CONSIDÉRATIONS GENERALES
nisme conserve sa spécificité, il a perdu une de ses propriétés, sa qualité pyogène.
Vaserzug a démontré que certains microbes peuvent perdre leur forme ou leur couleur, et que dans d'autres circonstances ils acquièrent de nouveau ces propriétés.
Lorsqu'un microbe pyogène en pleine virulence s'arrête dans un endroit quelconque de l'économie et que sa colonie y prospère, les ptomaïnes qu'il sécrète produisent, suivant les cas, la prolifération ou la mort atrophique des éléments cellulaires différenciés qui constituent le tissu ; les leucocytes sortis par diapedèse des vaisseaux entament la lutte, et si la phagocytose est impuissante, la peptonisation produite par les ptomaïnes, transforme tous ces éléments en corpuscules du pus. Si la virulence est moindre, les substances solubles sécrétées par les microbes agissent d'une façon moins intense, l'inflammation est simplement formative, les éléments prolifères du tissu conjonctif deviennent embryonnaires, aptes à reproduire du tissu adulte, et la sclérose se trouve constituée. Il est probable que les leucocytes, ces cellules embryonnaires voyageuses, nées comme les cellules conjonctives du feuillet mésodermique, contribuent à la formation du nouveau tissu.
Cette conception de certaines variétés de sclérose est confirmée par ce que nous savons des scléroses non microbiennes. Les agents irritants charriés par les vaisseaux peuvent produire des néoformations conjonctives ; c'est ainsi que l'empoisonnement expérimental par la cantharidine détermine dans les reins une lésion irritative, épithéliale au début, conjonctive ensuite, qui aboutit à la sclérose. Si cela est, pourquoi un irritant sécrété par des cellules vivantes, par des microbes, alors qu'il se trouve en contact avec le même tissu, ne produirait-il pas de résultats semblables ?
Quoi d'étonnant après cela .que dans le rein on puisse
voir, comme résultat de Faction d'une seule ou de plusieurs variétés de microbes, tantôt la sclérose, tantôt la suppuration? Nous essaierons de le démontrer par la clinique, par Tanatomie pathologique et par l'expérimentation.
Si, toujours dans le domaine de la pathogénie, nous étudions le mode d'arrivée des bactéries dans le rein, on voit que les auteurs admettent tous la voie ascendante et que, par le raisonnement et par analogie, quelques-uns ont été conduits à admettre des néphrites suppurées produites par la voie circulatoire. Cette hypothèse n'a pas été démontrée. Nous croyons pouvoir la démontrer et nous établirons les lésions diverses suppurées et non suppurées ainsi produites.
Il est enfin une question d'importance majeure non encore élucidée : quel est le microbe de la néphrite infectieuse des urinaires ? Les auteurs décrivent les microcoques des suppurations banales.
Nous avons décrit, avec M. Halle, le bacterium pyogenes (bactérie septique de la vessie), comme cause presque constante de ces néphrites. M. Doyen parle des protéi.
Je pense démontrer dans ce mémoire qu'il n'existe pas de microbe spécifique de la néphrite ascendante ; que ces néphrites peuvent être provoquées par des organismes variés agissant seuls ou associés ; c'est-à-dire qu'il existe des infections rénales simples produites par un seul microbe, et des infections combinées reconnaissant pour cause deux organismes différents agissant d'une façon simultanée.
Nous montrerons le rôle presque exclusif du bacterium pyogenes dans les infections simples, et son rôle prépondérant dans les infections combinées.
En histologie pathologique, les néphrites chroniques sont bien connues. On fait pourtant jouer un rôle trop exclusif aux lésions médullaires et l'on considère, à tort, croyonsnous, comme un caractère de ces néphrites, leur diffusion,
CONSIDERATIONS GENERALES I i
leur étendue simultanée à tout le parenchyme du rein. Presque toujours le siège des principales lésions est la substance corticale, et souvent on voit des départements rénaux atteints à des degrés très variables.
La variété des néphrites par oblitération aseptique n'est pas encore décrite chez l'homme ; et nous avons pu en observer plusieurs exemples.
