‹ Étude sur le SénégalChapitre 3 sur 43 · iK · texte numérisé non relu

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Cette crise que Ton croyait plus sérieuse fit surgir la culture du ricin qui avait déjà été tentée sans succès. Malgré les efforts qui ont été faits en 1888-90, malgré les concours de la Métropole pour ces essais, la culture du ricin n'eut pas même un succès passager; elle fut de nouveau abandonnée et Tarachide demeura la plante agricole et commerciale par excellence du Sénégal.

ARACHIDE DECORTIQUEE.

L'arachide du Cayor pèse 353 kilogrammes le mètre cube, et celle de la Casamanco 274 kilogrammes ; étant donné cette faible densité, les navires chargent en volume, et le prix de transport pour un semblable produit devient relativement élevé. Pour abaisser ce prix de transport on a pensé à décortiquer l'arachide sur les lieux de production. L'opération du décortiquage se faisant à la main, cette idée était peu pratique étant donné la main-d'œuvre considérable dont il fallait disposer; aussi les quantités exportées sont-elles restreintes.

De 18G9 à 1873 inclus, il a été exporté 242,059 kilogrammes d'arachides décortiquées, soit une moyenne annuelle de 48,532 kilogrammes.

Il a ét^ exporté ensuite, 17,904 kilogrammes en 1874, 14,241 kilogrammes en 1870 et 930 kilogrammes en 1877. Le décortiquage fut repris assez vigoureusement plus, tard et on relève en 1890 une exportation de 073,083 kilogrammes, 170,008 kilogrammes en 1892, 18,344 kilogrammes en 1894 et enfin 3,440 kilogrammes en 1899.

Le décortiquage sur place et à la main peut donc être considéré comme abandonné. Il faudrait pour que cette opération réussisse employer des moyens mécaniques et, à ce sujet, on n'est pas certain que la surélévation du prix résultant de la décortication rendrait ce travail rémunérateur.

C'est surtout au Rio-Nunez et au Rio-Pongo et un peu en Casamance qu'on a décortiqué l'arachide.

En 1807, on relève pour le Rio-Nunez une exportation de 16,323 kilogrammes d'arachides décortiquées.

De 1809 à 1873 inclus, il a été exporté 201,189 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 40,240 kilogrammes.

Il a été exporté ensuite, 10,044 kilogrammes en 1874, 8,802 kilogrammes en 1875, et 2,075 kilogrammes en 1876.

La valeur moyenne de Taracliide a été de fr. 190 jx)ur la période 1869-1873 et de Tarachide décortiquée de fr. 354 pour la même période.

Le Eio-Pongo a exporté de 1870 à 1875 inclus 39,813 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 6,635 kilogrammes.

En 1885, il a été exporté de Casamance 46,569 kilogrammes valant fr. 26, la valeur de Taracliide non décortiquée était de fr. 12.

En 1890 de la même région 137,269 kilogrammes, mouvement dû en partie à la création de la Compagnie agricole et commerciale de la Casamance qui n'a pu continuer ses opérations ; et en 1894, 18,334 kilogrammes valant fr. 25, la valeur de Tarachide non décortiquée était de fr. 105 le kilogramme. Le poids de Taracliide décortiquée est d'environ 600 kilogrammes le mètre cube.

HUILE D AR.\CHIDE.

L*extension de la culture de Tarachide devait nécessairement engendrer l'industrie de Thuile, il paraît évidemment tout naturel de transformer un produit sur les lieux de production mêmes, soit pour être consommé sur place soit pour être exporté dans de meilleures conditions. Cette industrie fut donc tentée à Saint-Louis ù plusieurs reprises, une usine existe même encore à Sor, mais elle ne fonctionne plus; ce seul et dernier fait suffit pour démontrer que cette industrie n'a jamais été prospère.

Comme on ne relève que quelques rares et minimes exportations d'huile, riiuile fabriquée ayant ét^ consommée dans la colonie, il faut se baser sur la production des tourteaux pour avoir une idée approximative do l'évolution de l'industrie de l'huile.

L'arachide non décortiquée donne environ 28 à 32 pour cent de son poids d'huile et environ 68 à 72 pour cent de tourteaux.

La Petite-Cote a exporté :

En 1869... 1,032 kilog. d'huile valant... Ifr. 15 le kilog.

En 1874 la Casamance a exporté 1,321 kilogrammes d'huile valant 1 fr. 37 le kilogramme, et 3,318 kilogrammes en 1897 ; en plus 200 kilogrammes de tourteaux.

