‹ Étude sur le Ptérygion: Pathogénie - TraitementChapitre 10 sur 18 · ES · texte numérisé non relu

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arrive un moment où la bride artificielle, tendue ct résistante, .se refuse à poursuivre sa course : si-on essaye, doucement, de vaincre cette résistance, la bride résiste, et le parchemin, qui représente la conjonctive, se bute contre l'obstacle, en donnant lieu à la formation d’un pli. Intrigué, autant que charmé par cetie ingénieuse démonstration, nous avons essayé de réaliser chez un animal les conditions ci-dessus énumérées : voici le résumé des modes tes expériences que nous avons entreprises à ce sujet.

Sans doute, il eût été plus conforme à la réalité, de produire une irritation lente et continue de la conjonctive ; mais, outre la perte de temps qu’auraient nécessité de pareilles manœuvres, notre embarras eût été grand, s’il se fût agi de trouver des substances irritantes pouvant exercer une action aussi localisée.

Nous avons alors procédé de la façon suivante. Le sujet de l’expérience était un chien boule-dogue, dont les globes oculaires saillants se prètaient mieux à l’expérience : l'angle externe de l'œil gauche fut choisi, l'interne élant difficilement abordable, vue la présence gênante de la troisième paupière,

Le 12 mai 1893, après chloroformisation, section de la conjonctive suivant une ligne horizontale, dirigée du cul-de-sac conjonctival externe à la cornée. Réunion immédiate au moyen de cinq points de suture. |

Le 19 mai, on enlève les fils : 4 des points de suture sont cicatrisés; seul, le plus rapproché de la cornée a cédé et laisse une petite ulcération bourgeonnante, de la grosseur d'un grain de millet, An niveau de.la ligne

de réunion, la conjonctive est le siège d’une inflammation assez nettement circonscrite, se manifestant sous forme d’un cordon rougeâtre, en saillie sur le plan sous-jacent.

L’œil étant tiré en dedans, on voit très nettement se dessiner un pli à la partie supérieure; à la partie inférieure, il est encore plus accusé et sous-tend la cornée dans une étendue de 3 mm. environ. Il y a une tendance à la forme triangulaire, qui n’est cependant pas encore très accusée.

Le 2 juin, l’inflammation est presque nulle: il existe un triangle bien formé, à base externe, dont le sommet affieure la cornée.

Un stylet s'engage dans une étendue de 2 mm. sous le pli supérieur, de même que sous le rebord inférieur. Cette petite tumeur triangulaire se laisse très bien détacher par les ciseaux.

Nous répétons la même opération sur l’œil droit : le résultat est identique.

Ces observations nous permettent donc de penser que la bride cicatricielle, artificiellement provoquée, peut être invoquée comme cause suffisante pour expliquer la forme du ptérygion et la présence des replis supérieur et inférieur.

Comment expliquer, dans cette hypothèse, la formation de la tête du ptérigion, et la marche en avant de celui-ci ?

L’épithélium antérieur de la cornée se laisse très facilement détacher: il suffit, pours’en rendre compte, d'exercer sur l’œil d’un animal, le mouton par exemple, une traction même légère, au niveau du limbe

scléro-cornéen, pour voir cet épithétium se soulever. Ce fait admis et dûment constaté cadre très bien avec les idées que nous avons énoncées précédemment. ,

L'œil étant dans la position primaire du regard, la bride cicatricielle a une certaine.longueur AB. A ce moment, elle n’est pas distendue et n’intéresse en rien l'intégrité des parties avoisinantes de la cornée : mais si le globe oculaire vient à exécuter un mouvement d'abaissement ou d'élévation, directement, c’est-à-dire sans combinaison d’une rotation autour de l’axe vertical, la bride qui est douée d’une extensibilité relative, ne peut occuper une position A’B’ sans remédier à son peu de souplesse par l'attraction, le tiraillement de l'épithélium cornéen : la seconde ligne est en effet plus longue que la première, car elle représente lhypothénuse d’un triangle rectangle qui aurait eu la première pour grand côté de son angle droit.

Il est évident que le tiraillement sera encore plus accusé si la rotation autour de l'axe horizontal, s'accompagne d'un mouvement autour de l'axe verlical, portant l’œil dans un des quadrants supérieur ou inférieur du côté opposé à celui où siège la bride.