L'histologie des néphrites aiguës non suppurées des urinaires, ce qu'on décrit comme de simples congestions rénales, est à faire en entier ; nous avons pu en étudier plusieurs exemples.
La clinique, avons-nous dit, est bien établie grâce aux travaux de M. Guyon et de ses élèves : nous nous attacherons à déterminer les symptômes qui répondent aux lésions anatomiques et nous aurons surtout des documents à produire en ce qui regarde l'analyse des urines sous le point de la quantité d'urée, de l'albuminurie presque constante et de l'étude des cylindres rénaux. C'est à peine si nous pourrons ébaucher des différences symptomatiques répondant aux variétés de microbes qui causent l'infection rénale.
Il est un fait, fréquent, qui a particulièrement attiré notre attention : nombre de malades urinaires meurent sans fièvre, alors que leurs reins présentent des lésions suppurées parfois très étendues.
Nous croyons trouver la raison de ce fait, étrange à première vue, dans les conditions de réaction pathologique de nos malades. Il ne faut pas l'oublier, presque tous les urinaires sont des vieillards ; on pourrait dire sans paradoxe qu'ils sont plus vieux que leur âge, car chez eux l'insuffisance excrétoire de l'urine ajoute encore à la déchéance organique générale.
M. Gharcot, dans son livre sur les Maladies des vieillards,
avait fait ressortir l'absence de réaction comme le caractère dominant de la pathologie sénile. Si, chez l'enfant, la solidarité fonctionnelle entre les divers appareils est telle que la moindre atteinte portée à l'un d'eux retentit sur tous les autres ; si, chez l'adulte, la spécialisation est augmentée, chez le vieillard l'indépendance fonctionnelle des organes est poussée à l'extrême. On ne s'étonne pas de voir, chez les vieillards, des pneumonies suppurées apyrétiques ; nous ne devons pas être surpris de trouver les reins suppures chez les vieillards urinaires morts sans fièvre.
Loin de nous la prétention d'avoir élucidé tous les problèmes énoncés ci-dessus ; nous avons simplement essayé de tirer des conclusions déduites exclusivement des faits que nous avons observés nous-même.
Les noms de Bonet, de Rayer et de Klebs resteront toujours attachés à l'étude des altérations des reins consécutives aux lésions des voies excrétoires de l'urine.
Bonet établit l'influence des maladies des voies excrétoires sur l'inflammation du rein. Rayer créa la pyélo-néphrite ; il en décrivit les lésions anatomiques et les signes cliniques. Klebs vit, le premier, des microbes dans la néphrite ascendante et sut leur attribuer un rôle pathogène.
On s'en tenait aux vagues notions d'Hippocrate (i), de Galien et d'Avicenne (2) sur les altérations des reins à la suite des calculs. On étudiait avec Paul d'Égine les variétés d'urine purulente, suivant qu'elle provenait des reins ou de la vessie, ou bien, avec Ambroise Paré (3), on considérait l'ulcère du rein comme la manifestation d'un état humoral.
Th. Bonet (4), dans un ensemble d'observations remarquables, établit que l'inflammation du rein peut être la conséquence des obstacles au cours de l'urine. Tantôt la cause siégera en dehors de l'appareil urinaire, tantôt au contraire l'obstacle sera dû aux lésions de la vessie, de la prostate ou de l'urètre.
(1) Hippocrate. — Edition "Littré,
(2) Avicenne. — Libri de medicâ. Lib. III, tract. 2.
(3) A. Paré. — Œuvres. Lib. VI, chap. xn, et lib. XIII, chap. vin.
(4) Th. Bonet. — Sepulchretum. Tome II.
Morgagni [i), Portai, d'autres encore, publient des observations de dilatation urétérale et rénale, mais il faut arriver à Rayer [2] pour voir la pyélo-néphrite former une entité pathologique. Rayer enseigne que, à la suite des maladies de la vessie, de la prostate, ou de l'urètre, il s'établit une inflammation ascendante qui conduit à la pyélo-néphrite, lésion plus grave et plus fréquente que la pyélite ou la néphrite isolées.
A la suite de Rayer, Forster (3 signale l'atrophie et la destruction des reins comme conséquence de l'accumulation d'urine dans les bassinets, et les auteurs qui suivent, copiant les descriptions de Rayer, n'ajoutent guère à l'étude des néphrites ascendantes.
