FES
RONA ST AT «44 NE 7, AN PE LE) TR LE dr C2 ci le | LITTLE AT ESP PR AL va RÉ LE Eu PEN SE LE RE SAS ë as RIRE SA
apprend du progrès des sciences. Considéré dans son ensemble, ce progrès a été plutôt parallèle que purement successif.
Durant de longs siècles mais simultanément, les connaissances empiriques ont, en les préparant, tenu la place des sciences expérimentales ; le passage a été presque toujours insensible de l’état empirique à l’état scientifique. Cependant, Auguste Comte a le mérite de l’avoir saisi, il existe un certain ordre de succession dans l’apparition et surtout l’organisation des sciences. Il y a une réelle concordance entre l’ordre historique et l’ordre logique de l’organisation des diverses disciplines scientifiques. Mais, Auguste Comte, l’occasion nous sera bientôt donnée de le montrer, n’a pas entièrement trouvé les véritables explications de cette concordance.
Il est difficile de trouver dans les écrits de tous ceux qui se sont occupés de la question de la classification des sciences, en plus des principes jusqu'ici examinés, d’autres principes qui seraient importants, vraiment originaux et féconds. Herbert Spencer fut mal inspiré, pour mieux faire ressortir l’ordre historique des sciences et en compléter la classification, de vouloir diviser les sciences en sciences abstraites ou des formes vides, abstraitesconcrètes ou des phénomènes, concrètes ou des êtres. Cette division fait classer, dans chaque catégorie, des sciences fort disparates. Son principe est arbitraire, car l’abstraction ne comporte pas des degrés aussi tranchés et marqués. Ce principe, d’ailleurs, qui affirme que l’inteligence irait de la vision du plus abstrait à l’étude des êtres concrets, n’est-il pas en complet désaccord avec la psychologie qui ne reconnaît pas l’abstraction comme une puissance originelle, naturelle et immuable, de la
VA AQU
raison ? Ou bien, n’y aurait-il de véritable science que lorsque les sciences inductives n’auront plus de raison d’être et que la science unique sera entièrement déduite de l’axiome depuis si longtemps et encore cherché ?
Après cette enquête, la question ne peut manquer d'être posée, est-il possible d’arriver à déterminer les principes d’une juste et naturelle classification des sciences ? On a souvent discuté si le principe fondamental de cette classification devait être un principe objectif ou un principe subjectif. Or, la science n’est pas une œuvre de libre fantaisie ; elle veut et elle doit être l’explication précise de ce qui est ; l’objectivité sera toujours le premier caractère et le nécessaire indice de la connaissance scientifique. La soumission complète de la pensée à ce que montre l’observation et à ce que démontre l’expérimentation est la condition indispensable du travail scientifique. Ne doit-il pas y avoir exactement autant de sciences qu’il y a de classes bien définies d’objets à étudier et expliquer ? S’il y a entre ces objets des différences essentielles, les esprits pourront-ils se refuser à les connaître comme devant aussi marquer les limites naturelles et respectives de chacune des sciences ? Donc. c’est l’objectivité du principe de la classification qui importe avant tout ; plus l’objectivité de ce principe apparaîtra, plus il s’imposera aux intelligences et les fera s’accorder dans leur conviction.
En fait, la recherche, l’affirmation et l’utilisation d’un tel principe se découvrent, plus ou moins nettement, dans toutes les classifications des sciences qui ont été proposées. Platon divisait la connaisance selon la hiérarchie des idées objectives auxquelles les espèces de ce monde,
l'univers et l'éternité elle-même ne peuvent éviter d’o-
béir. Les sciences théoriques énumérées par Aristote épuisent les objets sur lesquels la curiosité peut s’exercer. Bacon énumère aussi tous ces objets : les sciences de la raison font étudier, affirme-t-il, la nature, l’homme et Dieu. Les branches de l’arbre scientifique dont parle Descartes, la mécanique qui explique et permet d’utiliser tous les faits corporels, la médecine tous les faits de la vie, la morale les faits de la conscience, ces trois branches enveloppent tout notre monde dont les raisons profondes sont métaphysiques. Ampère et bien d’autres à sa suite estiment qu’il ne peut y avoir de division plus simple et plus exhaustive des objets de la science que celle du monde de la matière et du monde de l'esprit. Le principe objectif de la classification des sciences d’après les catégories naturelles de phénomènes observables procura le long succès de l’incomplet travail d’Auguste Comte. On peut conclure que la classification des sciences ne saurait être faite sans un principe fondamental d’une incontestable objectivité.
