COTON
A une date reculéiî (v* siècle avant notre ère), le coton était cultivé dans la Haute-Egypte. Il fut introduit par les Arabes dans l'Afrique du Nord au vm® siècle de notre ère, et au xin* siècle, les manufactures de Fez et de Maroc jouissant d'une grande réputation, trouvaient un facile écoulement pour leurs produits parmi les populations musulmanes. Il fut cultivé et utilisé à une date assez éloignée dans la Sénégambie, l'Afrique centrale et la côte de Guinée et en 1590, de la toile de coton fabriquée au Bénin fut apportée à Londres. Dans les voyages du pilote Alphonse le Saintongeois publiés en 1559, le golfe de Guinée (vers 1518) est noté comme un endroit où se font « force draps de coton i.
Au Sénégal on considère certaines espèces de coton comme spontanées, mais jusqu'à ce que des faits botaniques positifs aient prouvé leur spontanéité dans cette région, il convient de s'en rapporter aux faits historiques, soit en considérant le coton comme ayant été introduit par les Arabes, qui ont envahi et subjugué les populations d'origine berbère des rives du Sénégal au xiii® siècle, soit en considérant la Haute-Egypte comme son aire de dispersion dans toute l'Afriquo.
L'espèce la plus ancienne serait le Moho, à soie courte et dure. Une autre espèce, le Guinée ou N 'Guiné a une soie rougeâtre, on le rencontre ordinairement dans le Pakao et la Haute-Casamance.
Les indigènes distinguent en outre deux autres espèces, le N'Toubab, à gros fruits, longue soie, et d'origine européenne, et le N'Dargo se rapprochant de l'espèce précédente et ayant sans doute Kiême origine.
Avant l'introduction de nos étofEes, le coton était au Sénégal une plante indispensable, chaque famille plantait et récoltait le coton nécessaire à ses besoins. Chaque année, des tisserands circulaient dans les différentes agglomérations et transformaient en étoffe le coton récolté.
Aujourd'hu-i, le coton ne se cultive presque plus, on en rencontre encore un peu sur les marchés indigènes, et le nombre des tisserands a considérablement diminué. (En 1837 on en comptait 320 à Saint- Louis et en 1900 on n'en compte que 42). Comme pioduit commer-
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ciai, il n'en a été exporté en 1899 que 409 kilogrammes non égrenés.
Considéré comme spontané, le coton semblait tout indiqué pour des essais de culture, et lorsque le gouvernement français voulut mettre le Sénégal en valeur, c'est le coton qui fut désigné de prime abord, et ensuite l'indigo considéré aussi comme spontané.
Les essais commencèrent en 1820, et en 182d, Dagana, Bicbard- ToU, Fab et Lampsar, c'est-à-dire les quatre cantons agricoles qui avaient été créés n'avaient produit que 49,660 kilogrammes de coton égrené. Au 7 décembre 1826, le recensement officiel des pieds de coton donna 4,573,000 pieds dont 1,124,000 pieds appartenant à l'Etat. Les primes allouées à la culture, dans le but d'éviter des fraudes que l'on supposait exister dans le recensement des pieds, furent alors retirées et données à l'exportation du produit. Ce fait occasionna l'abandon des culture* et de 1826 à 1830 la production ne fut que de 32,328 kilogrammes de coton égrené.
L'insuccès des premiers essais pour lesquels le gouvernement français avait fait des sacrifices considérables fut vite oublié, et 30 ans plus tard une génération nouvelle devait procéder à de nouveaux essais.
En 1861, on trouve une petite exportation de coton brut de 450 kilogrammes, c'était le début du nouveau mouvement.
En 1862, le gouvernement fit installer à Saint-Louis une machine à égrener le coton ; les particuliers voulant faire égrener leur coton par cette machine devaient payer à l'Etat fr. 04 par kilogramme de coton.
