‹ Étude sur le SénégalChapitre 7 sur 43 · MIL · texte numérisé non relu

MIL

Au point de vue général, le mil est certainement le produit le plus intéressant de toute la région, car c*est lui qui constitue la base de l'alimentation de la population indigène ; au point de vue exportation, il a aussi joui d'une certaine prospérité. (Les quantités données ci-après comprennent le petit mil et le gros mil).

Saint-Louis. — De 1868 à 1877, il a été exporté 4,706,070 kilogrammes de mil. La plus forte exportation de la période a été de 1,580,589 kilogrammes, en 1875.

Ruûsque. — De 1868 à 1877, il a été exporté 316,093 kilogrammes de mil. La plus forte exportation de la période a été de 76,824 kilogrammes en 1868.

Petite-Côte. — De 1868 à 1877, il a été exporté 2,201,581 kilogrammes de mil. La plus forte exportation de la i)ériode a été de 416,598 kilogrammes en 1870.

On relève ensuite pour la même période en Casamance 806 kilogrammes ; au Rio-Nunez 16,588 kilogrammes ; au Rio-Pongo 7,673 kilogrammes.

Si on totalise les quantités ci-dessus on a une exportation totale de 7,248,711 kilogrammes soit une moyenne annuelle de 724,871 kilogrammes.

De 1890 à 1899 inclus, il a été expoHé 1,032,448 kilogrammes soit une moyenne annuelle de 103,245 kilogrammes.

Dans les chiffres ci-dessus, ne sont pas comprises les quantités exportées par les Maures.

La production du mil s'est maintenue, car si les exportations ont diminué, la consommation locale a augmenté. Les services militaires et civils en consomment beaucoup pour l'alimentation de leurs animaux. En 1900 le service administratif militaire a fait appel à la concurrence pour la fourniture de 540,000 kilogrammes de gros mil, mais il faut admettre 000,000 kilogrammes pour la consommation de Tannée.

Le service local demande lui, pour la consommation de ses animaux, 153,000 kilogrammes.

(La ration journalière d'un cheval ou mulet est en moyenne de 4 kilog. 500 de gros mil.)

La valeur moyenne du mil jwur la période 1868-1877 a été de : Samt-Louis, f r. 20 le kilogramme ; Kufisque, fr. 178 le kilogramme ; Petite-Côte, f r. 105 ; Casamance, fr. 17 ; Rio-Nunez, fr. 188; Eio-Pougo, fr. 175.

La valeur moyenne du mil pour la période 1890-1899 a été de fr. 163 le kilogramme.

Le gros mil a été parfois coté comme le petit mil, mais en général le petit mil a été estimé de fr. 02 à fr. 05 de plus que le gros mil. On cultive au Sénégal deux esx>eces de mil qui sont^ le gros mil ou sorgho (Holcus vulgare) et le petit mil (Pencillaria spicata).

Le gros mil comprend plusieurs variétés qui sont : le Félah qui se cultive particulièrement dans le Fouta et le Damga (le Félah serait le mil des Peuls et aurait été apporté par cette race) ; le Gaiaba qui se cultive particulièrement dans le Haut-Sénégal ; le Basi qui est le plus ordinairement cultivé en Sénégambie ; le Diahrnat et le Tigne.

Le petit mil comprend deux variétés qui sont : le Souna ou petit mil hâtif, et le Sagnio ou petit mil tardif ou encore petit mil barbu. Le petit mil se cultive partout; il est beaucoup plus estimé que le gros mil et l'indigène ne consomme le gros mil que comme complément du petit mil.

Le petit mil constitue la nourriture par excellence des indigènes. Pour être consommé en couscous, plat national du Sénégal, le mil est concassé et broyé par les femmes à l'aide d'un grand pilon en bois dans de grands mortiers en bois, et la farine qui résulte de cette opération est soigneusement séparée du son dans la plupart dea régions.

Le broyage du mil fut tenté à Saint-Louis par des moyens mécaniques. En 1857, un moulin à mil qui fut désigné sous le nom de couscousseric, pouvant réduire en farine 100 hectolitres de mil en 12 heures, fut installé par MM. Léon Eey et C** à la pointe Nord de Saint-Louis : ce moulin ne fonctionna que très peu de temps, deux années environ, il ne fournissait d'ailleurs qu'une farine de qualité secondaire et non blutée.

