‹ Étude sur le rôle de l'accent latinChapitre 29 sur 39 · I. SUFFIXES ACCENTUÉS EN LATIN · texte numérisé non relu

I. SUFFIXES ACCENTUÉS EN LATIN

A lis : el. Mortalis, mortel ; natur-alis, naturel.

Ce suffixe donne quelquefois iel : pluralis-pluriel, regalis-regiel (Eulalie).

Amen : ain, en; imen : in, ime; umen : un , on : œramen- airain ; ligamen-lien ; crimen-crime ; bitumen-bèton ; legumen-légume .

(1) Je ne donnerai que les principaux, surtout ceux qui ont été productifs en français. On peut consulter avec fruit, pour les détails, le livre de M. de Chevallet, en se méfiant beaucoup des mots modernes qu’il y a compris.

Antis: ant ; entis : ent. Sur infans, infes, voy. chap. II,

Anus : ain , ien , en : humanus-humain , paganuspagien (Eulalie), payen.

La forme an est postérieure ou d'origine étrangère : gallican, ortolan, etc.

Avis, arius : aire, ier. Vulgaris-vulgaire ; singularissanglier ; contr arius - contraire ; adversariusaversier.

Dans ces deux suffixes, les formes aire et ier, toutes deux conformes à l'accentuation, sont en lutte : ier est la plus générale dans les anciens textes ; aire est la forme qu’ont adoptée plus tard les savants. Il résulte de cette duplicité une collection de ces mots qu’un ancien grammairien a ingénieusement nommés des doublets : vicaire et viguier, apothicaire et boutiquier, etc. C’est par une singulière erreur que M. Chabaille, dans son Glossaire du livre de Jostice et de Plet, dit que les mots comme donataire, légataire, sont des restes de l’ancien nominatif en aire , comme emperaire , et que M. Ampère ( Formation de la langue française, p. 60, note 1) voit dans les adjectifs droiturier, justicier, le même nominatif sous la forme ier, comme dans emperier (ou mieux emperiere ) .Tous ces mots sont des mots en arius ( 1 ) . Aster : âtre. Alabaster-albâtre.

Ce suffixe, qui s’emploie adjectivement et substantivement, est un de ceux que les Romans ont fécondés et qui avaient peu d’importance en latin (cf. Diez) : blanchâtre, bleuâtre, marâtre, etc.

(1) Sur la diérèse qui a eu lieu dans beaucoup de mois eu ier, voy. cbap. I.

Acem (de ar) : cy. Veracem-verai , vrai{ 1).

Ace dans les mots savants : tenace, vivace, etc. Peut-être ce suffixe se retrouve-t-il dans niais , de nidm, et le suffixe ax : l’italien nidace ou nidiace semble le prouver et exclure le suffixe âcus proposé par M. Diez , et que l’accent fait déjà repousser. On peut du reste admettre aussi nidasius, dont du Cange donne un exemple : le mot italien nidasj, donné par du Cange , confirmerait cette étymologie ; mais il ne paraît pas exister.

Ellus:el, eau. Vitellus-véel , veau ; novellus-novel , nouveau, etc.

C’est un des suffixes les plus employés en français : taureau, troupeau, etc.

Ensis, ois, ais, is.

Le français n’a employé ce suffixe que dans des mots de formation nouvelle : courtois, bourgeois, français , anglais , marquis , pays , etc. (Diez). Iensis a donné ien dans quelques noms de peuples : Atheniensis- Athénien.

Ecem (de ex); icem (de ix) : is. Berbecem-brebis, perdicem-perdrix, radicem v. fr. raïs.

Etum : oie, eie, oy, ay. Carpinetum-charmoie, salicetum-saussaie, rosetum-rosoy .

Icus : i. Amicus-ami, urtica-ortie, mendicus-mendis (v. fr.).

Voilà encore un suffixe qu'il faut bien se garder de confondre avec le suffixe en icus bref, qui a péri en français comme non accentué.

(1) M. Gueasard croit que verai vient plutôt de ver-aceus. En effet, la présence, dès les plus anciens temps, du fém. vcraie, semble confirmer cette étymologie.

Ilis : il. Subtilis-soutil ; gentilis-gentil .

Il ne faut pas confondre ilis avec le suffixe ilis non accentué , qui s’est éteint ; ilis ne se joignait en latin qu’aux verbes , ilis aux substantifs ou aux adverbes (gens, puer, subter).

Inus : in. Vicinm-voisin, peregrinus-pèlerin.

Le français n’ayant emprunté au latin que des mots en inus et aucun en inus , il appliqua ce suffixe à d’autres formations : marbrin , fresnin , cristallin , etc. C’est certainement le suffixe inus , et non înus , qu’il a employé à cet usage ; l’italien cristallino doit par analogie s’expliquer de même. C’est un cas fréquent dans les langues romanes que l’addition à un radical d’un suffixe autre que celui qui lui avait été appliqué en'latin.

Ivus : if. Vivusvif.

C'est encore un des suffixes que le français a le plus employés, bien qu’il ait pris très-peu de mots latins où il se trouvât : pensif, poussif, rétif, etc.

Mentum : ment. Precamentum-preiement (Eul.), paramentum-parement, etc.

Ligament est un mot moderne qui ne vient pas, comme le dit M. Ampère, de ligamen, mais bien de ligamentum.

Osus : eux. Otiosus-oiseux .

Et non u, comme le dit M. de Chevallet, qui dérive ventru, charnu, chevelu, etc., de ventrosus, carnosus, capillosus. Ces mots sont des formations romanes sur le modèle des suffixes latins en utus.

Unus : un. Jejunus-jeün, jeun.

Utus : u. Cornutus-cornu.

Sur ce suffixe se sont formés nos adjectifs en u.

Les suffixes alis et atus nous offrent chacun un mot qui fait exception à la règle de l’accentuation d’une manière remarquable, en reculant l’accent d’une syllabe : c’est secdle , qui a donné seigle , et ficdtum, qui a donné foie. Cette accentuation est certainement celle du latin rustique , car le déplacement de l’accent se trouve dans toutes les langues romanes (1) : it. sègola , ségale, catal. ségol , prov. séguel , fr. seigle; it. fégato, esp. higado, port. figado, prov. fétge, fr. foie (Diez, s. v.). De semblables exceptions confirment la règle.

Page 1