Cependant, à lui seul, le principe objectif serait insuffisant. Les sciences à classifier ne sont pas des êtres réels comme les êtres dont s'occupent la botanique ou la zoologie. Les sciences, qui sont les œuvres de l’intelligence, en portent les marques. Il y a des sciences qui ont pour matière le même objet et qui sont formellement différentes. Toutes les classifications des sciences dépendent de certains principes subjectifs ou en impliquent quelqu'un. Platon distinguait les idées suivant leur caractère de contingence ou de nécessité. Aristote divisait les sciences selon l’intention théorique ou poétique qui se mêle au travail intellectuel. D’aprè: Bacon, il y a au-
tant de classes de sciences que de facultés de la connaissance. Les étapes de la déduction, de la pure métaphysique à la philosophie de la matière ou physique, de cette physique à ce qu’on appellera bientôt les sciences expérimentales, expliquent les grandes divisions que Descartes établissait dans la science totale. Les points de vue où l'esprit humain se place dans l’analyse scientifique font comprendre, selon Ampère, la division dichotomique des plus grandes aux moins grandes sciences. Auguste Comte reconnaît, sans en donner l’explication, que la division la plus générale de nos connaissances réelles consiste à les distinguer en théoriques et pratiques ; il écrit encore « science, d’où prévoyance ; prévoyance, d’ou action ». Il ajoute que les sciences pratiques sont « dérivées » des sciences théoriques. Ayant ensuite séparé des sciences théoriques, qui sont « abstraites et générales », d’autres sciences « concrètes, particulières, descriptives », il ne fait que dire que ces dernières sont « fondées » sur les sciences théoriques. Ainsi donc, les unes et les autres, les sciences pratiques et les sciences concrètes dépendent, d’après Auguste Comte, des sciences théoriques. Mais, comment et pourquoi, de manière diverse en dépendent-elles ? Auguste Comte ne le dit pas ; il ne pouvait pas le dire parce qu’il n’avait pas dégagé les principes subjectifs et psychologiques qui, seuls,, permettent d'expliquer la formation des séries parallèles des sciences d’ordres différents. Herbert Spencer vit qu’il ne pouvait prétendre améliorer la classification d’Auguste Comte, qu’en usant du principe subjectif de la plus ou moins grande abstraction que supposent les sciences. Il est manifeste qu’il faut joindre de sûrs prin-
* cipés subjectifs au principe objectif. Les principes sub-
jectifs doivent être dégagés, précisés et justifiés, sans lesquels la classification des sciences resterait inévitablement incomplète ou incomprise.
Essayons maintenant de préciser tous les principes nécessaires à la classification des sciences. Après avoir reconnu le principe d’objectivité, il faudra trouver d’autres principes subjectifs que ceux dont on a usé jusqu'ici. Ce sont, en effet, ces principes subjectifs qui, mal choisis ou négligés, ont vicié les classifications des sciences. L’accord de la classification avec l’ordre chronologique de la constitution des sciences, comme aussi la valeur pédagogique de la classification, ne sont pas des principes, mais plutôt, par les faits, des confirmations de la vérité d’une classification des sciences.
On aperçut de bonne heure que les êtres qui composent l’univers forment des classes qu’on pouvait réduire au moindre nombre. L'histoire naturelle s’est faite d’après ce cadre qu’il y a trois règnes d'êtres : le règne minéral, le règne végétal, et le règne animal. La spéculation philosophique prépara l’organisation des sciences multiples et fixa la terminologie qui leur reste indispensable. Les êtres agissent différemment, parce que leurs natures différentes ne peuvent que produire des faits différents. Les faits, qui se révèlent à la minutieuse observation constamment variés, dépouillés par la raison de leurs originalité toute contingente, font apparaître, selon leur catégorie, une identité foncière et permanente. Considérés seulement dans cette identité, les faits sont les phénomènes. La division opérée par l’histoire naturelle fut modifiée. Entre les phénomènes du règne végétal et de nombreux phénomènes du règne animal,
cs 97, mes
