SYMPTÔMES
Prodromes. — Presque jamais l’affection n’a un début biusque. Les malades pendant un temps d’une durée variable d ailleurs, éprouvent un sentiment de lassitude generale; le moindre travail, la moindre fatigue leur est à charge. Nous avons vu des malades ne vouloir se lever que pour aller chercher leurs aliments aux cantines, revenii se coucher et ne sortir du lit que pressés par la faim.
En même temps ou peu après se rein arquent la 'pâleur delà face., sa bouffissure.
A. la suite de la moindre fatigue, les extrémités inférieures sont Œdématiées.
Souvent enfin, à cette période, on a remarqué de la diarrhée. Tantôt elle n’a été que passagère, tantôt au contraire elle a revêtu les caractères d’une véritable lienterie.
11 est assez difficile de préciser la durée de cette première période. Cetetat d’apathie peut persister sans autres symptômes quinze jours ou un mois.
Enfin \^moindre s’accompagne chez le malade
d’une tumeur molle et indolente.
Le malade s’étonne de se voir des bleus dont il ne peut indiquer la cause.
Ce symptôme qui, indique combien l’organisation est profondément altérée, sert de transition entre les prodromes et la maladie confirmée.
Lésionsdes genciveSi — Les lésions desgencives débutent
au niveau des dents malades, ce qui indique une fois de plus que le défaut ddiygiène de la bouche entre pour beaucoup dans le développement de la manifestation gingivale du scorbut. Chez la plupart des malades, elle a commencé au niveau des dents cariées (obs. 14), cassées ou encroûtées de tartre (obs. 10). Chez deux malades, elle s’est développée autour de l’encoche produite par le tuyau de lapzpe (obs. o, 9). Dans quelques cas, nous n’avons rencontré aucune manifestation buccale. Les malheureux n'avaient qu’une dent.
Très-rarement on a vu, soit avec les lésions gingivales, soit en leur absence(Marrotte), à la pointe de la langue, dans des points correspondant à des vides laissés par la chute de quelques dents, des tubercules rouges, non douloureux, du volume d’un pois chiche, analogues histologiquement à des bourgeons charnus.
Gencives. — Quand la maladie a fait quelques progrès, les gencives se tuméfient, s’ulcèrent légèrement sur les bords. Dans quelques cas rares, du sang s’échappe des !'Solutions de continuité. Enfin la tuméfaction peut exister f seule sans ulcération.
Au bout de quelque temps, à la tuméfaction succède une véritable hypertrophie ; les dents disparaissent dans le Uissu gingival, qui ne tarde pas à prendre une teinte ecchy- I niotiqiie bleuâtre, puis violacée ; il s’élève enfin et donne i lieu à des hémorrhagies plus ou moins abondantes.
Le ramollissement des gencives devient de plus en plus marqué; elles s’œdématient au point d’avoir une épaisseur de 1 à 2 centimètres, ou de produire des appendices gros comme l’extrémité de l’index, cachant les dents; en même temps, elles deviennent fongueuses, prennent l’aspect de bourgeons charnus, irréguliers et infiltrés de sang. Alors
les dents vacillent dans l’alvéole et les chicots entraînés par la gencive, se déplacent en dedans ou en dehors de la ligne dentaire. On peut les cueillir facilement avec les doigts. Dans certaines épidémies, les accidents ne s’arrêtent pas là ; on peut observer la nécrose des maxillaires.
Dans l'épidémie que nous avons observée, l’extraction des dents n’a provoqué que de très-légères hémorrhagies, ce qui, joint à la rareté des hémorrhagies nasales, intestinales ou autres, indiquait son peu de tendance hémophilique.
Quelquefois, à la face interne des gencives, près de l'insertion des dents, sur le voile du palais, plus rarement sur lespiliers, on a signalé des tissus ecchymotiques. M. Lasègue dit les avoir toujours rencontrées au début ; nous ne les avons trouvées qu’une fois. Dans les cas les plus marqués, le gonflement des gencives est souvent tel qu’il soulève les lèvres, les retourne, laissant la bouche toujours entr’ouverte. (Obs. 11).
La physionomie du malade est alors caractéristique.
En même temps s’exhale de la bouche une odeur infecte, et un liquide sanieux, teinté de sang s’écoule des gencives.
L’altération gingivale n’est pas, comme on Ta cru longtemps, un signe pathognomonique du scorbut.
Il existe souvent, dit M. Marcellin Duval, un contraste frappant entre la présence de larges ecchymoses aux membres inférieurs et Tétât normal ou presque normal des gencives, de même qu’en l’absence de toute 'ecchymose, les gencives peuvent être fongueuses, même ulcérées.
HÉMORRHxVGIE DE LA PEAU, DU TISSU CELLULAIRE SOUS-CUTANE.
