ARTICULAIRES
Le plus souvent les muqueuses sont le siège d’hémorrhagies quelquefois très-abondantes. Ces pertes de sang, jointes aux épanchements qui se sont produits dans le
tissu cellulaire, contribuent t\ jeter rapidement les malades dans une extrême prostration .
Parmi ces hémorrhagies, les plus fréquentes sont celles qui proviennent des muqueuses gingivale, pituitaire, intestinale et utérine.
Les autres sont beaucoup plus rares, l’hémoptysie, la gastrorrhagie, l’hématurie, le flux hémorrhoïdal ne se rencontrent presque jamais. Elles ont complètement fait défaut dansl’épidémie de 1871. Les hémorrhagies qui peuvent être nommées symptomatiques ont été rares; l’épidémie du reste a été remarquable par sa bénignité et son peu de tendance aux épanchements sanguins.
Sur 20 observations nous avons noté l’épistaxis o fois (obs. 5, 7, 11, 15, 18).
La stomatorrhagie, 1 fois (obs. 11).
Les hémorrhagies intestinales, 3 fois (obs. 10, 17, 18).
Enfin, dans l’obs. 11, les règles, ordinairement trèspeu abondantes, ont duré vingt jours, et pendant ce temps, la malade prétend avoir perdu une quantité énorme de sang.
Dans le scorbut, le sang peut s’épancher non-seulement en dehors ou dans le tissu cellulaire, mais encore dans les cavités closes. Nous avons observé une fois (obs. 12) une hydarlhrose aiguë. La tuméfaction considérable du genou, les ecchymoses sur les parties voisines qui disparurent avec l’épanchement, la douleur vive à l’inspection du genou, permirent d’affirmer que du sang avait été épanché. D’autres observateurs ont signalé des cas analogues qui guérirent très-bien par l’emploi de la compression précédée de vésicatoires. Ces derniers ne donnèrent lieu X aucun des accidents que pouvait faire craindre la lecture des auteurs.
Les ulcères scorbutiques n’ont pas été signalés dans l’é' émicacluelle. Ce sontdes ulcères phagédéni([uosè bords
élevés, dont le cenlre est rempli par une matière comparée par Lind au foie du veau, ou mieux par d’Ormay à la boue splénique. Ils rappellent la forme ulcéreuse de la pourriture d’hôpital parleurs caractères et leurs tendances à envahir les parties voisines.
Œdème. — Outre Tempàtement, les membres des scorbutiques présentent fréquemment de l’œdème.
Cet œdème se présente sous deux aspects; il est local ou général.
Vœdème local nait de la compression exercée par des extravasations sanguines considérables. 11 peut occuper un segment de membre ou un membre entier ; il est toujours proportionné à l’étendue des hémorrhagies internes dont il permet d’affirmer l’existence, même en l’absence d’ecchymoses cutanées (obs. 7, 14, 17).
11 atteint un seul membre, les deux membres d’une façon inégale, ou bien il est symétrique. 11 a pour caractères pathognomoniques d’être limité aux parties infiltrées de sang et d’une dureté particulière. Le tissu cellulaire semble s’être induré, la sensation qu’il donne ne peut être mieux comparée qu’à la résistance qu’offrent à la pression les tissus du nouveau-né atteint desclérème. Il y a, dit M. Marcellin Duval,' « plutôt induration qu’œdème véritable. » La peau présente alors des taches livides au milieu desquelles le doigt éprouve une grande résistance et sent des plaques dures, d’une consistance ligneuse, sur lesquelles il faut bien se garder d’appuyer fortement ; pour peu qu’il existât une ecchymose, on pourrait produire unephlyctène et à la suite une ulcération scorbutique. C’est en effet la pression du doigt ou une contusion qui lui donne généralement naissance. En dehors, le tissu cellulaire est pâteux. La peau,dépressible,conservelongtcmpsl’impressiondudoigt.
Blanchâtre d’abord, la peau prend bientôt toutes les
nuances qui indiquent les différents âges des ecchymoses.
