proposait de la science, Auguste Comte avait-il le droit d’inscrire la mathématique au nombre des sciences positives ? La mathématique est-elle faite de lois effectives, des relations invariables de succession et de similitude ? Auguste Comte se posa lui-même, sans doute, ces questions et les réponses qu’il y fit ne manquent pas de nuances. Il reconnaît qu’actuellement la mathématique constitue surtout « l'instrument le plus puissant que l'esprit humain puisse employer dans la recherche des lois des phénomènes naturels » (1). Mais, ajoute-t-il, il importe de distinguer la mathématique abstraite ou calcul et la mathématique concrète faite de la géométrie générale et de la mécanique rationnelle. Seule, d’après Auguste Comte, la mathématique abstraite, qui n’est qu’une « immense extension admirable de la logique naturelle à un certain ordre de déductions (2) » est purement instrumentale. La géométrie et la mécanique, fondées sur l’observation, « doivent être envisagées comme de véritables

sciences naturelles (3) » . En définitive, la pensée d’Au-.

guste Comte est que « la mathématique concrète a un caractère philosophique essentiellement expérimental, physique, phénoménal, tandis que celui de la mathéma-

(4) Op. cit. page 61.

(2) Op. cit. page 68.

(3) Op. cit. page 68.

.. d À sk a pd 0 2 the À te Ne À

j PTE

mer Ve

tique abstraite est purement logique, rationnel (1). Toutefois, « la partie concrète est nécessairement fondée sur la partie abstraite (2) ». É

Il est étrange, quand on sait que la connaissance va toujours de la vision du concret à des abstractions de plus en plus hautes, d'entendre soutenir que la partie concrète de la mathématique est fondée sur la partie abstraite. La pensée d’Auguste Comte est juste, cependant, si l’on veut l’interpréter dans le sens qu’il lui donnait, que la mathématique dont les objets sont plus complexes a nécessairement recours à la mathématique des objets plus simples, que l’arithmétique, par exemple, a fourni à la géométrie et à la mécanique l’idée de l’unité, idée indispensable pour la mesure de l’étendue et des mouvements. Mais, toute la mathématique est abstraite et, en tant que mathématique, elle ne peut être qu’un instrument précieux pour la science physique. Toute la mathématique, même l’arithmétique, est fondée par ses principes sur lobservation. D’autre part, toute la mathématique, même la géométrie et la mécanique rationnelle, constitue l’immense extension de la logique naturelle à certains ordres de déductions. Les trois sciences vraiment originales qui composent le groupe des sciences mathématiques, l’arithmétique, la géométrie, la mécanique rationnelle, reposent sur des observations universelles, sur des expériences dont aucune conscience humaine n’est dépourvue. Ces expériences se ramassent en des intuitions qui se formulent dans des jugements richement synthétiques, dans des postulats et

(1) Op. cit. page 75 (2) Op. cit. page 62.

aans des définitions qui sont des principes de déductions illimitées. L’arithmétique, fondée sur l’expérience immédiate et constante que la conscience nous donne de notre unité personnelle et puis sur l'expérience externe de la multiplicité des individus dans chaque espèce, formule son principe dans l'affirmation que, dans tout ordre d’identités, une unité équivaut à une autre unité ; Parithmétique, par suite, a pour objet toutes les opérations et toutes les démonstrations que l’idée de nombre rend possibles. L’expérience des corps qui tous s'étendent fait la raison concevoir l’idée d’espace et, selon notre imagination des objets à trois dimensions, en partant du postulat que d’un point hors d’une droite on ne peut mener qu’une seule parallèle à cette droite, c’est-à-dire de l'affirmation du plan, la géométrie crée par des définitions apparentées au postulat initial, toutes les figures possibles pour en déduire les conséquences rigoureuses. Cependant, la possibilité des postulats contraires à ceux d’Euclide a fait se produire des métagéométries aux conséquences également rigoureuses, tandis que, par ailleurs, lapplication de l’algèbre, à titre de méthode de généralisation, à la géométrie, a permis de concevoir, à défaut de pouvoir en imaginer les objets, des géométries à plus de trois dimensions. La mécanique s’appuyant sur l'expérience universelle des déplacements des corps, est devenue la science mathématique des mouvements possibles dans l’espace et de leurs lois idéales. La mécanique n’a pu, elle aussi, se constituer, avec le secours des idées de temps et de masse corrélatives à celle de mouvement, que par des définitions initiales, définitions de la vitesse, de l’accélération, de la force, et par des postulats. Devenue l’auxiliaire directe de la physique et lui