Prenons maintenant l'industrie de Thuile à Saint-Louis, qui n'existe que pour les touiteaux.

Il a été exporté en 1865, 5,787 kilogrammes de tourteaux ; de 1866 à 1869 inclus, il a été exporté 133,668 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 33,417 kilogrammes.

De 1872 à 1875 inclus, il a été exporté 220,047 kilogrammes de tourteaux, soit une moyenne annuelle de 55,012 kilogrammes.

La plus forte exportation a été ensuite de 154,000 kilogrammes en 1891, pour tomber à 69,037 kilogrammes en 1894, et 8,000 kilogrammes en 1895.

Les tourteaux ont été cotés fr 05 pour descendre ensuite à f r. 03 le kilogramme.

Ce n'est peut-être pas le dernier mot de l'industrie de ITiuile dans la Colonie,' mais pour le moment cette industrie paraît abandonnée.

CAOUTcnotrc.

Le caoutchouc du Sénégal provient pour la plus grande partie actuellement de la Casamance, et avant l'organisation actuelle de la Guinée Française, cette dernière région, sous la dénomination de Rivières du Sud, apportait en caoutchouc un appoint sérieux au commerce de la Colonie ; le reste provient du Sénégal proprement dit et du Soudan.

Quoique connu et exploité depuis longtemps sur la côte occidentale de l'Afrique (en 1854 on a exporté du Gabon pour 895,790 francs de caoutchouc), le caoutchouc est resté longtemps sans être exploité dans la Sénégambie. Des recherches paraissent cependant avoir été faites sur les produits de ce genre ; car, en 1858, on rencontre une exportation de 873 kilogrammes d'un produit nommé gutta estimé 2 francs le kilogramme. En 1863 on relève à Saint- Louis une exportation de 1,238 kilogrammes de caoutchouc estimé 2 francs le kilogramme. Ces deux faits indiquent suffisamment que l'attention du

commerce était attirée sur ce produit, nouveau pour la région. C'est au Eio-Pongo et au Rio-Nunez que l'exploitation régulière paraît avoir commencé; le mouvement se montre beaucoup plus indécis pour la Casamance.

Rio'Pongo, — En 1873 on relève une exportation de 5,729 francs et en 1874 de 75,008 francs.

De 1875 à 1878 inclus, il a été exporté pour une valeur de 1,612,014 francs, soit une moyenne annuelle de 40-i,100 francs. La plus faible exportation de la période a été de 280,141 francs en 1878.

De 1884 à 1880 inclus, il a été expoHc pour une valeur de 1,217,239 francs, soit une moyenne annuelle de 405,740 francs. La plus forte exportation de la période a été do 700,004 franc^s en 1884.

Rio-yniK'z, - En 1874 on relève une exportation de 1,052 francs et en 1875 de 41,773 francs.

De 1870 à 1880 inclus, il a été exporté pour une valeur de 086,302 francs, soit une moyenne annuelle do 137,200 francs. La plus forte exportation de la période a été de 237,704 francs en 1880.

De 1884 à 1880 inclus, il a été exporté pour une valeur de 2,084,511 francs, soit une moyenne annuelle de 094,837 francs. La plus forte exportation de la période a été de 851,008 francs en 1884.

En outre il y a lieu de tenir compte de l'appoint de la Mellacorée qui a été de 21,956 francs en 1885 et de 254,409 francs en 1880.

Casamance, — Le mouvement commercial commence à s'accentuer en 1883 avec une exportation de 59,023 kilogrammes. En 1884 on exporte 103,347 kilogrammes et en 1885, 123,692 kilogrammes.

De 1887 à 1891 inclus, il a été exporté 009,118 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 121,824 kilogrammes.

De 1892 à 1895 inclus, il a été exporté 972,751 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 243,188 kilogrammes. La plus faible exportation de la période a été de 144,592 kilogrammes en 1895.

De 1896 à 1899 inclus, il a été exporté 1,011,745 kilogrammes, Boît une moyenne annuelle do 252,936 kilogrammes.

De 1887 à 1891, la valeur du kilogramme a été de 3 francs. - - De 1892 à 1895 elle a aussi été de 3 francs, excepté en 1894 où elle est descendue à 2 fr. 50. La valeur du kilogramme a été de 3 fr. 50 pour 1896-98 et de 4 f r. 40 pour 1899.

Le prix moyen du kilogramme pour la période de 1892-95 est de 3 francs ; il est de 8 fr. 72 pour la période de 189G-99.