L’épithélium ainsi tiraillé se détache de la membrane de Bowman, déterminant au-devant de celle-ci la formation d’une petite poche qui ne va pas tarder à être occupée. Les cellules lymphatiques, toujours prêtes à se Jeter sur la cornée, ne peuvent manquer une aussi belle occasion d’exercer leur activité. Elles arrivent en rang scrré, innombrables ct profitent de chaque trac-

of

tion exercée par la bride cicatricielle, pour effectuer une marche en avant lente, mais implacable, appelant au besoin à leur aide quelques microbes errant ça et là

et bien aises, eux aussi, d'assurer la cornée de leur inimilié éternelle,

Anatomie Pathologique.

En quoi consiste le ptérygion ? Quels sont les élé- | ments qui entrent dans sa composition ? La réponse à ces questions a été magistralement formulée par Pétrequin, qui, en 1838, fit paraître un travail très complet sur l'anatomie pathologique de l'affection.

Voici comment le docteur Olivet résume les idées de son maître : « La nature du ptérygion, dit-il, est un épaississement du tissu cellulaire sous-conjonctif : quand il reste là, c’est le premier degré, ou ptérygion celluleux, À mesure que l’hypertrophie augmente, des vaisseaux s’y développent, en allant de la base du ptérygion à son sommet. C’est le pltérygion vasculaire. Quand ce développement vasculaire est très prononcé, on a la variété qu’on appelle ptérygion charnu. Enfin, quand il a longtemps subsisté sous cette dernière forme, il s’y fait une dégénérescence analogue à celle qu'on remarque dans quelques muscles et, le plus souvent, dans ceux du cœur, la dégénérescence graisseuse, »

Ces notions d'anatomie microscopiquesont exactes : mais, à l'heure qu'il est, par suite de procédés histo-

chimiques plus perfectionnés, on a soumis le tissu de l'onglet à un examen microscopique rigoureux. Voici le résumé des opinions récentes émises sur ce sujet par le professeur Füchs, de Vienne.

D'après cet auteur, le revêtement du ptérygion est constitué par l’épithélium conjonctival, qui, plus ou moins altéré, le tapisse sur toute sa longueur. La couche la plus profonde de ces cellules est formée d’éléments très petits, granuleux, qui se différencient, par ces caractères, d’avec l’épithélium de la cornée.

La première modification que subit l'épithélium conjonctival, consiste dans un épaississement,surtout marqué au niveau des culs-de-sac. Peu après, de préférence sur les mêmes points, ces cellules deviennent plus cylindriques : beaucoup d’entre elles subissent la dégénérescence muqueuse et se transforment en cellules caliciformes.

Au lieu d’être isolées, ces dernières peuvent se grouper, se rassembler et le résultat de cette association arrive à former des glandes tubuleuses typiques à sécrétion muqueuse. Dans certains cas, le canal excréteur étant oblitéré, on se trouve en présence d’un véritable kyste, de volume variable.

Au niveau de la tête du ptérygion, la couche épithéliale acquiert son maximum d'épaisseur : on y constate les signes d’une prolifération plus ou moins intense.

Pour ce qui caractérise le tissu de soutènement du ptérygion, c'est-à-dire le tissu conjonctif, Füchs a constaté une transformation particulière, hyaline, des fibres conjonctives : elles sont fortement gonflées et

très allongées, elles décrivent des contours sinueux et constituent, de ci de là, des espèces de nodosités proéminentes. Les vaisseaux, de leur côté, se présentent aussi avec tous les caractères de la dégénérescence hyaline.

Vers la tête du ptérygion, ce tissu transformé, adhère intimément au tissu cornéen, ce qui s’expliquerait assez facilement, les fibres normales n'ayant pas encore parcouru tous les stades de la dégénérescence hyaline.

Füchs considère la membrane de Bowmann,comme détruite, au niveau du ptérygion. Ce n’est pas cependant qu’elle n’oppose aucune résistance à se laisser envahir par la dégénérescence hyaline : tout au contraire, elle paraît tenir tête bravement à cet envahisse ment, car, dans certains cas, on trouve vers la tête du ptérygion, les tissus trausformés, déversés en quelque sorte sur la membrane de Bowmann, plus ou moins intacte.

Ce ne sont, du reste, queles lamelles les plus superficielles de la sublance propre de la cornée qui dégénèrent. Au niveau de la zone de progression, des trainées compactes du tissu fibrillaire hyalin s’insinuent entre les lamelles cornéennes, encore normales. D’autres s’insinuent entre la membrane de Bowmann et l’épithélium qu’elles soulèvent. Contrairement à l'opinion de Arlt, cette zone de progression n'est pas ulcérée.

Füchs termine cette analyse minutieuse et délicate en admettant qu’un dépôt de matière hyaline entre les fibres conjonctives (ce qui représente pour lui le

er

pingueculum) altère les sucs nourriciers qui pénètrent dans la cornée, cette altération donnant lieu à une nutrition anormale des tissus, dont l’expression serait le processus hyperplasique aboutissant au ptérygion.

