OBSERVATION N
Œdème aigu du poumon à la suite d’un traumatisme du rachis. CI. VINCENT et Et. BERNARD, Soc. Méd. Rôp. juillet 1922, p. 1181.
Femme de trente-huit ans. Fracture des 3°, 4°, 5° vertèbres dorsales. Paraplégie avec escarre sacrée et infection urinaire.
L’intégrité médullaire pouvant être affirmée, opération le 10 novembre.
Les quinze premiers jours, amélioration notable; puis cette amélioration disparaît; de nouvelles escarres se creusent; l'infection urinaire paraît augmentée. Il nous semble évident que les 3°, 4 et 5° racines dorsales et la moelle se sont recomprimées; nous demandons une nouvelle décompression : personne n’en est partisan et on attend.
Au début de février, débutent les phénomènes suivants : quand on sonde la malade, elle se soulève, arc-boutée sur ses mains, le visage terrifié, les joues, les lèvres d’un rouge si vif, que seule, une cerise trop mûre peut donner une idée de leur couleur. En même temps les pupilles se dilatant presqu’au maximum
et elle crie : « Ma tête, ma tête ». Faute de mieux, on lui injecte d’abord du pantopon (une, deux ampoules), une longue heure s’écoule avant que la malade soit un peu soulagée. Un jour, le hasard me fait assister à une crise : je reconnais au pouls très rapide (140-150), à la pression artérielle basse, au gargouillement abdominal, à la rapidité respiratoire avec hypersonorité aux bases et râles fins, le syndrome qui suit si fréquemment les opérations sur cette région. Il est ordonné de pratiquer toutes les trois ou quatre heures l'injection sous-cutanée de 1 cc. d’adrénaline (solution au millième) et un demi cc. d’hypophysine. Dès les premières injections, les troubles sont suspendus toute la journée...
Pendant quelques jours, il me fut impossible de voir la malade, et alors adrénaline et hypophysine furent suspendues. Au retour, la malade nous reçoit au cri de : « ça va très mal; j’ai des crises tout le temps (céphalée) et j’étouffe ». La malade est alors assise, calée par des oreillers; pouls, respiration, coloration, dilatation pupillaire sont normaux. Palpant Phumérale pour poser un brassard, soudain la malade que nous n’avons pas quittée des yeux, devient rouge cerise vif, tandis que les pupilles se dilatent et qu’elle s’écrie : « Docteur, je ne vous vois plus ». Et elle crie : « Ma tête, ma tête ». Adrénaline et hypophysine font rentrer encore les troubles dans l’ordre. Ne pouvant rester un temps plus long, nous recommandons de faire les injections régulièrement.
Il est alors 18 h. 45. Vers 21 heures, le médecin me
téléphone : « Mme X.… est dans le coma, elle a des crises comitiales subintrantes, du liquide rosé bouillonnant, sort de sa bouche. Ne vous dérangez pas, parce que. ». Nous y allons cependant. Voici le tableau clinique : le désordre du lit indique une crise récente. Elle vient de présenter une crise comitiale droite qui s’est généralisée; la tête est encore tournée à droite; de la commissure labiale partent un petit filet de sang qui sèche et une vraie rigole de sérosité qu’alimente une source abondante d’origine pulmonaire; la malade respire seulement deux à trois fois par minute. À ce moment, le liquide rosé coule plus vite, le pouls est très rapide : 132 pulsations (il a été compté un quart de minute); de temps à autre, la malade fait un geste stéréotypé sur les voisins : d’un mouvement rapide, elle se gratte la nuque. Une nouvelle crise comitiale, à début par le membre inférieur droit, se déroule alors complète : le visage de la malade est rouge cerise, avec du bleu cette fois; elle se cyanose. Les pupilles dilatées presqu’au maximum réagissent faiblement à la lumière intense.
Il semble ne pas y avoir de doute sur lissue : nous voulons tenter encore quelque chose. Le mari, qui comprend la situation, nous prie d'agir. Je pratique, dans une petite veine du dos de la main, qu’un pétrissage énergique arrive à faire saillir, Pinjection de 1 cc. d’une solution d’adrénaline au millième, de 1 cc. d’hypophysine. J'attends quelques instants. Il est 21 h. 30. Rien ne se produit. Je me retire.
Le lendemain, M. X.. me téléphone; il me dit :
AMTSE
« Au bout d’une heure, la malade a commencé à rendre moins d’eau par la bouche, à respirer mieux. Le matin à sept heures, elle était assise sur son lit, demandant ce qui s'était passé pendant le long espace de temps écoulé depuis 21 h.,, moment où elle a perdu connaissance, jusqu’à six ou sept heures du matin ». Vers neuf heures, je suis auprès de la malade : je demande qu’on injecte un demi-milligramme d’adrénaline au millième et un demi ec. d’hypophysine toutes les trois heures; j’exige qu’on installe l'extension continue.
Au bout de quaire ou cinq jours — c’est le délai normal — on supprime l’adrénaline et l’hypophysine; les phénomènes cérébraux et les phénomènes pulmonaires ne se reproduisent pas et une escarre
de trois mois guérit en dix jours.