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IV. — Les postes, télégraphes et téléphones

Ces services viennent de recevoir l’organisation et les moyens d’action qui leur sont nécessaires. Avant d’en arriver là, ils ont passé par des étapes qu'il importe de retracer.

1° Postes. — Les services postaux au Maroc ont

1. Pour le moment on ne peut augmenter beaucoup le nombre des barcasses et des remorqueurs, faute de ports où les abriter contre les

tempêtes.

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été assurés successivement ou concomitamment par des organisations de plusieurs nationalités ; il y a eu les postes chérifienne, française, anglaise, espagnole et allemande. Pendant plusieurs années les quatre dernières se sont fait une vive concurrence ; elles représentaient pour leurs gouvernements respectifs un moyen de propagande et d’action politique.

La poste chérifienne a été créée en 1892 par le sultan Moulay el Hassan en vue d'effectuer le transport des correspondances dans l’intérieur du pays au moyen de rekkas ou courriers. Dans les ports et les villes principales le service était dirigé par l’amin el moustafad ; celui-ci recevait les correspondances, apposait un cachet, percevait les taxes et expédiait les rekkas ; les administrateurs de la douane versaient à l’amin les fonds nécessaires pour solder ces dépenses. Du fait de cette organisation rudimentaire, de l’inexpérience du personnel chargé en même temps d’autres fonctions plus importantes, ce service était à la fois irrégulier et insuffisant. Les indigènes et le sultan lui-même avaient renoncé à s’en servir et utilisaient les bureaux européens. Plus tard, en 1912, sous l’impulsion des autorités françaises, les postes chérifiennes ont été réorganisées; elles se sont spécialisées dans le transport des correspondances par rekkas et ont obtenu dans ce domaine d’excellents résultats,

Les bureaux européens existent en vertu de cou-

tumes ou d'accords avec le Maghzen. La poste anglaise et la poste espagnole n’ont jamais eu une très grande importance ; elles ont été rapidement concurrencées par la poste allemande. Puis le développement de celle-ci s’est arrèté et les bureaux français lui ont pris une grande partie de sa clientèle. A l’heure actuelle l’Allemagne, l'Angleterre et l’Espagne exploitent encore des bureaux de poste à Casa= blanca, Rabat, Saffi, Mazagan, Mogador ; l’Allemagne en possède en outre à Meknès et Marrakech et l’Angleterre à Meknès. Leurs opérations sont de jour en jour moins importantes.

La poste française a été créée en 1860 ; elle était alors une simple agence gérée par le consulat de France à Tanger et limitait son activité au transport des correspondances. Vers 1870 de nouveaux établissements ont été ouverts dans les principales villes. Au fur et à mesure de notre occupation l’organisation postale a été étendue et complétée ; elle a eu plus de bureaux et a augmenté le chiffre et La variété de ses opérations. Son personnel se compose à l’heure actuelle d'agents métropolitains, de receveurs distributeurs et gérants d'agence choisis en général parmi les commerçants auxquels il est alloué une indemnité, enfin d'employés recrutés sur place parmi les Européens et les indigènes. Dans les confins algéro-marocains un certain nombre d’établissements

sont gérés par des militaires,

Les correspondances sont jusqu'ici transportées par rekkas ou par les navires qui visitent les ports marocains. La taxe est de 10 centimes hassani et ce taux par suite de la concurrence internationale a été appliqué au Maroc hien avant de l'être en France. La mème taxe est appliquée depuis plusieurs années aux lettres à destination de la France, de l’Algérie et de la Tunisie.

2 Télégraphes. — Ils sont exclusivement chérifiens. En avril 1907 en effet, le Maghzen a déclaré monopole de l'Etat, l'exploitation des télégraphes avec ou sans fil. Il racheta alors quelques exploitations de télégraphie sans fil créées par une société française et constitua l'administration des Télégraphes chérifiens. Cette organisation gérait donc des postes radiotélégraphiques et de plus quelques lignes télégraphiques ordinaires.

Du fait de notre occupation militaire les services du génie ont été amenés à créer un important réseau de lignes télégraphiques — jusqu’à ce jour 3.400 kilomètres desservis par une cinquantaine de bureaux — et trois postes de télégraphie sans fil à grande portée situés à Fez, Marrakech et Agadir. <

Il importait à titre transitoire de réaliser la coopération des deux services, du service civil chérifien et du service militaire français et de préparer pour l’avenir l’annexion de toutes les installations existantes à

l'administration des Télégraphes chérifiens.

