ANATOMIE PATHOLOGIQUE
[jcs cadavres des individus scorbutiques, présentent un amaigrissement notable, mais en même temps un œdème ordinairement modéré des extrémités inférieures.
La peau a une teinte jaune, blafarde^, sale ; elle est couverte de squames épidermiques sèches.
Elle est le siège d’hémorrhagies qui peuvent se présenter sous la forme àQ pétéchies ou d'ecchymoses.
Les pétéchies ou piqueté scorbutique s’otfrent sous deux aspects différents. Le plus souvent, le sang épanché siège au niveau des follicules pileux ou autour d’eux, leur formant une petite auréole purpurine.
Les bulbes présentent alors de petites saillies papuleuses plus ou moins marquées, qui ont été comparées soit ù l’acné, soit au lichen pilaris;
Dans une autre variété plus rare, les pétéchies sont constituées par des plaques purpurines violacées, irrégulières, à bord nettement délimité ; le sang est alors épanché dans les mailles du derme sans infiltration du tissu cellulaire sous-cutané.
Dans les pétéchies, l’épanchement siège dans la peau. Les ecchymoses sont dues, au contraire, à des infiltrations sanguines du tissu cellulo-adipeux sous-dermique, au niveau desquelles le liquide sanguin a pénétré les diverses couches de la peau dans une étendue variable. Elles offrent ! des teintes différentes suivant leur âge et reposent sur une ■ base indurée diffuse.
Les épanchements sanguins les plus considérables ont lieu dans le tissu cellulaire sous-cutané., qui acquiert alors une consistance quelquefois très-grande et produit une sorte d’œdème dur et douloureux iV la pression.
Outre les ecchymoses, les membres malades présentent souvent une teinte livide spéciale qui dévoile ainsi la nature hémorrhagique de l’oedème; dans quelques cas, le tissu offre des sortes de vergetures ou des plaques cyanosées qui disparaissent sous la pression.
Le tissu cellulaire profond des membres malades est généralement le siège d’infiltration sanguine et d’œdème.
« Dans la peau et le tissu adipeux, dit notre ami et ancien collègue d’internat M. Hayem, au niveau des hémorrhagies, on trouve au microscope une grande quantité de globules rouges, pressés les uns contre les autres, de plus, entre les trousseaux fibreux duderme, une certaine quantité de globules granulo-graisseux et pigmentaires et quelques globules blancs, plus oumoins altérés, La paroi des vaisseaux est tout à fait nor- male; à peine quelques capillaires présentent-ils des granulations graisseuses, les hémorrhagies se feraient donc par transsudation. »
Les muscles présentent toujours des altérations importantes. Ils subissent la dégénérescence granulo-graisseuse, ainsi que l’ont signalé MM. Leven et Hayem « Les muscles des membres malades sont le siège d’infiltrations sanguines qui, développées surtout dans le tissu interstitiel sous-aponévrotique, s’insinuent irrégulièrement entre les fibres musculaires. »
Il y a de plus une sorte d’œdème: au microscope, un grand nombre de fibres sont atrophiées et remplies de granulations fines, la plupart graisseuses.
Les muscles des membres, le cœur, présentent les mômes altérations. Ce dernier organe, réduit aux deux tiers ou à la moitié de son volume, ressemble h un chiffon mou; les cavités de cet organe contiennent des caillots énormes.
Celte dégénérescence graisseuse n’atteint pas exclusivement les muscles ; les rems, e foie, les poumo)is la su-
bissent également et présentent de plus une anémie considérable.
La rate est trois ou quatre fois plus grosse qu à l’état normal ; son ramollisssement peut être tel « qu’elle tombe en pièces lorsqu’on la manie , absolument comme si elle n’était composée que de sang coagulé. » (Lind.)
Le tube digestif présente souvent de notables altérations, M. Hayem a trouvé dans l’estomac les caractères de la gastrite subaiguë récente ou entée sur une gastrite chronique et dans Lintestin de l’entérite simple ou ulcéreuse.
Dans quelques cas on a noté une dégénérescence pigmentaire des fibres mnsculaires lisses de la muqueuse stomacale.
Il est une lésion que nous n’avons pas vue signalée et que nous avons plusieurs fois rencontrée : c’est un décollement assez étendu du périoste par un épanchement sanguin, coïncidant avec un épaississement notable de cette membrane.
Dans les épidémies très-graves, on a signalé le décollement des épiphyses, la rupture du cal. Nous n’avons pas vu ces accidents, et nous ne croyons pas qu’ils aient été signalés dans l’épidémie de 1871 (1).
