TRAITEMENT
Traitement préventif. — Les règles de l’hygiène bien comprises et sagement appliquées constituent le seul spéifique du scorbut. Nous allons indiquer brièvement la conduite à tenir pour éviter l’atteinte de cette maladie.
Nourriture. — Alterner Eusage des viandes fraiches avec ,:dui des viandes salées, fumees ; joindre aux repas des Agétaux frais, des fruits murs.
En l’absence de végétaux frais, la choucroute, tant prêtée par Lind, la drèche, du capitaine Cooke, donnent de 3ons résultats.
Boissons. Si l’abus des alcooliques peut être funeste, ne quantité modérée de vin est fort avantageuse. Le vin ;mt être considéré comme un antiscorbutique, grâce à fdjondance des sels de potasse qu’il renferme, il peut, uns une certaine mesure, suppléer aux légumes verts^ nst grâce â lui que les ivrognes, si nombreux dans la urde nationale, ont fourni relativement peu de cas de torbut. Dans les prisons le scorbut s’est montré principament parmi les détenus qui n’avaient pas d’argent pour
procurer un supplément de vin. L’alcool a une action
!>posée à celle du vin. L’augmentation de la ration d’eau-
alors qu’on diminuait celle du vin, n’a pas été sans
^ uence dans le développement du scorbut dans l’armée.
ux lüerentes liqueurs alcooliques dont no’us venons de
nia er les effets, il faut ajouter la limonade sucrée et aro-
itisée avec du suc de citron, qui donne toujours d’excelits résultats.
Froide humidité. — Sc couvrir de vôtcinents chauds en laine ou en flanelle, en changer fréqueininent, éviter de les garder lorsqu’ils sont humides. Lind regardait à tort l’humidité comme la seule cause occasionnelle de la maladie. Bien qu’exagérée, cette opinion n’en est pas moins prouvée par des faits nombreux.
Propreté. — Le défaut de propreté favorise le développement du scorbut. Le soin de la bouche, des dents, de fréquents lavages, ne sauraient être trop recommandés. Les altérations des gencives débutent toujours autour d’une dent cariée ou encroûtée de tartre. p. Enfin, exercice, pour essayer de combattre la
nostalgie.
Traitement curatif. — Antiscorhutiques . — Tant de plantes ont été vantées contre le scorbut à l’exclusion de toutes les autres, que la longueur même de leur liste, suffit pour prouver qu’il n’existe pas de spécifique contre cette maladie.
Sa guérison ne dépend pas, en effet, de l’emploi plus ou moins bien réglé de tel ou tel agent curatif, mais elle est subordonnée à un ensemble de précautions hygiéniques, auxquelles il n’est malheureusement pas toujours possible de se conformer.
Les moyens qui viennent d’être indiqués comme préservatifs sont également les premiers qui doivent être employés comme curatifs.
Il y a longtemps que, pour la première fois, ^existence d’une classe de médicaments antiscorbutiques avait été niée. Dès 1757 Jean Yierus écrivait qu’il n’y avait pas de spécifique contre le scorbut, et que tous les végétaux frais étaient également indiqués.
Le temps a confirmé la justesse de celte assertion. Bien
qu’il n’existe pas de plantes spécialement douées de vertus antiscorl^utiques . les crucifères , certaines synanthérées, les acides végétaux, fournissent les remèdes les plus efficaces.
Les sucs des végétaux acides jouissent de vertus antiscorbutiques très-marquées. Ils sont d’excellents prophylactiques et peuvent jusqu’à un certain point arrêter les prog rès de la maladie. Leur action est du reste fort anciennement connue. Boerhaave en 1709,Kramer en 1757, Lind avaient indiqué tout l’avantage que l’on retire des sucs de limon, d’orange et de citron. Depuis 1757 en Angleterre, cent ans plus tard seulement en France, le jus de limon {lemon juicé) fut donné réglementairement à bord des navires. La ration journalière est fixée à :
Suc 15 grammes.
Sucre . . • 45
Eau 120
Les vrais antiscorbutiques sont les fruits acides, citrons, oranges, groseilles, cerises, ou en leur absence leurs sucs épaissis et conservés dans des bouteilles bien fermées.
« Ne cherchez la guérison du scorbut ni dans la trousse du médecin, ni dans la boutique de l’apothicaire ; la pharmacie vous réussira aussi peu que l’art chirurgical, mais ayez des végétaux frais, du jus de plantes antiscorbutiques fraîches, des oranges et des citrons ou des jus de ces fruits conservés dans du sucre ; sans autres moyens vous viendrez à bout facilement de cette terrible maladie. »
(Meclicina castrensis;^vàmQv, 1721.)
Voyant les bons effets retirés des fruits acides, plusieurs auteurs leur ont substitué par analogie des acides minéraux, mais le résultat a été tout different. Nous avons déjà Charpcntior.
vu, du reste, à l’article Pathogénie^ que le grand avantage de la limonade faite avec le jus du citron, de l’orange était de contenir du citrate et d’autres sels de potasse à acide organique, avantages que n’ont pas les limonades à acides minéraux.
Avec les acides minéraux, l’état général n’a été nullement modifié, et les préparations employées n’ont été utiles que contre les symptômes locaux, contre la gingivite en particulier.
Parmi les crucifères, citons le cresson, le raifort, le radis, le cocliléaria, la moutarde, le chou frais ou fermenté (choucroute), enfin dans d’autres familles l’oseille, les pommes de terre cuites ou crues.
Toniques. — Le quinquina sous toutes les formes. C’est en lui que Franck avait le plus de confiance. — Les amers (fumeterre, houblon, gentiane) doivent être prescrits sous forme de tisane.
Les ferrugineux sont indiqués contre l’anémie consécutive, mais leurusage n’est pas constamment avantageux.
Nous n’énumérerons pas la longue suite de médicaments tour à tour vantés outre mesure et tombés dans l’oubli. Ils ont' eu le sort de leurs pronateurs ; nés avec eux, ils doivent être rangés dans la classe des médicaments qui encombrent et obscurcissent la thérapeutique sans l’enrichir.
Indications symptomatiques. — Le gonflement et V ulcération putride des gencives doivent être traités localement, en même temps qu’on attaque par les remèdes indiqués ; précédemment la cause générale qui les a produits. !
]jes gargarismes acides alunés ont été employés dans ce ; but. Ce qui réussit le mieux est le contact des gencives malades avec une solution de percblorure de fer, d’acide chlorhydrique, d’acide cliromique. Dans l’intervalle les ma-
lades appliquent de temps en temps du citron sur leurs gencives ou mâchent du cresson, des pommes de terre crues grossièrement râpées.
Ulcères. — Lotions astringentes avec eau vinaigrée, vin aromatique, quinquina en poudre.
Constipations. — Au début laxatif léger.
Diarrhée sanguinolente. — Lavements astringents; perchlorure de fer.
Observation I (personnelle).
Scorbut simple, diarrhée; guérison.
Villette(Noel),54 ans, cordonnier, demeurant rue Rebevàl, 86. (Salle Saint-Léon, 40.)
Antécédents. Bonne santé habituelle, prétend n^avoir jamais été malade de sa vie ; à deux reprises, gale.
Un mois avant son entree à l’hôpital, vers le 10 février, commence à se mal porter. Il se plaint du froid, de la fatigue ; pen» dant quelques jours, laute de ressources, il n’a pu se procurer qu’une quantité fort insuffisante d’aliments.