On trouve cette année-là une exportation de coton égrené de 777 kilogrammes. Sur cette quantité, 5 balles (580 kilogrammes) expédiëes au Havre en octobre pour être vendues au profit de la Colonie, ont été acquises par MM. Féray et C* d'Essonnes qui l'ont déclaré : c Fort souple, assez fin, très bien préparé et égal en quan- € tité quoique un peu plus court aux bons courte-soie des Etats- « Unis, belle et bonne marchandise •. Ci le décompte :
571 kilogrammes nets à 4 fr. 60 2,626 fr. 60
Don et surcharge suivant Tusage du Havre 13 15
' 2,613 45 Escompte 1 1/2 p. 0/0 au comptant 39 20
Valeur comptant 2,574 25
-assoit 4 fr. 50 le kilogramme. Ce coton avait été cote en mercuriale à Saint-Louis 2 fr. 25 le kilogramme.
Un semblable résultat paraissait évidemment bien tentant, et qu'on ait tenu compte ou non des conditions dans lesquelles il avait été obtenu, il devint le point de départ de nouveaux essais, officiels et particuliers.
Essais oiûciels, — Les essais officiels ont été faits à Richard-Toll par M. Th. Lécard, jardinier en chef du gouvernement; il s'exprime ainsi au sujet du coton : c Sans eau pas de coton au Sénégal, c avec de Teau, du coton d'aussi belle qualité et en aussi grande
< quantité qu'en Egypte et à la Louisiane • et plus loin :
« D'un autre côté, le climat au Sénégal crée de grandes difficultés; « neuf mois de sécheresse dont quatre ou cinq mois de vent d'Est avec c une température moyenne de 30** peuvent donner une idée des soina « qu'il faut prendre pour élever des végétaux, qui, pour la plupart^ c ne se multiplient que par semis, i
Les défrichements commencèrent en 1863 et furent poussés ave* une grande activité, et en 1864 il a été transplanté à Richard-Toll tant pour les essais de coton que pour la pépinière 900 mètres cubes de fumier. Les essais ont été faits avec irrigation et sans irrigation.
Ces essais ne furent pas très heureux en ce sens qu'en 1864 les sauterelles « ce grand et antique fléau de l'Afrique ont à plusieurs reprises dévoré les jeunes cotonniers, i En 1865, nouvelles visites des sauterelles.
Th. Lécard déduit de ses essais les résultats suivants :
Sans irrigation. — Espèces sénégalaises : N'Dargou, 70 à 80 kilogrammes de coton brut par hectare en moyenne ; Mokho, 50 kilogrammes environ par hectare ; Sérère, 70 kilogrammes par hectare.
Les autres espèces, coton de Bakel, coton du Gabon, Nankin, donnent à peu près les mêmes résultats que le N'Dargou.
Avec irrigation. — Espèces sénégalaises : N'Dargou, 830 kilogrammes par hectare ; Sérère, 730 kilogrammes par hectare ;
Sans irrigation. — Espèces importées : Louisiana, GO à 70 kilogrammes par hectare ; Géorgie ne donne qu'une demi-récolte, dès le mois d'octobre il ne végète plus; Bornéo ne se développe pas et ne
fleurit même pas; Jumel a quelque analogie avec le Sérère; Castellamare même végétation que la Louisiana ;
Avec irrigation, — Espèces importées, Géorgie, Sea-Island, 810 kilomètres par hectare ; Louisiana, 900 kilomètres par hectare ; Bornéo, 450 kilomètres par hectare j J umel, 700 kilomètres par hectare.
Autres essais. — M. Tressol, concessionnaire de Dakhar-Bango aux environs de Saint-Louis. — Terrain sablonneux et soumis à l'influence saline de la mer.
1862. — Trois pluies, pas de vent d'Est ni de rosée toute l'année, les graines germèrent mais la majeure partie périt pendant la saison sèche.
1863. — Quatorze pluies, mais quantité d'eau tombée inférieure à celle des trois pluies de 1862. Graines bien levées, végétation superbe, mais ensuite les pluies s'arrêtèrent le 15 septembre et 92 jours de vent d'Est qui fit périr une partie des plantations.