M. Poncet, dans un travail antérieur à celui de Füchs, a émis une opinion différente sur la constitution du ptérygion :« Supposons, dit-il,!la cornée portant à sa périphérie trois petits ulcères... Sous l'influence de la cicatrisation (Arlt) la conjonctive est tiraillée pour venir s'appliquer sur cestrois points : la muqueuse se soude directement sur tous les points privés de la membrane de Bowmann, tandis que, sur les parties revêtues d’épithélium, sur les points non ulcérés, cachés néanmoins sous le repli muqueux, l’histologie retrouvera plus tard les deux couchesépithéliales superposées. Mais tout n’est pas fini : dans cette conjonctive sont inclus des vibrions parasitaires..….. »

Que penser de ces opinions professées par des chirurgiens également recommandables? Les idées que M. Poncet (la question de microbes mise à part) se fait sur l’anatomie-pathologique du ptérygion, découlent trop évidemment de l’idée dont il est partie, à savoir : la théorie de l’herpès ulcère. Sans nous préoccuper des mille détails observés par Füchs dans la conslitution du ptérygion, nous nous rallions, d’une manière générale, aux vues de ce dernier, sans cependant les accepter d’une façon absolue.

D'après les examens histologiques qu’il nous a été permis de faire dans le laboratoire de la clinique, le tissu de soutènement du ptérygion est constitué par le

Lvas os

tissu normal hypertrophié : peut-être, cependant, les fibres élastiques seraient-elles moins abondantes.

Quant à la muqueuse, nous avons constamment nolé une prolifération épithéliale, surtout accusée au niveau des culs-de-sac; çà et là des ceilules et même de véritables glandes muqueuses.

Quant à la tête du ptérygion, nous n’admettons pas plus, à ce niveau, la présence de la conjonctive, comme le veut M. Poncet, que nous ne sommes porté à admettre, avec Füchs, la destruction de la membrane de Bowmann.

L'onglet représente une poche bourrée d'éléments divers, leucocytes entre autres, la paroi postérieure élant représentée par la membrane de Bowmann, l’antérieure par l’épithélium de la cornée transparente.

En un mot «il v a là une hypertrophie, mais pas de néoplasie » (Gayet.)

Symptomatologie.

Il est rare que le ptérygion attire l'attention du malade, à son début : les sujets sur lesquels nous l'avons vu se développer de préférence, ne se livrent pas, d'ordinaire, à un examen minutieux de 'eur personne : les besoins de la vie ne leur laissent guère le temps de s’observer : beaucoup, depuis de longues années, ne se sont pas pris, ne fut-ce qu’un instant, à regarder leur image réfiétée par un morceau de glace. Ajoutez à cela cette indifférence pour le voisin, qui, chez les paysans, se secoue uniquement lorsquese montrent des lésions incompatibles avec le travail, et vous ne serez pas surpris de voir ces bonnes gens arriver à l'hôpital, avec des troubles de la vue déjà très accusés.

Ceux qui se livrent à une auto-observation plus sévère, sont gènés, tout d’abord, par des picotements : il leur semble que du gravier très fin est interposé entre leurs paupières et le globe oculaire : les yeux pleurent : c'est une conjonctivile. plus ou moins intense qui fait son apparition, pour cesser de temps en temps et présenter ainsi une longue série d’accalmies el d’exacerbations.

Que si le malade vient à examiner ses yeux, durant les périodes intercalaires, il constate sans trop de peine, la présence du ptérygion, avec sa forme si caractéristique : il a, dit-il « une peau » sur l’œil.

Lorsque l'onglet a envahi la cornée sur une certaine étendue, apparaissent des troubles de la vision. Le champ visuel se rétrécit peu à peu et un astigmatisme irrégulier vient encore compliquer la situation. Il est rare cependant, dans nos climats, que l'affection, poursuivant sa marche, détermine une cécité complète. Dans les pays chauds, à Madère, par exemple, beaucoup d’aveugles devraient leur triste sort à la marche rapide et envahissante suivie par les onglets.

La diplopie est notée dans bon nombre d’observations : nous-mêmes avons eu occasion de vérifier le fait plusieurs fois, notamment chez un malade observé il y a quelques jours, atteint de deux ptérygions internes, et qui voyait double lorsque ses yeux es-

sayaient de regarder à gauche.