Le malade se sent fatigué ; autrefois très -laborieux, il n’ap/ws e cœur à 1 ouvrage, pâlit, s étonne de se voir sur le corps des
bleus dont il ignore la cause. Voyant son état s’empirer, il entre à l’hôpital.
10 mars. Etat actuel. Le teint est pâle, les lèvres, les caroncules lacrymales sont verdâtres.
Les gencives sont saignantes ; autour des dents existe un sillon peu large de 2 à 3 millimètres; dans ce point la muqueuse rappelle l’aspect des bourgeons charnus.
Peu d appétit, pas de bruit de souffle cardiaque ni vasculaire.
Les jambes présentent quelques taches isolées siégeant au niveau des follicules pileux. Ces pétéchies ne sont pas trèsnombreuses, en revanche existent de vastes ecchymoses.
La jambe droite, la plus malade, présente un œdème du dos du pied considérable et une ecchymose qui s’étend de la racine des orteils au niveau du genou ; la couleur diminue de vivacité
â mesure que l’on ae rapproche de la cuisse. Les muscles du mollet sont très-sensibles.
A la jambe gaiiclie, large ecchymose, violette sur la ligne médiane au niveau de la crête du tibia.
La peau est sèche; le malade prétend ne pas avoir sué depuis sa maladie, les urines présentent comme toujours Facidité, la tendance à la putréfaction, l’abondance du dépôt, l’absence du sucre et d’albumine.
Jamais le malade n’a eu d’autres hémorrhagies.
Macération de quinquina, vin dequinqina.
Citron, salade, cresson.
Bagnols, compresses imbibées d’eau blanche.
Les 12, 13, 14. Amélioration notable.
Le 15. Se plaint de la bouche.
Le 16. Phlegmon du voile du palais du côté droit. Un coup de bistouri donne issue à un liquide séro-purulent assez abondant.
De plus, diarrhée, 5 ou 6 selles.
Même traitement, plus diascordium, 4 grammes.
La diarrhée continue le 17, le 18, le 19, le 20, puis cesse pour ne plus revenir.
Le 3 avril, le malade sort complètement guéri. Les gencives, les jambes ne présentent plus de traces de scorbut, les urines sont limpides, un peu anémiques. Le malade retourne à son ancienne échoppe.
Depuis nous l’avons rencontré, il n’avait pas eu après cette époque le moindre accident.
Observation II (personnelle).
Scorbut avec larges ecchymoses. Guérison.
Bernard (Jean), 42 ans, coutelier, demeurant impasse des Célestins, 3. (Salle Saint-Léon, 27.)
Antécédents. Bonne santé habituelle, la fièvre typhoïde à vingt ans, une blennorrhagie.
Depuis trois semaines, le malade, qui faisait partie d’une compagnie de guerre de la garde nationale, était mal portant, il se plaignait de la bouche. Il avait eu à souffrir le froid, l’humidité; il se nourrissait tant bien que mal; depuis les premiers jours d’octobre il n’avait pas mangé le moindre légume frais.
A son entrée, 27 février, il présente l’état suivant :
faciès est pâle, jaunâtre, les caroncules lacrymales présentent une teinte verdâtre.
Au pi’emier temps et à la base du cœur existe un bruit de souffle anémique doux, qui se prolonge également dans les vaisseaux du cou.
Depuis quelque temps, le malade avait remarqué qu'à la suite de la moindre fatigue les jambes enflaient. On constate un léger œdème des pieds.
Les jambes, les cuisses présentent au niveau de leurs follicules pileux l'éruption pétéchiale caractéristique. De plus, le creux poplité droit est excessivement dur, gonflé, tendu, la peau n'a pas changé de couleur à ce niveau. Aux jambes, larges taches ecchymotiques violettes, les cuisses sont jaunâtres.
Les urines donnent un dépôt très-abondant, fétide. Le lendemain matin, elles sont acides, ne contiennent ni sucre, ni albumine; le malade fait remarquer que les sueurs, très-fréquentes et très-abondantes chez lui lorsqu'il était en bonne santé, ont complètement disparu. La peau est sèche.
Pas de diarrhée.
Enfin les gencives sont fongueuses, ont une teinte d'un bleu violacé, saignent au moindre contact ; les dents sont déchaussées et branlent dans l'alvéole.
Jamais d'épistaxis, d'hémorrhagies intestinales.
Mâchonner du citron, des pommes de terre crues et grossièrement râpées, salade, cresson.
Sirop antiscorbutique, vin de quinquina.
Les gencive.'i sont touchées avec. une solution, par parties égales, de perchlorure de fer et d'eau.
Compresses imbibées d’eau blanche aux membres inférieurs.
!*'■ mars. Les gencives sont roses, présentent l'aspect des bourgeons charnus, les dents commencent à se raffermir.
Le gonflement du genou a diminué; on ne voit plus que la trace des anciennes ecchymoses; enfin les urines sont moins chargées.
Même traitement.
Le 27. Le malade sort complètement guéri, les gencives sont normales, le creux poplité seul présente du côté droit une tache jaunâtre, l’épanchement sanguin est complètement résorbé, les urines ne présentent plus aucun dépôt.
Observation III (personnelle).
Scorbut simple, guérison.
Gontier (Joseph), 39 ans, bijoutier, passage de Tlsly, 7. (Salle Saint-Léon, 6.)
Antécédents. Il se portait assez bien, quand, quelques jours après la distribution du mauvais pain, vers le 20 janvier, il commença à souffrir des gencives. En même temps apparurent sur les jambes et les cuisses des taches d^un demi-centimètre environ, ainsi que des points violets, lie de vin, saillants, de la grosseur d’une tête d’épingle.
Le moindre travail l’essouffle, il avait eu à souffrir du froid, de l’humidité de la faim. Vient une première fois à la consultation ; faute de place ne peut être admis, puis entre le 4 mars.
Etat actuel. Les gencives sont douloureuses, gonflées, brûlantes; en certains points perte de substance; les dents sont déchaussées, vacillent dans l’alvéole. Les gencives saignent au moindre contact et exhalent une odeur fétide.
Plus de taches, le malade a remarqué qu’elles ont disparu avec le vilain temps et après la potion qui lui avait été donnée à la consultation.
Eau, 240 grammes.
Perchlorure de fer, 4 grammes.
Il n’y a pas d’œdème, le malade ne se plaint plus que du froid.
Les urines sont normales.
Macération de quinquina, vin antiscorbutique.
Bains sulfureux.
Salade, cresson, citron.
Toucher les gencives avec une solution par moitié de perchlorure de fer.
18 mars. Les gencives ont l’aspect de bourgeons charnus, elles sont bien encore violettes, mais sans odeur. Le malade peut manger des aliments assez résistants; les dents ne branlent plus; il n’existe plus qu’un point noir mortifié au niveau de la canine.
Bruit de souftle léger à la base et au premier temps qui n’existait pas lors de son entrée à l’hôpital.
Le 27. Sort complètement guéri.
Observation TV (personnelle).
Scorbut simple, guérison.
Perillal (Pierre), 39 ans, douanier rappelé, caserne d'Auteuil. (Salle Saint-Léon, 62.)
Antécédents. Habituellement bien portant, ancien soldat, a servi en Piémont, en France. Une blennorrhagie.
Vers le jour de Fan, lassitudes extrêmes et fréquentes^ 'pâleur^ douleur à la bouche, gencives douloureuses, saignent facilement, haleine peu fétide.
11 traîne ainsi jusqu’au 24, entre alors à Lourcine ; on ne lui fait rien; il est évacué de Lourcine à Saint-Louis, de Saint-Louis dans une ambulance où il ne subit aucun traitement; on lui fait prendre des bains, enfin rentre à Fhôpital le 16 février.