Les moyennes de production diffèrent assez peu en faveur de la période 1896-99, mais comme la valeur a augmenté, on peut considérer le commerce du caoutchouc comme en progrès dans la Casamance.

Comme terme de comparaison, si on multiplie pour chaque période la production moyenne par la valeur moyenne^ on a :

1892-95. — Production moj^enne : 243,188 kilogrammes valant 3 francs le kilogramme 729,564fr.

189G-99. — Production moyenne : 252,93G kilogrammes valant 3 f r. 72 le kilogramme 940,222

soit, en faveur de la période 1890-99 une plus-value do. 220,658 fr.

Prenons maintenant l'exportation totale de toute la colonie de 1892 à 1899 (y compris la Casamance).

De 1892 à 1895 inclus, il a été exporté 1,596,036 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 399,009 kilogrammes.

De 1896 à 1899 inclus, il a été exporté 1,112,020 kilogrammes, soit une moyenne annuelle do 278,005 kilogrammes.

De 1892 à 1895, le prix moyen du kilogramme a été de 3 francs, il a été de 3 fr. 90 pour la période de 1890 à 1899.

Si on multiplie pour chaque période la production moyenne par la valeur moyenne, on a les résultats suivants :

1892-95. — Production moyenne : 399,009 kilogrammes, valant 3 francs le kilogramme = 1,197,027 francs.

1896-99. — Production moyenne : 278,005 kilogrammes, valant 3 f r. 90 le kilogramme = 1,084,219 francs.

La seconde i>ériode est donc en baisse sur la première.

Le caoutchouc du Sénégal est produit par une apocynée que la science a définitivement nommée Laiidolphia Hendelotii et qui a été nommée Landolphia scnegalensis et Landolphia tomentasa, vulgairement Toll. La liane toU se rencontre dans le Bas-Sénégal proprement dit, dans le Soudan et particulièrement dans la Casamance. En clairière ou en plaine elle forme un buisson, on extrait alors le latex des racines ; en forêt elle devient vigoureuse, peut atteindre 0".15 de diamètre et couvre de son feuillage les arbres qui lui servent de point d'appui. Le toll abonde dans certaines forêts ; là, on le ren-

contre à chaque pas, soit à 1 état buissonneux, soit à l'état de liane plus ou moins développée.

C'est une véritable richesse pour la Casamance qui n'a pas encore pu retrouver une période commerciale aussi prospère qu'autrefois, (en 1863 les exportations de la Casamance se sont élevées à la somme de 2,404,850 francs ; elles s'élèvent à 1,510,929 francs en 1898 et 2,037,683 francs en 1899) ni actuellement tant l'effort producteur de cette région se porte sur le caoutchouc.

Quoique le caoutchouc soit exploité régulièrement dans la Casamance depuis 1883, aucun système protecteur n'a jusqu'à présent (1900) été établi pour protéger et propager la précieuse plante qui lo produit, et il est à craindre que, par suite d'une exploitation à outrance, la liane disparaisse dans un laps de temps plus ou moins long ; il y a aussi les nouveaux procédés d'extraction du caoutchouc par la trituration de l'écorce, qui certainement contribueront à la destruction de cette liane si on n'y prend garde.

Au sujet de la propagation du toU, il existe en ce moment même un fait qui mérite d'être signalé. Dans un pays comme la Casamance où le toll abonde et donne un produit très estimé, l'administration de la colonie cherche à introduire, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, un arbre à caoutchouc étranger qui est le manihot glaziovîi vulgairement nommé céara, tandis que d'autres régions de la côte occidentale d'Afrique n'hésitent pas à planter du toll et à venir le chercher jusqu'en Casamance même.

Dans ce but, il a été établi des plantations de Céara à Sédhiou et à Sindone, et ces plantations fournissent aujourd'hui des graines qui sont par les soins du service de l'agriculture distribuées partout et même au Soudan. Dans son pays d'origine le céara produit relativement peu; dans une région comme le Sénégal, il produira certainement moins ; c'est pourquoi l'introduction de cette essence s'explique difficilement.

Il a en outre des ennemis sérieux étant donné le peu de dureté de son bois. Les tornadee dévastent les plantations en cassant beaucoup de branches, les termites attaquent les pieds même ayant plus d'une année et, en plus, dans certaines pépinières, il est attaqué par un charançon. A la pépinière de Toul (Cayor) on a compté 23 pieds de l'année 1898 bien attaqués, sur 94 pieds.