PR PE PO PA RP ns

permettant d'exprimer avec précision la modalité du plus grand nombre de ses lois, la mécanique a pu et pourra à l’avenir se plier à exprimer avec toujours plus d’exactitude les mouvements réels, elle n’en reste pas moins par ses premiers principes et par sa méthode une Science mathématique et déductive. Auguste Comte a exagéré le côté expérimental et phénoménal de la géométrie et de la mécanique. L’observation, si elle a pu amener à en concevoir les idées, ne fait jamais constater ni un cercle vraiment géométrique, ni le mouvement d’un point matériel, ni un corps solide constituant un vrai système mécanique invariable. La mathématique ne trouve pas, parce qu’elle ne cherche pas, des lois de succession entre les phénomènes. En mathématique il n’y a que des rapports de conséquence logique dérivant des identités dès l’abord idéalement et adéquatement définies. Il faut renoncer à vouloir classer, ainsi que le faisait Auguste Comte, toutes les sciences comme autant d’espèces d’un genre unique. Il y a plusieurs genres de sciences : les sciences mathématiques ne sont pas du même genre que les sciences expérimentales.

Auguste Comte appelait « sciences fondamentales » les sciences qui sont autant de systèmes de lois régissant une classe de phénomènes. Ces sciences qu’on nomme assez indifféremment « sciences expérimentales », « sciences positives », « sciences théoriques », Pusage, tandis qu’il n’acceptait pas leurs appellations trop érudites de « philosophies secondes » ou de « sciences théorématiques », a fait qu’on les nomme par synecdoque en bref « les sciences ». Fondées sur le principe du déterminisme de la nature, les sciences expérimentales en précisant les causes d’ordre phéno-

ménal nous permettent de prévoir les faits et de tirer profit de cette prévision pour la meilleure réussite de notre action. Leur méthode, lentement dégagée des procédés employés par les plus grands savants, est c@mmune à l’ensemble de ces sciences qui ensuite la nuancent, l’assouplissent et la complètent pour l’adapter à leurs recherches progressives et toujours plus minutieuses.

La liste qu'Auguste Comte a dressée des sciences expérimentales, selon leur hiérarchie naturelle et objective, reste inattaquable dans sa grande ligne. Cependant on a fait remarquer, et nous ferons nôtre cette remarque, que l’astronomie n’est pas en elle-même une science originale maïs plutôt le résultat de la juxtaposition de chapitres d’autres sciences. L’astronomie est, d’abord, un chapitre de la physique, science des phénomènes les plus généraux des corps. L'observation des astres, de leurs mouvements, de leurs phénomènes optiques, calorifiques, fait partie de l’observation physique. L’application de Ia mécanique au calcul des mouvements réels astronomiques ne change pas et ne peut pas changer le caractère physique de l’astronomie. Mais, de plus, l’astronomie participe de la chimie depuis que l’on est parvenu à étudier les phénomènes qui concernent la constitution intime des éléments des astres. Si, pour ces motifs, on exclut l’astronomie de la liste des sciences expérimentales dont chacune a pour objet un domaine propre et bien défini de phénomènes, cette liste comportera cependant cinq sciences, car il est impossible de ne pas y ajouter la psychologie expérimentale. Les raisons invoquées par l’auteur du « Cours de philosophie positive » pour rejeter la psychologie de la liste des

sciences expérimentales ou, plus exactement, pour en partager l’objet entre la psychologie et la physique sociale ont été souvent et victorieusement refutées. La classification des sciences, qui reconnaîtra, dans la catégorie des sciences expérimentales, la physique, la chimie, la physiologie, la psychologie et la sociologie, devra révéler les raisons qui, au lieu de faire tenir ces sciences comme à une égale distance les unes des autres, rapprochent étroitement d’une part la chimie et la physique, d'autre part la sociologie et la psychologie. Auguste Comte a reproché aux psychologues de son temps de vouloir par leurs études prolonger l’âge métaphysique. Ce reproche, s’il n4a pas empêché la psychologie de bien prouver, par ses progrès au cours du XIX° siècle, son juste titre de science expérimentale, procédait chez Auguste Comte d’une crainte fort clairvoyante. La psychologie, en effet, ne peut pas manquer de ramener les esprits à la philosophie traditionnelle et métaphysique. La psychologie conduit invinciblement à penser que le phénomène scientifiquement appelé cause peut être la traduction sensible de la vraie cause, mais qu’il n’est pas en lui-même agissant et qu’il n’est donc pas véritablement explicatif de ce qui est produit. Ainsi, lorsque la psychologie énonce cette loi que la réflexion intensifie les phénomènes intellectuels, elle revient à dire, ce que nous sentons bien, que la substance puissante et réellement agissante que nous sommes se ramassant et se recueillant pour produire un plus grand effort, l'effet qui est ici toujours une pensée, est un plus grand effet. Pourquoi la recherche des causes des effets que nous observons ne devrait-elle pas dépasser les limites du