L’histoire de ce malheureux peut montrer l’intelligence avec laquelle étaient faites la plupart des évacuations.
16 février. Alors palpitations, lèvres pâles, faciès verdâtre, gencives ramollies, gonflées, putrides, une dent tombe, haleine fétide.
Bruit de souffle au premier temps et à la base se prolongeant dans les vaisseaux du cou, urines très-colorées, acides, ne contiennent ni sucre, ni albumine ; conservées jusqu'au lendemain, elles ont acquis rapidement une odeur très-fétide.
Taches de purpura depuis le genou jusqu’aux pieds.
Large tache ecchymotique occupant les deux jambes.
La jambe droite est rouge, la gauche plus malade, d’un violet noir au-dessus du genou ; des deux côtés, taches de purpura s’arrêtant au milieu de la cuisse ; les sueurs fréquentes auparavant se sont complètement arrêtées, la peau est sèche, rugueuse.
Douleurs articulaires dans les jambes.
Constipation. Jamais d’épistaxis, ni d’autres hémorrhagies.
Depuis son entrée à l’hôpital, à deux reprises différentes, diarrhée cessant spontanément.
1®'' mars. Jambe gauche présente trois tumeurs, une au niveau de l’épine du tibia; l’autre' au niveau du milieu de la jambe ; la troisième à quelques centimètres du tarse.
Les gencives vont bien.
Les urines sont normales.
Traitement. Tisane de macération de quinquina ,
Sirop de térébenthine.
Puis vin antiscorbiitique.
Vin de quinquina.
Pommes de terres crues.
Citron.
Sur les jambes, eau avec extrait de Saturne et alcool camphré.
Le 16. Le malade demande à s’en aller.
La jambe droite est guérie, plus d’empâtement; au niveau de la crête du tibia, légère coloration jaunâtre.
A la jambe gauche, empâtement généralisé, coloration violette au niveau des malléoles.
Les gencives sont complètement guéries, roses.
Les taches de purpura ont complètement disparu .
Un léger bruit de souffle persiste à la base.
11 sort et retourne dans les Alpes avec ses compagnons d’armes.
Observation V (personnelle) .
Scorbut léger, guérison.
Ourse, (Jean-André), musicien, 49 ans. (SalleSaint-Léon, 28.)
Awtecerfmis. D’une excellente santé, n’a été à l’hôpital que deux fois dans sa vie, une première fois, étant soldat, pour une hémorrhagie nasale très-abondante qui dura onze jours par in- ! tervalles et nécessita à deux reprises différentes le tamponne- j
ment des fosses nasales. I
Depuis, santé excellente. Il y a environ deux mois, une nuit pendant quatre ou cinq heures, violente épistaxis pour laquelle !. le malade venait à l’hôpital quand en chemin l’hémorrhagie s’arrêta. fl
Depuis, le malade tousse beaucoup, s’affaiblit de plus en plus, d en même temps apparaissent des taches de purpura, des douleurs dans la bouche. L’extrême lassitude est le symptôme dont le malade se plaint le plus.
A sou entrée, amaigrissement, face pâle.
Gencives altérées légèrement des deux côtés de la bouche autour de l’encoche produite par le tuyau de la pipe, liséré gingival violacé.
Les avant-bras, les jambes, les cuisses des deux côtés sont couvertes de taches de purpura.
Quelques ecchymoses légères au niveau des malléoles.
Les taches sont arrondies, d’une couleur variant du rose au violet; elles siègent à la base des poils et. sont assez proéminentes pour que la main promenée sur la peau éprouve la sensation de la chair de poule.
Pas de diarrhée.
1 pot de macération de quinquina.
Potion avec 10 gouttes de perchlorure de fer.
1 pot de limonade vineuse.
Citron, salade.
Dix jours après son entrée, le malade sort complètement guéri.
Observation VI (personnelle).
Scorbut simple, guérison.
Kruskofif (Frédérique), 24 ans, couturière. (Salle Saint-Thomas, 61 .)
Cette femme, pilier d’hôpital, a eu successivement depuis son séjour à Paris, qui remonte à quatre ans, la scarlatine, la syphilis, trois fois elle est entrée à l’hôpital pour l’anémie; enfin elle est atteinte de tuberculisation pulmonaire à marche lente.
Se trouvant dans la misère, mourant de faim, elle est reçue par charité à l’hôpital dans les premiers jours de février.
Vers le 15 mars, elle reste au lit, se plaint de la fatigue. Le grand nombre de scorbutiques que nous observions alors nous fait examiner ses gencives ; les dents sont entourées d’un sillon profond, saignant facilement ; pas de fongosités, haleine infecte, exulcérations linguales, ecchymoses légères, peu étendues surles jambes.
La peau est sèche, au niveau des follicules pileux; légère tuméfaction, piqueté scorbutique.
Bruit de souffle anémique, existant du reste lors de l’enirée à l’hôpital, urines chargées, peu abondantes.
Vin antiscorbulique, quinquina; toucher les gencives avec du citron; pommes de terre crues, cresson, salade.
Quinze jours après, le scorbut avait disparu.
Observation VII (personnelle).
Scorbut simple, œdème local, ecchymoses considérables, pas de gingivite; guérison,
Darcy (Louis), 54 ans, bonnetier, rue Leverre, 40. (Salle Saint- Léon, 54.)
Antécédents. Bonne sauté habituelle, variole en 1828, depuis prétend n’avoir jamais été malade. Cet hiver, ce malade s’est trouvé comme tous les Parisiens dans de mauvaises conditions. Pas de feu, même pendant les plus grands froids, pas de ressources pour subvenir à ses besoins, alimentation très- insuffisante. Il y a une quinzaine de jours, vers le 20 février, commence à se mal porter, 'pâleur, faiblesse, rougeurs à la jambe, m'ûfewrs malgré lesquelles il continue à marcher. Il entre le 19 mars.
A son entrée, les jambes, les cuisses présentent l’œdème dû à l’existence d’hémorrhagies internes. Les deux membres sont à peu près atteints également, plus cependant à gauche qu’à droite. La peau est tendue, luisante; en certains points existent des taches d’un violet très-foncé, au niveau desquelles le doigt éprouve une très-grande résistance. Dans les autres points, la peau conserve l’impression du doigt; elle présente surlesdeux membres, aux jambes principalement, toutes les variétés des nuances de l’ecchymose, depuis le jaune clair jusqu’au violet foncé.
A la pression, les jambes sont excessivement douloureuses, je ne parle pas des mouvements. Ils sont complètement impossibles; suivant une comparaison vulgaire, les jambes ressemblent à des poteaux. Le malade a dû être apporté à l’hôpital sur un brancard.
Sur les bras existent de nombreuses pétéchies ; la respiration est difficile, rien à l’auscultation. Le malade a des battements de cœur, le premier temps est très -légèrement prolongé, l’état général est celui de l’anémie profonde. La face est pâle, les lèvres, les caroncules lacrymales, les gencives sont d’un blanc verdâtre.
Les gencives ne présentent d’altération qu’en un point, là légère ex ulcération sans fongosités. Le malade n’a conservé que deux dents; il a perdu toutes les autres depuis très-longtemps déjà.
Le malade est atteint d^une constipation opiniâtre. Les urines sont colorées, chargées, normales quant aux substances contenues.
Repos au lit, élévation des membres inférieurs; compresses trempées dans de l’eau blanche et de l’alcool camphré ; vin de quinquina, macération de quinquina, citron.