En possession de ces données, que le ais peut fournir au chirurgien, voyons à quelles constatations peut se livrer celui-ci. — La forme du ptérygion, si typique, ne saurait laisser de doute dans l'esprit de l’observateur : cette petite production triangulaire, à base périphérique, dont le sommet est à la cornée, présente deux parties bien distinctes : la tête et le corps. Le corps est tantôt mince et jaunâtre, parcourü par un fin lascis de vaisseaux, rappelant assez bien une mince pellicule d’oignon : tantôt il est rougeâtre, charnu, sans structure bien apparente à la simple inspection.

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Si on essaye de délimiter les bords supérieurs et inférieurs à l’aide d’un stylet, celui-ci s'enfonce d’une certaine longueur, sous chacun d’eux, et révèle, par conséquent, la présence d’un cul-de-sac : on en déduit l'existence d’un septum conjonctival médian qui rattache la production pathologique au globe oculaire : dans aucun cas, le slylet ne peut passer complètement sous le ptérygion : celui-ci ne forme jamais un pont, à proprement parler : ou du moins, c’est un pont qui serait soutenu et porté par une arche unique, qui ne présenterait aucune solution de continuité et rendrait tout passage impossible.

Les faits de ptyrégion faisant « pont » signalés par quelques auteurs, doivent être, sans aucun doute, rapportés à la maladresse de l’observaleur, soit que le stylet ait été manié par une main trop lourde, soit que le septum conjonctival, ayant présenté une friabilité incompatible avec une exploration même très douce, le chirurgien ne se soit pas rendu compte d’une résistance vaincue.

La tête du ptérygion, l'onglet, se présente sous des aspects très variés : il ne faudrait pas croire, bien qu’il représente le sommet du triangle pathologique, que l’on ait affaire au sommet impeccable, en tant qu’exactitude, d’un triangle géométrique : cette tête, comme il est facile de s’en rendre compte, ét comme Füchs le fait remarquer avec insistance dans un de ses derniers travaux, cette tête est toujours un bord large, plus ou moins déchiquelé, se faisant remarquer par sû couleur plus grisâtre et sa proémirnience marquée, en dos d'âne, du côté de la cornée transparente.

Roux 4

La couleur de l'onglet est tantôt flou, tantôt blanche, nacrée, d'aspect tendinieux. D’ordinaire, les vaisseaux n’y pénètrent pas, exception faite pour les cas où une inflammation conjonctivale, entretenue ou provoquéé par le ptérygion, détermine, à ce niveau, la production d’anses vasculaires : mais alors, cette portion vascularisée fait partie intégrante du corps du ptérygion et la tête, réduile d'autant, ne retrouve son individualité qu’à partir du point où les anses vasculaires se recourbent brusquement pour suivre un'trajet rétrograde.

Examinée, dans les différents mouvements de l'œil, à la loupe, la surface de l'onglet est unie et polie, dans la majorité des cas : ce qui implique nécessairement la présence d’un épithélium n’ayant subi aucune atteinte:

Dans bon nombre de cas, pour un ptérygion interne de l’œil gauche, par exemple, on peut remarquer facilement que le ptérygion se tend fortement, à l’occasion d’un mouvement exécuté dans le quadrant inféro-externe ou supéro-externe. De plus, le malade, comme nous l’avons constaté, accuse très bien un sentiment de tension et on voit survenir parfois de la diplopie, les deux axes visuels ne coïncidant plus, par suite de l'arrêt forcé imprimé par le ptérygion au mouvement de l’œil sur lequel il s’est développé.

La marche de l'affection est très variable : ici, comme pour l’étiologie et le traitement, diverses circonstances interviennent, dont les unes restent inexplicables, tandis que-d’autres trouventleur explication toute naturelle dans les antécédents, la profession du sujet reler:

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En général, l'onglet marche lentement chez les gens qui ne sont pas aslreints à un travail pénible : chez les ouvriers, au contraire, bien que subissant des arrêts temporaires et mettant parfois 15 ans avant de déterminer une gêne notable de la vision, le ptérygion devient souvent immédiatement gênant en un mois, 15 jours : nous avons noté maintes fois cette marche précipitée d’une affection jusque là latente, à la suite d’un traumatisme, après la moisson, sous l'influence des chaleurs estivales... etc...

La plupart des auteurs ont remarqué la cessation de la marche en avant, lorsque le champ pupillaire était complètement voilé. On pourrait peut-être expliquer ce fait, à la suite de ce que nous avons ditsur ie mode d’action de la bride cicatricielle, en admettant que celle-ci, lorsque le ptérygion a dépassé le point culminant de la cornée, trouve des conditions de traction toutes différentes, une partie de la force étant perdue par suite de la courbure que subit le ptérygion, au niveau du point culminant de la cornée transparente.

