II. — Administration régionale
Les autorités indigènes sont restées ce qu’elles étaient. À la tête de chaque tribu ou groupe de tribus se trouve un caïid nommé par le sultan chargé d'assurer l’ordre, de faire rentrer l’impôt et de rendre la justice pénale. IL est assisté d’un khalifat qu’il nomme et représenté dans les différents douars par des cheikhs qu’il choisit également. Les grands caïds du Sud sont dans une subordination beaucoup moins étroite. Ils ne sont pas nommés et révoqués par le sultan. Ils ont ou prétendent avoir des droits sur leurs tribus et c’est au nom de ses droits qu’ils traitent avec le Maghzen.
Le cadre où se meuvent les autorités françaises est d'ordre militaire. Le corps d’occupation a divisé le territoire placé sous sa surveillance en un certain nombre de circonscriptions, a pouvu à leur organisation militaire d’abord, à leur, organisation politique et adminisirative ensuite. À mesure que les ser-
vices se sont constitués, ils sont venus tout
naturellement s'adapter à ce cadre qui avait l’avantage d’être tout préparé et de pouvoir se porter comme l'occupation militaire elle-même vers de nouveaux territoires, Au surplus, même dans les régions les mieux pacifiées, les préoccupations militaires dominent encore toutes les autres.
Le pays occupé est donc divisé en régions et celles-ci en cercles ou annexes avec un ou plusieurs bureaux de renseignements pour chaque cercle ou annexe, bureaux dirigés par les officiers du Service des Renseignements. Déjà en certains endroits l’autorité civile est substituée à l’autorité militaire avec un personnel de controleurs civils. En prévision de l’extension du régime civil on a ordonné l’organisation d’un corps du Contrôle.
A l’heure actuelle il y a dans le Maroc occidental cinq régions purement militaires, ce sont celles de Fez, Méknès, de la Chaouïa militaire, des Doukkala- Abda, de Marrakech ; une région civile, celle de la Chaouïa ; et une région mixte, celle de Rabat, où on a créé une circonscription civile dont les controleurs sont sous l’autorité du général commandant la région.
Le Maroc oriental placé sous l’autorité administrative d’un haut commissaire français est divisé en deux régions militaires du Nord et du Sud. La première comprend un certain nombre de cercles militaires et une circonscription civile, celle d’Oudijda.
La seconde est tout entière sous le régime militaire,
Les fonctionnaires français, officiers du service des renseignements ou contrôleurs civils, sont investis d’une mission non de commandement mais de contrôle. Les actes des caïds devant pour être exécutoires avoir reçu leur approbation, ils peuvent rendre inopérantes toutes les mesures qui leur paraîtraient entachées d’arbitraire, de partialité ou seulement inopportunes. [ls ne se cantonnent pas dans ce rôle passif mais au contraire guident, conseillent, provoquent les initiatives. Dans les attributions traditionnelles des caïds, ils donnent l’impulsion qui souvent fait défaut et ils empêchent les abus ; c’est ainsi qu’en matière judiciaire ils poursuivent la répression des crimes et des délits. Pour la satisfaction des besoins nouveaux d'ordre économique et social, création de marchés, ouverture d'écoles, assistance médicale, prévoyance, etc., ils prennent les mesures urgentes et proposent à l’administration centrale les organisations définitives. Toujours mais surtout en matière de police, de justice et d'impôt, ils s’efforcent d’être aussi peu apparents que possible et de mettre vis-à-
vis des populations le chef inäigène en avani.