La quantité du mil consommée au Sénégal par la population indigène et par les animaux qui en consomment aussi doit être considérable, et il est matériellement impossible pour l'instant de l'évaluer même approximativement. La consommation n'est pas uniforme, car il e^t évident que les populations qui cultivent le riz comme par exemple en Basse-Casamance^ consomment beaucoup moins de mil, et il en est de même pour les populations qui cultivent l'arachide. Les populations des villes en consomment encore une quantité différente.

A Saint-Louis, centre essentiellement administratif et commercial, et où sont apportés tous les produits divers entrant dans l'alimentation des indigènes (mil, riz, arachide, manioc, haricots, etc., etc.) sauf le poisson, une famille d'artisans se composant de sept personnes, hommes, femmes et enfants, a consommé comme moyenne annuelle pendant ces dernières années, 10 quarts 1/2 de petit mil et 10 quarts de gros mil ce qui donne : (le quart mesurant 66 litres et l'hectolitre pesant environ 80 kilogrammes pour le petit mil et 66 kilogrammes pour le gros mil) 840 kilogrammes ou 120 kilogrammes par personne et par an, soit 330 grammes par jour.

La consommation moyenne d'un manœuvre ou d'un ouvrier qui ne reçoit que du mil comme ration est de 1 kilogramme par jour.

Le mil consommé à Saint-Louia vient en grande partie par le fleuve. Après la récolte, de grands chalands chargés jusqu'aux bords descendent à Saint-Louis, ceux qui ne sont pas chargés pour le commerce vont généralement s'amarrer auprès du pont de Guet N'Dar, là ils écoulent leur marchandise, et remontent ensuite chargés des produits d'échange dans leurs régions respectives.

Le mil, employé pour l'industrie fournit 41 pour cent d'excellent alcool; employé pour l'alimentation (couscous) il fournit 61 pour cent de farine.

BIZ.

Lé riz est considéré comme originaire de Tlnde et sa culture se serait propagée dans toutes les contrées tropicales et dans un grand nombre de régions tempérées, en Espagne, en Italie et même en France. Au Sénégal, la culture du riz est assez restreinte, peu de terrains d ailleurs s'y prêtent, il n'est cultivé que dans quelques endroits du fleuve, dans le bassin du Saloum, et il a été particulièrement cultivé en Casamance car, depuis une dizaine d'années, la production de cette région est singulièrement restreinte. Il est cultivé aussi au Rio-Nunez, au Rio-Pongo et dans la Mellacorée.

La culture du riz dans la Casamance, a dû être propagée par les Portugais; à défaut de faits certains, c'est Thypothèse qui paraît la plus rationnelle. Ne pouvant compter sur l'eau de la Casamance qui ne déborde jamais et qui de plus est salée presque jusqu'à Sédhiou, les cultivateurs ont choisi les endroits où le sol est le plus imperméable, bas, et ont installé dans ces endroits des rizières parfaitement endiguées de façon à conserver le plus longtemps possible l'eau des pluies de l'hivernage, ce qui est indisx>ensable à la culture du riz. C'est donc une culture parfaitement raisonnée, fait qui ne peut que confirmer l'hypothèse émise plus haut.

Bonne année de riz, dit-on en Casamance, mauvaise année de palmiste (amandes de palme).

Ce dicton s'explique ainsi : l'indigène de cette région, aussi imprévoyant là que dans les autres régions de la Sénégambie, va au plus pressé de ses besoins sans penser à l'avenir, et pour les satisraire, il livre souvent au négociant tout ou partie de sa récolte de riz. Lorsque les provisions qu'il a pu conserver en mil ou en riz sont épuisées, il récolte des amandes de palme et retourne les échanger chez le négociant contre le riz qu'il a livré auparavant, mesure pour mesure, c'est-à-dire qu'il reçoit une mesure de riz en échange d'une mesure d'amandes de palme. Quand l'année a été bonne en riz, il a pu satisfaire ses fantaisies, conserver un approvisionnement suffisant; alors il récolte beaucoup moins d'amandes de palme.