Les premiers semis de céara furent faits en Casamance en avril 1895 et on peut dire sans programme défini puisque au commence-

— aiment de 1900 une phrase de VOfûciel de la colonie, dans un exposé sur le commerce de la Casamance, dit : « Les plantations laissent, « paraît-il, des espérances, mais on n*a pas encore obtenu de caout- « chouc du Céara. i

Cependant pour faire cesser l'incertitude qui existe au sujet de la production du céara au Sénégal divers essais auraient pu être faits, et ils ne l'ont pas été.

En 1895, planter du céara dans la région du ToU et sans examen sérieux, c'était créer l'incertitude à côté de la certitude, puisqu'à cette époque la production de la Casamance, même avec la crise produite par la baisse des prix a été de 144,592 kilogrammes en 1895, de 126,876 kilogrammes en 1896 et de 200,35:i kilogrammes en 1897, et a continué d'augmenter et en quantité et en valeur.

Depuis, la situation a un peu changé, et l'initiative privée vient de signaler à l'Administration, que le céara, vu la méthode d'extraction du caoutchouc par la trituration des écorces, pouvait être une plante d'avenir. En effet, le céara est une essence à croissance rapide; en quelques années il devient arbre, tandis que la majeure partie des autres essences donnant du caoutchouc sont à croissance lente. Res^te à connaître la quantité de latex que contiendra son écorce.

Le latex du toU n'est pas délicat, il reste facilement coagulé dans l'écorce, et les essais par le broyage donnent paraît-il des résultats satisfaisants. Tout fait donc supposer que le toll peut être exploité en taillis; il n'en est peut-être pas de même du latex du céara.

A côté du caoutchouc provenant du toll, le commerce exporte un caoutchouc de qualité secondaire, extrait du Dob {Ficus dob), existant en assez grande quantité dans le Diander et certaines autres régions du Cayor.

En 1896, un commerçant de Rufisque (M. Orcel de la maison Maurel et Prom) s'aperçut qu'un indigène avait fraudé une boule de toll avec un caoutchouc beaucoup moins élastique et de qualité tout autre. Cet indigène questionné déclara que ce produit venait du Dob. Après cette déclaration, des boules de dob furent recueillies et envoyées à Liverpool où elles furent classées dans de bonnes conditions commerciales. Un autre envoi de 400 à 500 kilogrammes eut le même succès en avril 1897. Ce produit fut alora lancé et le commerçant qui avait envoyé les premiers échantillons fit acheter tant

à Pout qu'à Rufisque un stock de 20,000 kilogrammes ; les prix de réalisation à Liverpool, en décembre 1897, janvier, février et avril 1898, furent supérieurs à ceux des premiers envois. Dès lors, tous les comptoirs qui achetaient le toU, achetèrent le dob.

En 1897-1898, l'ensemble du produit fut recueilli dans le Diander et particulièrement à Pout qui est le centre de production.

Le succès de ce nouveau produit fut très rapide, mais les indigènes, devant la demande continuelle, le récoltèrent avec soin et les prix baissèrent. Cette baisse occasionnée par la fraude ou par un procédé défectueux de récolte n'alarma pas trop le commerce et M. Orcel s'exprime ainsi à ce sujet : « Les environs de Pout sont € particulièrement propices au développement du dob qui y atteint < d'énormes proportions. Notre traitant me disait que certains gros c dobs pouvaient donner 5 kilos de caoutchouc dans la campagne. « M. le gouverneur Chaudié avait promis Tannée dernière à M. Gui- € raud de faire planter 50,000 pieds de dob par les chefs indigènes.

« Le dob, voilà l'avenir de la colonie, mais il faudrait que le « gouvernement en fît planter et qu'il réglât le mode d'extraction et c la période durant laquelle les arbres doivent être saignés, i

27 septembre 1899.

C'est en 1897 que le commerce attira l'attention de l'Administration sur le dob, et une lettre datée du 3 sepembre fut envoyée par le directeur de l'Intérieur à l'Administrateur de Tivaouane pour demander à ce sujet des renseignements précis.

Une étude complète et méthodique du Ficus dob, a été faite par M. Brenneman, agent de culture en 1899; c'est d'ailleurs de son manuscrit que proviennent les renseignements qui précèdent. Cette étude avec essais pratiques à l'appui traite toutes les questions concernant le dob au point de vue : de la culture, de la reproduction, du bouturage, de lextraction du latex, de l'époque et des heures les plus favorables à l'extraction, et du rendement. Elle se trouve donc dans les conditions requises pour permettre la propagation du Ficus dob dont le produit, grâce à l'initiative du commerce de la Colonie. a trouvé place sur les marchés d'Europe.

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