Au point de vue de l'exploitation, jusqu'en septem: bre 1912 les deux organismes travaillaient chacun de leur côté ayant leurs lignes, leurs bureaux et leur personnel propres. A cette date les deux exploitations ont été fondues ; les télégrammes privés ont pu en cas de besoin emprunter les lignes militaires et réciproquement. Puis en mai 1913 les bureaux purement militaires ont été ouverts au service public. Actuellement sur les deux réseaux le personnel employé peut être civil ou militaire.

Ce n’est qu’une situation provisoire du moins dans les régions pacifiées (1). Les télégraphes chérifiens seront amenés à racheter les lignes et les postes radiotélégraphiques construits par Île génie et à les exploiter eux-mêmes. Déjà certaines cessions sont réalisées, d’autres suivront nécessairement. Il y a quelqueslignes dans une situation intermédiaire ;elles appartiennent au génie et sont exploitées par l’administration. Ce changement de régime administratif entraînera presque partout des travaux de réfection matérielle, les lignes militaires ayant été posées très hâtivement.

Le réseau marocain est encore à l’heure actuelle

un réseau fermé. Il n’est raccordé au réseau inter-

1. Au Maroc oriental, à l’exception des raccordements avec le réseau algérien, tont le service télégraphique est encore entre les mains de l’autorité militaire.

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national que par la télégraphie sans fil ; l’accord pour la traversée de la zone espagnole n’est pas encore conclu. La communication sera établie par le câble sous-marin de Mehedya à Tanger pour lequel un crédit de 1.500.000 francs est prévu sur les fonds provenant de l’emprunt voté tout dernièrement, et encore par la ligne qui reliera le Maroc occidental à l’Algérie une fois que nos troupes auront opéré la jonction en occupant Taza.

3° Téléphones. — Les quelques installations existantes ont été créées par les Télégraphes chérifiens. Il n’y a de réseau urbain qu'à Oudjda. Le service inter-urbain est très peu étendu.

L'établissement de notre protectorat a posé un certain nombre de questions qui sont en voie de solution :

1° La poste française faisant double emploi avec la poste chérifienne, il y avait lieu d’unifier ces deux organismes et d'y joindre les télégraphes et les téléphones. Une convention (1) a donc été passée entre le gouvernement français et le Maroc réalisant cette fusion. Il a été créé à partir du 1° octobre 191%un Office chérifien des Postes, Télégraphes et Téléphones placé sous la direction du Directeur général des Fi-

À. Convention ratifiée et promulguée au Maroc par dahir du 22 février

1914 (Bulletin Officiel du 6 mars 1914).

nances assisté d’un Chef du Service des Postes et d’un Chef des Services électriques.

Ainsi disparaît une dualité.-qui faisait obstacle au bon fonctionnement et au développement des services. De plus le Maroc pourra désormais faire partie de l'Union postale et pratiquer avec tous les pays qui en font partie l’échange des articles d'argent. La Convention postale franco-marocaine a également réglé l'établissement à Rabat d’une succursale de la Caisse nationale d'épargne de France ; les autres bureaux du Maroc participent à ce service.

2° Il est essentiel de donner au nouvel organisme des moyens d'action en rapport avec le développement inévitable des besoins. Il faui des lignes et des postes télégraphiques et téléphoniques et des bureaux postaux ou télégraphiques.Sur les fonds de l’emprunt qui va être réalisé, une somme de 11 millions est prévue à cet effet.

3° Les postes concurrentes, espagnole, anglaise, allemande ne disparaîtront-elles pas ? Elles se sont installées légitimement au Maroc, la poste n’ayant jamais été déclarée monopole chérifien. Mais ne résulte-t-il pas de l’accord franco-allemand que tous les organismes publics non français doivent disparaître ? Le protectorat ne nous confère-t-il pas en cette matière un droit exclusif ? Cela ne semble pas douteux. Probablement il faudra négocier pour obtenir

satisfaction. La poste espagnole pourra facilement

être cantonnée dans sa zone propre, si nous retirons nos propres bureaux (1) de la dite zone. Il est vraisemblable que l’Angleterre ne soulévera pas de difficulté. En ce qui concerne les postes allemandes, M. de Bethmann-Hoflweg a déclaré à la tribune du Reichstag qu’elles ne disparaîtraient pas. Il y a là un malentendu sur les conséquences du traité franco-al-

lemand ; il faut espérer qu’il s’aplanira.

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