Diagnostic.

Bien que le diagnostic du ptérygion soit ordinairement facile pour ceux qui ont quelques notions de . pathologie oculaire, rous croyons, cependant, qu'il ne paraîtra pas déplacé de ie différencier d'avec un certain nombre d’autres lésions cornéennes ou conjonctivales, présentant avec lui certaines ressemblances, au point de vue du siège et de la forme.

Dé ces affections diverses, les plus fréquemment! observées sont représentées par le pseudo-ptérygion, le symblépharon, le pannus, l’épithélioma de la conjonctive et le pingueculum.

Comme nous l’avons fait remarquer au sujet de la pathogénie, on peut observer, à la suite des blessures ou des ulcères de la cornée, des productions pathologiques désignés par Füchs, sous le nom de pseudoptéryg'on.

D’après cet auteur, de telles lésions, dues à des adhérences kérato-conjonctivales,fne s’avancent jamais sur Ja cornée, laissent en général libre le limbe conjonclival, de: sorte, qu’en cet endroit, on peut passer une sonde au-dessous, Enfin, elles peuvent procéder de

tous côtés, alors que le ptérygion vrai, ne se montre qu’en dedans ou en dehors de la cornée.

Tandis que le ptérygion survient le plus souvent, nous l’avons dit, à l’insu du malade, le symblépharon est ordinairement la conséquence fâcheuse d’acciden:s divers que le sujet n’a pu laisser inaperçus. Au premier chef, les brûlures, les inflammations chroniques de la conjonctive, les ulcérations de la cornée.

Le symblépharon est formé d’un tissu cicatricicl, d'aspect blanchâtre, rattachant le bulbe de l'œil à la paupière, alors que l'onglet n’a pas de rapport avec cette dernière. Celui-ci est toujours rattaché au globe par un septum médian conjonctival, le symblépharon laissant souvent derrière lui un passage que l’on peut mettre en évidence au moyen d’un stylet.

On observe parfois des onglets vascularisés en grande partie et la confusion, dans ces cas, pourrait se faire avec un pannus de la cornée. Mais celui-ci siège le plus souvent à la partie supérieure de cette membrane: il n’a pas cet aspect tendineux, nacré que présente toujours, au moins en certains points, la têle du ptérygion : la coïncidence d’une conjonctivite granuleuse lèverait tous les doutes, jointe à ce fait que, s’il s'agit d’un pannus, outre la forme de cette affection qui est souvent mal limitée, on chercherait en vain sur la conjonctive le corps d’un ptérygion, avec sa forme si caractéristique et les particularités que nous avons signalées. |

Le méridien horizontal de l’œil est un lieu d'élection

où se fixent volontiers les épithéliomas de la conjoncetive.

Ceux-ci pourraient en imposer pour cette variété de “ptérygion, dite ptérygion charnu. Mais l’épithélioma est le privilège des gens ayant atteint un certain âge : son développement ne va pas sans douleurs ; sa forme est irrégulière : il est bourgeonnant, fongueux, sujet aux hémorragies, toutes choses que nous n’observons pas au cours de l’évolution d’un ptérygion.

Quant au pingueculum, son siège au niveau du mêridien horizontal de l’œil est la seule raison qui permette de le faire entrer ici en ligne de compte. En fait, sa forme globuleuse, son aspect jaunâtre, ses contours hier limités, sa résidence exclusivement conjonctivale ne peuvent faire planer longtemps le doute, dans l’esprit de l'observateur.

Nous ne voulons pas terminer ces quelques lignes de diagnostic différentiel, sans toucher un mot d’une affection ne paraissant pas avoir attiré l'attention des auteurs qui ont disserté jusqu’à présent sur le plérygion.

Le plus souvent, le début a lieu dans l’adolescence de 10 à 20 ans, sous forme d’une petite lumeur jaunûtre, oblongue ou arrondie, plus volumineuse que le pingueculum, siégeant sur la conjonctive, au niveau

du méridien horizontal. Chose curieuse, cette produc-

tion pathologique affecte parfois la forme du ptérygion, comme Pereira Guimaraës en a cité un exemple et comme nous en avons vu nous-mème un très beau cas dans le service de la clinique. Mais la base est à la cornée, le sommet au grand angle.On aurait pu croire à une inversion d'un ptérygion, mais il n’y avait pas l'onglet si facilement reconnaissable de celui-ci ; l’exa-

PME

men, microscopique révélait des lésions communes au pannus et aux granulations conjonctivales, avec des différences en plus ou en moins, c’est-à-dire qu’au niveau du derme, les leucocytes extravasés se pressaient en grand nombre: sous quelle influence? Ad hüc sub judice...….. Avons-nous affaire à des microbes, qui produiraicnt les mêmes lésions ? En fait, des ensemencements, faits avec les productions ci-dessus décrites, n'ont fourni aucun résultat.