Le 20 mars, dix jours après, les gencives sont normales, les urines n’ont plus de dépôt, sont anémiques.
L’œdème commence à disparaître et les teintes ecchymotiques décroissant d’intensité annoncent que l’épanchement inter* musculaire et sous-cutané a été en grande partie résorbé.
Le 30. Le mieux continue ; même traitement, sauf enveloppement des membres dans un bandage de Burgrœve ; le malade se lève. Les jours suivants, le mieux continue.
10 avril. Il sort complètement guéri, sans avoir jamais présenté d’hémorrhagie par les muqueuses, sauf un léger saignement de nez avant son entrée à riiôpital.
Observation VIII (personnelle).
Scorbut léger, manifestations gingivales; guérison.
Jacquart (François), 60 ans, bijoutier, faubourg du Temple. (Salle Saint-Léon, 49.)
Antécédents. Cet homme, d’une santé relativement bonne, a beaucoup soutîert pendant le siège. Il habitait passage ddsly, dans le faubourg du Temple, une cabane de bois située au rezde-chaussée, sans fenêtre, dans laquelle on descendait par six marches. Depuis le 1®'’ septembre, il n’a pas mangé de légumes frais ; depuis la fin du même mois, il n’a pas mangé de viande. Il vivait tant bien que mal aux cantines. Huit jours avant son entrée, il se nourrissait presque exclusivement de chocolat. Dans les derniers jours, son malaise général a encore augmenté, les dents sont devenues douloureuses, friables, se sont cassées en grand nombre.
A son entrée, 4 mars, faciès anémique ; toutes les dents sont déchaussées, branlent dans l’alvéole.
Les gencives sont ulcérées, fongueuses, fétides; au niveau des dents cariées existent de larges pertes de substance qui mettent à nu le maxillaire; l’épaisseur des gencives dans les points fongueux atteint de 1 centimètre à 1 centimètre et demi.
• Quelques taches de purpura aux jambes. Pas «l’eccliymoses, mais œdème aux membres inférieurs. Le soir, apr''s la marche^ sans que 1 examen des organes puisse faire connaître la cause de cet œdème, le cœur est normal ; les urines chargées ne présentent ni sucre, ni albumine.
Toucher les gencives tous les deux jours avec une solution par parties égales d’eau et de perchlorure de fer ; mâcher cresson, salade, pommes de terre; macération de quinquina, vin de quinquina.
Le 11. Huit jours après, les gencives ont l’aspect de bourgeons charnus.
Le 27. Les gencives sont normales; trois des dents qui s’étaient cassées avant son entrée se sont cariées à l’hôpital et ont dû être enlevées. Il sort complètement guéri.
Observation IX (personnelle).
Scorbut simple, ecchymoses; guérison.
J. Richard, M ans, employé de commerce, entre le 4 mars salle Saint-Léon, n‘’2o.
Cet homme était placé dans des conditions hygiéniques relativement satisfaisantes. 11 n’a été exposé au froid, à Thumidité que dans les gardes. Dans les derniers jours du siège, au mois de janvier, il commença à ressentir une grande lassitude; il pâlit, perdit peu à peu ses forces Le malade insiste sur un phénomène propre nu scorbut; la moindre contusion était immédiatement suivie d’une large ecchymose. Enfin huit jours avant son entrée à l’hôpital, il se plaignit des gencives et do grandes douleurs dans les membres; tels sont les phénomènes particuliers qu’il pré.“;enta.
Etat actuel. La bouche offre à droite les dents creusées pour recevoir le tuyau de la pipe. Il la fume en effet et la porte toujours de ce côté. A ce niveau seulement, les dents sont déchaussées légèrement, les gencives ramollies, fongueuses, saignent facilement; dans les autres points elles sont intactes.
Les lèvres sont pâles, le faciès est verdâtre, l’haleine est peu fétide.
Les jambes ne présentent pas la moindre tache de purpura, mais de nombreuses ecchymose.
A droite^ au-dessous de la malléole interne, est une ecchymose large comme la main; à gauche, au côté externe do la jamhe, au côté interne de hépine du tibia, mêmes lésions. Enfin le côté interne du creux poplité est tendu, douloureux, la jamhe est en dcmi-llexion sur la cuisse et tout le creux poplité est le siège d’une large ecchymose.
Toutes ces parties sont douloureuses, tendues.
Les urines sont à peu près normales, peu chargées.
Tisane ratanhia, citron.
8 mars. Diarrhée. Le malade se plaintencore des jambes, mais le gonflement n’existe plus; on n’ohserve que de légères ecchymoses à peine violacées à la face externe de la jambe, au niveau de la tubérosité du tibia.
Le 18. Les taches ecchymotiques ont presque entièrement disparu; il n’en existe plus qu’une large comme une pièce de 5 frans au-dessus de la tubérosité du tibia, au-dessous de la rotule gauche; une autre au niveau de l’angle interne du creux poplité.
Le 25. Diarrhée. Suppression du vin antiscorbutique, potion avec sous-nitrate bismuth, teinture cannelle.
Sort le 1®'’ avril complètement rétabli.
Observation X (personnelle).
Scorbut léger, diarrhée, hémorrhagies intestinales; guérison.
Bernardin (Arsène), 27 ans, garde national. (Salle Saint Léon, n° 22.)
Antécédents. Ce malade est d’une bonne santé habituelle, il dit traîner depuis une quinzaine de jours; la fatigue, l’absence d’argent, la mauvaise nourriture qu’il prenait sont les causes auxquelles il attribue le malaise qu’il éprouvait.
Il était pâle; il insiste sur ce signe que ses anciens camarades d’atelier lui avaient fait remarquer; en même temps il était indolent, le moindre travail lui était pénible, il aurait volontiers passé ses journées sur son lit. Sur ses jambes il avait remarqué des petits points rouges qu’il attribuait à des piqîires de puce, enfin les gencives étaient sensibles, saignaient facilement.
Il entre le 14 mars.
A son entrée, les jambes, les cuisses sont couvertes de pétéchies,
les follicules pileux sont saillants, engorgés de sang, d'un rouge violacé.
Le creux poplité présente des deux côtés une teinte violacée ecchymotique, des deux côtés également il est empâté, dur, douloureux,
La face est pâle, les gencives sont peu altérées; au niveau des dents encroûtées de tartre, existe en avant et en arrière une légère exulcération qui saigne très-facilement; les dents ne sont nullement déchaussées, l'haleine est normale.
Le soir de son entrée il se plaint de diarrhée.
Macération de quinquina, vin de quinquina, cresson.
Compresses imbibées d’eau blanche.
Potion avec sirop diacode 30 grammes.
Teinture de cannelle 4 grammes.
S. n. bismuth 2 grammes.
16 mars. Dans la nuit, il a eu trois selles sanglantes. Le sang qui a été conservé est rouge, nullement digéré, il iTexiste pas d'bémorrhoïdes, il nepeut venir que du gros intestin.
Les urines conservées de la veille sont peu abondantes, excessivement chargées, fétides; elles ne contiennent, d’ailleurs, ni sucre, ni albumine. Temp. 38“.
Le pouls est à 27 au 1/4, le malade est très-pâle, très-affecté.
Tisane de ratanliia.
Potion avec perchlorure de fer.
Lavements alunés.
La journée et la nuit se passent sans nouvel accident.
Le f8. Deux nouvelles selles sanglantes. Temp, 38".
Le 19. Rien, une selle nçrmale. Temp. 37"3.