Avant de terminer par l’étude du sang, dont l’altération constitue avec la dégénérescence graisseuse la lésion caractéristique du scorbut, signalons le piqueté hémorrhagique que peuvent présenter le péricarde, le péritoine, les plèvres.
(1) Lind nous apprend que les côtes sont quelquefois séparées de leurs cartilages, la partie spongieuse des os ramollie et les ligaments articulaires corrodés et détachés. « Au lieu de trouver dans les jointures le doux mucilage qui les lubréfie, elles ne contiennent qu’une liqueur verdâtre.... Tous lesjeunesgensaudessous de 18 ans avaient, en partie, leurs épiphyses séparées du corps de f os. »
Etat du sang. — D’après l’opinion générale, le sang des scoi'bnürpies esi llnide, d’une couleur foncée, la fibrine a diminué de quantité ou du moins perdu sa coagulabilité, les sels de soude sont en excès, ceux de potasse en moindre proportion. Les dernières recherches hématologiques ont donné des résultats fort intéressants.
M. Ilayem a fait l’examen microscopique du sang pendant la vie sans y rencontrer d’altération bien appréciable. « Le nombre des globules blancs était normal, lesglo> billes rouges s’empilaient comme d’ordinaire et offraient leur teinte habituelle; cependant ils devenaient très-rapidement irréguliers et muriformes au contact de l’air ou par l’agitation; de plus, à côté des globules adultes, il existait un nombre peut-être plus considérable de petits globules (globulins) arrondis ou muriformes.»
Ces caractères microscopiques ne constituent pas une altération morphologique précise, il faut s’adresser à la chimie pour connaître les phénomènes qui se sont passés dans le sang. M. Chalvet est arrivé à d’importants résultats. Au moyen de saignées de 25 à 30 grammes faites sur les petites veines de l’avant-bras, il a pu se procurer un sang fluide, séreux eXyâle. «Le caillot qui se forme dans le vase, dit M. Chalvet, est extrêmement dense, petit, et donne une quantité insolite de sérosité. En le traitant convenablement pour en extraire toute la fibrine, on obtient un excès de ce principe qui se chiffre par 4.30, 4.50. La proportion ne descend pas au-dessons de ce dernier chiffre dans la période ascendante. A mesure que la maladie tend vers la guérison, le chiffre de la fibrine se rapproche du chiffre normal qui est 2 et une fraction d’ailleurs variable. » La quantité de fibrine augmenter ait donc au lieu de diminuer.
« La proportion des globules rouges est inférieure à celle
des anémies et des cachexies ordinaires. Ainsi le chiffre normal des globules étant 130 pour 1000 de sang ,
M. Chalvet a trouvé chez les scorbutiques, pendant la période de dénutrition, les chiffres 63 comme minimum et 100 comme maximum. » Becquerel et Rodier prétendent au contraire avoir trouvé lo2, 176 p. 1000 dans deux cas de scorbut chronique. A quoi peut tenir cette différence?
« M. Chalvet se demande si les analyses de ces auteurs ont eu pour objectif la même espèce morbide que celle qui est aujourd’hui en cause. Peut-être y a-t-il une différence d’intensité entre les scorbuts de mer, ceux observés à la Salpêtrière par Becquerel et ceux observés aujourd’hui. Le mode des recherches ne peut être incriminé. Pour éviter toute cause d’erreur dans ses analyses, M. Chalvet a toujours opéré comparativement et simultanément sur une . même quantité de sang normal et de sang scorbutique. Après avoir épuisé chacun des deux caillots par l’alcool et les avoir complètement desséchés, il les pèse. Le caillot pathologique présente déjà une différence de poids en rap- ])ort avec la diminution des globules donnés par les calculs. Cette première opération faite , chaque caillot est détruit par incinération et le peroxyde de fer est extrait de chaque résidu de cendre. Comme les mêmes relations dans la proportion de cet oxyde de fer existent dans ces deux analyses, et que le fer prévient des globules, on peut affirmer que les globules sont en baisse dans le sang scorbutique.
(( M. Chalvet a également extrait des cendres la soude et la potasse, et en comparant toujours le sang physiologique au sang pathologique, il a toujours constaté les mêmes proportions dans les diflerences.
« Quant à l’albumine, voici les chiffres dhine de ses analyses:
« Sang normal, 68.717 d’albumine pour 1,000 grammes
fie sérum ; snng scorlniüyue, 72.30i d’albumine pour 1 ,00ü grammes. En somme, diminution des fjlohuks, mmmentcUionde la fibrine et de ï albumine, »