Klebs 4 .en 1SÔ9. trouve, le premier, des microbes dans les reins. Pour lui la fermentation ammoniacale de l'urine est toujours le fait des micro-organismes venus du dehors: et ce sont ces germes qui, par leur ascension, provoquent autour d'eux la formation d'un abcès dont le pus est rempli de bactéries.
Pasteur [5] a démontré, dès 1859. que la décomposition ammoniacale de l'urine est due à une torulacée disposée en chapelet : Traube [6] et Van Tieghem avaient appuyé de leurs expériences la nouvelle découverte; mais cette nouvelle application de la théorie des germes eut à subir toutes les attaques soulevées au début par la grande découverte de Pasteur: elle fut particulièrement combattue
1) Morgagni. — Lettres, IV, XLII.
Rayer. — Maladies des reins.
(3) Forster. — Traité d'anatomie pathologique, i85o. (4 Klebs. — Handbuch der pathol.Anatomie, vol. I, p. 655. Berlin, i868. (5) Pasteur. — Des éléments figurés comme cause de l'urine ammoniacale. Ann. de phys. et de chimie, i85q. Comp. rendus de l'Acad. des Se.
6) Traube. — Beitrage f»r Pathol. und. Phys., B. d. II, p. 664.
HISTORIQUE l5
par Robin (i), par Curtis (2) (de Boston) et par Feltz et Ritter (3). Il fallut le talent et l'indépendance de Klebs pour que la pathologie microbienne fût appliquée aux néphrites ascendantes.
Ces travaux importants restèrent un peu dans l'ombre jusqu'au jour où Lancereaux (4), dans sa monographie du Dictionnaire de Dechambre, dit, lui aussi, que les néphrites suppurées consécutives étaient le fait des micro-organismes. Cet auteur n'apporte aucune preuve nouvelle, aussi, en ce qui regarde les néphrites que nous étudions dans cette thèse, ce qui fait le mérite du travail de Lancereaux, c'est l'étude anatomique de sa néphrite diffuse consécutive. Lancereaux montre la lésion débutant par la pointe des pyramides, pour delà s'étendre en rayonnant dans la substance corticale; c'est une néphrite interstitielle diffuse. Plus d'un auteur transcrit encore aujourd'hui cette description qui a servi de base à la division actuelle des néphrites ascendantes en suppurées et non suppurées.
Il nous faut à partir de ce moment, pour rendre un peu méthodique l'histoire si confuse des néphrites des urinaires, scinder cette étude. Nous passerons rapidement en revue les travaux anatomo-pathologiques et nous indiquerons ensuite les principales recherches microbiologiques.
(1) Robin. — Leçons sur les humeurs, 1874.
(2) Curtis. — Boston med. and. surg. jour*, décembre 1874.
(3) Feltz et Ritter. — Etude expériment. sur l'ammoniémie. Compt. rendus A cad. sciences, mars 1 874.
(4) Lancereaux. — Article Rein du Dict. Encyc. des Se. Méd., 1876, p. 189 et 221.
l6 REIN DES URINAIRES
Anatomie pathologique. — Dans ses leçons sur les cirrhoses épithéliales, M. Charcot(i) donna le résultat d'une expérience de ligature de l'uretère chez le cobaye, faite en commun avec M. Gombault. Ces expérimentateurs constatèrent la transformation de l'épithélium des tubes contournés en un revêtement de cellules cubiques aplaties, et une production exubérante de tissu conjonctif interstitiel, tantôt complètement embryonnaire, tantôt à un stade d'organisation plus ou moins avancée.
L'année suivante, Aufrecht (2) déduit de ses expériences de ligature de l'uretère chez le lapin, que, pendant les trois premiers jours, la lésion est purement épithéliale, puis, plus tard, il y a prolifération du tissu interstitiel.
Helfrich (3) reprend , les expériences d'Aufrecht et il conclut de ses quatre observations personnelles (ligature de quatre à vingt et un jours), que dès le début la néphrite est à la fois parenchymateuse et épithéliale; la dégénérescence graisseuse de l'épithélium et l'envahissement du tissu interstitiel sont des phénomènes connexes.