Depuis, la diarrhée a cessé complètement ainsi que l’extravasation sanguine.
Le 22. Les préparations hémostatiques sont abandonnées, et sous l'influence du régime, le malade revient promptement à la santé.
Il sort complètement guéri dans les premiers jours d’avril.
L’observation précédente est la seule dans laquelle on ait remarqué cette tendance aux hémorrhagies si commune dans les autres épidémies de scorbut, si rare au contraire dans celle cjue nous avons été à môme d’observer.
Observation XI (personnelle).
Scorbut simple, altérations types; guérison. /
Prax (Marie-Louise), 44 ans, dessinateur en tapisserie, rue de la Ghopinette, 27. (Salle Saint-Thomas, n° 54.)
Antécédents. Cette femme a eu la syphilis il y a huit ans, elle avait été très-heureuse jusque il y a sept ans, époque à laquelle elle devint paraplégique. Elle gagnait auparavant 8 francs par jour et se trouvait dans les meilleures conditions de nourriture, et d'aération.
Il y a quatre ans, gommes, douleurs névralgiques. Traitement par Tiodure de potassium ; depuis, état assez satisfaisant.
Elle habitait rue de la Ghopinette, au sixième, mais Tappartement était sain; elle a souffert du froid, n’a pu faire de feu; ayant un grand appétit, a manqué souvent d'aliments. Elle est atteinte du scorbut depuis cinq semaines. N’ayant pas les moyens de se faire transporter à l'hôpital, elle reste chez elle sans soins. A cette époque, douleurs dans les jambes, bleus à la racine des cuisses, lassitudes fréquentes, accès d'étouffement, gencives douloureuses, saignant au moindre contact.
Enfin le 6 mars, à bout de ressources, elle vint à Thôpital sur un brancard.
État actueL La face est pâle, jaunâtre, infiltrée, les gencives sont tellement tuméfiées, que les lèvres sont béantes et retournées. De la bouche s'exhale une odeur infecte, assez forte pour incommoder ses voisines. La bouche reste ouverte.
A la mâchoire inférieure, la gencive a une épaisseur de 2 cent. 1^2 en avant des dents, de 1 cent, en arrière. La gencive inférieure se décompose en avant en quatre gros bourgeons de la grosseur du pouce d’un adulte, bourgeons tendus, douloureux, violacés, saignant facilement; toutes les dents sont déchaussées et branlent dans leurs alvéoles.
A la mâchoire supérieure, l'état est le même, les dents sont également déchaussées, la gencive a en avant une épaisseur de de 1/2 cent, environ. Elle aussi est mamelonnée, mais les mamelons sont beaucoup plus nombreux et partant plus petits. En arrière, la gencive présente une épaisseur de 1 cent., là existent des ulcérations sanieuses.
La voûte palatine présente des ecchymoses nombreuses, elle est marbrée.
La malade a eu une violente épistaxis, il y a huit jours, un saignement de la bouche abondant hier.
La malade a eu pendant vingt jours ses règles; Técoulement, ordinairement peu abondant, a été cette fois remarquable par son abondance et sa persistance.
Les- urines sont troubles, fétides, rares, la malade du reste a remarqué ce phénomène. Elles ne contiennent ni sucre, ni albumine.
Les deux jambes sont tuméfiées, couvertes de purpura; taches de purpura plus fréquentes au niveau des follicules pileux. Autour des malléoles, gonflement très-marqué et taches ecchymotiques; les cuisses sont infiltrées, mais sans tache.
Prolongement du premier temps avec maximum à la base. Macération de quinquina. Un pot delimonade vineuse avec citron, bagnols, vin ant. : cresson, pommes de terre crues, viande crue.
12 mars. Toucher avec perchlorure de fer, eau et perchlorure de fer, parties égales. Amélioration légère; les gencives commencent à être dégonflées, Podeur infecte existe toujours, mais moins forte; les gencives sont touchées tous les deux jours avec une solution d’eau et de perchlorure de fer parties égales. La malade parle plus facilement, les dents sont encore déchaussées, branlent encore dans leurs alvéole, mais bien moins qu’à l’entrée de la malade à l’hôpital.
Les taches ecchymotiques n’existent plus qu’autour des malléoles, la malléole externe gauche est encore verdâtre.
Les épanchements siégeant dans les follicules pileux n’ont plus la saillie qu’ils présentaient auparavant, ils se sont élargis, ont pâli et présentent aujourd’hui une couleur d’un violet pâle. A leur niveau existe une légère desquamation ; l’œdème des membres inférieurs, si notable chez cette femme à son entrée à l’hôpital, a aujourd’hui entièrement disparu. Les taches ecchymotiques-qui se montraient sur la voûte du palais n’existent plus.
Le 18. Les dents se raffermissent, les gencives ont l’aspect de boui-geons charnus, -les urines sont normales, à partir de cette époque la guérison marche à grands pas.
Le 23. Les gencives sont normales.
Le 26. 11 n’y a plus de traces d’ecchymoses, dans les premiers ours d’avril, la malade demande à sortir. Elle était complètement rétablie.
Observation XII (personnelle).
Scorbut avec épanclicment sanguin du genou droit; guérison.
Tessier (Louis-Alfred,) 47 ans, bijoutier en cuivre, garde national sédentaire, demeurant rue Fontaine-au-Roi, 4. (Salle Saint- Léon, 33).
Antécédents. Très -bonne santé, pas d'autres accidents que des coliques de cuivre, un eczéma des mains, de la figure, ayant duré deux mois à deux reprises, hernie inguinale droite.
Son père et sa mère sont morts tous deux, l'un à 39 ans, l'autre à 37 ans, de la fièvre typhoïde.
Vers la fin de décembre, commence à tousser, maigrit.
19 janvier. Sort avec son bataillon pour une fausse attaque, fait environ trois ou quatre lieues dans les terres labourées avec armes, bagages et trois paquets de cartouches. Pendant la marche, douleurs assez vives; surmonte la douleur, et, rentré chez lui, se frictionne pendant huit jours avec de l'eau-de-vie camphrée.
Au bout de ce temps, il met deux vésicatoires sur le point douloureux (genou droit), il épuise ainsi ses ressources. Enfin, se voyant souffrir de plus en plus, sans argent, il se décide à entrer à l'hôpital.
Depuis deux mois, sa nourriture consistait en blé cuit, pain noir, mauvaise soupe, un litre de vin par jour; pas de viande, le malheureux la donnait à sa femme et à ses enfants. Pendant tout ce temps jamais de feu, mais vêtements suffisants, il dit n'avoir jamais souffert du froid.
Quelques jours avant son entrée, vers le 17 février, il avait commencé à souffrir en mangeant. Il ne pouvait plus mâcher d'aliments solides, surtout du pain, les gencives saignaient au moindre contact.
Il n'avait eu ni saignements de nez, ni diarrhée.
Il entre le 20 février, avec une bronchite peu intense.
La face est pâle, terne, bouffie, les jambes, les pieds surtout, sont œdématiés.
Les gencives sont très-tuméfiées, bleuâtres, détachées des dents, végétantes, saignant abondamment, haleine fétide.
Les deux jambes sont parsemées de plaques ecchymotiques; en outre, existent de nombreuses pustules d'ecthyma : quelques Charpentier g
petéchies au niveau des follicules pileux des cuisses et des jambes.
Le genou droit est douloureux, très-gonflé, violacé, la rotule est mobile, très-facilement déplaçable. Immobilisation du genou par la compression avec la ouate ; ce traitement ne peut être continué plus de deux jours, à cause des douleurs intolérables i qu’il détermine. '
Citron pour mâchonner.