Traitement.

Indépendamment des troubles qu’il détermine du côté de la vision, le ptérygion est encore un danger pour le malade par suite des transformations qu'il peut subir ou de l’obstacle qu’il apporte à l'issue heureuse de certaines opérations pratiquées sur l'organe de la vue. Il y a déjà beau temps que J. E. Gaston (1) relatait une observation de ptérygion volumineux devenu cancéreux. Plus près de nous, en 1892, Würdenmann insiste sur l'avantage et même la nécessité qui incombent au chirurgien, de débarrasser au préalable la cornée de ses ptérygions, avant de tenter aucune opération sur elle. Avec M. Poncet, il considère le ptérygion comme un nid à microbes et cite, à l’appui de son dire, un cas d’iridectomie faite sur un œil atteint d’un large ptérygion : malgré les soins antiseptiques et les lavages soignés qui avaient précédé l’opération, on observa un gonflement purulent du ptérygion et des phénomènes d'iritis grave, accompagnés - d’ulcère et d’opacité de la cornée.

(1) Ann. soc, de méd. prat. de Montpellier, 1804,

Quels sont donc les phénomènes pathologiques survenus au cours du ptérygion qui doivent commander une intervention ? Quand faut-il intervenir et comment intervenir ?

Ce qui doit surtout attirer l’altention du chirurgien, c'est moins l'étendue de la lésion que les troubles fonctionnels : ces deux ordres de faits ne sont pas nécessairement connexes : ils n'évoluent pas suivant un parallélisme absolu : et lel malade, dont Ponglet atteint déjà 3 millimètres, ne manifestera aucune gène de la vision, alors qu’un autre subira déjà les atteintes d’un astigmatisme prononcé, avec un onglet à peine apparent.

Marlow de Syracuse (1) est d'avis que le ptérygion doit être opéré, alors même qu’il n’empiète pas sur la cornée, toutes les fois que la vue subit un léger trouble, ce qui tient à un degré d’astigmatisme variable, résultat du tiraillement exercé par le ptérygion.

Cette opinion nous paraît exagérée; ou, du moins, elle n’est pas de mise en pratique. Il faut faire interve- ‘nir ici d’autres considérations. Si ces troubles légers de la vue se révèlent chez un cultivateur, un ouvrier, exposé, de par sa profession, à voir les phénomènes -dont il se plaint, s’accroître avec le temps, l’intervention n'est pas douteuse. Mais, par contre, si lesujet de l'observation n’est pas soumis à un travail pénible et exposé à la vie au grand air, de simples règles d’hy-

-giène peuvent suffire à enrayer la marche de l’affection. Tel le cas d’un de nos amis, se plaignant de

(1) New-York Medical journal, 25 août 1888,

larmoiement et de picotements produits par un ptérygion : celui-ci empiétaitsur la cornée de 3 millimètres au moins : malgré tout, M. le professeur Gayet ne jugea pas l'intervention absolument nécessaire, se contentant de proscrire autant que possible le travail à la lumière artificielle etle séjour dans les pays chauds. Mais, ces questions de personnes mises à part, il est difficile de tracer des règles de conduite applicables à la généralité des faits : hormis les circonstances où un envahissement no{able de la cornée, joint à un astigmatisme prononcé, voire même de la diplopie, commandent une intervention prompte et énergique, il est bien évident que le chirurgien sera seul juge pour décider de l'opportunité d’un traitement, dans chaque cas parl!iculier.

Avant d'en venir à l'examen des divers procédés . employés par les chirurgiens contre la marche envahissante de l’onglet, disons quelques mots du traitement médical, qui, d’après certains auteurs, aurait produit maintes fois une fonte miraculeuse du ptérygion.

Traitement médical. — Ambroise Paré, quoique partisan de l’excision, conseillait cependant quelques moyens médicaux : « Il faut user, dit-il, de bon régime de vivre, estre purgé, saigné, principalement s’il y a grande inflammation. Et pour les médicaments topiques, afin de consommer icelle excroissance, et en prohiber l’augmentation, on mettra souvent dans lœil de notre collyre de vitriol..… »

La première partie de la médication, le « bon régime de vivre » devait sans aucun doute être bien reçue des porteurs de ptérygions, contemporains de notre grand

chirurgien. Nous aimons à croire cependant que Îles purgatifs répétés et les saignées abondantes qui formaient le complément obligé de la cure, devaient pousser les malades à se décider pour l'intervention chirurgicale.