il y avait des ressemblances profondes, qui devaient les faire étudier dans la même classe des phénomènes de la vie. Par contre, chez l’animal, et supérieurement chez l’homme, on reconnaissait des phénomènes d’un ordre plus élevé qui constituèrent la classe des phénomènes de conscience. Ainsi, tous les êtres de l’univers sont matériels et relèvent de la physique ; tous les vivants n’étant pas, du moins d’apparence, conscients, le monde de la vie est plus étendu que le monde psychologique. Ces trois mondes, des corps, de la vie, de la conscience, font comprendre la hiérarchie des natures des êtres : les natures plus simples sont les plus nombreuses ; les natures plus riches ne manquent jamais de ce qui appartient aux natures plus pauvres. La physique philosophique se subdivisait nettement, au temps de Descartes, en trois sciences hiérarchisées, car la connaissance de la plus simple et plus générale science conditionnait la science biologique, et la connaissance de cette dernière conditionnait à son tour la science des phénomènes de la conscience. Trois sciences fondamentales engloberaient tous les objets qu’il est possible d’étudier. Cependant, tandis que la philosophie expliquait que l'identité permanente des natures est la seule raison suffisante du déterminisme des phénomènes, les sciences ne voulaient plus êtres qu’expérimentales, et se prétendaient indépendantes de toute philosophie. On ne recherchera plus que les lois qui, d’une manière constante et universelle, régissent la succession des phénomènes et dont la vérité se prouve par l’expérimentation. Auguste Comte dressant la liste des catégories naturelles des lois des phénomènes, y ajoutait indûment la catégorie des rapports mathématiques, et, encore par excès, puisque ces lois sont réduc-
LCR —
tibles aux lois physiques, la catégorie des lois astronomiques. Il omettait, par préjugé, la catégorie des lois psychologiques. Les sciences fondées en objectivité et hiérarchisées ainsi qu’Auguste Comte sut le bien voir, seraient au nombre de cinq : physique, chimie, psychologie et sociologie. La science moderne n’a pas découvert des objets autrefois ignorés. Mais la physique et la psychologie ont dû être subdivisées parce que l’intelligence, qui tend invinciblement à l’objectivité, au cours de son travail scientifique, a trouvé à ces subdivisions, d’inégaux, mais suffisants fondements objectifs. S’il existe, et en fait il existe, bien d’autres sciences à classifier, les principes subjectifs de la classification pourront seulement expliquer leur existence et leur légitimité.
La science est formellement une et son but essentiel est l’explication de l’ensemble des choses. Si les sciences se sont multipliées, alors que l’univers à expliquer est un harmonie, alors que chaque science peut découvrir sa situation hiérarchique et que des liens la rattachent à toutes les autres sciences parce que son objet n’est que la partie d’un tout, c’est que l’intelligence humaine, selon sa nature et dans sa faiblesse, exigeait cette multiplicité des sciences. La psychologie de la raison permet de bien saisir les principes subjectifs de la constitution logique et progressive des sciences.
La psychologie fait reconnaître trois opérations de l’intelligence humaine ; elle trouve que la plus grande loi du travail intellectuel, dans chacune de ses trois opérations, est la loi de l'analyse et de la synthèse (1). Cette loi
Cf. chapitre III de notre «Essai de psychologie critique sur la nature première »,
et ces trois opérations de la raison rendent compte de l’organisation et de la division des sciences. Dans sa disposition, la classification des sciences sera comme l’image des conditions naturelles de l’activité de la raison.
Il y a des sciences que l’on peut appeler synthétiques et universelles. Ce sont la mathématique et la philosophie. Toutes les autres sciences sont analytiques : dans leurs recherches minutieuses et jamais achevées, chacune d’elles ne considère qu’une partie des êtres, ou une classe de phénomènes et leurs lois, ou une catégorie d’objets à gouverner par l’application pratique des lois.
Les sciences descriptives et de classification correspondent à l’opération intellectuelle de la juste mais toujours perfectible formation des concepts.
Les sciences expérimentales ou sciences théoriques ne s'intéressent qu’à la recherche des rapports généraux ou lois des phénomènes. Ces sciences, qu’Auguste Comte appelait fondamentales, sont l’œuvre de la plus importante opération intellectuelle, le jugement. Mais les jugements qui expriment les lois de la nature, sont les conclusions des patientes et toujours plus fines inductions.
Les sciences pratiques, qui formulent les règles de l’action savante et sûre, sont produites par le raisonnement déductif qui emprunte ses majeures à l’expression des lois sans cesse précisées par les sciences théoriques.
On peut aisément combiner l'application du principe objectif et celle des principes subjectifs qui viennent d’être exposés. On sait qu’il faut observer à la rigueur
ÿ MAG TS EE ae A Re | PR DR ES ESA RON A EPA PE a SC OT
et, dans le cas présent, de dénombrer les chapitres d’une science après cette science déjà classée. I] paraît donc ne rien manquer de ce qu’il convient de prévoir et d’avoir = pour tenter une classification des sciences.
la règle logique qui interdit l’excès dans la classification,