ORGANISMES PATHOGÈNES
ensuite l'étude des le'sions anatomiques variables déterminées chez l'homme par ces organismes, suivant qu'ils montent par l'uretère ou qu'ils arrivent dans le rein par la voie circulatoire. Chaque variété sera étudiée séparément sous le double point de vue de l'anatomie pathologique et de l'observation clinique.
i° Organismes produisant les néphrites infectieuses des ur inaires (i)
Klebs, Virchow, Cornil, Doyen, Stevens, Piccini et d'autres auteurs (2) ont décrit des néphrites ascendantes produites par des microcoques -, ces organismes ont été vus par ces auteurs dans les coupes du rein. Étudiant en détail ces observations, on remarque des lacunes regrettables; c'est ainsi que nous ne voyons jamais indiquée l'étude des cultures des organismes trouvés dans le rein, et que souvent on néglige de dire le moment de l'autopsie. Or, une étude bactériologique fondée exclusivement sur l'examen des coupes colorées, est forcément incomplète. Nombre de microbes ne se colorent pas par les procédés usuels ; quelques-uns qui habitent volontiers dans le rein, et en particulier le bacterium pyogenes dont le rôle est si important, ne sont visibles que par des procédés spéciaux : forcément un certain nombre de microbes ont dû passer inaperçus pour tous ces auteurs.
D'un autre côté, dans une autopsie tardive, il pourrait s'agir d'une infection post mortem, déterminée par les nombreux microbes qui habitent dans le bassinet.
Enfin et surtout, il est impossible en bactériologie d'affirmer la pureté d'un micro-organisme sans l'application rigoureuse des procédés de culture. Si donc les néphrites ascendantes à microcoques paraissent établies par les observations citées, on ne saurait dire si ces organismes exis-
(i)Je laisse de côté l'étude de la tuberculose et de la blennorrhagie. '2) Voir Historique.
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taient seuls ou si d'autres microbes se trouvaient simultanément dans les reins. Quant à la nature de ces microcoques, les auteurs n'indiquent qu'un caractère morphologique banal, leur forme arrondie, et un caractère pathogène, la suppuration qui est commune à plusieurs variétés de microcoques.
Dans les cas de néphrites infectieuses des urinaires que nous avons étudiés, nous avons toujours trouvé dans les reins, sauf dans deux cas, le bacterium pyogenes seul ou associé à d'autres organismes (i).
Le bacterium pyogenes est donc la cause presque constante des néphrites infectieuses des urinaires.
(i) La bactérie pyogène étant encore peu connue, je crois utile d'en donner ici une étude sommaire, tirée de la note présentée par M. Halle et par moi à l'Académie de médecine.
Avant nous, M. Clado, en 1886, avait découvert ce bacille, qu'il nomma bactérie septique de la vessie, dans les urines des malades atteints de cystite, et il étudia ses caractères de culture et son action infectieuse générale sur les animaux. Cet auteur se borne à cette étude bactériologique d'un microbe qu'il trouve parmi d'autres dans les urines, sans indiquer sa fréquence. Il ne mentionne pas sa présence dans les différentes lésions de l'appareil urinaire.
M. Clado attribue l'infection urinaire à d'autres organismes, car il a trouvé deux fois des bacilles liquéfiants par la piqûre de la rate.
Le bacterium pyogenes est un bacille, long en moyenne de 4 à 6 f* large de 2 £*•■ C'est sous cette forme que le microbe est rencontré dans les tissus et dans l'urine; il n'est pourtant pas rare de le voir acquérir, dans ce dernier liquide, desdimensions plus considérables et, dans certains abcès, quelques individus prennent une forme plus courte. Dans les cultures on obtient des formes courtes lorsque le milieu est acide.
Cette bactérie cultive facilement dans les différents milieux usuels : gélatine, agar, pomme de terre, bouillon, etc. Sur Vitrine, elle se développe avec rapidité à la température de 3o à 35°, le liquide devient trouble en vingtquatreheures et sa réaction légèrement alcaline. Dansla gélatine, l'ensemencement par piqûre est visible dès le lendemain, à la température de 1 5 à 200, et dès le troisième jour on voit une traînée blanche le long de la piqûre, avec une tête en forme de clou à la surface. Si l'inoculation est peu abondante, il se développe des colonies lenticulaires séparées.