Les hémorrhagies les plus constantes clans le scorbut sont celles cjui siègent dans la peau ou dans le tissu cellulaire sous cutané. Elles se présentent sous deux formes ; Sous la forme de pétéchies,
Ou sous celle àé ecchymoses .
Pétéchies. — Les pétéchies, ou piqueté scorbutique, sont de petites taches rouges ou pourprées, semblables à des morsures de puces, dues à un petit épanchement sanguin dans l’épaisseur du derme ; leur siège est la peau, tandis que celui des ecchymoses est le tissu cellulaire sous-cutané ou intermusculaire. Au niveau des follicules pileux, surtout de ceux des membres inférieurs, existe une extravasation sanguine cjui produit des petites élevures chagrinées, analogues à celles cju’on observe dans le frisson, et appelées chaii' de poule; c’est la peau ansérine de Rayer, de Cases et Rochoux. Ces pétéchies pileuses sont roses ou pourprées,
. arrondies, légèrement proéminentes et traversées à leur ■ centre par un poil. Leur diamètre varie de 1 à 3 millimètres : dans cjuelques cas, elles présentent un diamètre plus large, qui peut atteindre 5 à 6 millimètres.
C’est alors c[u elles forment une auréole autour du poil légèrement soulevé.
Le picjuete scorbuticjue peut se produire aussi, quoic|ue plus rarement, sur des parties dépourvues de poil.
La physionomie de cette éruption reste la même, un septénaire environ. Au bout de ce temps, les papules s affaissent, le teint pâlit peu â peu, passe du rouge au violetfoncé, puis au vert. En môme temps la tache s’élargit et 1 épiderme desquame â ce niveau.
L origine de cette éruption, spéciale au scorbut, s’explique Charpentier.
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facilement ; elle siège à la lace externe de la jambe à la face postérieure du mollet, à la partie antérieure et externe de la euisse, c’est-à-dire dans tous les points exposés au irottement du pantalon.
Chez les hommes, ce frottement rase pour ainsi dire le
poil à mesure que le bulbe le sécrète, et détermine souvent
chez les individus malpropres une légère éruption acnéilorme.
Cette irritation suffit pour appeler une des premières manifestations cutanées du scorbut. Ce piqueté est une des premières manifestations du scorbut ; abord des bâtiments, dans les inspections sanitaires de chaque semaine, les médecins ont l’habitude de faire relever les manches et les pantalons des matelots et d’examiner l’état des gencives. C’est grâce à ces précautions qu’on peut étouffer la maladie dès sa naissance et la rendre si rare.
Quelquefois la peau devient le siège de taches pourprées ; ces taches sont irrégulières, mais nettement délimitées, elles ne présentent pas sur leurs bords la teinte dégradée des ecchymoses. Leur étendue varie de un à plusieurs .îentimètres; à leur niveau, lap.^. aucun relief appréciable. Rares dans le scorbut primitif, elles ont été surtout signalées par M. Hayem dans le scorbut consécutif a une altération déjà ancienne de l’économie.
Ecchymoses. — Un autre phénomène caractérise la maladie, c’est la production d’épanchements sanguins dans le tissu cellulaire sous-cutané ou intermusculaire.
Ces épanchements se produisent soit spontanément, soit sous l’influence d’une pression ou d’une contusion légère, et donnent naissance à des ecchymoses variables, et par leur couleur et par leur étendue, qui varie du pointillé à toute la surface d un membre; tantôt elles ne forment aucune sadhe, tantôt au contraire elles ont l’aspect de véritables
bosses sanguines; rares à la face, au crâne, elles le sont moins auxbras; elles sont fréquentes au membre inférieur, surtout aux jambes, et leur cause est facile à comprendre. La station debout facilite 1 extravasation du sang aux environs du tarse, au niveau des mollets; plus tard quand la fatigue musculaire, la douleur que les malades ressentent pendant la marche les force à rester assis, l’action de la pesanteur explique le lieu d’élection de ces épanchements. Leurs sièges habituels sont alors le creux poplité, lapartioinféro-interne de la cuisse, les creux sous-malléolaires.
Au début, ces larges sulïusions sanguines sous-cutanées et intermusculaires donnent naissance à de larges taches
d’un bleu foncé et à un épaississement sclérémateux de la peau.
Le membre atteint se tuméfie en totalité ou en partie, devient dur, empâté, douloureux, et la pression du doigt produit une fossette lente à disparaître. Aussitôt que le tissu cellulaire des membres est devenu le siège d’épanchements sanguins, le moindre mouvement provoque non-seulement une grande fatigue, mais encore une gêne extrême, souvent des douleurs plu, moins vives si le malade persiste à marcher. En même temps que riiémorrhagie, on voit augmenter l’oedème local, le membre ne peut plus ni se plier ni s’étendre. • '
11 est le siège d’un œdème dur, séro-sanguinolent. Cette compression provoque des engourdissements, des élancements douloureux, des picotements dus à la gêne prolongée de la circulation .
hémorrhagies des diverses muqueuses, épanchements