‹ Étude sur le SénégalChapitre 5 sur 43 · INDIGO · texte numérisé non relu

INDIGO

Au Sénégal, on a toujours considéré l'indigo comme une plante spontanée de la région ; la culture de cette plante était donc indiquée comme ayant des chances de succès et de plus elle était utilisée par les indigènes et leur donnait de bons résultats. Après l'insuccès des premiers essais officiels de culture du coton, en 1826, les quatre cantons agricoles, Richard-ToU, Dagana, Faf et Lampsar, furent plantés en indigo. Des indigoteries furent installées au frais de l'Etat, et des

« plante qui sont prélevées à titre de récolte, enlèvent au sol une quantité considé- « rable de potasse, d'acide phosphorique et de magnésie. Les sols sur lesquels on se « propose de cultiver le coton doivent donc contenir ces diverses substances sous « une forme utilisable... »

Le Coton au Soudan^ par Dybowski, 1900. — «< On peut estimer la quantité a d'eau nécessaire pour pourvoir au développement complet du coton comme étant a d'environ m. 70 d'eau fournie, soit par les pluies, soit par les irrigations. »

agents soldés également par TEtat furent chargés de la manipulation des produits ; pour plus de garantie, un des agents choisis avait été employé à l'industrie de l'indigo dans Tlnde ; rien ne fut épargné pour assurer le succès.

Cependant après cinq années d'efforts inutiles, la culture de l'indigo fut abandonnée, le prix de revient du produit était trop élevé pour trouver place sur le marché européen.

Les quantités d'indigo net qui ont été exportées à cette époque sont les suivantes : 69 kilogrammes en 1826, 1,068 kilogrammes en 1828, 498 kilogrammes en 1830, 314 kilogrammes en 1831 et 6 kilogrammes en 1837.

Il fut de nouveau question au Sénégal de l'indigo que l'on voyait toujours employé par les indigènes, vers 1859. Des échantillons furent envoyés en France, et une lettre du D"" Decaux, sous-directeur des teintures des manufactures impériales des Gobelins et de Beauvais, déclare qu'il se rapproche des premières qualités de Java pour celui préparé avec la feuille verte et du Bengale pour celui obtenu avec la feuille sèche.

La culture n'en fut cependant pas reprise et les quelques kilogrammes d'indigo brut ou en feuilles qui ont été exportés ensuite l'ont été à titre d'échantillons qui devaient servir à de nouveaux essais dans la Métropole.

On relève les envois suivants : en 1860, indigo brut ou en feuilles 35 kilogrammes, 120 kilogrammes environ en 1873, 157 kilogrammes en 1885, 30 kilogrammes en 1892 et enfin 140 kilogrammes en 1899.

Le Rio-Pongo et le Eio-Nunez ont exporté pour une valeur d'î 50 francs en 1869, 3 francs en 1871, 36 francs en 1872, 1,609 francs en 1873, 183 francs en 1874, 284 francs en 1875, 54 francs en 1876, 673 francs en 1884, 57 francs en 1885, 92 kilogrammes en 1886.

Aucun des envois antérieurs à 1899 n'ayant occasionné la reprise de la culture et de la transformation du produit brut, la culture et l'industrie de l'indigo au point de vue commercial peuvent donc être considérées comme impraticables au Sénégal. De nouveaux essais vont cependant être tentés sur de grandes superficies à Richard- ToU ou plutôt sur les bords de la Taouey où une indigoterie sera, paraît-il, prochainement installée.

La teinture de l'indigo telle qu'elle se pratique encore au Sénégal doit remonter à une époque très ancienne et a dû être répandue dans la région soit avec le coton, soiî avec les produits des anciennes manu-

factures du Maroc, et il est permis de supposer que la plante ellemême, considérée cependant comme spontanée, a été répandue à la même époque. Il paraît d'ailleurs difficile d'admettre que les populations noires de l'Afrique, auxquelles tous les naturalistes n'ont accordé qu'un degré d'intelligence assez restreint, aient découvert le principe tinctorial de l'indigo, principe que rien ne fait deviner au premier abord et qui exige pour être révélé le concours d'une autre substance difficile aussi à deviner, et une manipulation assez longue.

Rappelons en quelques mots le procédé indigène. Les feuilles d'indigo ou les pains d'indigo confectionnés avec les feuilles et concassés sont placés dans un grand vase sous forme de lessive obtenue avec les cendres de diverses plantes; vers le septième ou le huitième jour qui suit le mélange, le liquide est vigoureusement agité; les étoffes sont ensuite plongées dans ce liquide et remuées continuellement. Elles sont retirées, séchées au soleil, lavées à grande eau et replongées dans la teinture. L'opération est renouvelée autant d« fois qu'il est nécessaire.

Dans les centres, les pains d'indigo et les cendres nécessaires à la préparation se vendent sur les marchés. Le pain d'indigo est formé d'un amalgame grossièrement moulé ou façonné et ensuite séché de feuilles d'indigo broyées.

L'indigo comme produit de consommation locale est surtout cultivé dans certaines régions du fleuve. Un européen même en a tenté la culture dans ce but; c'est ainsi que M. Molher, agriculteur (vers 1888) à Kouma près de Rîchard-Toll, a déclaré dans ses renseignements sur les produits agricoles que, sur 40 mètres de superficie cultivés en indigo, il avait retiré 92 pains qui ont été vendus f r. 25 le pain à Dagana.

Le pain d'indigo sur le marché de Saint-Louis vaut en général fr. 25 et pèse environ 325 grammes. Les prix varient et quelquefois descendent à fr. 20 en octobre, c'est-à-dire après l'hivernage, et atteignent fr. 30 lorsque le produit devient plus rare par suite de son écoulement.

Les pains d'indigo du Sénégal ont été essayés en Europe et quoiqu'on leur ait reproché de contenir trop d'impuretés ils ont été favorablement appréciés.

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