P. Bos (4) pratique six fois la ligature de l'uretère et constate toujours l'existence des lésions épithéliales et, de bonne heure, des lésions interstitielles, mais, point important, ces dernières ne sont aucunement en rapport avec l'altération des épithéliums. Les accumulations de cellules rondes se voient souvent dans des endroits où l'épithélium est sain.
On en était là, lorsque parut le travail de MM. Straus
(1) Charcot et Gombault. — Des cirrhoses épithéliales en général. Progrès médical, 1878, p. 81.
(2) Aufrecht. — Die diffuse Nephritis. Berlin, 1879, P- 4^«
3) Helfrich. — Over die structur Verhonding des Niere by enkelegevaltere nephritis, Leyde, 1879.
(4) P. Bos. — Ueber diffuse nephritis, Berlin, Klin Woch. 1880, page^20.
et Germont (1). Ces auteurs démontrent que les lésions rénales provoquées par la ligature de l'uretère chez le cobaye, lorsqu'on s'entoure de précautions antiseptiques rigoureu* ses, présentent deux phases successives. Au début, il y a dilatation mécanique de> tubes du rein avec aplatissement simple de l'épithélium, dont la portion centrale claire se sépare de la portion basale pour constituer des cylindres hyalins. Le bouquet glomirulaire est refoulé par l'accumulation de liquide dans la capsule, sans qu'il y ait trace d'inflammation. Le tissu conjonctif ne subit aucune altération. Dans une seconde phase d'atrophie ou de collapsus, le tissu conjonctif est tassé mécaniquement, car les tubes ont diminué de longueur et de largeur ; leur calibre est très rétréci, leur membrane propre paraît épaissie et leur épithélium est devenu nucléaire. Quelques glomérules présentent une dilatation kystique avec refoulement du paquet vasculaire; d'autres sont ratatinés et diminués de volume; tous ont leur capsule épaissie par l'addition de couches nouvelles. Un fait important ressort de ces expériences : la ligature aseptique de l'uretère ne détermine pas d'inflammation rénale, les lésions épithéliales sont simplement atrophiques ; l'altération conjonctive, toute mécanique, ne dépend pas d'une inflammation interstitielle.
Pendant ce temps des auteurs étudiaient chez l'homme les lésions histologiques.Dans un mémoire imponant, Garcin (2) décrit, sous le nom àe.pyêlo-nêphrite ascendante, des altérations analogues à celles signalées par Lancereaux : c'est une lésion interstitielle plus avancée du côté de la pyramide que
(j) Straus et Germont. — Des lésions histologiques du rein chez le cobaye à la suite de la ligature de l'uretère. Arch. de Phys. 1882, p. 336.
(2) Garcin. — Pyélo-néphrite d'origine vésicale ou pyélo-néphrite ascendante. Arch. gén. de Méd., 1879, p. 289.
l8 REIN DES URINAIRES
dans la substance corticale; les glomérules deviennent scléreux; les altérations des tubes sont des lésions secondaires, « témoin l'état de leur épithélium généralement granuleux, faisant rarement défaut et quelquefois encore bien disposé, contenant à peine quelques granulations protéiques».
A peu près en même temps que Garcin, Heydenreich (i) publie un mémoire dont les conclusions concordent avec celles du précédent auteur. C'est encore une néphrite interstitielle diffuse, étendue à tout le rein, débutant par la pyramide de Malpighi et aboutissant presque toujours à la suppuration du rein.
Bazy (2) dans sa thèse décrit, en plus de la néphrite suppurée ordinaire, la glomérulo-néphrite suppurée provoquée dans un rein sclérosé par la congestion subite ; dans ces cas la lésion suppurative est limitée à la région des glomérules.
Artaud (3), en étudiant les lésions rénales produites par la compression des uretères dans le cancer de l'utérus, compare les altérations anatomiques à celles produites chez les animaux par la ligature de l'uretère : elles en diffèrent en ce qu'à l'élément mécanique est venu s'ajouter l'inflammation. Il en résulte une néphrite diffuse à marche rapide, caractérisée par la dilatation et l'atrophie graisseuse de l'épithéliumdes tubes contournés, par l'infiltration nucléaire péritubulaire ; puis, dans la suite, par l'organisation scléreuse du tissu conjonctif néoformé, par l'aplatissement des tubes et la sclérose glomérulaire.