M. de Saint-Yves, professe les mêmes idées qu’Ambroise Paré. Traitement médical, au début, chirurgical, à la fin. Il se « sert utilement de la pierre divine, dissoute dans l’eau commune, ou de celle de Crollius ». Sue le jeune « atténue, consomme et dessèche le ptérygion par l’un des remèdes suivants, proposés par maître Jean :

Prenez : D’os de sèche: un scrupule.

De cristal fin : un demi-scrupule.

De vitriol blanc: quinze grains.

D'iris de Florence: un demi-gros.

De sucre candi : un gros.

Le tout, réduit en poudre très fine, dont on répand quelques grains sur l’ongle, 3 ou 4 fois par jour, observant de laver l’œil, une demi-heure après son application, avec quelque eau ophthalmique » (4).

En 1852, le docteur Decondé signale un cas remarquable, ayant trait à la disparition d’un ptérygion par l'emploi de l'acétate neutre de plomb.

Desmarres obtient, en 1868, un résultat analogue par l'emploi du sulfate d’alumine. ei

Enfin Darier, en 1890, prône les frictions avec la lanoline hydrargyrique. .

(1) In Dictionnaire de santé, par M. Sue le jeune. MDCC

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Somme toute, si, en regard de ces cas isolés et faciles à compter, dont la guérison est attribuée à des agents, médicaux, si en regard de ces faits on. met tous. les, insuccès obtenus en traitant les ptérygions par les mêmes procédés, on est forcé de convenir de l'utilité d’un traitement chirurgical. |

Essayons de passer à à l'étude de ce dernier et voyons. si les nombreuses opérations, pratiquées par les ophthalmologistes, peuvent être acceptées comme véritablement curatives.

. Traitement chirurgical. —Cenesontpas les procédés opératoires qui manquent : et si les chances de guérison d'une affection oculaire se mesuraient au nombre des opérations qu'on peut lui appliquer, nous aimons à croire que le ptérygion tiendrait une place honorable dans le cadre de ces maladies privilégiées. .

Malheureusement, il n’en est rien : la nie de. ces procédés n’est qu’une fausse richesse : et presque, tous, jusqu’à présent, n’ont pu s'opposer, le plus souvent, à la récidive du mal.

La suppression toute simple de l'affection devait naturellement se présenter la première à l'esprit du, chirurgien. Aussi, l’excision constituait le procédé en honneur dans l'antiquité : nous le trouvons décrit dans les ouvrages de Celse et les vieux chirurgiens français n'avaient pas d’autres moyens thérapeutiques. ( ” Ecoutez disserter Gordon, qui enseignait à Montpellier, en 1285 : « Trahatur unguis cum unco et tunc: excorietur cum extremitate cannæ subtilis, et scindatur cum forficibus, ét sint in scindendo duœæ cautelæ, quod totum abcindatur, aliter citro reverteretur.»

Ambroise Paré exprime les mêmes idées, insistant sur ce fait que, après l'opération, «il faut que le patient ouvre et remue souvent son œil, de peur que la palpèbre ne se coalesce contre la partie d’où on aura tiré Pungula ». |

Castorani, de Naples(1),après excision du ptérygion, caulérise, chaque jour sans exception, la plaie qui résulte de cette opération. Il veut, par cette pratique, éviter le déveioppement d’un tissu inodulaire, pouvant occasionner plus tard un strabisme permanent.

Nous pouvons rapprocher de l’excision simple, le procédé décrit par Wright, en 1888. Se basant sur l'issue heureuse d’un accident survenu au cours d’une opération de ptérygion, cet auteur conseille de saisir le sommet de ce dernier entre les mors d’une pince et de tirer brusquement. L’onglet se détacherait pour ainsi dire mathématiquement, au niveau de ses altaches conjonctivales. Si les procédés de force doivent être, autant que faire se peut, bannis de la chirurgie générale, ces manières de faire, brutales et inconsidérées, doivent être surtout proscrites lorsqu'il s'agit d'intervenir sur un organe aussi délicat que l’organe de la vision.

On ne fut cependant pas, dès l’origine, sans remarquer les méfaits attribuables à l’excision. Outre les relations anormales qui, à la faveur de ces procédés, s'élablissaient entre la conjonctive et les paupières, la rétraction cicatricielle gênait fort les mouvements

: (1) Annales d’oculistique, 1867.

du globe oculaire et les récidives dépassaient de beaucoup le nombre des guérisons.

