HISTORIQUE
Le ricin était connu des anciens. Hérodote lui donne le nom de xix et relate l'emploi que faisaient les Egyptiens de l'huile extraite de ses graines. Le ricin avait dû, dès cette époque, être introduit en Grèce, où on le cultive encore de nos jours sous son ancien nom (1). Les auteurs considèrent le Kikajon, dont parle le Livre de Jonas, comme la même plante. D’après Strabon, qui fait mention du zx, cette plante proviendrait de l'Égypte, où son huile était employée à l'éclairage et à la préparation de certains onguents.
Théophraste et Nicander appellent le ricin Kpotwy et Dioscoride, qui le décrit comme ayant la taille d’un petit figuier, . des feuilles se rapprochant de celles du platane et des fruits épineux, lui donne le nom de xim, tandis qu’il appelle
(1) Heldreich.— Nutzpflanzen Griechenlands, Athen, 1862-68.
sa graine Kporov, à cause de sa ressemblance avec l'Zrodes Ricinus (tique du chien) connu sous ce nom. |
Le même écrivain expose un procédé d'extraction de l'huile de ricin (Kixioy Elaov), employée comme médicament externe. Il parle aussi des propriétés très purgatives des semences. On conserve à la bibliothèque impérialede Vienne le manuscrit, exécuté en 505, par l’impératrice Juliana Anicia, où Dioscoride décrit le xx Cette description est accompagnée d’une figure assez exacte du ricin.
Albert le Grand, évêque de Ratisbonne, cultivait le ricin au milieu du XIII siècle. Le ricin était très connu comme plante d'ornement à l’époque où Turner, en 1568, mentionne l'huile de ses semences sous le nom d'Oleum cicinum vel ricininum (1).
Vers la fin du même siècle, Gérarde le connaissait sous le nom de Æicinus où X1k. Il dit que son huile porte le nom d'Oleum cicinum ou Oleum cherua, et est employée, à l’extérieur, contre les maladies de la peau.
Après cette époque, l'huile de ricin semble être tombée dans un oubli complet; on ne trouve même pas une note la concernant dans l’excellente Pharmacologia de Dale (1693).
Hill (ist. of Mat. Med., Londres, 1751, 357) et Lewis (Hist. of Mat. Med., Lond., 1761, 468), disent qu’à leur époque on ne trouvait que très rarement l'huile de Pa/ma- Christi dans les boutiques, où on la connaissait très peu.
Peter Canvane, qui pratiqua pendant longtemps la mé-
decine dans les [ndes occidentales, publia, en 1764, une Dissertation on the Oleum Palmæ Christ, sive Oleum Riaim, or (as at is commonly called) Castor oùl (2). Il recom-
(1) Herbal de Turner, P. If, 116.
(2) Le nom anglais Castor, donné aux graines de Ricin, vient de la Jamaïque, où, par une erreur étrange, la plante a reçu le nom d'Agnus Castus, tandis que le Vitex Agnus Castus est originaire de la région méditerranéenne, et non des Indes occidentales.
— 11 — R mande beaucoup son emploi comme purgatif. Cet ouvrage eut deux éditions et fut traduit en français. Il fut suivi de plusieurs autres (1) qui attirèrent beaucoup l'attention sur cette huile.
Mais son usage, à cette époque, ne se répandit qu'en Angleterre. Il ne passa dans le reste de l’Europe que vers 1776. Ce fut Odiér, médecin de Genève, qui, lors d’un voyage fait à cette époque en Angleterre, l’y vit employer sous le nom de Castor oùl. Il en préconisa l’emploi dans sa patrie et fit insérer dans l’ancien Journal de Médecine ( T. XLHH, 1778) l’annonce des bons effets qu'il en obtenait, ce qui leva l'espèce d’anathème lancé contre ce médicament par les médecins d'alors, et surtout par le savant Rolfinius qui, voyant que des Indiens étaient morts en usant de ce purgatif, conseilla aux médecins sensés de ne point faire usage de ces graines.
Les graines de ricin furent admises pour la première fois dans la Pharmacopée de Londres en 1788, avec des indications pour l'extraction de leur huile. Enfin Woodrville, dans sa Medical Botany (1190) parle de cette huile comme étant d’un emploi fréquent.
À cette époque et pendant les années suivantes, les graines et l’huile de ricin employées par la médecine européenne provenaient exclusivement de la Jamaïque. Mais le commerce en était alors très peu important. [l en était tellement ainsi que la provision d’un droguiste de [Londres (Joseph Grurney Bevan) était seulement, en 1777, de deux bouteilles, évaluées à 10 fr. l’une, En 1792, la quantité d’huile de ricin existant au magasin dans la même maison était de 25 bouteilles qui avaient coûté 12 fr. 50 chacune. En 1799,
1) Mérat et De Lens.— Dict. de Mal. Méd., 1831.
la Jamaïque exporta 236 barils d'huile de ricin et 10 barils de graines (1).
L'huile provenant de la Jamaïque fut peu à peu remplacée, sur les marchés européens, par celle des Indes Orientales. On peut se faire une idée de la rapidité avec laquelle sa consommation augmenta en examinant les chiffres suivants, indiquant la valeur de l’huile de ricin expédiée du Bengale en Angleterre, pendant trois années du commencement de notre siècle. En 1813-14, cette valeur était de 610 livres sterling; en 1815-16, de 1269 livres sterling; en 1819-20, de 7102 livres sterling (H. H. Wilson. Review of the external commerce of Bengal from 1813 to 1828. Calcutta, 1830, 14-15). |
C’est au commencement du XIX®%° siècle que l'huile de ricin a commencé à être étudiée. Sa propriété d’être s0luble dans l'alcool a été découverte en même temps (1807) en France, par Planche, et en Allemagne. par Rose, et la première extraction de cette huile en France date de cette époque. Ce furent Hagueneau à Montpellier, et Fournier, pharmacien à Nîmes, qui, les premiers, s’occupèrent de cette extraction.
C’est de 1810 que date la première discussion soulevée sur le siège du principe actif dans la graine de ricin. Deyeux l’attribua à l'embryon, Mais cette assertion fut combattue par Limousin-Lamothe qui en démontra l’inexactitude.
Nous devons à Charlard (1812) l'explication détaillée des procédés d'extraction mis en œuvre dans les colonies. Dans son travail, Charlard indique le procédé à froid et le considère comme supérieur au procédé à chaud.
Fournier reconnaît, en 1814, que dans les semences fournies par le commerce, on trouve quelquefois des pignons
(1) Renny — Hist. of Jamaica, 1807, 235.
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d’Inde. Mais il ne les accuse pas de donner à l’huile de ricin l’action violente qu’elle possède quelquefois; il pense que . cette action réside dans la mince pellicule du ricin lui-même.
Théodore de Saussure ouvre l’ère des recherches sur l'huile de ricin. Son grand travail sur les huiles (1820) comprend l'étude de celle de ricin. En 1822, Faguer propose d'extraire l’huile par l'alcool. Mais ce procédé fut rapidement abandonné à cause du prix de revient exagéré qu’il donnait à l'huile. | |
Enfin, Bussy et Lecanu, qui ont éclairé la question d’un jour nouveau, publient, en 1827, leur fameux travail dont j'aurai à m'occuper dans une autre partie de mon étude.
M. Bouis, en 1856, étudie l'huile de ricin au point de vue chimique, et découvre l'alcool caprylique.
Viennent ensuite de nombreux travaux que je passerai en revue, ou du moins, dont j'étudierai les principales phases.