Etalée sur les lamelles, la bactérie se colore très facilement par les couleurs d'aniline, mais sur les coupes des tissus elle n'est visible par aucun
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Nous avions déjà vu avec Halle que sur dix-sept autopsies de néphrites infectieuses, quatorze fois cette bactérie existait à l'état de pureté dans les abcès rénaux et dans les parenchymes examinés.
des procédés usuels de coloration. On réussit à colorer admirablement ce microbe avec la méthode de Weigert, à condition que les pièces aient séjourné pendant quelques jours dans le liquide de Mûller. On a ainsi l'avantage d'avoir en même temps une belle coloration delà bactérie et une fixation parfaite des éléments du tissu. On colore encore fort bien la bactérie en substituant le violet acide au violet alcalin ordinaire du procédé de Weigert, mais dans ce cas il faut ne pas faire de double coloration au carmin.
Inoculée aux animaux, la culture du bacille détermine, suivant sa virulence, le point d'inoculation, et l'animal employé, des lésions variables depuis le simple abcès jusqu'à l'infection générale mortelle; cette dernière peut être rapide ou à évolution lente cachectique. Cette bactérie est pyoghie; chez l'animal elle détermine des abcès à pus caséeux. La virulence du microorganisme est exaltée par son passage à travers l'organisme de la souris, animal le plus sensible à son action infectieuse générale.
Chez l'homme, le bacterium pyogenes joue un rôle pyogène et infectieux général. Je crois l'avoir démontré (A cadémie de Médecine. Août 1888, p. 14) en le voyant seul, à l'exclusion de tout autre organisme, dans des lésions aussi différentes qu'une pleurésie, une fièvre puerpérale et un phlegmon du ligament large. Il est la cause la plus fréquente de l'infection urinaire.
On le trouve presque constamment dans les urines de la vessie et du bassinet des malades dits urinaires, souvent il s'y trouve à l'état de pureté, et plus communément associé à des bacilles et des microcoques variés.
Cet organisme est la cause d'un grand nombre de cystites. 11 peut déterminer, seul ou associé à des microcoques, des abcès urineux péri-urétraux et péri-néphrétiques.
L'infection urineuse aiguë ou les cas d'infection à marche plus lente doivent lui être attribués, car dans le sang recueilli quelques heures après la mort nous l'avons trouvé deux fois sur deux cas dans l'infection suraiguë.
En outre, tout dernièrement je l'ai cultivé en ensemençant le sang recueilli par la piqûre du doigt chez un malade seize heures avant la mort (Observ. XIX), et M. Hartmann (Soc. Anat. Dec. 18S8) a pu le voir en cultivant le sang pris au début d'un frisson.
Dans l'infection chronique ou subaiguë nous l'avons trouvé pur cinq fois sur huit examens. Comme il était à prévoir, ce microbe a été retrouvé dans le foie et dans la rate des malades infectés.
Toutes les constatations ont été faites au moyen des cultures et des coupes colorées.
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Deux fois la présence des microcoques fut constatée simultanément, mais dans ces cas l'autopsie avait été tardive:'!), enfin une fois il s'agissait d'une infection par le streptococcus pyogenes.
Aujourd'hui, sur vingt-cinq observations de néphrites infectieuses étudiées bactériologiquement et relatées dans ce mémoire, la bactérie pyogène a été constatée à l'état de pureté quinze fois dans les reins.
Sur les dix autres observations, huit présentent une association du bacterium pyogenes avec d'autres microbes et une fois avec le streptocoque.
Dans deux observations nous voyons le streptocoque à l'état de pureté.
Il existe donc chez l'homme des infections rénales simples produites par un seul microbe, et des infections combinées, résultat de l'association de deux organismes.
De ces chiffres il ressort avec la dernière évidence, que la bactérie pvogène joue un rôle prépondérant dans la production des néphrites des urinaires (2).
Analysons ces observations dans les deux variétés d'infection simple et combinée.
20 Infection simple
Dans ces observations, qui sont au nombre de dix-sept, on trouve quinze fois le bacterium pyogenes et deux fois le streptococcus pyogenes.
Parmi les néphrites bacillaires, les exemples d'ascension
(1) Une de ces autopsies est trop tardive pour entrer en ligne de compte, l'autopsie a été faite quarante heures après la mort.
(2) En ce qui regarde le rôle de la bactérie pyogène dans les néphrites, le nombre d'observations plus considérable contenues dans ce mémoire confirme les conclusions de notre travail avec Halle. J'ajoute personnellement l'étude des infections combinées, et le chapitre des néphrites expérimentales.