mn Les

monde sensible ; pourquoi ne pourrait-elle pas déterminer les causes premières et véritablement réelles ? Pour prouver qu’on ne doit pas philosopher, il faut encore philosopher. La philosophie ne serait-elle que la crité-

riologie, elle est encore la philosophie. Ainsi l’avaient

entendu Hume et Kant qui essayèrent de démontrer la relativité et la subjectivité de la raison. Auguste Comte affirme l’agnosticisme, sans prendre suffisamment la peine de le justifier. Son affirmation que la philosophie traditionnelle n’a pas d’objet est, par suite, arbitraire. En vérité, la philosophie est une science qui n’est pas du genre des sciences expérimentales. Maïs, comme la mathématique qui constitué, elle aussi, un autre genre, la philosophie doit entrer dans la classification des sciences.

On n’a pas toujours assez remarqué qu’Auguste Comte admettait, en plus des sciences fondamentales, deux autres ordres de sciences : les sciences pratiques, autrement dit les arts, et les sciences qu’il appelait « concrétes, particulières, descriptives », ou « sciences secondaires ». Auguste Comte, qui voulait que toute la philosophie se réduisît à une théorie systématique des sciences, estimait que cette théorie se dégageait de la seule étude des sciences fondamentales. Mais, il a parlé des sciences pratiques qui dépendent, à la fois, de plusieurs ou de presque toutes les sciences principales, et qui, par suite, sont difficiles à construire et à classer. Il a parlé aussi des sciences descriptives et il s’est excusé de ne pas en traiter longuement « quelle que soit leur importance propre », dans son « travail, que son extrême

Se din

es

étendue naturelle » (1) l’obligeait à réduire. Quand on ne vise pas directement à tirer une philosophie du problème, avant tout logique, de la classification des sciences, quand on est seulement préoccupé de dresser le dessin de ce que Bacon et d’Alembert appelaient la mappemonde de l’univers scientifique, il convient de considérer l'originalité des sciences descriptives et celle des sciences pratiques. Pour la clarté, et au risque de sembler méconnaître une disposition logique et chronologique, qui sera plus loin rétablie, il est préférable de s’occuper d’abord des sciences pratiques.

Tandis que les sciences expérimentales vont de l’observation de ce qui est individuel à la meilleure théorie générale de l’ordre qui préside aux phénomènes, c’est-àdire à la vision des lois, les sciences pratiques se fondent exactement sur la connaissance des lois pour en tirer les règles générales les plus sûres pour laction qui ne s’exerce que sur les êtres individuels. Les sciences. pratiques sont véritablement des sciences qui constituent des systèmes de connaissances générales, et qui reposent, comme les sciences expérimentales, sur le principe du déterminisme de la nature. Elles sont faites pour rendre notre action efficace et puissante, mais étant, comme toute science, surtout œuvres d’intelligence, systèmes de pensées précédant plus immédiatement l'action ; elles ne se confondent pas cependant avec l’action : l’action, peut-être maladroite, qui dérive cependant d’une science pratique très sûre. Alors que les sciences expérimentales sont inductives, les sciences prati-

(1) Aug. Comte. Op. cit. p. 39.

OPA EN MT

ti

ques sont essentiellement déductives. Leurs déductions ont pour principe, ou majeure, une proposition qui exprime une des lois des sciences expérimentales. Mais, c’est une exagération de prétendre que les sciences pratiques ne sont, relativement aux sciences expérimentales, que des « sciences retournées » (1),où les causes indiquées dans les lois, deviennent, dans les règles, des moyens. La déduction n’arrive à sa conclusion que par le moyen terme ; la recherche sagace du moyen terme peut être plus ou moins longue ; la déduction, dont la conclusion sera réellement pratique est fréquemment un polysyilogisme. Auguste Comte avait reconnu qu’un progrès des sciences pratiques est souvent fort en retard sur celui, qui pourtant l’avait rendu possible, des sciences expérimentales. La meilleure détermination de la cause constitue, en sciences expérimentales, la: découverte ; en science pratique, la trouvaille du moyen terme le plus fécond constitue l’invention.

Il n’y a pas de connaissance théorique qui, tôt au tard, ne fonde une connaissance pratique. Chacune des scien-

ces mathématiques a permis et fondé des arts, comme la :

comptabilité, l’arpentage, l’art mécanique. Chacune des sciences expérimentales a rendu possibles une ou plusieurs sciences pratiques. La philosophie théorique fonde des sciences philosophiques pratiques. Comme Auguste Comte le montre à propos de Part de l’agriculture, les sciences pratiques peuvent dériver à la fois de plusieurs sciences théoriques. Plus l’objet sur lequel l'action doit porter est un objet complexe, plus la science prati-

(1) Adrien Naville : « Classification des sciences », 3° édition. Alcan 1920, page 237.

que qui doit éclairer cette action exige la connaissance des sciences expérimentales des objets plus simples. Il est enfin une dernière remarque à faire. C’est que deux, au moins, des sciences pratiques philosophiques, la logique et la morale dominent et pénètrent tous les arts : la

logique en leur fournissant des moyens de s’améliorer,

la morale en leur donnant une valeur humaine que par eux-mêmes ils ne possèdent pas.