Casamance. — En 1867, il a été exporté (les quantités qui ont été relevées en riz net ont été transformées en riz de paille, en prenant

pour base un déchet de moitié, et ajoutées aux quantités relevées pour ce dernier) une quantité équivalant à 89,662 kilogrammes de riz de paille.

De 1869 à 1873 inclus, il a été exporté 539,976 kilogrammes soit une moyenne annuelle de 107,995 kilogrammes. La plus forte exportation de la période a été de riz de paille 179,794 kilogrammes en 1860 et de riz net 15,186 kilogrammes en 1870.

De 1874 à 1881 inclus, il a été exporté 1,765,281 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 220.060 kilogrammes. La plus forte exportation de la période a été de riz en paille 597,573 kilogrammes en 1881 et de riz net 15,740 kilogrammes en 1877.

De 1884 à 1886 inclus, il a été exporté 558,760 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 186,253 kilogrammes. La plus forte exportation de la période a été de riz en paille 217,147 kilogrammes en 1886, et riz net 1,220 kilogrammes en 1886.

De 1892 à 1895 inclus, il a été exporté 25,683 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 6,421 kilogrammes. La plus forte exportation de la période a été de riz en paille 4,563 kilogrammes en 1892 et riz net 2,955 kilogrammes en 1893.

De 1897 à 1899 inclus, il a été exporté 5,750 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 1,916 kilogrammes. La plus forte exportation de la période a été de riz en paille 3,000 kilogrammes en 1899 et de riz net 613 kilogramme^ en 1897.

Rassemblons les moyennes des périodes ci-dessus :

1869-73 107,995 kil.

C'est à la production du caoutchouc dont la moyenne a été de 243,188 kilogrammes pour la période 1892-95 et de 252,936 kilogrammes pour la période 1897-99, qu'il faut attribuer labandon de la culture du riz comme produit commercial dans la Casamance. Pour la période la plus i)rospère, c'est-à-dire 1874-81 inclus, les proportions suivantes existent entre le riz en paille et le riz net :

Riz on paille 1,704,163

Riz net, 30,559 kilogrammes provenant de . ^

01,118 kilogrammes en paille avant manipu- ' ' *

iMion 61,118

La valeur moyenne du riz en paille a été de f r. 152 le kilogramme pour la période 18G9-73, et du riz net fr. 314. Pour la période 1874-81, riz en paille fr. 145 et riz net fr. 314 le kilogramme. Pour la période 1884-8G, riz en paille fr. 15 et riz net fr. 30 le kilogramme. Pour la période 1892-95, riz en paille fr. 10 et riz net fr. 257 le kilogramme. Pour la période 1897-99, riz en paille fr. 75 et riz net f r. 206 le kilogramme.

Petite-Côte.— De 1868 à 1877 inclus, il a été exporté 163,919 kilogrammes soit une moyenne annuelle de 16,393 kilogrammes.

La plus forte exportation de la période a été, riz en paille 45,096 kilogrammes en 1877 et riz net 10,440 kilogrammes en 1870.

De 1892 à 189 1 inclus, il n'a été exporté que 10,840 kilogrammes soit une moyenne annuelle de 3,613 kilogrammes.

Rio-Nunez. — De 1870 à 1876 indus, il a été exporté 9,139 kilogrammes soit une moyenne de 1,305 kilogrammes.

De 1884 à 1886 inclus, il a ête exporté 2,250 kilogrammes soit une moyenne de 750 kilogrammes.

Rio-Pongo. — De 1870 à 1876 inclus, il a été exporté 43,813 kilogrammes soit une moyenne annuelle de 6,259 kilogrammes. En 1886, il a été exporté 2,038 kilogrammes.

Mellacorée — De 1884 à 1886 inclus, il a été exporté 356,517 kilogrammes soit une moyenne de 118,839 kilogrammes.

Si pour terminer cet exposé on relève en riz en paille la production commerciale de toute la colonie, c'est-à-dire les exportations en riz en paille et en riz net transformé, pour les trois dernières années (1897-99 indus) on a un diilTie total de 10,450 kilogrammes dont 5,750 kilogrammes provenant de la Casamance.

Le riz du Sénégal est donc un produit commorcial ù peu près disparu.

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