Ces changements de coloration prouvent la présence d’épanchements sanguins qui ont eu besoin d’un certain temps pour imbiber les parties molles (obs. 8).
œdème généralisé du scorbut ne présente aucune particularité, c’est l’œdème de toutes les cachexies ; il est mou, symétrique, débute par les parties déclives, disparaît par le repos, augmente par la marche ; il est souvent un des symptômes prodromiques de la maladie (obs. 2, 8, 11, 12, 15,17).
Limité d’abord aux malléoles et aux pieds , il augmente jusqu’à ce que les malades soient forcés de garder continuellement le lit. Son siège est alors diff rent ; il occupe les parties déclives, la face postérieure des membres, les cuisses, quelquefois il se généralise. Si le thorax, la face sont pris, il indique une profonde altération de l’économie et coïncide souvent avec de l’albuminurie. Cet œdème est loin d’exister dans tous les cas et d’avoir, sauf quand il est généralisé , une importance pronostique sérieuse. 11 manque souvent, et lorsqu’il existe, son étendue n’est nullement en rapport, comme celle de l’œdème local, avec l’intensité des phénomènes hémorrhagiques.
Anémie. — L’état général est un des phénomènes les plus frappants chez les scorbutiques ; on observe chez eux les symptômes qui traduisent un appauvrissement considérable du sang.
Au début, dit Lind, le visage perd sa couleur naturelle, il devient pâle, bouffi, les muqueuses des lèvres, les caroncules lacrymales, paraissent de couleur verdâtre. Ces changements surviennent dès le début ; ils coïncident avec la répugnance à toute espèce d’exercice; plus tard cette couleur devient plus obscure ou livide.
Le pouls est mou, dépressible, fréquent, quelquefois dicrote, anémique, en un mot, il ne présente une légère ac-
céleration qu’au moment des poussées hémorrhagiques, et alors la température s’élève également de 37,1 degrés à 38 ("obs. 10).
Si les bruits du cœur sont souvent normaux, souvent aussi, au premier temps et à la base, on trouve un souffle doux, inconstant, ayant en un mot tous les caractères des bruits anémiques; de même, dans les vaisseaux du cou, existe un bruit de souffle intermittent ou continu, avec redoublements , quelquefois un bruit musical intense. Comme autres symptômes fonctionnels d’anémie, signalons de la pesanteur de la tète, des étourdissements ou des ' éblouissements, des syncopes dans les cas graves.
Troubles digestifs. — Dans la grande majorité des cas, lies troubles digestifs sont nuis. Les malades ont souvent,
I au début, une diminution ou une absence d'’appétit; la 1 mastication est impossible à cause de l’eiat des gencives, imais cet état dure peu, sauf lorsque la maladie se termine (d’une façon funeste.
Le plus souvent on observe une constipation opiniâtre. ILa diarrhée, qui survient quelquefois, est toujours un accident des plus sérieux par ses rechutes fréquentes et sa t ténacité.
Elle parait due à la mauvaise élaboration des aliments. Les malades sont alors en état d’indigestion continuelle.
Ces diarrhées ont été parfois incoercibles ; elles ont étéîe ■symptôme h plus grave dans les trois seuls cas mortels de 'Scorbut simple que nous ayons observés (obs. 15, 16, 17).
Douleurs. ^ Les douleurs ont été signalées par tous es auteurs comme signe pathognomonique du scorbut. Elles siègent surtout dans les membres inférieurs, au niœau des articulations. Souvent elles se montrent avant que ■len soit venu déceler la présence de la maladie. Ces
douleurs, pins ou moins vives, sans siège fixe, affectent, ainsi que nous l’avons dit, de préférence les lombes, la partie moyenne des membres , surtout les membres inférieurs. Les malades se plaignent d’avoir les os brisés, et cette sensation de douleur augmente encore la répugnance qu’ils ont pour toute espèce de mouvement. Ces douleurs changent d’abord de place, puis elles finissent par se fixer sur un des côtés de la poitrine ; elles deviennent quelquefois telles, que le malade craint de suffoquer. Cette dyspnée 'est considérée par les physiologistes comme le résultat constant de la déglobulisation. Elle manque quelquefois, lorsque le malade, ayant horreur du moindre mouvement , reste constamment couché ; mais, dès qu’il marche, elle réparait. « Difficilis, anhelosa, ad motus vel «parvos fere deficiens respiratio. )' (Boerhaave.) Dans quelques faits, cette oppression est due à une lésion déterminée du poumon, du cœur ou de leurs enveloppes.