1864. — Trente-six pluies, ont commencé très tard et les semis ont beaucoup souffert. Les sauterelles sont venues au moment du sarclage et ont causé de très grands dégâts.
Plantations de la mission de Saint-Joseph de N^Gazobil. — Cet essai très important fut fait par les pères qui plantèrent 310 hectares de coton. Ils récoltèrent en 1865, 153,105 kilogrammes de coton brut qui a donné 40,268 kilogrammes de coton égrené. Il y eut alors en décembre trois apparitions de sauterelles qui ravagèrent tout, excepté les rôniers.
Les plantations furent recommencées, mais les jeunes sauterelles détruisirent les nouveaux pieds.
Un malheur ne vient jamais seul, dit-on, car la même année (1866) une épîzootie détruisit le troupeau des pères, et une épidémie de fièvre jaune enleva presque tous les missionnaires.
La tentaive faite en 1864 à M'Bao, près de Bufisque, par une société en nom collectif a également échoué.
Les résultats commerciaux uonnus do la culture du coton sont les suivants : (Les quantités qui ont été relevées en coton égrené ont été transformées en coton brut sur le résultat donné par la mission de N'Gazobil et ajoutées aux quantités relevées pour ce dernier.)
De 1863 à 1866 inclus, on relève de Saint-Louis une exportation équivalant à 28,149 kilogrammes de coton brut, soit une moyenne annuelle de 7,037 kilogrammes.
De 1867 à 1872 inclus, 299,822 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 49,770 kilogrammes.
De 1867 à 1872, la plus forte exportation de Rufisque a été de 9,035 kilogrammes en 1868; de la Petite-Côte de 3,196 kilogrammes en 1868; de Rio-Nunez, 74 kilogrammes en 1867.
Casamance. — On relève une exportation de 20,000 kilogrammes en 1854, 45,000 kilogrammes en 1863, 50,000 kilogrammes en 1865, et de 1867 à 1872 inclus, la plus forte importation a été de 3,468 kilogrammes en 1867.
De 1890 à 1894 inclus, l'exportation totale pour toute la colonie a été de 3,202 kilogrammes de coton brut, soit une moyenne annuelle de 640 kilogrammes.
En 1896 l'exportation a été de 602 kilogrammes et en 1899 de 409 kilogrammes.
De 1863 à 1866 inclus, le coton égrené a été coté dans la Colonie de 2 francs à 4 fr. 50 le kilogramme et îe coton brut de fr. 50 à 1 franc.
De 1867 à 1872 inclus, le coton égrené a été coté dans la Colonie de 1 fr. 50 à 2 francs le kilogramme et le coton brut de fr. 25 à f r. 40.
De 1890 à 1894 inclus, le coton brut a été coté de fr.20 à fr. 25 Je kilogramme ; fr. ?i> en 1896 et f r. 20 en 1899. L*exportation du coton égrené a cessé en 1873. Le tissage du coton au v^énégal est à peu près abandonné. Les tisserands indigènes avec leurs métiers rudimentaires ne pouvaient évidemment conserver cette industrie devant l'introduction de nos étoffes, et si elle a pu se maintenir aussi longtemps, c'est parce que ses produits ont été achetés comme objets de curiosité.
Une bande de pagne tissée a généralement 15 à 20 centimètres de largeur, la réunion d'une certaine quantité de oes bandes constitue le pagne. Les bandes tissées sont souvent agrémentées de dessins géométriques faits avec beaucoup d'intelligence par le tisserand et formés par des combinaisons de fils de différentes couleurs. C'est surtout en Casamance que se fabriquent les plus beaux pagnes, qui se vendent d'ailleurs fort cher. Comme il a été dit plus haut le nombre
de tisserands qui était à Saint-Louis de 320 en 1837 n'est plus en 1900 que de 42. En avril 1899 on en comptait G à Zigchinchor en Casamance. On les rencontre soit isolément soit par groupes. Les femmes préparent la chaîne de l'étoffe en dévidant les fusées le long des clôtures ou le long des pâtés de maisons, l'ouvrier tisse sous une mauvaise paillette tout au plus suffisante à l'abriter du soleil; la chaîne est en dehors tendue par une pierre attachée à son extrémité.