(1) Heydenreich. — Lésions rénales consécutives à la rétention d'urine. Rev. Méd. de l'Est, 1879. Octobre, novembre et décembre.
(2) Bazy. — Le diagnostic des lésions des reins dans les affections des voies urinaires. Thèse, Paris, 1880.
(3) Artaud. — De la néph. déterminée par la compression des uretères dans le cours du cancer de l'utérus. Revue de Méd. Novembre i883.
HISTORIQUE IQ
MM. Cornil et Brault (i) n'étudient pas en particulier les néphrites des urinaires, mais les altérations que. cet organe subit à la suite de la compression ou de l'obstruction des uretères. Ils distinguent trois ordres de lésions :
i° Compression de V uretère sans retentissement inflammatoire. Ce type reproduit les lésions expérimentales de la ligature aseptique de l'uretère, il se montre dans les cas de cancer de l'utérus et ne diffère des lésions expérimentales que par la présence de quelques éléments embryonnaires infiltrés de place en place dans le tissu conjonctif ;
2° Compression de V uretère accompagnée de phénomènes inflammatoires, caractérisée au début par la dilatation des tubes et plus tard parla production d'une néphrite interstitielle disséminée avec atrophie de l'organe ;
3° Compression de V uretère arec suppuration consécutive. Le tissu conjonctif est irrité par l'urine altérée, et il se produit le long des tubes collecteurs et dans la substance corticale, des abcès qui diffèrent de ceux delà pyohémie, parce qu'ils ne présentent pas la forme en coin de ces derniers.
Après ce travail nous ne trouvons guère de nouvelle étude histologique à signaler. Barette (2), Labadie-Lagrave (3), Morris (4), M. Beck (5), Litten répètent leurs devanciers.
Bactériologie. — Les théories microbiennes ne trouvaient guère de partisans en pathologie urinaire, malgré les travaux de Klebs, de Lancereaux etdeTraube ; la communi-
(1) Cornil et Brault. — Etudes sur la pathologie du rein, 1884, p. 266.
(i) Barette. — Des néphrites infectieuses au point de vue chirurgical. Thèse Agrég. 1886.
(3) Labadie-Lagrave. — Urologie clinique et maladies des reins, 1888.
(4) Morris. — Surg. dis. of the Kidneys, i885.
(5) M. Beck.— Art. Surgical Kidneys in Quain's dictionnary, i883.
REIN DUS URlNAIkts
cation retentissante de Bouchard au congrès de Londres, sur les néphrites infectieuses médicales, influença peu l'opinion des chirurgiens, et il a fallu l'étude lentement poursuivie par des observations différentes, pour forcer les convictions. Si la clinique s'est avancée d'un grand pas avec les études de Guyon et de Bazy, la microbiologie des néphrites ascendantes présente aujourd'hui encore d * grandis lacunes.
Virchow, acceptant les idées de Klebs, les confirma par une soigneuse étude de la néphrite canaliculaire parasitaire ; il décrivit des bactéries ra}ronnant dans le rein et remplissant les canicules.
N}rkamp (1) décrit trois cas de pyélite suppurée consécutive à des cystites, et il voit les amas de bactéries dans le rein avoir pour siège exclusif les canalicules sans pénétrer dans les vaisseaux.
Aufrecht (2) décrit dans les reins, de gros et nombreux bacilles, mais dans ce cas (femme morte en couches) les microbes ne paraissent pas avoir suivi la marche ascendante.
Vient ensuite l'observation de Steven (3) qui ne présente guère plus de valeur que la précédente, car à un moment donné, le bassinet avait communiqué avec l'intestin. L'auteur décrit des microcoques dans les tubes urinifères sans pénétration dans les vaisseaux sanguins.
Cornil et Babès (4), sans décrire d'observation personnelle, disent que dans la néphrite ascendante suppurée ils ont trouvé des microcoques qui sont l'agent essentiel de la suppuration.