Pour se gärantir des résultats fâcheux inhérents aux modes d'intervention ci-dessus exposés, on imagina de réunir, par des points de suture, les deux lèvres de la plaie conjonctivale succédant à l'ablation du ptérygion. C'est le procédé adopté par M. le professeur Panas et décrit, dès 1853, par M. Tavignot (1). Dans sa thèse inaugurale, sur trois observations de ce genre, Roudouly note deux guérisions et une récidive.

. Scarifications. — On avait auss' imaginé de scarifier le ptérygion, pensant en déterminer l’atrophic en le privant des vaisseaux sanguins qui y circulent. L'idée était belle, mais les résultats ne confirmèrent pas la théorie ; an bout de peu de temps, les vaisseaux avaient recouvré leur perméabilité et la marche de l'affection n’était en rien retardée. |

-Ligature. — Les anciens avaient déjà comoiné l’excision partielle avec une ligature appliquée à la base du ptérygion. Szokalski ne fit que modifier ce procédé, en ajoutant une ligature pour le milieu de l'onglet, une autre pour le sommet. Somme toute, la ligature élait justiciable des mêmes reproches que l’excision dont elle n’était d’ailleurs qu’un temps préparatoire. a Meyer, après dissection du ptérygion et ligature de sa base, procède à une autoplastie par glissement; en suturant les deux lèvres de la plaie conjonctivale.

| (1) Revue de thérapeutique médicale, chirurg., 1858.

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Déviation. — Frappé des inconvénients que présentaient les méthodes précédentes, Desmarres imagina de fixer le ptérygion, après l'avoir disséqué jusqu’à sa base, dans une plaic faite à la conjonctive. A l'appui de sa manière de procéder, il invoque les considérations suivantes : « Tout ptérygion, dit-il, alteint son maximum de développement, lorsqu'il est arrêté au centre de la cornée ; il ne va pas plus loin. Si on le fait dévier de sa direction primitive, il continue sa marche jusqu’a ce qu'il ait atteint son entier développement, puis il s'arrête. En outre, on n’est pas exposé à une récidive, puisqu'on conserve le ptérygion toutentieret qu’on ne fait que le transplanter dans un point où il pourra se développer complètement sans gêner la vision. » j

C'était sans doute beaucoup trop d'honneur que cette sorte d'autonomie altribuée au ptérygion. Nous avons indiqué, au début de ce travail, que la marche du ptérygion était due à des conditions mécaniques particulières : la suppression de celles-ci enlève à l'affection son individualité et empêche du mème coup son accroissement,

Néanmoins, il faut reconnaître à Desmarres le mérite d’avoir voulu conserver quand même le tissu du ptérygion, idée qui trouvera plus loin son applica= tion lorsque nous parlerons du traitement de M. le professeur Gayet. -

Au surplus, les récidives se montrèrent encore après l'application du traitemeut de Desmarres, maigré le perfectionnement que crut lui apporter Knapp, en suturant les deux lèvres de la plaie conjonctivale,

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résultant de l'enlèvement du ptérygion, ét en partageant celui-ci en deux moitiés, pour effectuer une double transplantation.

Enroulement. — Nous passerons sous silence le procédé du docteur Maurel qui est, à peu de chose près, celui de Desmarres, pour arriver à celui que préconise Galezowski.

Dans sa thèse de 1885, Darrigade s'exprime ainsi à ce sujet : « Quand le ptérygion est bien libre dans toute sa longueur, on prend un fil dont les deux chefs sont armés de deux aiguilles courbes et on traverse le sommet avec les deux aiguilles, de manière à le tenir pris dans une petite anse. Puis, retournant successivemnent les deux aiguilles en dedans, on vient. les faire ressortir tout-à fait à la base de la tumeur, l’une près du bord supérieur, l’autre près du bord inférieur. On prend ensuite les deux chefs et on les réunit forte: ment par un nœud. En serrant ainsi, la tête de l’onglet s’enroule au dedans et vient s Rue près de la Lase, qui, elle, est étranglée par le nœud.

Procédés autoplastiques. — On s’est enfin préoccupé d'appliquer l’autoplastie à la cure du ptérygion.

En 1891, le docteur Chibret, de Clermont-Ferrand, a publié, sur cette question, un travail intéressant (1). « Les procédés usités actuellement, dit-il, pour remédier chirurgicalement au ptérygion, ontun commun inconvénient: ils déplacent ou détruisent le ptérygion, sans remplacer par de la conjonctive saine et lâche, la

(4) Archives d’ophtalmologie, année 1891, t, XI.

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