La plupart des fils colorés servant aux dessins sont actuellement d'importation européenne et quelquefois même le fil ordinaire vient de France ou d'Angleterre.
En plus des tissus qui ont été utilisés par les indigènes on trouve les mouvements commerciaux suivants :
De 1869 à 1877 inclus, on relève de Saint-Louis une exportation totale de 112,188 francs ; la plus forte exportation a été de 35,495 francs en 1874.
De la Petite-Côte, de 1869 à 1873 inclus, 14,942 francs ; la plus forte exportation a été de 10,451 francs en 1872 ; après 1873 on ne relève plus aucune exportation.
De la Gasamance, de 1869 à 1877 inclus, 6,482 francs ; la plus forte exportation a été de 3,050 francs en 1872.
De Rufisque une exportation de 1,108 en 1872.
Citons en 1884, une exportation totale pour toute la Colonie de 10,835 francs, et de 1892 à 1895 inclus, 34,559 francs dont 22,151 francs qui représente la totalité de lexportation de 1895, provenant de la Casamance.
Comme on le voit la culture du coton est bien tombée au Sénégal, et étant donnés le climat, la nature du sol (1) et la main-d'œuvre dont
(l) La fumure des plante» tropicales, 1890. — « Le cotonnier exige un sol pro- « fond, perméable, silico-argileux ; sa racine pivotante s'enfonce quelquefois à plus « d'un mètre de profondeur pour puiser dans le sous-sol l'humidité qui lui est « nécessaire pendant le cours de sa végétation, d'une durée de quatre mois et demi « à cinq mois.
« Les terres argileuses aussi bien que les terres humifèrcs et acides ne sont pas » à recommander pour la culture de cette plante. Il faut éviter également l'ombrage « pufsque le cotonnier réclame beaucoup de lumière. Dans les endroits où l'on ne « peut compter sur les rosées d'une manière certaine, l'irrigation est indiquée du « commencement de la végétation jusqu'à la floraison. »
Le Coton , par Henri Lecomte, 1900. — « Cependant nous pouvons dire que « l'azote, l'acide phosphorique et la potasse paraissent les éléments les plus néces- « saires, car, d'une part, toutes les terres fertiles des États-Unis en contiennent une « assez forte proportion Le coton et les graines, c'est-à-dire les parties de la
on dispose, elle ne paraît pas devoir se relever. L'époque la plus favorable a été celle des premiers essais, car, à cette époque, Teselavage n'étant pas aboli, on pouvait se procurer facilement la main-d'œuvre nécessaire aux travaux et dans de bonnes conditions pécuniaires; cependant ces essais n'ont pu s'effectuer qu'avec des primes et la suppression de ces primes en a marqué la fin. Sur un résultat donné en 1862, de nouveaux essais eurent lieu, et il a été démontré à Richard-ToU que sans irrigation il était impossible de cultiver le co^n ; or l'irrigation est impraticable puisqu'elle n'a été obtenue qu'au moyen de pompes. Th Lécard s'exprime ainsi au sujet de cette intéressante question : c Comme on le voit, le Oualo sera un c pays des plus productifs lorsqu'il sera arrosé; ses plaines arides c deviendront de riches cultures lorsqu'un canal d'eau douce les c traversera; les environs de Saint-Louis jusqu'à ce jour si tristes, € seront bientôt couverts de jardins et de produits, i
Les plantations de Dakhar-Bango et de N'Gazobil et de M'Bao ont été abandonnées. En Casamance même où les pluies sont plus abondantes, la culture du coton a été aussi abandonnée.