Sirop de térébenthine, quatre cuillerées à bouche.
Du cresson et de la pomme de terre crue sont ordonnés, mais ne peuvent être donnés au malade.
Le 22. Douleur du genou très-vive, cataplasmes laudanisés.
Le 28. La douleur diminuant, deux vésicatoires en croissant sur le genou, embrassant la rotule.
1®"^ mars. Les gencives vont mieux ; elles sont encore fongueuses, mais font corps avec les dents, sauf à la mâchoire supérieure et surtout à la face postérieure; elles saignent très-peu.
Les urines continuent à donner un dépôt considérable, moindre pourtant qu’à l’entrée; elles sont foncées, acides, ne contiennent ni sucre, ni albumine.
Le genou continue à être fort douloureux, le malade se plaint d’insomnie, depuis son entrée, les souffrances l’empêchent de dormir déplus en plus.
Potion avec 4 grammes de chloral. ^
Cette potion lui procure trois quarts d’heure de sommeil seu- I lement. |
Le lendemain, insomnie complète, malgré la potion. I
M. Vidal lui donne alors une pilule de 0,10 cent, d’extrait de ! belladone, le malade dort.
Les jours suivants l’insomnie avait complètement disparu.
Une seconde application de vésicatoire fait disparaître l’épanchement sanguin du genou, qui prend successivement toutes les teintes de l’ecchymose.
Les gencives redeviennent normales ainsi que les urines, etl le 28 mars, le malade sort de l’hôpital complètement guéri, avecft une genouillère qui lui permet de marcher et le met à l’abri déni toute rechute. ,
A son départ, nous recommandons au malade de revenir à la|i consultation en cas de récidive, depuis on ne l’a pas revu.
Observation XIll (personnelle).
Acrodj'nie simple guérison. *
Mondet (Etienne), 37 ans, emballeur; rue Brunei, 37. (Salle Saint-Léon, 19.)
Antécédents, à 17 ans, pneumonie, diarrhée, fièvre typhoïde, il garde le lit quatorze mois.
Depuis, assez bonne santé; chaudepisse, syphilis (soignée par un charlatan de la rue Réaumur).
En 1860, douleurs rhumatismales pour lesquelles il entre à la Charité; Létat aigu dure six semaines, le malade reste six mois, et sort incomplètement guéri. Paralysie rhumatismale du bras, durant trois mois et cédant à Télectricité.
La maladie actuelle a commencé il y six semaines, en même temps que le mauvais pain. 11 n’avait pas beaucoup souffert des privations, l’appétit était normal, mais après chaque repas la diarrhée survenait, en même temps maux de tête atroces, toux sèche, fièvre à quatre heures, fatigue extrême.
Il y a quinze jours, les souffrances augmentent. Huit jours avant son entrée à l’hôpital, le malade a par moments de Pcedème de la face, sans conjonctivite.
Dans les six semaines il avait maigri de 18 livres.
Il entre le 4 mars.
Etat actuel. Fatigue extrême, le malade ne peut tenir sur ses jambes.
Face colorée, sans œdème, œdème des pieds et des mains. Membres inférieurs : varices très-nombreuses, énormes; à la jambe gauche plaques d’érythème noueux.
he,?, fourmillements qui existaient avant son entrée ont disparu, mais il se plaint de douleurs généralisées ; en certains points, anesthésie, en d’autres, élancements, hyperesthésie musculaire et cutanée. Cauchemars, maux de tête atroces.
Quelques crampes, mais ni spasmes, ni soubresauts des tendons, le malade se plaint d’un froid continuel aux pieds et aux mains.
Poitrine normale.
^ quatre heures, fièvre intense, peau chaude, brûlante, 132 pulsations, sueurs abondantes vers onze heures du soir; douleurs violentes dans les genoux jusqu’à quatre heures. Le malade s’endort alors et se trouve très-soulagé.
Urines normales, ni sucre, ni albumine.
f) mars. Le leadcmaiii malin pas de fièvre, 80 pulsations.
Les muscles de la jambe et de la cuisse embrassés par les mains, sont le siège de douleurs excessivement violentes, le j malade bondit sur son lit, la peau est peu sensible; rachialgie au niveau des trous d’émergence des premiers nerfs dorsaux.
Le G. Vers dix heures du matin, le malade souffre, frissonne jusqrdà une heure de Laprès-midi. Dans la nuit chaleur brûlante, soif vive, un pot de tisane est absorbé en quelques insîants; à la suite la sueur est tellement abondante, que chemise, draps, couvertures, sont appliqués, collés sur le malade.
Dans la nuit diarrhée, ([uatre selles liquides.
En somme, journée mauvaise, le malade se dit abasourdi, abruti.
La nuit au contraire est excellente, sommeil profond.
Le lendemain matin le malade se trouve très-bien, il insiste
avec plaisir sur le bien-être quhl éprouve.
Les mains ne sont plus enflées, mais elles sont hyperesthésiées, surtout à la racine des doigts, et en ce point, non au niveau des articulations mais dans les tendons.
Aux pieds absence d’oedème; hyperesthésie au niveau de la racine des orteils, là où le pied appuie généralement.
Menthe; potion avec bromure de potassium 2 grammes.
Le 8. Le malade marche devant nous, il se plaint alors dMne vive douleur dans les genoux, il traîne le pied, applique successivement le talon, puis la plante du pied; bien que Eœdème des mains soit diminué, elles ne peuvent être pliées; pour s’appuyer le malade se sert de la paume, non des doigts.
Le 13. Le malade se sentant mieux, se lève, il est encore faible sur ses jambes; il marche comme un homme affaibli, ap- ■ puyant le talon d'abord, puis la plante des pieds sans la glisser ; comme autrefois. |
L'érythème a disparu. j
Il se plaint d’une douleur, qui, partie du milieu du dos, irait [ du côté gauche jusqu'au sternum. L'auscultation et la perçus- j; sion donnent des symptômes négatifs, la douleur dure deux jours et disparaît spontanément.
Le 23. Desquamation de l'épiderme des pieds et des mains.
lîains sulfureux.
Peu à peu les forces reviennent. Nous perdons le malade de vue pendant un mois; à notre retour il va bien, et sort dans les derniers jours de juin.
Nous n’aurions pas cité ce cas d’acrodynie s’il ne s’était présenté pendant l’épidémie de scorbut, si surtout nous n’avions eu sous les yeux un autre malade, qui entré scor- ’uitique, devint peu à peu acrodynique (obs. 14).
Observation XIV (personnelle).
Scorbut, acrodynie consécutive,
Uobin (Louis), 60 ans, maçon, vétéran dans la garde nationale, rue Richard Lenoir, entre le 21 février (salle Saint-Léon, n° 64).
Ce malheureux homme, bien portant toute sa vie, habitait Paris, depuis un an, amené par les travaux de démolition et de reconstruction. Jusqu’au 1®*' janvier, assez bonne santé, travaillait aux terrassements, mangeait aux cantines, logeait dans un cabinet humide, sous les toits, sans avoir eu jamais de feu de riiiver; il sentait seulement ses forces peu à peu diminuer.
A pai’tir du l®*" janvier, la faiblesse est telle qu’il ne peut plus quitter le lit que pour aller chercher ses aliments qu’il prend dans la même maison.
Les gencives deviennent douloureuses.
Quelques jours après, surviennent dans les jambes de violentes douleurs, qui l’empêchent de se lever, puis un beau jour il crache un morceau de gencive gros, dit-il, comme le bout du doigt.