Les douleurs articulaires peuvent aussi avoir pour causes, soit un épanchement sanguin (obs. 12), soit un rhumatisme généralisé. Ce dernier rhumatisme scorbutique des anciens, ne doit pas être confondu avec celui qui peut en temps habituel se compliquer de manifestations hémorrhagiques; purpura arthritique, rhumatisme exan thémateux de MM. Legroux, Ferrand, Blachez et Worms. Dans un cas, le rhumatisme n’est qu’une complication, daps l’autre il est la maladie principale.
Urines. — Les urines présentent dans le scorbut des altérations constantes. Au début, elles sont rares, foncées, l’émission tombe de 1 ,250 grammes (chiffre normal) à 800, 1,000 grammes par jour, elles se troublent très-vite et laissent déposer une quantité plus ou moins abondante de sels, rarement il y a de l’aUjumine en grande quantité et d’une façon persistante, alors le pronostic doit être re-
serve (ol)S. 15, 17). Tant que la maladie reste stationnaire ou fait des prog-rès, les urines conservent, les caractères que nous venons d’indiquer, mais, dès que l’état s’améliore, l’émission augmente, arrive à 1,200, à 2,500 grammes en vingt-quatre heures. L’urine perd en même temps l’intensité de sa couleur ; elle devient pâle, anémique^ souvent à ce moment encore elle reste un peu trouble ou le devient facilement après son émission.
Nous emprunterons â MM. Car ville et Hayem les conclusions qu’ils ont tirées d’analyses d’urines scorlDutiques. Ces analyses, faites par le procédé qu’a indiqué M. Chalvet, ont donné les résultats suivants :
c( 1° La quantité à’urée éléminée dans les vingt-quatre heures est égale ou inférieure à la normale.
« 2° La quantité des matières albuminoïdes (matières insolubles dans l’alcool) est augmentée toujours et quelquefois dans une proportion considérable (de 38 grammes dans les vingt-quatre heures).
<( 3° Les matières extractives sont habituellement aussi plus abondantes qu’à l’état normal, mais le fait n’est pas constant. »
Telles sont les altérations que présentent les urines scorbutiques dans la période d’état de la maladie.
Mais, dès que les malades ont une bonne alimentation, que les forces leurs reviennent, « la quantité des matières albuminoïdes diminue et se rapproche peu â peu de la normale. » La sécheresse de la peau devient moindre, les sueurs reparaissent.
Les analyses ayant donné des résultats identiques, nous n’en citerons qu'une, empruntée â M. Ilayem :
31 mars. Le malade est entré depuis 2 jours 1 808 emm mes en 24 heures d'une urine un peu louche sans albumine!
4)ur. . . , , . IjOOO gr.
Eau
Mat. fixes. . 33 500
Matières solubles dans Talcool.
Mat. insolubles dans Talcool.
Urée
Mat. extractives. .
Mat. albumin. . .
Mat. minérales. .
^ d’une bonne alimentation, 2,173
en 24 heures d’une urine un peu louche sans sucre
grammes ni albu-
Sur 1,000 gr.
Eau 976
Mat. fixes. . 22
Matières solubles ( ^ dans Talcool. | Mat. insolubles (
Le 6. 2,373 grammes en 24 heures.
Urée
Mat. extractives .
Mat. albumin. . .
Mat. minérales. .
Matières solubles dans l’alcool.
Mat. insolubles dans l’alcool.
Sur. . . .
. 1,000 gr.
Eau. . . .
Mat. fixes.
I Urée
' Mat. extractives. ,
Mat. albumin. . .
Mat. minérales. .