(1) Nvkamp. — Virchoiv's Jahresbericht, 1879, P- 29! •
(2) Aufrecht. — Pathologische Mittheilung. vol., 1881
(3) Steven'. — Glasgow Med. Jour. 1882, n° 1.
(4) GoRviL et Babès. — Les bactéries, p. 368, 387.
Cornil et Doyen (i) décrivent une ne'phrite ascendante à microcoques ; malgré les difficultés de coloration on distinguait ces organismes dans les tubes du rein.
Piccini (2) voit aussi des microcoques dans le rein étudié dans un cas de néphrite ascendante, mais les organismes, plus nombreux dans la substance corticale, se trouvent disséminés un peu partout dans les tubes, dans les glomérules et dans le tissu conjonctif.
D'autres auteurs ne trouvent pas de microbes dans les abcès rénaux, comme Charcot (3) et Chambard(4),ni dans la pyélo-néphrite calculeuse, Chauffard (5).
Halle (6) présente à la Société anatomique, les cultures provenant d'un malade mort d'accidents urineux fébriles. Il isole de l'urine pendant la vie et retrouve à l'autopsie, dans le pus des abcès rénaux, le sang et les divers parenchymes, une bactérie avec laquelle il produit la mort par inoculation dans les séreuses du cobaye.
Il a été « conduit, d'après ce cas, à envisager les accidents urineux graves comme une infection générale d'origine vésicale, due à un micro-organisme spécial cultivé dans l'urine, infection dont l'effet secondaire le plus grave, parfois mortel, est la production des abcès miliaires dans les reins. » La première mention sur l'existence de bâtonnets dans les abcès miliaires des urinaires se trouve dans ce travail.
(1) Cornil et Doyen. — Bull. Soc. Anat., i885. Voir aussi Cornil. Jour, des Connaissances méd., i885, p. 241.
(2) Piccini. — Contributto allô studio délie nefrite microttiche. // Morgagni, 1886, p, 20g.
(3) Charcot. — Soc. Anat., 1886.
(4) Chambard. — Idem.
(5) Chauffard. — Etude sur un cas de pyélo-néphrite calculeuse. Soc Méd. Hop. 20 mai i885.
(6) Halle. — Soc. Anat. Octobre 1887.
REIN DES CRINAIRES
Dans la discussion qui suit, M. Clado fait remarquer qu'il a toujours trouvé des microcoques dans le pus des abcès rénaux.
En août dernier, dans un travail fait en commun avec M. Halle (i), nous avons décrit le bacterium pvogenes, et son action a été étudiée dans les accidents locaux et généraux des urinaires. Cette bactérie avait été décrite en 1886 par M. Clado (2), sous le nom de bactérie septique de la vessie, car il ne l'avait observée que dans les urines des malades atteints de cystite.
L'étude des cultures faites avec les reins de nos malades nous a montré, dans douze observations d'abcès miliaires et dans quatre néphrites diffuses, l'existence de cette bactérie à l'état de pureté; dans deux cas où l'autopsie fut tardive, il existait en même temps des microcoques. Dans un cas de néphrite ascendante, terminé par infection purulente, les reins contenaient le streptococcus pyogenes. En nous basant sur les constatations cadavériques et sur l'expérimentation, nous disions : « Agissant sur le rein, elle (la bac- « térie pyogène) y cause les diverses lésions de la néphrite « suppurée, soit qu'elle remonte directement du bassinet « dans le tissu rénal (néphrite ascendante), soit qu'apportée «. par le sang elle se localise secondairement dans la " substance corticale. «Nous admettions pourtant quedans certains cas, rares du reste, la néphrite suppurée ascendante pouvait être due à des microcoques.
M. Doyen (3), de Reims, a publié ensuite une étude fondée exclusivement sur l'examen des coupes du rein ; il décrit la néphrite canaliculaire confirmant les travaux déjà
(i) Albarran et Halle. — Note sur une bactérie pyogène et sur son rôle dans l'infection urinaire. Acad. de Méd. Août 1888.
(2) Clado. — Etude sur une bactérie septique de la vessie. Thèse de 1886.