Effrayé, il est porté à Phôpital, et, après avoir été traîné plusieurs fois d’un hôpital au bureau central, il entre à Saint-Louis, le 20 février, dans l’état suivant.
Les gencives sont gonflées, ramollies, autour de chaque dent existe un sillon profond, formé en dehors par des fongosités qui saignent avec la plus grande facilité.
Ses dents sont peu déchaussées, ne remuent que peu sous le doigt.
L’haleine est fétide.
La face est d’un blanc verdâtre, amaigrie, les lèvres, les caroncules lacrymales sont pâles.
Le malade éprouve peu de difficulté à respirer, mais le moindre mouvement le fatigue, quelques palpitations.
Au cœur, bruit de souffle au premier temps et à la base, bruit de souffle vasculaire.
Les deux jambes sont énormes, la gauche surtout; la peau est tendue, douloureuse; on sent un empâtement profond.
A la face externe, existe une ecchymose d’un noir violacé très-accentué qui s’étend du milieu du dos du pied à la moitié inférieure de la jambe; la malléole externe seule n’a pas été envahie et a conservé sa couleur.
Macération de quinquina, vin de quinquina; citron, salade, cresson, hagnols, compresses imbibées d’eau blanche.
Sous l’influence de ce régime, les forces revenaient peu à peu, les ecchymoses disparaissaient, quand, vers la fin d’avril, survint de i’anorexie, l’appétit qui était revenu disparut; en même temps on observa un léger Œdème de la face, sans conjonctivite.
De violents maux de tête; les mains, les membres inférieurs deviennent le siège de fourmillements, de douleurs assez vives, en même temps hyperesthésie très-marquée.
Le malade se plaint d’un froid continuel, surtout aux pieds et à la main droite; il marche avec grand’peine en appuyant d’abord le talon et en glissant ensuite la plante du pied pour éviter la douleur.
Sur les jambes existe un érythème noueux, les jambes et les pieds n’ont pas subi d’œdème appréciable, mais lus ongles ont changé de couleur, ils sont devenus noirs et présentent la même teinte que s’ils avaient été touchés avec du nitrate d’argent.
Dans les premiers jours de juin, les symptômes commencent à décroître peu h peu. Desquamation de l’épiderme des pieds et des mains.
Aujourd’hui 20 juillet, le malade, qui est encore dans les salles, présente l’état suivant : peu de fourmillements, marche assez facile, plus d’anesthésie ni d’hyperesthésie des pieds ou des ; mains. L’absence des forces est le symptôme dominant. : j
Observation XV (personnelle).
Scorbut simple, albuminurie, diarrhée; mort. Autopsie. Delabierre (Gustave), 46 ans, employé, demeurant rue des
Trois-Couronnes. (Salle Saint-Léon, n“ 42).
Antécédents. Psoriasis; vérole à 18 ans. A 26 ans, chancre Tîhagédénique dont on voit encore aujourd’hui les cicatrices, qui
demandacinqans et demi pour guérir, et atteignit successivement
le eland, le fourreau de la verge, le bas-ventre, la racine des cuisses ; depuis 1867, se portait assez bien. Pendant le siège, souffre du froid, mais surtout de la faim; le malade revient avec
instance sur l’insuffisance de son alimentation. Dans les premiers jours de janvier, il sent ses forces s'en aller, pâlit, continue ses occupations et son service de la garde nationale.
15 janvier. Il commence à souffrir des gencives, à avoir des points rouges sur les jambes; bientôt il lui survient des ecchymoses dans le creux poplité ; voyant son état empirer, il se décide à entrer à l'hôpital.
A son entrée, 14 février, il présente 1 état suivant .
Le moindre travail l’éreinte , l’essouffle , la face est pale, verdâtre, il a des battements de cœur au moindre mouvement, les lèvres, les caroncules lacrymales sont anémiques.
Les gencives sont ramollies, ulcérées, putrides, d un violet foncé, l'haleine est assez peu fétide; les dents sont déchaussées, tiennent à peine dans l’alvéole; le malade, qui est fort intelligent, me fait remarquer que les parties de gencives qui entourent les dents cariées ont été les premières le siège de la maladie.
Les cuisses à leur partie externe ainsi que les jambes (ces dernières surtout à leur partie postérieure) sont couvertes de taches voses, arrondies, legerement proéminentes, situées a la base des poils. En d'autres points, ces taches ont 1 aspect d une auréole autour du follicule pileux. Les creux poplités sont gonflés, tendus, douloureux, présentent une teinte violacée ; les pieds sont gonflés. La peau est sèche, les sueurs ont disparu au dire du malade; enfin, les urines conservées jusqu'au lendemain donnent les caractères suivants ; elles sont acides, sans sucre, mais avec un léger nuage d’albumine, contiennent un dépôt excessivement abondant et sont très-fétides, Le malade n'a jamais eu de diarrhée; selles normales, deux épistaxis au début.
Pouls normal ; au cœur, léger bruit de souffle anémique au premier temps et à la base avec prolongation dans les vaisseaux
du cou.
Macération de quinquina, vin de quinquina, gargarisme avec chlorate de potasse, cresson, salade, pommes de terre ciues, bagnols, compresses imbibées d'eau blanche sur les genoux.
Au bout de quelques jours amélioration notable.
Les gencives sont normales au bout de quinze jours.
Les gencives, les ecchymoses guérissent, mais 1 œdème des membres inférieurs, loin de diminuer, tend â augmenter. Un nouvel examen des urines en donne l’explication. Le dépôt d albumine est bien plus abondant que dans les premiers jours. Si
rôtat local s’améliore^ l’état "éiiéral plutôt à s’aggraver.
reste stationnaire, tendant
27 mars. Diarrhée dure trois jours et cède enfin au sous-nitrate de bismuth; l’œdème continue à augmenter; le 1'^^ avril la diarrhée revient, ne peut être arrêtée, et le 7, le malade succombe.
Autopsie faite par notre ami et collègue Laforest. L’autopsie, pratiquée trente-six heures après la mort, n’a montré que les altérations delà maladie de Bright. Sous l’influence du traitement, les manifestations scorbutiques avaient depuis longtemps disparu.
Les reins étaient gras ainsi que le foie. La rate était énorme; épanchements dans les plèvres, le péritoine. Injection delà muqueuse intestinale; le réseau sanguin esttrès-développé.
Observation XVI (personnelle).
Diathèse scorbutique. Nouvelle attaque, diarrhée incoercible;
mort. Autopsie.
Marie (Pierre), 55 ans, journalier, demeurant rue Reheval, 12. (Salle Saint-Léon, n° 40.)
Antécédents. A deux reprises différentes, il y a deux ans, puis il y a un an, cet homme avait eu des attaques de scorbut pour lesquelles il avait dû entrer à l’hôpital.
La dernière fois il était sorti incomplètement guéri pour soigner une de ses filles gravement malade.
Il s’était rétabli tant bien que mal, quand, à la suite de fatigues, de l’alimentation insuffisante, cause sur laquelle il insiste luimême, il entre à l’hôpifal présentant les caractères du scorbut.
5 février. Le fades du malade est assez coloré, mais les gencives sont dans un état affreux.
Les gencives sont gonflées, ramollies, putrides, saignent avec une très-grande facilité au moindre contact; elles sont spongieuses, d’une couleur d’un gris bleuâtre qui disparut quelques jours après, pour être d’un rouge foncé.