Il est difficile de dégager les caractères propres aux sciences descriptives. Ces sciences sont, en effet, nombreuses et, si elles méritent toutes d’être rangées sous la même dénomination elles s’occupent d’objets forts différents. Il arrive aussi que deux de ces sciences ont le même objet qu’elles étudient différemment. À ne citer que les sciences descriptives dont l’originalité les rend irréductibles, on reconnaîtra la cosmographie, la géographie, la minéralogie, la géologie, la botanique, la zoologie, l'anatomie, enfin l’histoire.

A propos des sciences descriptives, Auguste Comte écrit, assez vaguement, qu’elles consistent dans l’application des sciences expérimentales à l’histoire des êtres. Cependant les sciences descriptives sont pour la plupart fort anciennes, certaines d’entre elles se trouvaient assez avancées quand les sciences expérimentales m’étaient pas encore organisées. L'existence préalable de telles d’entre elles conditionne nécessairement l’existence des sciences expérimentales correspondantes. Pour bien saisir les caractères des sciences descriptives, il faut, en divisant la difficulté, distinguer parmi elles, celles qui forment des groupes naturels qui présentent des traits

communs et puis étudier séparément celles qui n’entrent pas dans ces groupes.

La cosmographie et la géographie, dont les commencements connus datent de la plus haute antiquité, ne décrivent pas des êtres, mais les masses physiques de l’univers. La cosmographie décrit la totalité des astres visi-

bles et les phénomènes de tous les corps célestes ; la gé-

ographie, la configuration de notre seule planète. Elles ordonnent leurs descriptions par des classifications qui avant tout servent à leur donner une langue bien faite. D'abord incomplètes et vagues, ces deux sciences descriptives parviennent peu à peu à d’admirables exactitudes en usant des moyens de mesure toujours plus précise que les progrès des sciences mathématiques et physiques comme aussi les inventions qui en résultent mettent à leur disposition. Leur but a été et restera de rendre plus justes, même dans les détails longtemps négligés, les connaissances que nous pouvons avoir et de l’univers visible dont le système régit les mouvements de notre planète et de cette planète qui est le lieu où s'exerce l’action humaine. Les théories cosmogoniques peuvent bien être ajoutées à la cosmographie, elles n’en changent pas le caractère ni le but essentiels, car ces théories ne sont que des hypothèses plus ou moins vérifiables et vraisemblables. F

C’est un autre groupe bien tranché de sciences descriptives que celui qui est formé de la minéralogie, de la botanique et de la zoologie. On appelle quelquefois ces trois sciences les sciences morphologiques (1). Elles dé-

(1) On les appelle aussi, dans leur ensemble et en y joignant la géologie et l’anatomie, « l’histoire naturelle». Leur autre et assez

crivent, en effet, les types universels ou individuations normales des espèces minérales, végétales et animales. Leurs descriptions progressivement plus exactes permettent des classifications toujours plus naturelles qui rendent possibles les définitions scientifiques et font acquérir les idées distinctes. Tandis que les sciences expérimentales résultent des inductions qu’on est convenu d’appeler baconniennes, ces sciences morphologiques sont faites d’inductions socratiques. Elles sont, par excellence, les véritables sciences de description et de classification, la vision à la fois analytique et synthétique des êtres indéfiniment multipliés qui composent l’univers,

La géologie est, parmi les sciences descriptives, celle dont l’origine est la plus récente. Elle suppose la minéralogie déjà assez faite ; elle profite des explications que lui fournissent la physique et la chimie. La géologie est une sorte d'anatomie ou mieux et seulement d’histologie de notre planète. La description des couches minérales, description toujours pénétrée de raisons explicatives physiques ou chimiques, importe beaucoup plus en géologie que la classification. En géologie, la classification procède de deux principes ; l’un plus théorique, est chronologique, qui divise en ères et périodes la formation des roches et terrains ; l’autre, plus pratique, est local qui répartit les régions terrestres de même constitution.

La connaissance toujours plus minutieuse et jamais achevée des organes des corps vivants constitue l’anato-

communé dénomination de «sciences naturelles » n’est pas à recommander. Comme on les oppose souvent aux sciences physiques qui sont des sciences expérimentales, la différence de ces deux groupes de sciences n’est plus indiquée que par l’étymologie tantôt latine et tantôt grecque d’un terme identique.

Page 1