(3) Doyen. — La néphrite bactérienne ascendante. Journal des Connaissances méd., 1888, p. 266.
cités, mais il- trouve à la place des microcoques décrits habituellement un fin bâtonnet qui lui paraît être leproteus de Hausser avec ses trois variétés. Pour lui cet organisme est l'agent de la néphrite infectieuse ascendante.
MM. De Gennes et Hartmann (i) ont vu, dans deux autopsies d'urinaires, que les abcès miliaires des reins contenaient à la fois le bacterium pyogenes et des microcoques.
Nous sommes pauvres en documents expérimentaux relatifs au rôle des micro-organismes dans les néphrites ascendantes.
ZemblinofF (2) démontra l'ascension des microbes de la vessie vers le bassinet. Cet auteur provoquait une forte irritation vésicale, et il injectait dans la vessie du chien des urines en décomposition ammoniacale et des liquides de culture des microbes de l'urine, additionnés de matières colorantes. Ces particules colorées se retrouvaient dans l'uretère et dans le rein, et dix fois sur quinze, il survint une néphrite. Zemblinoff a vu que l'ascension était due à une contraction simultanée de la vessie et des uretères qui faisait refluer l'urine vers le rein.
M. Guiard(3) montre dans deux expériences (Nos II et IV), qu'en introduisant des urines ammoniacales dans la vessie d'un chien, les organismes peuvent remonter jusque dans le bassinet. Cette ascension ne se produit qu'à condition de provoquer une irritation vésicale préalable par l'introduction d'un corps étranger, ou de faire la ligature de la verge pour produire la stagnation de l'urine.
(1) De Gennes et Hartmann. — Bull. Soc. Anat., déc. 1888.
(2) Zemblinoff. — Thèse de Saint-Pétersbourg, i883, analysée in cI{evue deHayem, 1884, vo1- XXIV, p. 58g.
(3) Guiard. — Etude clinique et exp. sur la transf. ammoniacale des urines. Thèse de Paris, i883, p. 20g.
Dans ces deux expériences et dans une autre avec injection d'urine ammoniacale dans un uretère, la présence de microbes dans les bassinets n'a eu aucune influence sur les reins, qui présentaient leurs caractères normaux.
L'auteur n'admet pas l'influence des micro-organismes dans la production des néphrites.
MM. Lépine et Roux (i) ont rigoureusement démontré l'ascension microbienne urétérale.
En injectant dans l'uretère du cobaye une minime quantité de micrococcus ureœ,ils ont vu les microcoques pénétrer dans les cellules épithéliales du rein, et ils ont reproduit des cultures pures du même organisme par l'ensemencement d'un fragment du rein.
M. Barette (2) cite une expérience personnelle de ligature de l'urètre après injection dans la vessie, d'urine très ammoniacale. Onze jours après, le lapin est sacrifié et on constate la présence des organismes dans le bassinet .
« Dans la lumière des tubes rénaux nous ne trouvons « point de micro-organismes, sauf dans quelques-uns, tout « près du sommet des pyramides, où Ton voit quelques mono « et diplococci ainsi que plusieurs bacilles. »
Je crois avoir été le premier à injecter dans l'uretère, des cultures pures de micro-organismes. Les premiers résultats de ces recherches (quatre expériences) ont été consignés dans la note déjà citée, présentée par M. Halle et par moi à l'Académie de médecine.
Par Tinjection urétérale de la culture sur bouillon du bacterium pyogenes, j'avais obtenu la pyonéphrose et la néphrite suppurée. Par les méthodes de culture, la bactérie
(1) Sur la cystite et la néphrite produite chez l'animal sain par l'injection dans l'uretère, du micrococcus ureae. Comptes rendus de l'Académie des Sciences. Août i885.
(2) Barette. — Loc. cit., p. 217.
injectée se retrouvait à l'état de pureté dans le bassinet et dans les reins.
Nous diviserons les néphrites des urinaires en néphrites non infectieuses et néphrites infectieuses. Dans les premières la dilatation et l'atrophie consécutive des tubes urinifères domine la scène; l'irritation très atténuée produite par l'urine retenue dans les canalicules, aboutit à la transformation du rein en une poche conjonctive, contenant quelques débris des éléments normaux.
Les néphrites infectieuses présentent des variétés que nous étudierons plus loin.
NÉPHRITES NON INFECTIEUSES