L’haleine n’est nullement fétide, et pendant tous le cours de la maladie, grâce au traitement, jamais nous n’avons remarqué ce phénomène sur lequel les auteurs insistent en général. Les geitcives étaient éloignées des dents, qui, se trouvant déchaussées, branlaient sous le doigt.
Le mallieurcux malade ne pouvait absorber aucun aliment solide; il ne pouvait prendre que des potages et du vin. Sur les jambes existent de larges ecchymoses o,i des pétéchies nombreuses.
Les follicules pileux de la partie externe et postérieure dos jambes et des cuisses sont gorgés de sang et font une légère saillie sous le doigt.
En d'autres points, il y a une auréole autour du poil légèrement soulevé.
Les urines sont chargées, donnent un dépôt abondant, rapidement fétide ; elles sont acides, ne contiennent ni sucre, ni albumine.
Traitement. Sirop antiscorbutique, citron, salade, pommes de terre crues grossièrement râpées, vin ûe quinquina.
Cet homme n’allait pas trop mal à son entrée à l’hôpital, il reprenait; mais une semaine environ après son entrée, il fut atteint de diarrhée qui cessa à plusieurs reprises, et huit jours avant la mort, la diarrhée augmenta malgré tous les moyens employés.
Le malade alla sous lui et succomba épuisé le 24 février 1871.
A l’autopsie, faite trente heures après la moTt, pétéchies, épanchements sanguins dans le tissu cellulaire sous-cutané, inter musculaire; entre les muscles, infiltration séro-sanguine; muscles flasques; les fibres musculaires paraissent atrophiées; épaississement du périoste des jambes, décollé par l’épanchement sanguin ; cœur flasque; contenant un caillot volumineux dans le ventricule gauche; sang noirâtre, dilfluent ; reins et foie gras; rate énorme, diffiuente ; et injectés, réseau sanguin
de la muqueuse très-développé.
Ce fait présente une particularité. Il semble indiquer que le scorbut et le purpura constituent un môme état pathologique.
Il s’agit en eftet d’un homme qui, à trois reprises différentes dans sa vie, à eu des attaques de scorbut.
Cet homme, sans être dans d’excellentes conditions, ne s’était jamais trouvé, sauf la dernière fois, dans la misère; jamais il n'avait eu à souffrir de la faim, du froid, qu’on reconnaît comme causes du scorbut, il y avait chez lui une véritable diathèse hémorrhagique. Contrairement à l’opinion reçue, chaque fois le
scorbut l’attaquait dans toute la vigueur de l’âge et de la santé, sans qu’il eût été soumis à une influence morbide appréciable, et bien que toujours il ait eu une alimentation saine.
Observation XVII (personnelle).
Scorbut intense, diarrhée incoercible, hémorrhagies intestinales. Mort.
Landouche (Victor), 39 ans, géomètre-métreur, demeurant rue Saint-Sauveur, 12. (Salle Saint-Léon, n° 38).
Antécédents. Habitait Chaville, où il exerçait sa profession ; il fuit devant l’invasion et se réfugie à Paris. Le ô octobre une voiture le renverse, lui fracture la calvicule; il entre à l’hôpital, en sort le 19 décembre sans ressource aucune. Ne pouvant ni travailler, ni s’engager dans la garde nationale où il est réformé à cause de l’état de sa vue (il avait eu, à 19 ans, l’œil droit crevé accidentellement), il se nourrit clans les cantines; le matin 1 bol de bouillon, 150 grammes de pain; le soir 30 grammes de viande, ou bouillon, ou riz, 150 grammes de pain.
Pendant tout ce temps, n’a bu que trois fois du vin, jamais de feu, habite une pièce humide, cabinet éclairé par une porte vitrée donnant dans un couloir obscur. Le malheureux ne se levait que pour aller aux cantines et se recoucher immédiatement.
1®*' février. Depuis quelques jours il souffrait de la jambe droite; à la suite d’une course assez longue (de la rue Saint- Sauveur à la rue de Turin), il ne peut plus se traîner qu’avec la plus grande peine; bientôt l’autre jambe enfle également, les gencives deviennent douloureuses, saignent facilement; pas d’épistaxis, de diarrhée, au contraire constipation opiniâtre, tousse beaucoup.
Le 14. Il est apporté à l’hôpital sur un brancard, les jambes sont gonflées, raides, la peau est excessivement tendue, mais a conservé sa coloration normale.
Les gencives sont fongueuses, saignantes, les dents sont déchaussées, mais encore peu ébranlées; odeur de la bouche caractéristique. Souffle anémique, râles de bronchite, sirop antiscorbutique, citron, salade, gargarisme au chlorate de potasse, 4 gr. baume tranquille sur les jambes, enveloppement avec de la ouate.
Le 25. L’ecchymose paraît â la jambe droite qui est d’un
jaune safrané, à la jambe gauche quelques taches de purpura seulement, œdème du dos du pied.
1®’^ mars. Toute la jambe a une coloration jaunâtre, du genou au août des orteils. Le gonflement est marqué surtout au dos du pieu ; au côté interne de la jambe tache violacée de la grandeur de la main.
Compresses imbibées d’eau-de-vie camphrée.
Le 3. Le gonflement de la jambe augmente, le mollet, les pieds sont tendus, chauds, douloureux, les teintes de Tecchymose sont très-prononcées, elles s’accentuent de jour en jour.
Souffle cardiaque anémique, souffle vasculaire.
Le dépôt des urines augmente sans cesse depuis l’entrée, il est excessivement abondant, les urines sont acides, sans sucre, mais elles contiennent de l’albumine.
Le 4. Diarrhée.
Outre le traitement du scorbut qui est continué, tisane de ratanhia, tisane de menthe :
Potion avec sirop diacode 30 grammes.
Teinture de cannelle • 4 »
Sous-nitrate de bismuth 2 »
Le 6. La diarrhée loin de diminuer augmente, le malade va sous lui, les selles ne peuvent plus être comptées. Pouls fréquent.
Le 7. Dans la journée, le malade rend à deux reprises différentes du sang presque pur, les draps qui le garnissent rappellent les serviettes qui ont servi aux femmes lors de l’époque menstruelle; le soir, selles diarrhéiques, le sang a disparu.
Potion avec 10 gouttes de perchlorure de fer. Depuis ce moment le malade s’affaiblit, veut de moins en moins manger.
Le 8. Nouvelle hémorrhagie, la diarrhée a toujours continué. 2 lavements avec 8 grammes d’alun; potion avec 20 gouttes de perchlorure de fer.
Le 19. Ecchymoses au niveau de l’origine de la troisième phalange, à la paume de la main, à la racine du pouce.
Les jambes sont toujours dans le même état.
Les gencives vont mieux, mais la diarrhée est incoercible.
A partir du 13 mars, les symptômes continuent à s’aggraver, la faiblesse augmente, 28 pulsations au quart, cet état dure jusqu’au 14 avril, épocjue à laquelle il meurt.
L’autopsie a été faite, trente heures après la mort, par notre ami Laforest.
Eccliymosos énormes, épanchcmenls sanguins eonsidérahlcs dans le tissu cellulaire intermusculairc, mais surtout souscutané.
Flaccidité extrême des muscles dont les fibres paraissent atrophiées.
Epaississement, injection du périoste du tibia, décollé par un épanchement sanguin. Cœur flasque, mou, sang noirâtre, peu de caillots.
Reins et foie gras, rate énorme, diffluente.
Injection énorme de Festomac et des intestins; les muqueuses sont ramollies, ont leur réseau sanguin excessivement développé, taches ecchymotiques nombreuses sous le péritoine viscéral.